‹ Modèles de littérature française (volume 2)Chapitre 99 sur 168 · La gravitation. équinoxes · texte numérisé non relu

La gravitation. équinoxes

tutoeUement.

Dans nos jours passagers de peines, de misères, Enfants d'un même Dieu, vivons du moins en frères; Aidons-nous l'un à l'autre à porter nos fardeaux ; Nous marchons tous courbés sous le poids de nos maux ; Mille ennemis cruels assiègent notre vie, Toujours par nous maudite, et toujours si chérie. Quelquefois, dans nos jours consacrés aux douleurs, Par la main du plaisir nous essuyons nos pleurs; Mais le plaisir s'envole et passe comme une ombre : Nos chagrins, nos regrets, nos pertes sont sans nombre. Notre cœur égaré, sans guide et sans appui, Est brûlé de désirs, ou glacé par l'ennui. Nul de nous n'a vécu sans connaître les larmes. De la société les secourables charmes Consolent nos douleurs au moins quelques instants ; Remède encor trop faible à des maux si constants. Ah ! n'empoisonnons pas la douceur qui nous reste. Je crois voir des forçats, dans leur cachot funeste, Se pouvant secourir, l'un sur l'autre acharnés, Combattre avec les fers dont ils sont enchaînés.

(DUeourt pUh$ophi^*$à.)

Le* Avienrs fraaçal* J«f H par Voltaire*

On nous fit voir ensuite la bibliothèque de ee palais enchanté : cUe n'était pas ample. Oft croira bien que nous n'y trou y âmes pas

L'amas curieux et bizarre De vieux manuscrits vermoulus , Et la suite inutile et rare D'écrivains qu'on n'a jamais lus.

Le dieu daigna de sa main même

En leur rang placer ses auteurs , Qu'on lit, qu'on estime , et qu'on aime , Et dont la sagesse suprême N'a ni trop, ni trop peu de fleurs.

Presque tous les livres y sont corrigés et retranchés de la main des muses. On y voit entre autres l'ouvrage de Rabelais, réduit tout au plus à un demi-quart.

Marot qui n'a qu'un style, et qui chante du même ton les Psaumes de David et les merveilles d'Alix, n'a plus que huit ou dix feuillets. Voiture et Sarrasin n'ont pas à eux deux plus de soixante pages.

Tout l'esprit de Bayle se trouve dans un seul tome , de son propre aveu; car ce judicieux philosophe, ce juge éclairé de tant d'auteurs et de tant de sectes, disait souvent qu'il n'aurait pas composé plus d'un in-folio s'il n'avait écrit que pour lui , et non pour les libraires.

Enfin on nous fit passer dans l'intérieur du sanctuaire. Là , les mystères du dieu furent dévoilés ; là, je vis ce qui doit servir d'exemple à la postérité : un petit nombre de véritablement grands hommes s'occupaient à corriger ces fautes de leurs écrits excellents qui seraient des beautés dans les écrit» médiocres.

L'aimable auteur du Télémaque retranchait des répétitions et des détails inutiles dans son roman moral, et rayait le titre de poème épique que quelques zélés indiscrets lui donnent ; car il avoue sincèrement qu'il n'y a point de poëme en prose.

L'éloquent Bossuet voulait bien rayer quelques familiarités échappées à son génie vaste, impétueux et facile, lesquelles déparent un peu la sublimité de ses Oraisons funèbres ; et il est à remarquer qu'il ne garantit point tout ce qu'il a dit de la prétendue sagesse des anciens Égyptiens.

Ce grand , ce sublime Corneille , Qui plut bien moins à notre oreille Qu'à notre esprit , qu'il étonna; Ce Corneille qui crayonna L'âme d'Auguste et de Cinna , De Pompée et deComélie, Jetait au feu sa Pulchérie y Agésilaset Suréna, Et sacrifiait sans faiblesse Tous ces enfants infortunés ,

256 vers.

Fruits languissants de sa vieillesse , Trop indignes de leurs aînés.

Plus pur , plus élégant , plus tendre , Et parlant au cœur de plus près , Nous attachant sans nous surprendre»

Et ne se démentant jamais, Racine observe les portraits De Bajazet, de Xipharès, De Britannicus, d'Hippolyte.

A peine il distingue leurs traits :

Ils ont tous le même mérite :

Tendres, galants , doux et discrets ; Et F Amour, qui marche à leur suite, Les croit des courtisans français.

