‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 97 sur 168 · ARSINOÉ · texte numérisé non relu

ARSINOÉ

Quand on est en malheur on quitte la partie.

• BÉLISE, à Clt-on.

C'est jouer bassement.

ARANINTE, à Cléon.

11 le faut avouer , Un pareil procédé n'est pas fort à louer.

ARSINOÉ , à Cléon.

Pour moi, je la croyais tendre et compatissante ;

Mais je me trompais bien ... Je serai plus constante . . .

Je plains votre malheur , sans cesse le plaindrai ,

Et de mes vœux ardents je vous seconderai ;

N'en doutez point. Je sens que votre sort me tue ,

Et je ne saurais plus soutenir votre vue.

(Elle sort.)

BÉLISE , à Cléon.

J'ai pour vous , à coup sûr, les mêmes sentiments, Et vos peines pour moi deviennent des tourments . . . D'un cœur trop généreux vous êtes la victime ; Mais vous aurez toujours ma plus parfaite estime. Adieu . . . Consolez-vous.

(Elle sort.) CARTON , à Cléon.

Oui , oui , console-toi ; C'est le meilleur parti.

AIUMINTE , à Cléon.

Comptez toujours sur. moi.

(Elle donne la main à Carton , sort précipitamment avec loi, et elle est suivie de tous les autres convives , excepté Florimon.) CLÉON.

Comment! dans mon malheur, voilà donc ma ressource ? On me fait compliment , et puis on prend sa course . . . Ah ! mon cher Florimon , n'es-tu pas consterné De ce que tu vois ?

FLORIMON.

Non . . . Chacun est prosterné Devant les gens heureux. Sont-ils dans la misère ? On les plaint, tout au plus; et l'on croit beaucoup faire.

CLÉON

Ce sont là les amis qu'on espère trouver :

Tu m'as dit qu'au besoin je pourrais t'éprouver . . .

FLORIMON , l'interrompant brusquement.

Tu m'éprouves aussi ... Je m'en vais.

( Il sort. ) CLÉON , seul.

Ah! le traître!

Avec quelle impudence il ose méconnaître Un ami toujours prêt à l'aider . . . Quelle horreur ! Sont-ils donc tous d'accord pour me percer le cœur?

(Le comte entre.) CLÉON, allant au-devant du comte, qui veut l'éviter.

Cher ami ! savez-vous jusqu'où va ma disgrâce ?

Déjà de mon malheur tout le monde se lasse. Je n'ai plus d'amis.

LE COMTE , en souriant.

Quoi ! pensiez-vous en avoir ?

CLÉON

Ah! que je m'abusais! . . . J'en suis au désespoir.

LE COMTE

Modérez, croyez-moi, cette douleur profonde. Ce qui se passe ici n'est que le train du monde. Vous vous êtes trompé jusqu'à ce triste jour , En vous imaginant qu'on vous faisait la cour. Ce n'était point à vous, c'était à vos richesses. On voulait partager vos plaisirs , vos largesses. On trouvait tout chez vous : on n'y trouve plus rien; Et l'on perd ses amis en perdant tout son bien . . . Le monde est fait ainsi, j'en ai l'expérience. Suivez donc le torrent, et prenez patience.

CLÉON

Étiez-vous donc aussi de ces amis trompeurs ?

LE COMTE

Moi?. . . j'étais comme un autre au rang de vos flatteurs. . , Mais vous n'en aurez plus. Grâce à votre misère, Chacun à votre égard va devenir sincère.

CLÉON

Eh quoi ! m'attendiez-vous à cette extrémité Pour m'oser librement dire la vérité ?

LE COMTE

On ne se fait aimer que par les complaisances . . .

PIRON ( Albxis) , fils d'Aimé Piron , apothicaire et poète de Dijon, naquit dans cette ville où il passa trente ans de sa. vie dans la dissipation. Une ode licencieuse qu'il composa l'obligea de quitter sa ville natale pour échapper aux reproches que cette ode lui avait attirés. 11 vint se fixer à Paris , et après y avoir été quelque temps copiste chez un financier, il travailla pour le théâtre de la Foire et plus tard pour la Comédie française. Il publia pour ce dernier théâtre les Fils ingrats, Callisthène et Gustave Vasa> qui, à l'exception de la dernière pièce, sont tombées dans l'oubli, et mit le sceau à sa réputation par sa comédie de la Métromanie, un des chefs-d'œuvre de la scène française.

