‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 64 sur 168 · Inné en eux. à la fin de sa vie, tomba dans la · texte numérisé non relu

Inné en eux. à la fin de sa vie, tomba dans la

2. Allusion à Bellérophon qui, mélancolie et fuyait les hommes.

U est bon de parler , et meilleur de se taire ;

Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés.

Nul animal n'avait affaire

Dans les lieux que Tours habitait;

Si bien que , tout ours qu'il était , Il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Pendant qu'il se livrait à la mélancolie,

Non loin de là certain vieillard

S'ennuyait aussi de sa part.

Il aimait les jardins , était prêtre de Flore ;

Il l'était de Pomone encore.

Ces deux emplois sont beaux , mais je voudrais parmi

Quelque doux et discret ami Les jardins parlent peu si ce n'est dans mon livre :

De façon que , lassé de vivre Avec des gens muets , notre homme un beau matin • Va chercher compagnie , et se met en campagne.

L'ours , porté d'un même dessein ,

Tenait de quitter sa montagne.

Tous deux , par un cas surprenant ,

Se rencontrent en un tournant.

L'homme eut peur : mais comment esquiver? et que faire? Se tirer en Gascon d'une semblable affaire Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur.

L'ours, très mauvais complimenteur, Lui dit : « Viens-t'en me voir. «L'autre reprit: « Seigneur, Vous voyez mon logis; si vous me vouliez faire Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas, J'ai des fruits , j'ai du lait : ce n'est peut-être pas De nos seigneurs les ours le manger ordinaire ; Mais j'offre ce que j'ai. » L'ours l'accepte , et d'aller K Les voilà bons amis avant que d'arriver. Arrivés , les voilà se trouvant bien ensemble :

1. Et tous les deux coramen- marquable et commune chez La cent d'aller. C'est une ellipse re- Fontaine.

Et bien qu'on soit, à ce qu'il semble,

Beaucoup mieux seul qu'avec des sots, Comme l'ours en un jour ne disait pas deux mots, L'homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage. L'ours allait à la chasse , apportait du gibier,

Faisait son principal métier D'être bon émoucheur, écartait du visage De son ami dormant ce parasite ailé

Que nous avons mouche appelé.

Un jour que le vieillard dormait d'un profond somme , Sur le bout de son nez une allant se placer Mit l'ours au désespoir ; il eut beau la chasser. « Je l'attraperai bien, dit-il, et voici comme. » Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheur Vous empoigne un pavé , le lance avec roideur , Casse la tête à l'homme en écrasant la mouche; Et, non moins bon archer que mauvais raisonneur, lloide mort étendu sur la place il le couche. Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami ;

Mieux vaudrait un sage ennemi.

(Fabien.)

Au* Nymphes de Vaux.

Les Destins sont contents, Oronte est malheureux. Vous l'avez vu naguère au bord de vos fontaines, Oui, sans craindre du sort les faveurs incertaines * Plein d'éclat, plein de gloire , adoré des mortels, Recevait des honneurs qu'on ne doit qu'aux autels. Hélas ! qu'il est déchu de ce bonheur suprême ! Que vous le trouveriez différent de lui-même ! 1*0111' lui les plus beaux jours sont de secondes nuits; Les soucis dévorants, les regrets, les ennuis, Hôtes infortunés de sa triste demeure , En des gouffres de maux le plongent à toute heure. Voilà le précipice où l'ont enfin jeté

LA FONTAINE. llfc

Les attraits enchanteurs de la prospérité.

Dans les palais des rois cette plainte est commune ;

On n'y connaît que trop les jeux de la fortune ,

Ses trompeuses faveurs, ses appas inconstants ;

Hais on ne les connaît que quand il n'est plus temps.

Lorsque sur cette mer on vogue à pleines voiles,

Qa'on croit avoir pour soi le vent et les étoiles ,

Il est bien malaisé de régler ses désirs ;

Le plus sage s'endort sur la foi des zéphirs.

Jamais un favori ne borne sa carrière;

11 ne regarde pas ce qu'il laisse en arrière ;

Et tout ce vain amour des grandeurs et du bruit

Ne le saurait quitter après l'avoir détruit.

Tant d'exemples fameux que l'histoire raconte

Ne suffisaient-ils pas sans la perte d'Oronte ?

Ab ! si ce faux éclat n'eût pas fait ses plaisirs ,

Si le séjour de Vaux eût borné ses désirs ,

Qu'il pouvait doucement laisser couler son âge !

Vous n'avez pas chez vous ce brillant équipage ,

Cette foule de gens qui s'en vont chaque jour

Saluer à longs flots le soleil de la cour ;

Mais la faveur du ciel vous donne en récompense

Du repos , du loisir , de l'ombre et du silence ,

Un tranquille sommeil, d'innocents entretiens ;

Et jamais à la cour on ne trouve ces biens.