Toi , favori de la nature , Toi , La Fontaine , auteur charmant, Qui, bravant et rime et mesure, Si négligé dans ta parure , N'en avais que plus d'agrément; Sur tes écrits inimitables Dis-nous quel est ton sentiment :

Éclaire notre jugement Sur tes contes et sur tes fables.

La Fontaine, qui avait conservé la naïveté de son caractère, et qui , dans le Temple du Goût , joignait un sentiment éclairé à cet heureux et singulier instinct qui l'inspirait pendant sa vie, retranchait quelques unes de ses fables. Il accourcissait presque tous ses contes, et déchirait les trois quarts d'un gros recueil d'œuvres posthumes, imprimées par ces éditeurs qui vivent des sottises des morts*

Là régnait Despréaux , leur maître en Fart d'écrire, Lui qu'arma la raison des traits de la satire , Qui, donnant le précepte et l'exemple à la fois, Établit d'Apollon les rigoureuses lois.

Il revoit ses enfants avec un œil sévère ; De la triste Équivoque il rougit d'être père,

Et rit des traits manques du pinceau faible et dur Dont il défigura le vainqueur de Namur : Lui-même il les efface , et semble encor nous dire : «Ou sachez vous connaître, ou gardez-vous d'écrire. »

Despréaux, par un ordre exprès du dieu du Goût, se réconciliait avec Quinault, qui est le poète des grâces comme Despréaux est le poète de la raison.

Mais le sévère satirique Embrassait encore en grondant Cet aimable et tendre lyrique , Qui lui pardonnait en riant

c Je ne me réconcilie point avec tous , disait Despréaux, que vous ne conveniez qu'il y a bien des fadeurs dans ces opéras si agréables. — Gela peut bien être, dit Quinault; mais avouez aussi que vous n'eussiez jamais fait A lys ni Armide,

« Dans vos scrupuleuses beautés , Soyez vrai, précis, raisonnable : Que vos écrits soient respectés; Mais permettez-moi d'être aimable. »

Après avoir salué Despréaux et embrassé tendrement Quinault, je m l'inimitable Molière, et j'osai lui dire :

Le sage , le discret Térence Est le premier des traducteurs ; Jamais dans sa froide élégance Des Romains il n'a peint les mœurs.

Tu fus le peintre de la France :

Nos bourgeois à sots préjugés , Nos petits marquis rengorgés , Nos Robins toujours arrangés , Chez toi venaient se reconnaître ; Et tu les aurais corrigés , Si l'esprit humain pouvait l'être.

«Ah ! disait-il, pourquoi ai je été forcé d'écrire quelquefois pour le peuple ? Que n'ai-je toujours été le maître de mon temps I j'aurai trouvé des dénouements plus heureux. ; j'aurais moins, fait descendre mon génie au bas comique. »

C'est ainsi que tous ces maîtres de l'art montraient leur supériorité, en avouant ces erreurs auxquelles l'humanité est soumise , et dont nul grand homme n'est exempt.

(Le TcmpWuGoa*.}

Stances sur le Louvre.

Monument imparfait de ce siècle vanté Qui sur tous les beaux-arts a fondé sa mémoire , Vous verrai-je toujours , en attestant sa gloire , Faire un juste reproche à sa postérité ?

Faut-il que Ton s'indigne alors qu'on vous admire ; Et que les nations qui veulent nous braver , Fières de nos défauts , soient en droit de nous dire Que nous commençons tout, pour ne rien achever ?

Sous quels débris honteux, sous quel amas rustique On laisse ensevelis ces chefe-d'œuvre divins ! Quel barbare a mêlé la bassesse gothique A toute la grandeur des Grecs et des Romains ?

Louvre , palais pompeux , dont la France s'honore , Sois digne de ce roi , ton maître et notre appui ; Embellis les climats que sa vertu décore , Et dans tout ton éclat montre-toi comme lui

(Poitiet mitém.)

Triolet a M. Tlton de TUlet.

Dépêchez-vous, monsieur Titon, Enrichissez votre Hélicon1;

1. Titon de Tillet a fait faire royale. C'est le Mont-Parnasse, où un groupe en bronze , aujour- il a placé à diverses hauteurs les d'hui conservé à la bibliothèque principaux poètes français.

Placez-y sur un piédestal Saint-Didier, Danchet et Nadal ; Qu'on voie armés du même archet Nadal, Saint-Didier et Danchet; Et couverts du même laurier Danchfit, Nadal et Saint-Didier.

(Poi$ies mêlées.}

Portrait de M. deXaFaje.

Il a réuni le mérite

Et d'Horace et de Pollion,

Tantôt protégeant Apollon,

Et tantôt chantant à sa suite.

