‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 49 sur 168 · Assis sur des si · texte numérisé non relu

Assis sur des si

Et nous mène à nos derniers jours ; L'on a beau faire des prières , Les ans, non plus que les rivières, Jamais ne rebroussent leur cours.

Le printemps vêtu de verdure Chassera bientôt la froidure ; La mer a son flus et reflus:

Mais depuis que notre jeunesse Quitte la place à la vieillesse , Le temps ne la ramène plus.

m ALLE VILLE,

HALLE VILLE (Claude de) , né à Paris, d'une bonne famille, fut d'abord employé dans les finances. Son goût pour les lettres lui fit abandonner cet état. Présenté au maréchal de Bassompierre , il détint son secrétaire , et lui demeura fidèle quand le maréchal fut mis à la Bastille. Lorsque Bassompierre eut obtenu sa liberté, et fut réintégré dans son grade de colonel des Suisses, il donna à Malleville remploi de secrétaire qui y 'était attaché , et notre poète se trouva en état d'acheter la charge de secrétaire du roi de la grande chancellerie.

Les vers de Malleville se distinguent par leur coupe harmonieuse et l'heureux choix des mots. Les pensées ne sont pas toujours bien neuves; mais il est impossible d'amener une terminaison plus complète et mieux cadencée que ses petites pièces, en particulier ses sonnets, que Boileau n'a pas oublié de louer.

Malleville mourut en 1647, à l'âge de cinquante ans.

Cloris, qui des beautés fut Tunique modèle , Et le souverain bien des hommes et des dieux , Cloris, qui fut en terre un chef-d'œuvre des deux , Vient de laisser ici sa dépouille mortelle.

Des roses de son teint la fraîcheur éternelle, La douceur de sa voix et celle de ses yeux , Pouvaient servir d'objet aux plus ambitieux , Et ranger à ses lois l'âme la plus rebelle.

T. II. l

O vous qui vous flattez de vos charmes divers, Quand vos perfections, qu'adore l'univers , De celles de Cloris égaleraient le nombre ;

Cessez de vous fonder sur un si frêle appui; Elle fut un soleil, elle n'est plus qu'une ombre , Et vous serez demain ce qu'elle est aujourd'hui.

Sur une Horloge de sable.

La poudre que l'on voit en ce verre enfermée Fut Olympe, autrefois du monde l'ornement, Que le soleil quitta trop infidèlement , Alors qu'un autre objet eut son âme charmée.

La belle cependant, vivement enflammée , Soupirait nuit et jour pour son éloignement, Et comptant mille (ois les heures vainement , Enfin de son amour elle fut consumée.

Maintenant que la cendre en est mise en ce lieu , Elle recompte encor les heures de ce dieu Qui l'avait autrefois si dignement servie :

Témoignage éternel d'une parfaite amour , Puisqu'après son trépas , comme durant sa vie , Elle s'amuse encore à mesurer le jour.

Sur la mort du cardinal de Richelieu.

Impuissantes grandeurs , faibles dieux de la terre , N'élevez plus au ciel vos triomphes divers ; La vertu des lauriers dont vous êtes couverts Ne vous peut garantir des coups de son tonnerre.

Page 1