Cette admirable comédie , quelques épigrammes mordantes et un petit nombre de pièces fugitives, pleines de finesse et d'esprit, sont les titres durables sur lesquels la réputation de Piron est établie, et qui transmettront son nom à la postérité.

Piron mourut le 21 janvier 1773 , âgé de quatre-vingt-quatre ans.

Le Uétromane.

Ce mélange de gloire et de gain m'importune ; On doit tout à l'honneur , et rien à la fortune. Le nourrisson du Pinde , ainsi que le guerrier, À tout For du Pérou préfère un beau laurier. L'avocat se peut-il égaler au poète ?

De ce dernier la gloire est durable et complète. Il vit longtemps après que l'autre a disparu ; Scarron même l'emporte aujourd'hui sur Patru. Vous parlez du barreau de la Grèce et de Rome , Lieux propres autrefois à produire un grand homme l

226 vers.

L'antre de la chicane , et sa barbare voix ,

N'y défigurait pas l'éloquence et les lois.

Que des traces du monstre on purge la tribune ,

J'y monte; et mes talents , voués à la fortune ,

Jusqu'à la prose encor voudront bien déroger;

Mais l'abus ne pouvant sitôt se corriger,

Qu'on me laisse à mon gré , n'aspirant qu'à la gloire ,

Des titres du Parnasse ennoblir ma mémoire,

Et primer dans un art plus au-dessus du droit ,

Plus grave, plus sensé , plus noble qu'on ne croit

La fraude impunément, dans le siècle où nous sommes,

Foule aux pieds l'équité , si précieuse aux hommes :

Est-il pour un esprit solide et généreux,

Une cause plus belle à plaider devant eux?

Que la fortune donc me soit mère ou marâtre ,

C'en est fait , pour Barreau je choisis le théâtre.

Pour client la vertu , pour loi la vérité ,

Et pour juges mon siècle et la postérité.

Infortuné! je touche à mon cinquième lustre ,

Sans avoir publié rien qui me rende illustre !

On m'ignore ; et je rampe encore , à l'âge heureux

Où Corneille et Racine étaient déjà fameux ?

Ils ont dit , il est vrai , presque tout ce qu'on pense ;

Leurs écrits sont des vols qu'ils nous ont faits d'avance.

Mais le remède est simple ; il faut faire comme eux :

Ils nous ont dérobé , dérobons nos neveux ;

Et, tarissant la source où puise un beau délire,

A tous nos successeurs ne laissons rien à dire.

Un démon triomphant m'élève à cet emploi :

Malheur aux écrivains qui viendront après moi !

{ La Métromanië.)

Un poêle pendant la première représentation de sa pièce.

Je ne me connais plus , aux transports qui m'agitent ; En tous lieux , sans dessein , mes pas se précipitent.

Le noir pressentiment , le repentir, l'effroi , Les présages fâcheux , volent autour de moi. Je ne suis plus le même enfin depuis deux heures. Ma pièce auparavant me semblait des meilleures : Maintenant je n'y vois que d'horribles défauts, Du faible, du clinquant, de l'obscur et du faux. De là , plus d'une image annonçant l'infamie ! La critique éveillée , une loge endormie , Le reste , de fatigue et d'ennui harassé ; Le souffleur étourdi, l'acteur embarrassé, Le théâtre distrait , le parterre en balance , Tantôt bruyant , tantôt dans un profond silence; Mille autres visions , qui toutes dans mon cœur Font naître également le trouble et la terreur.

(Regardant à sa montre.)

Voici l'heure fatale où l'arrêt se prononce !

Je sèche; je me meurs. Quel métier! j'y renonce.

Quelque flatteur que soit l'honneur que je poursuis ,

Est-ce un équivalent à l'angoisse où je suis ?

Il n'est force , courage , ardeur, qui n'y succombe,

Car enfin , c'en est fait ; je péris , si je tombe.