Il reçut deux présents des dieux,

Les plus charmants qu'ils puissent faine ;

L'un était le talent de plaire,

L'autre le secret d'être heureux.

Impromptu à M. TUlrlot qui s'était fait peindre la Henrlade a la main (175B).

Si je voyais ce monument,

Je dirais, rempli d'allégresse :

« Messieurs , c'est mon plus cher enfant ,

Que mon meilleur ami caresse. »

/ A Madame la duchesse de Bouillon.

Deux Bouillon tour à tour ont brillé dans le monde , Par la beanté, h caprice-, et Fesprit : Mais la première eût crevé de dépit Si par malheur elle eût vu ta seconde.

On dit que notre ami Coypel Imite Horace et Raphaël :

A les surpasser il s'efforce ; Et nous n'avons point aujourd'hui De rimeur peignant de sa force, Ni peintre rimant comme lui.

Invitation a H. Bernard , auteur de l'Art d'aimer, pour souper chez madame Bu Châtelet.

Au nom du Pinde et de Cythère, Gentil Bernard, sois averti Que Y art d'aimer doit samedi Venir souper chez Fart de plaire.

A on bavard.

Il faudrait penser pour écrire ;

Il vaut encor mieux effacer.

Les auteurs quelquefois ont écrit sans penser. Gomme on parle souvent sans avoir rien à dire.

Impromptu écrit sur la feuille du suisse de H. le dan de La Yalllere , h qui l'auteur allait demander la rorna^p ** Gabrlelle de Vergy.

Envoyez-moi par charité Gette romance qui sait plaire, Et que je donnerais par pure vanité, Si j'avais eu le bonheur de la faire.

Éplgramme sur la mort de H. d'Aube t.

« Qui frappe là? dit Lucifer.

— Ouvrez, c'est d'Aube. » Tout l'enfer

A ce nom fuit et l'abandonne.

i. Neveu de Fontenelle et dis- le voir. Voyez le portrait qu'en puteur si insupportable que ses fait Rulhïères dans son poème des meilleurs amis avaient renoncé à Disputes.

« Oh ! oh ! dit d'Aube, en ce pays On me reçoit comme à Paris ; Quand j'allais voir quelqu'un, je ne trouvais personne. »

de Pompadour, dessinant une tête.

Pompadour, ton crayon divin Devait dessiner ton visage :

Jamais une plus belle main N'aurait fait un plus bel ouvrage.

inscription pour un cadran solaire , demandée à l'antenr.

Vous qui vivez dans ces demeures , Ètes-vous bien ? tenez-vous-y ; Et n'allez pas chercher midi A quatorze heures.

La grandeur de Dieu , traduction de Sady, poète persan.

Il sait distinctement ce qui ne fut jamais.

De ce qu'on n'entend point son oreille est remplie.

Prince , il n'a pas besoin qu'on le serve à genoux ,

Juge , il n'a pas besoin que sa loi soit écrite.

De l'éternel burin de sa prévision ,

Il a tracé nos traits dans le sein de nos mères.

De l'aurore au couchant , il porte le soleil.

Il sème de rubis les masses des montagnes.

Il prend deux gouttes d'eau : de l'une il fait un homme ,

De l'autre il arrondit la perle au fond des mers ,

L'Être au son de sa voix fut tiré du néant.

Qu'il parle , et dans l'instant l'univern va rentrer

Dans les immensités de l'espace , et du vide ;

Qu'il parle , et l'univers repasse en un clin d'oeil

Des abîmes du rien dans les plaines de l'être.

{K$$ai*ur le» mœurs.)

GRESSET (JBAïf-BàPTisTe-Locre) naquit à Amiens. Il fit ses études chez les Jésuites et fut reçu dans leur ordre à 16 ans, d'après les instances de ses parents et tes sollicitations de ces religitax.; il parait que ses dispositions particulières ne le portaient guère à cet état, puisque, lorsqu'il le quitta , il écrivit à l'abbé Marquet :

La prophétie est accomplie , Cher abbé, je reviens à toi ; La métamorphose est finie Et mes jours enfin sont à moi.

Il vint à Paris , et entra au collège de Louis-le-Grand. Ce fut là qu'il composa le délicieux poème de Ver-vert ; ce chef-d'œuvre unique dans son genre , excita à son apparition dans le monde une surprise d'autant plus grande que l'auteur était presque dans les ordres , et qu'il n'avait jamais vu que les murs de son collège.

