LE CHOEUR
Tout l'univers est plein de sa magnificence : Qu'on l'adore ce Dieu, qu'on l'invoque à jamais ? Son empire a des temps précédé la naissance.
Chantons, publions ses bienfaits.
une voix. * Il donne aux fleurs leur aimable peinture ;
11 fait naître et mûrir les fruits;
Il leur dispense avec mesure Et la chaleur des jours et la fraîcheur des nuits. Le champ qui les reçut les rend avec usure.
UNE AUTRE
Il commande au soleil d'animer la nature, Et la lumière est un don de ses mains. Mais sa loi sainte, sa loi pure Est le plus riche don qu'il ait fait aux humains*
UNE AUTRE
O mont de Sinaï , conserve la mémoire De ce jour à jamais auguste «t renommé ,
Quand, sur ton sommet enflammé , Dans un nuage épais le Seigneur enfermé Fit luire aux yeux mortel» un rayon de sa gloire.
Dis-nous pourquoi ces feux et ces éclairs , Ces torrents de fumée, et ce bruit dans les «rs ,
Ces trompettes et ce tonnerre?
^enait-il renverser l'ordre des éléments?
Sur ses antiques fondements
Venait-il ébranler la terre ?
UNE AUTRE
Il venait révéler aux enfants des Hébreux De ses préceptes saints la lumière immortelle.
Il venait à ce peuple heureux Ordonner de l'aimer d'une amour éternelle.
J. RACINE. ÎT9
LE CHOEUB.
O divine, ê charmante toi !
O justice ! ô bonté suprême !
Que de raisons, quelle douceur extrême, D'engager à ce Dieu son amour et sa foi !
Plainte «"'on Chrétien sur les contrariétés qu'il épronre an-dedans dé lui-même.
Mon Dieu, quelle guerre cruelle !
Je trouve deux hommes en moi :
L'un veut que, pkân d'amour pour toi , Mon cœur te soit toujours fidèle ; L'autre , à tes volontés rebelle , Me révolte contre ta loi.
L'un , tout esprit et tout céleste , Veut qu'au ciel sans cesse attaché , Et des biens éternels touché , Je compte pour rien tout le reste ; Et l'autre par son poids funeste Me tient vers la terre penché.
Hélas t en guerre avec moi-même ,
Où pourrai-je trouver la paix ?
! Je veux , et n'accomplis jamais :
| Je veux ; mais , ô misère extrême !
Je ne fais pas le bien que j'aime ,
Et je fais le mal que je hais.
O grâce , ô rayon salutaire , Viens me mettre avec moi d'accord ; Et, domptant par un doux effort Cet homme qui t'est si contraire , Fais ton esclave votaataire De cet esclave de la mort
Sur les vaine» occupation» de* gen» eu siècle*
Quel charme vainqueur du monde
Vers Dieu m'élève aujourd'hui?
Malheureux l'homme qui fonde
Sur les hommes son appui !
Leur gloire fuit et s'efface
En moins de temps que la trace
Du vaisseau qui fend les mers,
Ou de la flèche rapide
Qui , loin de l'œil qui la guide ,
Cherche l'oiseau dans les airs.
De la sagesse immortelle La voix tonne et nous instruit :
« Enfants des hommes , dit-elle , De vos soins quel est le fruit ?
• Par quelle erreur , âmes vaines , Du plus pur sang de vos veines Achetez-vous si souvent, Non un pain qui vous repaisse , Mais une ombre qui vous laisse Plus affamés que devant ?
» Le pain que je vous propose Sert aux anges d'aliment; Dieu lui-même le compose De la fleur de son froment : C'est ce pain si délectable Que ne sert point à sa table Le monde que vous suivez.
Je l'offre à qui veut me suivre ; Approchez. Voulez-vous vivre ?
Prenez , mangez , et vivez. »
0 sagesse, ta parole Fit éclore l'univers , Posa sur un double pôle La terre au milieu des airs.
Tu dis; et les deux parurent , Et tous les astres coururent Dans leur ordre se placer.
Avant les siècles tu règnes.
Et qui suis-je , que tu daignes Jusqu'à moi te rabaisser ?
Le Verbe , image du Père , Laissa son trône éternel , Et d'une mortelle mère Voulut naître homme et mortel.
Gomme l'orgueil fut le crime Dont il naissait la victime, Il dépouilla sa splendeur, Et vint , pauvre et misérable , Apprendre à l'homme coupable Sa véritable grandeur.
L'âme , heureusement captive , Sous ton joug trouve la paix Et s'abreuve d'une eau vive Qui ne s'épuise jamais.
Chacun peut boire en cette onde; Elle invite tout le monde :
Mais nous courons follement Chercher des sources bourbeuses, Ou des citernes trompeuses D'où l'eau fuit à tout moment.