Où me cacher, où fuir, et par où désarmer

L'honnête oncle qui vient pour me faire enfermer?

Quelle égide opposer aux traits de la satire?

Comment paraître aux yeux de celle à qui j'aspire ?

De quel front, à quel titre oserais-je m'offrir,

Moi , misérable auteur , qu'on viendrait de flétrir ?

Mais mon incertitude est mon plus grand supplice.

Je supporterai tout, pourvu qu'elle finisse.

Chaque instant qui s'écoule , empoisonnant son cours,

Abrège au moins d'un an le nombre de mes jours.

1 [LaMétrvmanie.)

Voyage à Beanne.

Suprà dorsum meum fabricaverunt peccatores ; prolongaverunt iniquitatem suam '•

Voilà en deux mots le résultat du voyage fatal dont vous avez fait le premier pas avec moi. Je trouve une lettre de M. Michel, qui finit par ces mots : « Si jamais vous avez à passer à Beaune, n'y passeï, mon cher, qu'incognito , et croyez-moi. » Chacun me renouvelait cet avis ; mais on ne peut tenir contre sa destinée : j'ai toujours voulu croire les Beaunais plus scrupuleux sur le chapitre de l'hospitalité, à l'égard, surtout, d'un enfant d'Apollon.

Je suis persuadé, dans toutes les provinces, Qu'Arétin fut jadis très respecté des princes : J'espérais de ce peuple encor plus de bonté. Pardonnez , chère épaule, à ma crédulité. Je n'ai pu soupçonner mon ennemi d'un crime : Malgré lui-même enfin, je l'ai cru magnanime.

Tout aura sa place : il ne faut pas commencer par la péroraison. Vous savez ce qui m'arriva jusqu'à notre séparation, rien que d'honerable , rien que d'heureux. Voici le reste. Il n'est pas besoin de vous dire que vous me laissâtes à la Grande Justice. A peine m'aviezvous quitté , que je fus accosté du vieux curé de Vougeot;nous liâmes ensemble un entretien qui me laissa passer trois ou quatre heures sans chagrin.

Enfin nous nous quittâmes. Je ne laissai pas de le regretter ; je

restais avec une compagnie taciturne Les courses de nuit sont

déjà si ennuyantes! Celle-là, surtout, avait je ne sais quoi déplus triste, de plus trouble que les autres.

Du haut de la voûte azurée, La maîtresse d'Endymion 2 A peine éclairait d'un rayon Notre marche mal assurée :

1. C'est sur mon dos que les les maux que lui avaient faits ses

pécheurs ont battu le fer et pro- ennemis. Piron les détourne de

longé leur iniquité. Ces mots, ti- leur sens figuré pour les prendre

rés du psaume 128, v. 3, sont au propre: il est impossible de faire

de David, qui représente, sous une application plus plaisante. ,

cette expression métaphorique, 2. La lune. I

La nuit d'un vaste crêpe environnait ses feux ; Tout, jusqu'à la verdure, était noir à nos yeux. Aucun ruisseau voisin, de son tendre murmure,

N'égayait les tristes passants ;

Des oiseaux de mauvais augure

Les cris funèbres et perçants

Jetaient l'effroi dans la nature.

Les présages fâcheux, noirs enfants de la nuit, Me la rendaient encor plus lugubre et plus noire* J'eus des pressentiments de je ne sais quel bruit,

Et vous verrez par ce qui suit

Si je ne devais pas les croire.

Pour comble d'incommodité , n'alla-t-il pas tomber une pluie désespérée! Vous savez quel vernis cela donne aux horreurs de l'obscurité. Chacun maudit l'instant où il était sorti de Dijon. Moi seul, inébranlable, je gageai contre le ciel d'être de bonne humeur : en effet, ma gaieté se maintint contre la tempête et l'orage , qui durèrent seulement jusqu'aux portes de Nuits , où je repris des forces. Je ne respirais que désordre et remue-ménage. Malheur à qui s'avisait de dormir à mes côtés 1

A moi, garçon, vite à grand trait

Verse à toute la bande !

À toi, Pontoir, à toi, Maret,

A la santé de Lande '.