Ce succès toutefois ne fut pas sans quelque nuage. La supérieure de la Visitation de Nevers fut très offensée que Gresset eût pris an couvent pour le théâtre des aventures imaginaires d'un perroquet. Moins sage que le clergé delà Sainte-Chapelle de Paris, qui, dans le siècle précédent, avait applaudi sans aucune restriction aux plaisanteries bien autrement fortes du Lutrin , elle se plaignit et fit exiler e jeune poète à soixante lieues de Paris , au collège des Jésuites de la Flèche. Gresset nous a conservé le souvenir de cet abus d'autorité et de despotisme religieux dans une lettre en vers et en proie, adressée à madame Duperche , où il fait une relation très gaie de son triste voyage.

Gresset a encore donné d'autres ouvrages , remarquables surtout par la facilité , l'éloquence et la douceur de son style; des épi très, des contes, des stances et sa belle comédie du Méchant.

Il mourut en 1777.

Sociétés de Parte.

Paris! il m'ennuie à la mort,

Et je ne vous fais pas un fort grand sacrifice

En m'éloignant d'un monde à qui je rends justice.

Tout ce qu'on est forcé d'y voir et d'endurer

Passe bien l'agrément qu'on y peut rencontrer.

Trouver à chaque pas des gens insupportables,

Des flatteurs , des valets , des plaisants détestables ,

Des jeunes gens d'un ton , d'une stupidité !. . .

Desfemmes d'un caprice , et d'une fausseté !...

Des prétendus esprits souffrir la suffisance ,

Et la grosse gaîté de l'épaisse opulence ;

Tant de petits talents où je n'ai pas de foi ;

Des réputations on ne sait pas pourquoi;

Des protégés si bas ! des protecteurs si bêtes !...

Des ouvrages vantés qui n'ont ni pied ni têtes ;

Faire des soupers fins où l'on périt d'ennui;

Veiller par air; enfin , se tuer pour autrui !

Franchement des plaisirs , des biens de cette sorte ,

Ne sont pas , quand on pense , une chaîne bien forte ;

Et, pour vous parler vrai, je trouve plus sensé

Un homme sans projets, dans sa terre fixé ,

Qui n'est ni complaisant , ni valet de personne ,

Que tous ces gens brillants qu'on mange , qu'on friponne,

Qui , pour vivre à Paris avec l'air d'être heureux ,

Au fond n'y sont pas moins ennuyés qu'ennuyeux.

{Le Mécha»U)

Le Monde.

Oh bon ! quelle folie ! êtes-vous de ces gens

Soupçonneux, ombrageux? croyez- vous aux méchants ?

Et réalisez-vous cet être imaginaire ,

Ce petit préjugé qui ne va qu'au vulgaire ?

Pour moi , je n'y crois pas, soit dit sans intérêt.

Teut le monde est méchant , et personne ne l'est :

264 x vers.

On reçoit et Ton rend, on est à peu près quitte.

Parlez-vous des propos? Comme il n'est ni mérite,

Ni goût, ni jugement qui ne soit contredit,

Que rien n'est vrai sur rien , qu'importe ce qu'on dit ?

Tel sera mon héros, et tel sera le vôtre :

L'aigle d'une maison n'est qu'un sot dans une autre.

Je dis ici qu'Eraste est uu mauvais plaisant ;

Hé bien , on dit ailleurs qu'Eraste est amusant

Si vous parlez des faits et des tracasseries ,

J'y n'y vois , dans le fond , que des plaisanteries ;

Et si vous attachez du crime à tout cela ,

Beaucoup d'honnêtes gens sont de ces fripons-là :

L'agrément couvre tout , il rend tout légitime.

Aujourd'hui dans le monde on ne connaît qu'un crime;

C'est l'ennui : pour le fuir, tous les moyens sont bons.

Il gagnerait bientôt les meilleures maisons,

Si l'on s'aimait si fort : l'amusement circule

Par les préventions , les torts , le ridicule.

Au reste , chacun parle et fait comme il entend :

Tout est mal , tout est bien , tout le monde est content

(U Méchant.)

La Faveur.

Au sein des mers, dans une île enchantée, Près du séjour de l'inconstant Protée, Il est un temple élevé par l'Erreur.

Où la brillante et volage Faveur, Semant au loin l'espoir et les mensonges , D'un air distrait fait le sort des mortels. Son faible trône est sur l'aile des Songes; I^es Vents légers soutiennent ses autels. Là , rarement la Raison , la Justice , Ont amené les mortels vertueux ; L'Opinion , la Mode et le Caprice Ouvrent le temple , et nomment les heureux.

