CLITON
Connaissez mieux Paris , puisque vous en parlez ; Paris est un grand lieu plein de marchands mêlés; L'effet n'y répond pas toujours à l'apparence : On s'y laisse duper autant qu'en lieu de France, Et parmi tant d'esprit plus polis et meilleurs , Il y croît des badauds autant et plus qu'ailleurs.
Dans la confusion que ce grand monde apporte , Il y vient de tous lieux des gens de toute sorte , Et dans toute la France il est fort peu d'endroits Dont il n'ait le rebut aussi bien que le choix; Gomme on s'y connaît mal, chacun s'y fait de mise, Et vaut communément autant comme il se prise.
| [Le Menteur-}
La Faille.
Otez Pan et sa flûte, adieu les pâturages ;
Otez Pomone et Flore, adieu les jardinages;
Des roses et des lis le plus superbe éclat ,
Sans la fable, en nos vers, n'aura rien que de plat.
Qu'on y peigne en savant une plante nourrie
Des impures vapeurs d'une terre pourrie ,
Le portrait plaira-t-il, s'il n'a pour agrément
Les larmes d'une amante ou le sang d'un amant ?
Qu'aura de beau la guerre, à moins qu'on n'y crayonne
Ici le char de Mars, là celui de Bellone ;
Que la Victoire vole, et que les grands exploits
Soient portés en tous lieux par la nymphe à cent voix ?
Qu'ont la terre et la mer, si l'on n'ose décrire
Ce qu'il faut de tritons à pousser un navire ,
Cet empire qu'Éole a sur les tourbillons
Bacchus sur les coteaux , Cérès sur les sillons?
Tous ces vieux ornements, traitez-les d'antiquailles ;
Moi, si je peins jamais Saint-Germain et Versailles,
Les nymphes, malgré vous, danseront tout autour ;
Cent demi-dieux follets leur parleront d'amour ;
Du satyre caché les brusques échappées
Dans les bras des sylvains feront fuir les napées;
Et si je fais baller * pour l'un de ces beaux lieux ,
J'y ferai malgré vous trépigner 2 tous les dieux.
( Poésies diverse». Imitation de Santeul. ) .