Pour savourer ce jus si bon

Que le pays nous donne, . Que ce coup n'est-il aussi long

Qu'on a l'oreille à Beaune 2!

1. Noms des compagnons de grandeur et la beauté des Anes voyage de Piron. nourris aux environs de Beaune ,

2. Remarquez ce mot. On sait avaient fait transporter aux habiqu'autrefois il y avait, entre les tants de cette ville le nom à' ânes villes des mêmes provinces, des ja- de Beaune; les Dijonais, et en lousies, quelquefois des inimitiés particulier Piron, avaient abusé assez vives. De là des querelles de ce surnom ridicule ; c'était là souvent sanglantes , et des sobri- l'origine de la querelle que notre quets plus ou moins injurieux auteur raconte ici, qui faillit se (voy. ci-dessus, page 121). La terminer si tristement.

Il est tel endroit où une chanson du Pont-neuf remporte sur celle du Palais-Royal : chacun voulut savoir la mienne ; on la répéta pendant deux heures à gorge déployée. Au bout de quelque temps la station finit, et nous partîmes, voulant nous rendre à Beaune de bonne heure.

A l'aspect de ce redoutable haras ', mon cœur battit comme celui de l'infortuné Régulus, quand, à son retour, il découvrit les tours de Garthage; mais il n'était plus temps de reculer. Après avoir donc arboré le pavillon blanc, c'est-à-dire après avoir épanoui les couleurs de Dijon sur mon chapeau , j'entrai fièrement sur les terres ennemies, en me recommandant à la dame de mes pensées. Quoiqu'il ne fût que cinq heures, l'espoir du spectacle faisait déjà fourmiller les rues de monde.

Me voyant au milieu de ce peuple amassé, J'avais l'orgueil et la malice De me prendre pour un Ulysse Entrant à la cour de Circé.

Un vieux ami de mon père m'emporta chez lui pour y dîner, quand tout à coup chacun court à la fenêtre : moi seul , pour voir de plus près, je voulus descendre dans la rue : aussi rien ne m'échappa ; je puis même dire que je vis une fois plus qu'un autre. Ce tintamarre annonçait l'ouverture du prix où les chevaliers de dix villes marchaient en bel ordre. Ceux de Chaumont , comme les plus étrangers» avaient le pas. NosDijonais suivaient; ils voulurent, en passant vers moi, m'emmener avec eux , me disant à l'oreille qu'ils m' avaient entendu menacer. Je m'excusai opiniâtrement de les suivre , sous prétexte que j'étais sans épée. Quant aux menaces, je leur dis :

Allez, je ne crains pas leur impuissant courroux ; Et quand je serais seul, je les bâterais2 tous.

L'ordre de la marche entraîna ces honnêtes importuns , et m'en délivra. Chàlons, Saulieu, Clagny, Nuits, Sémur, et deux autres villes dont j'ai oublié les noms , parurent après. Les chevaliers de

1. Autre allusion injurieuse, tous » du verbe battre. Piron, en Beaune est une ville et non pas allongeant l'a, et donnant une un haras. syllabe déplus, prend le condi-

2. Jeu de mots injurieux. Le tioimel du verbe bâter, mettre un terme naturel, en parlant de ses bât, ce qui ne se peut dire que ennemis , est ; « Je Us battrais des ânes.

PIHON. 231

Beanne parafent enfin sous la livrée verte. Dès que j'en fus aperçu , mon nom courut de gueule en gueule , et vola par les airs. On porta, d'un bout de la troupe à l'autre, la main sur le cimeterre ; en un mot, j'en vis briller quarante à mes yeux , dont toutes les pointes se tournèrent de mon côté. Vous me croyez perdu, tant s'en faut. Toutes ces pointes baissées avec l'étendard m'honorèrent d'une salve militaire, qu'au milieu de tout ce vacarme je reçus d'un air tranquille et reconnaissant , le bonnet au poing , le corps incliné , l'index de la main droite sur la bouche, promettant par ce signe de ne rien dire. J'eusse tenu ma promesse, si la jeunesse outre-cuidée , qui suivait ces bons et loyaux chevaliers, n'eût rompu ce traité de paix. Ces rossignols !, la plume sur l'oreille , le fusil sur l'épaule , marchaient cinq à cinq ; comme le ruisseau du milieu de la rue coulait abondamment, chaque soldat du milieu , pour ne pas rompre son rang , marchait dans la posture du colosse de Rhodes. Je ne pus m'empêcher d'en plaisanter avec ceux qui m'entouraient. La superbe infanterie me fit une décharge de regards foudroyants , que je payai d'un sourire de mauvais augure : nous ne nous fîmes pour lors aucun mal. Tous ces coups-là et ce spectacle finirent. Le torrent curieux m'entraîna aux buttes où s'allait disputer le prix.

