NÉE EN 1633 OU EN
DESHOULIÈRES (Madame) , née Antoinette du Licier dblaGabdb, était de Paris. Elle avait unebeautépeu commune, une taille au-dessus de la médiocre, un maintien naturel , des manières nohles et prévenantes; avide d'instruction, elle avait appris le latin, l'italien, l'espagnol, et dans la suite les auteurs les plus estimés de ces trois langues lui devinrent familiers. Elle épousa , en 1651, Guillaume de la Font de Boisguérin, seigneur des Houlières. C'était l'époque delà Fronde. Son mari était attaché au prince de Gondé. Leur vie fat pendant quelque, temps fort agitée. Enfin ils revinrent à la cour, où madame Deshoulières fut appréciée comme elle méritait de l'être. Malheureusement son mari n'avait qu'une fortune fort bornée. Il rut même obligé , en 1658 , de se séparer de biens d'avec sa femme afin d'abandonner tout ce qu'il possédait à ses créanciers. Il mourut en 1693. C'est peu après ce malheur que madame Deshoulières, inquiète du sort de ses filles, écrivit à Louis XIV cette idylle allégorique où, sous l'image d'une bergère qui a perdu son chien, elle implore pour ses brebis la faveur du dieu Pan.
Madame Deshoulières avait un esprit délicat, une imagination enjouée ; mais peu de fécondité dans la pensée. Ses ouvrages, au moins quelques uns, peuvent être cités comme des modèles de poésie naturelle et tendre : il ne faut chercher ni fortes combinaisons dans les idées, ni énergie dans le style. Lorsqu'elle traita un sujet à la fois sérieux et élevé, lorsqu'elle fit jouer en 1680 la tragédie de Genséric* elle ne réussit qu'à montrer combien une telle œuvre est difficile , et quelles qualités lui manquaient pour y réussir.
C'est dans le genre badin ou médiocre, dans les idylles et dan» d'autres ouvrages de petite dimension que madame Deshoulières a mérité des succès réels , et obtenu de son siècle ce nom de dixième muse, que la flatterie donne à toutes les femmes qui font des vers. On trouvera d'elle ici quelques unes de ces pièces , qui sont vraiment très bien tournées. Elle s'est aussi exercée dans le style marotique et dans quelques poésies de formes particulières, tombées depuis en désuétude, comme rondeaux, rondeaux redoublés, ballades,
Mm* DESHOULIÈRES. 135
sonnets et bouts-rimes. Nous en extrairons quelques uns pour donner des modèles de ces petits poèmes, qu'on a quelquefois de la peine à rencontrer, en rappelant ici d'une manière générale que la difficulté vaincue en fait souvent tout le mérite.
Madame Deshoulières mourut en 1694, âgée d'un peu plus de soixante ans, treize mois et demi après son mari.
Compliment à M. Gaie.
On dit que je ne suis pas bête :
Cependant, n'en déplaise aux donneurs de renom,
Quand il faut chanter votre fête , Je ne saurais tirer un seul vers de ma tête. Jean ! Que dire sur Jean ? C'est un terrible nom , Que jamais n'accompagne une épithète honnête. Jean des Vignes, Jean Logne. .. Où vais-je? Trouvez bon
Qu'en si beau chemin je m'arrête , Et que , pour comparer vous et votre patron ,
Je prenne sur un autre ton
Ce que la légende me prête.
M'y voilà. Commençons par le saint qu'aujourd'hui
Notre mère la sainte église
Ordonne que l'on solennise; Et voyons quel rapport vous avez avec lui. Ou je m'y connais mal , ou vous n'en avez guère ;
Point du tout même , à parler franc.
L'Évangéliste et vous , plus je vous considère ,
Et plus je vais du noir au blanc.
Avoir pu de Satan éviter tous les pièges; Avoir été d'un Dieu le disciple chéri; Jusqu'à la fin des temps voir les glaçons , les neiges ,
Faire place au printemps fleuri *,
1. Gomme les livres saints ne jours, et attend, heureux en ce
s'expliquent pas sur la mort de monde, le jugement dernier. Voyez
saint Jean Tévangéliste, c'est une le Roland furieux de l'Arioste,
tradition poétique qu'il vit tou- ch. xixir, oct. 58 et 59.