SÉGRAIS
Ses charmes sont puissants , son âme est noble et belle ;
Elle a tout ce qui rend Arténice immortelle :
Juste arbitre du chant des plus fameux bergers ,
Gomme elle , elle est célèbre aux climats étrangers.
Doncques , Ô digne sang d'une divine mère ,
Soit qu'au tranquille frais d'un antre solitaire
Le grand pasteur de l'Orne au chant si renommé f
Tienne vos sens ravis et votre esprit charmé ;
Soit qu'aux bords émaillés d'une claire fontaine
Vous vous plaisiez aux jeux de ce berger de Seine ,
De ce galant berger, en qui furent toujours
Avec les jeunes ris les folâtres amours ;
Ou que vous admiriez la céleste harmonie
Des Apollons nouveaux de la grande Ausonie ;
Quittez pour un moment des entretiens si doux :
Écoutez les ennuis d'un pauvre amant jaloux ;
Écoutez les ennuis d'une aimable bergère.
Aux rivages de Loin , sur la verte fougère ,
Timarète aux rochers racontait ses douleurs ,
Et le triste Eurylas soupirait ses malheurs :
Tous deux ( Dieux ! que ne peut l'aveugle jalousie ! ) ,
L'un pour l'autre troublés de cette frénésie,
Abandonnaient leur âme à d'injustes soupçons ,
Qu'ils faisaient même entendre en leurs douces chansons.
Écho les redisait aux nymphes du bocage ;
Un vieux Faune en riait en sa grotte sauvage ;
Tels sont les jeux d'amour , disait-il , et jamais
Ces guerres ne se font qu'on n'en vienne à la paix.
Eurylas commença sur sa douce musette.
A son chant répondait la belle Timarète :
Tour à tour ils plaignaient leur amoureux souci.
La muse pastorale aime qu'on chante ainsi.
T. GOBNEII.U.,