Un feuillage agréable , assez bien ajusté ,

Formait un long rang de portiqties

Servant de face à quantité

De loges frêles et rustiques :

De longs ais sous chacune, appuyés par les bouts,

Tremblaient sous le poids des bouteilles;

Et, dansant au son des glougloux, Des chantres alentour y brisaient les oreilles. Tandis que, sur un Noir 2 éloigné de cent pas,

Mars, las d'ensanglanter la terre , Et frappant les échos du bruit de son tonnerre, Signalait à nos yeux l'adresse de son bras.

En passant par la grand'rue, je vis un une arrêté, auquel j'attachai une belle tresse de rubans verts, en lui disant ; Marche* au but.

1. Autre allusion maligne. Le cadie. Piron jonc sur ce mot. cri de l'âne étant extrêmement 2. Dans les jeux d'adresse et de

désagréable, on l'a nommé par tir, on met souvent pour but nu

antiphrase un rossignol d'Ar- homme à face noire.

232 vers.

Les témoins qui n'étaient pas de Beaune en rirent; mais j'ai su que les citadins en avaient juré vengeance. En l'attendant, je soupai comme un roi.

Je m'informai du feu de la veille à quelques Beaunais , qui me dirent que le bruit du canon avait brûlé les épitaphes K Ce jour-là je fus Uaité splendidement aux pères de l'Oratoire , en considération d'un frère que j'ai chez ces messieurs. Ils m'invitèrent à venir le lendemain à des thèses que leurs jeunes pensionnaires soutenaient sur l'histoire romaine. Il m'en passa un trait par l'esprit, qui me fit faire cette épigramme sur les àneries si célèbres et si ordinaires de la Maison-de- Ville de Beaune.

Pour consul à Rome autrefois D'un cheval le sénat fit choix :

Ainsi le rapporte Suétone. ;

Après un tel événement, Je ne m'étonne nullement Qu'on ait vu si souvent un âne maire à Beaune.

Voici le commencement de mes infortunes. J'en précipiterai le cours, pour vous moins ennuyer, si je vous suis indifférent, et vous chagriner moins, si vous m'aimez. Je m'avisai, sur les deux heures du soir, d'aller à la comédie. La première et la meilleure scène que j'eus, fut la réponse d'un Beaunais bel-esprit, à qui je demandai quelle pièce on jouait ; Les Fureurs de Scapin, me répondit-il. Je croyais, repris-je ; que c'était les Fourberies d'Oreste 2. A ce mot, qui fut hébreu pour lui , nous entrâmes dans le parterre. J'y fus bientôt reconnu d'une troupe de jeunes bourgeois qui se carraient sur la scène , aussi fiers que quand on les étrille 3. Ils m'envoyèrent cent quolibets, et je n'y répondis que trop; quand les comédiens, qui commencèrent, nous obligèrent à finir, au grand regret des rieurs. Tel est le lièvre, tel on le tue ; c'est-à-dire que la pièce fut jouée pitoyablement. Cependant, comme il y a bien des coups donnés dans cette farce, elle emporta l'applaudissement général. Un petit maître

1. Piron leur fait dire toutes Fureurs d'Oreste, dans IMwirosortes de sottises; et il n'est pas maque de Racine, sont célèbres; question à'épitaphe; ils veulent et les Fourberies de Scapin sont le dire les épigraphes ou inscrip- titre d'une pièce de Molière. tions. 3. Nouvelle allusion au sobri-

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