Eu leur offrant la coupe délectable ,

Sous le nectar cachant un noir poison ,

La Déité daigne paraître aimable ,

Et d'un sourire enivre leur raison ;

Au même instant , l'agile Renommée

Grave leur nom sur son char lumineux.

Jouet constant d'une vaine fumée ,

Le monde entier se réveille pour eux ;

Mais, sur la foi de Tonde pacifique ,

A peine ils sont mollement endormis ,

Déifiés par Terreur léthargique

Qui leur fait voir , dans des songes amis ,

Tout l'univers à leur gloire soumis ,

Dans ce sommeil d'une ivresse riante ,

En un moment , la Faveur inconstante

Tournant ailleurs son essor incertain ,

Dans des déserts, loin de l'île charmante,

Les aquilons les emportent soudain ,

Et leur réveil n'offre plus à leur vue

Que des rochers d'une plage inconnue ,

Qu'un monde obscur, sans printemps, sans beaux jours,

Et que des cieux éclipsés pour toujours.

(ÉpUrt à ma muM.)

La vie humaine.

Je me suis fait du sort humain Une peinture trop fidèle ; Souvent dans les champêtres lieux Ce portrait frappera vos yeux.

En promenant vos rêveries Dans le silence des prairies , Tous voyez un faible rameau Qui , par les jeux du vague Éole , Enlevé de quelque arbrisseau , Quitte sa tige , tombe , vole T. n# 12

,2«6 tobs.

Sur la surface d'un ruisseau ;

Là , par une invincible pente , '

Forcé d'errer et de changer ,

Il flotte au gré de Fonde errante ,

Et d'un mouvement étranger :

Souvent il paraît , il surnage ;

Souvent il est au fond des eaux ;

Il rencontre sur son passage

Tous les jours des pays nouveaux ,

Tantôt un fertile rivage

Bordé de coteaux fortunés ,

Tantôt une rive sauvage ,

Et des déserts abandonnés»

Parmi ces erreurs continues

Il fuit , il vogue jusqu'au jour

Qui l'ensevelit à son tour

Au sein de ces mers inconnues

Où tout s'abîme sans retour.

(4a Charttum.)

v«vtfte*l«Fi*elt*.

En quittant ces séjours pleins de charmes ,

Un jour auparavant égayés par nos ris ,

Presque tenté de verser qpafrQ laimes , Je suivais lentement des sentiers moins fleuris : j

• Frappé d'une humeur léthargique ,

Toujours confident de mon cœur, j

Mon esprit se livrait & ma tendre douleur ;

Et l'allure mélancolique

De ma montute apoplectique

Redoublait enoor ma langueur ; Quand enfin , réveillé par le bruit des sonnette* Du Mercure crotté qui guidait nos maatettes , Je vis les compagnons auxquels dans ce beau cours

Le sort m'attelait pour deux jours.

De cinq qu'ils étaient, je ne vous parlerai que d'un; les autres n'étaient là que pour balayer quatorze lieues de crotte, et me parurent avoir pris congé depuis longtemps de tout esprit et de tout amusement, à l'exception d'un mien confrère, qui riait à répétition une fois par heure, et qui est, pour la gaieté , de la même trempe à peu près que le cadet la Vedette !, quand il sable un œuf à la Hurfault. Ainsi, mon unique consolation fut un vieux cordelier qui revenait des eaux de Bourbon pour se faire enterrer à la Flèche.

Attendu la paralysie , Il ne pouvait chevaucher aisément ; Mais à l'aide d'un cabestan r Nous le guindions artistement Sur la piteuse haquenée Que le diable avait condamnée A remporter le révérend.

Quoique le boa patbr n'eût plus que les facultés de l'âme, il tâchait encore d'être drôle, et me contait de la meilleure foi du monde toutes ses histoires : je vous les dirais bien , mais je ne me charge point de les écrire. Il est ici le geôlier de trente-quatre nonnes qui le font enrager, à ce qu'il m'assura ; mais je brise sur cet article.

Attaquez-vous par quelque raiMerie Un régiment d'in&nterie , Mars ne fera qu'en rire , il s'en amusera. Mais si par malheur votre muse A draper des nonnes s'amuse , L'amour-propre s'en vengera; Dévotement il rugira , Et bientôt il vous poursuivra Jusqu'à la Flèche et par-delà*...

Nous passâmes par je ne sais quel bourg où notre messager nous promettait, comme un magnifique spectacle, une grande fbire.

Otk Ton venait de vingt cantons :

J'y vis trois ânes , cinq moutons ,

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