LA FOSSE (Antoine) naquit à Paris en 1653. Il ne travailla pour le théâtre qu'à l'âge de quarante ans. Des quatre tragédies qu'il a composées, Manlius Capitolinus, donné en 1698 , est la seule qu'on joue encore quelquefois. Elle tient une place distinguée dans le répertoire du Théâtre-Français après les chefs-dtanwe 4e nos grands maîtres. La Harpe dit avec raison que les béantes que renferme cet ouvrage sont plutôt historiques que tragiques. Lafosse a publié en outre une traduction des Odes d'Anacréon qui est aujourd'hui totalement oubliée.
Il mourut le 2 novembre 1708.
Manlius répond aux reproches du consul Vnlérins.
Et quel moyen, seigneur, de guérir vos soupçons? Où sont de vos frayeurs les secrètes raisons? Dois-je pour ennemis prendre tous ceux qu'offense D'un sénat inhumain l'injuste violence?
Et suis-je criminel, quand, par un doux accueil, J'apaise leur courroux qu'irrite son orgueil ? C'est moi, c'est mon appui qui les conserve à Rome. Vous demandez d'où vient qu'un Romain, un seul homme, Des misères d' autrui soigneux de se charger. Offre à tous une main prompte à les soulager. D'une pitié si juste est-ce à vous de vous plaindre? Si c'est une vertu qu'en moi l'on doive craindre , Si du peuple par elle on se fait un appui,
LAJQS9E. 18S
Pourquoi sitifr-je le seul qui l'exerce aujourd'hui î Que ne m'enviez-vous on si noble avantage? Pourquoi chacun de tous, pour être exempt d'ombrage , Ne s'efforce-fc-il pas, par les mêmes bienfaits, De gagotr, d'attirer les amis qu'ils m'ont faits? Ne peut-on du sénat apaiser les alarmes, Qatafrufigeant le peuple, en méprisant ses larmes? L'avarice, l'orgueil, les plus durs traitements, Du salut d'un État sont-ils les fondements?
Mes bienfaits vous font peur; et, d'un esprit tranquille, Vous regardez l'excès du pouvoir de Camille. A Farinée, à la ville, au sénat, en tous lieux, De charges et d'honneurs on l'accable à mes yeux. De la paix, de la guerre il est le seul arbitfre : Ses collègues soumis et contents d'un vain titre, Entre se» seules mains laissant tout le pouvoir, Semblent à l'y fixer exciter son espoir. D'où «Ht tant de respect, d'amour pour sa conduite ? Des Gaulois à son bras vous imputez la fuite ; Vos éloges flatteurs ne parlent que de lui. Mais que deveniez-vous, avec ce grand appui , Si , dans le temps que Rome aux Barbares livrée , Ruisselante de sang, par le feu dévorée, Attendait ses secours loin d'elle préparés , Du Capitule encore ils s'étaient emparés?
C'est moi qui, prévenant votre attente frivole , Renversai les Gaulois du haut du Capitole. Ce Camille si fier ne vainquit qu'après moi Des ennemis déjà battus, saisis d'effroi C'est moi qui, par ce coup, préparai sa victoire; Et de nombreux secours eurent part à sa gloire ; La mienne est à moi seul, qui seul ai combattu. Et, quand Rome oppressée honore sa vertu, Ce sénat, ses consuls , sauvés par mon courage Ou d'une mort cruelle ou d'un vil esclavage,
M'immolent sans rougir à leurs premiers soupçons , Me font de mes bienfaits gémir dans les prisons , De mille affronts enfin flétrissent, pour salaire , La splendeur de ma race et du nom consulaire.
( Mantùiê Capkoiiniu^
Rnttliiu rend compte ft Ifanlln» de l'état de la conjuration.
.... Avec nous tout semble conspirer; ,
A l'effet de nos vœux il n'est plus de remise.
En arrivant chez moi , quelle heureuse surprise!
J'ai trouvé ceux du peuple à qui de nos projets
Je puis en sûreté confier les secrets :
Eux-mêmes ils venaient, au bruit du sacrifice , s
M'avertir qu'il fallait saisir ce temps propice.
Tout transporté de joie , à voir qu'en ces besoins Leur zèle impatient eût prévenu mes soins : « Oui, chers amis, leur dis-je, oui, troupe magnanime, Le destin va remplir l'espoir qui vous anime ; Tout est prêt pour demain, et, selon nos souhaits, Demain le consulat est éteint pour jamais. De nos prédécesseurs quelle fut l'imprudence , Qui , détruisant d'un roi la superbe puissance , Sous un nom moins pompeux se sont fait deux tyrans Qui, pour nous accabler, sont changés tous les ans, Et qui, tous l'un de l'autre héritant de leurs haines , S'appliquent tour à tour à resserrer nos chaînes ! »
Tels et d'autres discours ' redoublant leur fureur, Je crois devoir alors leur ouvrir tout mon cœur"; Leur marquer nos apprêts, nos divers stratagèmes, Appuyés en secret par des sénateurs mêmes; Ce que devaient dans Rome exécuter leurs bras, Tandis qu'au Capitole agiraient vos soldats;
1. Construction singulière qui encore redoublant » La phrase signifie « de tels discours et d'autres est incomplète évidemment.