‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 52 sur 168 · J'ai un ennemi de moins. 2. Autant qu'importune · texte numérisé non relu

J'ai un ennemi de moins. 2. Autant qu'importune

Il faut ou condamner ou couronner sa haine.

Dût le peuple en fureur, pour ses maîtres nouveaux ,

De mon sang odieux arroser leurs tombeaux;

Dût le Parthe Tengeur me trouver sans défense ;

Dût le ciel égaler le supplice à l'offense;

Trône , à t'abandonner je ne puis consentir !

Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir;

Il vaut mieux mériter le sort le plus étrange.

Tombe sur moi le ciel , pourvu que je me venge !

J'en recevrai le coup d'un visage remis.

Il est doux de mourir après ses ennemis !

Et , de quelque rigueur que le destin me traite ,

Je perds moins à mourir qu'à vivre leur sujette.

(Rodogune.)

Ptaocas entre Héracllus et Martian.

Hélas ! je ne puis voir qui des deux est mon fils ; Et je vois que tous deux its sont mes ennemis ! En ce piteux * état quel conseil dois-je suivre? J'ai craint un ennemi, mon bonheur me le livre; Je sais que de mes mains il ne peut se sauver , Je sais que je le vois , et ne le puis trouver ! La nature tremblante , incertaine , étonnée , D'un nuage confus couvre sa destinée :

L'assassin, sous cette ombre, échappe à ma rigueur, Et , présent à mes yeux , il se cache en mon cœur. Martian ! ... à ce nom aucun ne veut répondre , Et l'amour paternel ne sert qu'à me confondre. Trop d'un Héraclius en mes mains est remis ; Je tiens mon ennemi , mais je n'ai plus de fils. Que veux-tu donc, nature, et que prétends-tu faire ? Si je n'ai plus de fils, puis-je encore être père ? De quoi parle à mon cœur ton murmure imparfait? Ne me dis rien du tout, ou parle tout-à-fait.

1. Piteux, digne de pitié, ne se dit plus dans le style noble.

Qui que ce soit des deux que mon sang a fait naître, Ou laisse-moi le perdre , ou fais-le-moi connaître. 0 toi, qui que tu sois, enfant dénaturé, Et trop digne du sort que tu t'es procuré , Mon trône est-il pour toi plus honteux qu'un supplice ? 0 malheureux Phocas ! ô trop heureux Maurice ! Tu recouvres deux fils pour mourir après toi , Et je n'en puis trouver pour régner après moi ! Qu'aux honneurs de ta mort je dois porter envie, Puisque mon propre fils les préfère à sa vie !

(Hcracliui.)

Mépris du monde.

Source délicieuse , en misères féconde , Que voulez-vous de moi, flatteuses voluptés ? Honteux attachement de la chair et du monde , Que ne me quittez- vous quand je vous ai quittés ! Allez, honneurs, plaisirs, qui me livrez la guerre :

Toute votre félicité,

Sujette à l'instabilité ,

En moins de rien tombe par terre ,

Et comme elle a l'éclat du verre ,

Elle en a la fragilité.

Ainsi n'espérez pas qu'après vous je soupire. Vous étalez en vain vos charmes impuissants; Vous me montrez en vain par tout ce vaste empire Les ennemis de Dieu pompeux et florissants. Il étale à son tour des revers équitables

Par qui les grands sont confondus ;

Et les glaives qu'il tient pendus 1

Sur les plus fortunés coupables

Sont d'autant plus inévitables

Que leurs coups sont moins attendus.

Page 1