(Élégie $ur ta ditgrûet de Fouquil.)

La Peinture.

A de simples couleurs mon art plein de magie Sait donner du relief , de l'âme et de la vie. Ce n'est rien qu'une toile; on pense voir des corps. J'évoque , quand je veux , les absents et les morts. ■le transporte les yeux aux confins de la terre. 11 n'est événement ni d'amour ni de guerre , Que mon art n'ait enfin appris à tous les yeux.

Les mystères profonds des enfers et des cieux Sont par moi révélés; par moi l'oeil les découvre. Que la porte du jour se ferme , ou qu'elle s'ouvre ; Que le soleil nous quitte, ou qu'il vienne nous voir ; Qu'il forme un beau matin, qu'il nous montre un beau soir, J'en sais représenter les images brillantes. Mon art s'étend sur tout : c'est par mes mains savantes Que les champs , les déserts , les bois et les cités *

Vont en d'autres climats étaler leurs beautés. Je sais qu'avec plaisir on peut voir des naufrages , Et les malheurs de Troie ont plu dans mes ouvrages. Tout y rit , tout y charme : on y voit sans horreur Le pâle Désespoir , la sanglante Fureur, L'inhumaine Glotho, qui marche sur leurs traces : Jugez avec quels traits je sais peindre les Grâces. Dans les maux de l'absence on cherche mon secours , Je console un amant privé de ses amours.

LeSonmetl et m cour.

Sous les lambris mousseux de ce sombre palais

Echo ne répond point, et semble être assoupie.

La molle oisiveté , sur le seuil accroupie ,

N'en bouge nuit et jour, et fait qu'aux environs

Jamais le chant des coqs ni le bruit des clairons

Ne viennent au travail imiter la nature.

Un ruisseau coule auprès, et forme un doux murmure.

Les simples , dédiés au dieu de ce séjour ,

Sont les seules moissons qu'on cultive alentour;

De leurs fleurs en tout temps sa demeure est semée ;

U a presque toujours la paupière fermée.

Je le trouvai dormant sur un lit de pavots ;

Les Songes l'entouraient sans troubler son repos;

De fantômes divers une cour mensongère ,

Vains et frêles enfants d'une vapeur légère,

Troupe qui sait charmer le plus profond ennui ,

Prête aux ordres du dieu , volait autour de lui. Là, cent figures d'air en leur moule gardées , Là, des biens et des maux les légères idées, Prévenant nos destins , trompant notre désir , Formaient des magasins de peine ou de plaisir. Je regardais sortir et rentrer ces merveilles : Telles vont au butin les nombreuses abeilles , Et tel, dans un État de fourmis composé , Le peuple rentre et sort en cent parts divisé.

(GBuvrti dberf.)

J'étais croche mollement,

£t, contre mon ordinaire,

Je dormais tranquillement,

Quand un enfant s'en vint faire

A ma porte quelque bruit.

Il pleuvait fort eette nuit :

Le vent , le froid et l'orage

Contre l'enfant faisaient rage.

Ouvrez , dit-il , je suis ml

Moi , charitable et bon homme ,

J'ouvre au pauvre morfondu ,

Et m'enquiers comme il se nomme.

Je te le dirai tantôt t

Repartit-il ; car il faut

Qu'auparavant je m'essuie-

J'allume aussitôt du feu.

H regarde» la pluie

N'a point gâté quelque peu

Un arc dont je me défie.

Je m'approche toutefois ,

Et de l'enfant prends les doigts ,

Les réchauffe ; et dans moi-même

Je dis : « Pourquoi craindre tant ?

Que peut-il ? c'est un enfant :

Ma couardise est extrême D'avoir eu le moindre effroi ; Que serait-ce si chez moi J'avais reçu Polyphème ? »

L'enfant , d'un air enjoué Ayant un peu secoué Les pièces de son armure Et sa blonde chevelure , Prend un trait , un trait vainqueur Qu'il me lance au fond du cœur.

« Voilà , dit-il , pour ta peine.

Souviens-toi bien de Clymène , Et de l'Amour ; c'est mon nom. Ah ! je vous connais , lui dis-je , Ingrat et cruel garçon !

Faut-il que qui vous oblige Soit traité de la façon ? »

Amour fit une gambade ; Et le petit scélérat Me dit : « pauvre camarade !

Mon arc est en bon état , Mais ton cœur est bien malade. »

( Imitation d'Anacréon.)

Ballade sur la paix des Pyrénées et le mariage du Bol*

Dame Bellone ayant plié bagage , Est en Suède avec Mars son amant.

Laissons-les là , ce n'est pas grand dommage ; Tout bon Français s'en console aisément Je n'en battrai ma femme assurément ; Car que me chaut ! si le Nord s'entre-pille, Et si Bellone est mal avec la cour ?

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