Saint Jean-Baptiste. boitent les muse
M™ DESHOULIÈRES. ISS
Tourner, approfondir, passer d'un saint à l'autre , Vous n'avez rien du tout, soit dit sans tous fâcher,
Du précurseur ni de l'aptoe.
J'enrage cependant avec mon bel esprit Aussi pourquoi faut-il, tourné comme vous êtes,
Porter un nom qui ne fournit Sien d'agréable à dire aux plus savants poètes , Et sur qui, si j'osais en croire mon dépit,
Je reviendrais aux épithètes?
Demeurez-en d'accord ; ce n'est pas sans raison
Que , de votre nom effrayée ,
Je me suis d'abord écriée :
Que dirat-je sur un tel nom ?
J'ai prévu l'embarras. Quand je fais quelque ouvrage,
Je tâte toujours le terrain.
Àh ! que maudit soit le parrain Qui vous alla donner ce beau nom en partage !
Il était sans doute en courroux ,
Et voulait vous faire une injure.
Fut-il jamais un nom d'un plus mauvais augure ?
Croyez-moi, débaptisea-vous.
Ruisseau , nous paraissons avek un même sort;
D'un cours firéripÊté nous allons l'un et l'autre , Vous à la mer, nous à la mort
Mais, hélas ! que d'auteurs je vois peu de rapport Entre votre course et la notre !
Vous vous abandonnez , sans remords , sans terreur , A votre pente naturelle :
Point de loi parmi vous ne la rend criminelle.
La vieillesse chez vous n'a rien qui fasse horreur. Près de la fia de votre course , Vous êtes plus fort et plus beau Que vous n'êtes à votre source :
Vous retrouvez toujours quelque agrément nouveau.
Si de ces paisibles bocages La fraîcheur de vos eau* augmente les appas ,
Votre bienfait ne se perd pas ;
Par de délicieux ombrages
Ils embellissent vos rivages.
Sur un sable brillant , entre des prés fleuris ,
Goule votre onde toujours pure :
Mille et mille poissons dans votre sein nourris Ne vous attirent point de chagrins, de mépris. Avec tant de bonheur d'où vient votre murmure?
Hélas! votre sort est si doux !
Taisez-vous, ruisseau, c'est à nous
A nous plaindre de la nature.
De tant de passions que nourrit notre cœur,
Apprenez qu'il n'en est pas une Qui ne traîne après soi le trouble , la douleur,
Le repentir ou l'infortune : *
Elles déchirent nuit et jour
Les cœurs dont elles sont maîtresses.
Mais de ces fatales faiblesses
La plus à craindre, c'est l'amour.
Ses douceurs mêmes sont cruelles :
Elles font cependant l'objet de tous les vœux ; Tous les autres plaisirs ne touchent point sans elles. Mais des plus forts liens le temps use les nœuds ;
Et le cœur le plus amoureux Devient tranquille , ou passe à des amours nouvelles.
Ruisseau , que vous êtes heureux !
Il n'est point parmi vous de ruisseaux infidèles.
Lorsque les ordres absolus De l'être indépendant qui gouverne le monde Font qu'un autre ruisseau se mêle avec votre onde, Quand vous êtes unis, vous ne vous quittez plus.
Mme DESHOULIÈRES. 137
Sar la mort.
Que l'homme connaît peu la mort qu'il appréhende ,
Quand il dit qu'elle le surprend !
Elle naît avec lui: sans cesse lui demande Un tribut dont en vain son orgueil se défend. H commence à mourir longtemps avant qu'il meure ; % périt en détail imperceptiblement le nom de mort qu'on donne à notre dernière heure
N'en est que l'accomplissement
La Vieillesse méprisée.
Êtres inanimés, rebut de la nature ,
Ah ! que vous faites d'envieux !
Le temps , loin de vous faire injure ,
Ne vous rend que plus précieux.
On cherche avec ardeur une médaille antique; D'an buste , d'un tableau , le temps hausse le prix ; Le voyageur s'arrête à voir l'affreux débris D'un cirque, d'un tombeau, d'un temple magnifique; Et pour notre vieillesse on n'a que du mépris.
La Selenee aamalne.
De ce sublime esprit dont ton orgueil se pique,
Homme , quel usage fais-tu ?
