‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 72 sur 168 · SÉGRAIS · texte numérisé non relu

SÉGRAIS

Ses charmes sont puissants , son âme est noble et belle ;

Elle a tout ce qui rend Arténice immortelle :

Juste arbitre du chant des plus fameux bergers ,

Gomme elle , elle est célèbre aux climats étrangers.

Doncques , Ô digne sang d'une divine mère ,

Soit qu'au tranquille frais d'un antre solitaire

Le grand pasteur de l'Orne au chant si renommé f

Tienne vos sens ravis et votre esprit charmé ;

Soit qu'aux bords émaillés d'une claire fontaine

Vous vous plaisiez aux jeux de ce berger de Seine ,

De ce galant berger, en qui furent toujours

Avec les jeunes ris les folâtres amours ;

Ou que vous admiriez la céleste harmonie

Des Apollons nouveaux de la grande Ausonie ;

Quittez pour un moment des entretiens si doux :

Écoutez les ennuis d'un pauvre amant jaloux ;

Écoutez les ennuis d'une aimable bergère.

Aux rivages de Loin , sur la verte fougère ,

Timarète aux rochers racontait ses douleurs ,

Et le triste Eurylas soupirait ses malheurs :

Tous deux ( Dieux ! que ne peut l'aveugle jalousie ! ) ,

L'un pour l'autre troublés de cette frénésie,

Abandonnaient leur âme à d'injustes soupçons ,

Qu'ils faisaient même entendre en leurs douces chansons.

Écho les redisait aux nymphes du bocage ;

Un vieux Faune en riait en sa grotte sauvage ;

Tels sont les jeux d'amour , disait-il , et jamais

Ces guerres ne se font qu'on n'en vienne à la paix.

Eurylas commença sur sa douce musette.

A son chant répondait la belle Timarète :

Tour à tour ils plaignaient leur amoureux souci.

La muse pastorale aime qu'on chante ainsi.

T. GOBNEII.U.,

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