Des plantes , des métaux tu connais la vertu ; Des différents pays les mœurs, la politique; La cause des frimas, de fa foudre , du vent;
Des astres le pouvoir suprême :
Et , sur tant de choses savant ,
Tu ne te connais pas toi-même !
138 TEHB.
.La Pauvreté.
La pauvreté fait peur : mais elle a ses plaisirs. Je sais bien qu'elle éloigne , aussitôt qu'elle arrive , La volupté , l'éclat, et cette foule oisive Dont les jeux , les festins remplissent les désirs : Cependant, quoi qu'elle ait de honteux et de rude Pour ceux qu'à des revers la fortune a soumis , Au moins, dans leurs malheurs, ont-ils la certitude . De n'avoir q*e devrais i
uluHe
On croit être devenu sage , Quand , après avoir vu plus de cinquante fois
Tomber le renaissant feuillage , On quitte des plaisirs le dangereux usage.
On s'abuse. D'an libre choix
lin tel retour n'est point l'ouvrage ; Et ce n'est que l'orgueil dont l'homme est revêtu
Qui, tirant de tout avantage ,
Donne ant secours de h vertu
Ce qu'on doit au secours de l'âge.
La Prudence humaine.
Non , rien n'est si trompeur que la prudence humaine. Hélas ! presque toujours le détour qu'elle prend Pour nous faire éviter un malheur qu'elle attend, Est le chemin qui nous y mène,
L'Abus des plaisir*.
Les plaisirs sont amers d'abord qu'on en abuse.
Il est bon de jouer un peu ; Mais il faut seulement que le jeu nous amuse.
Mme DESHOULIÈRES. 139
Un joueur, d'un commun aveu ,
N'a rien d'humain que l'apparence ; Et d'ailleurs il n'est pas si facile qu'on pense D'être fort honnête homme et déjouer gros jeu. Le désir de gagner qui nuit et jour occupe
Est un dangereux aiguillon ; Souvent , quoique l'esprit , quoique le cœur soit bon ,
On commence par être dupe ,
On finit .par être fripon.
Ne pas dissimuler son âge.
Que les ridicules efforts
Qu'on fait pour cacher la vieillesse
Sous l'éclat d'un jeune dehors
Marquent dans un esprit «Terreur et de faiblesse l
Pourquoi faut-il rougir d'avoir vécu longtemps ?
Si nos discêws, siaos ajortamante ,
Si nos plaisirs conviennent à notre âge ,
Nous ne blesserons point les yeux:
Les mesures qu'on prend pour pacàkre moins» vieux
Font qu'on le parât davantage.
A Bonboors.
Dans une liste triomphante De célèbres auteurs que votre livre chante
Je ne vois point mon non* placé.
à moi , n'est-il pas vrai, tous n'avez point pensé?
Mais aussi dans le même rôle
Vous avez oublié Pascal ,
Qui pourtant ne pensait pas mal.
Un tel compagnon me console.
Sonnet en bouts-rlmés sur l'or.
Ce métal précieux , cette fatale pluie
Qui vainquit Danaé , peut vaincre l'univers.
Par- lui les grands secrets sont souyent découverts ,
Et Ton ne répand point de larmes qu'il nessUie.
Il semble que sans lui tout le bonheur nous fuie ;
Les f)lus grandes cités deviennent des déserts ;
Les lieux les plus charmauts sont pour nous des enfers ;
Enfin tout nous déplaît , nous choque et nous ennuie.
Il faut, pour en avoir, ramper comme un lézard :
Pour les plus grands défauts , c'est un excellent fard ;
Il peut , en un moment , illustrer la canaille.
Il donne de l'esprit au plus lourd animal ;
Il peut forcer un mur , gagner une bataille :
Mais il ne fit jamais tant de bien que de mai
Sonnet en bonte-rlmés sur Louis XIV*
Pour chanter un héros , quittons le flageolet Louis cède au seul roi qui fit le Décalogue ' ;
Par lui l'aigle est réduit au vol du roitelet ,
Et son nom est trop grand pour la champêtre églogue.
La chicane mourante au fond du Ckâtelet *, Lui seul aux autres rois servant de pédagogue ,
Tous ses voisins forcés à garder le mulet 3,
L'hérésie enchaînée à ses pieds comme un dogue ,
De vices et d'erreurs son état lettre ,
Le calme à l'univers par ses soins procuré ,
Tout enfin met sa vie au-dessus des plus belles.