‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 111 sur 127 · LAMENNAIS · texte numérisé non relu

LAMENNAIS

LAMENNAIS ( Robbrt-Félicité , abbé de ) naquit à Saint-Malo le 19 juin 1783. V Essai sur Cindifférence en matière de religion^ dont )e premier volume parut en 1817, fit dans le public une sensation extraordinaire. On peut dire qu^à Texception de quelques pages dont la forme ne paraît pas assez châtiée ni assez sévère, c^est un livre écrit avec cette éloquence vive et passionnée dont il semblait que J.-J. Rousseau eût, en mourant, emporté le secret. Les Paroles d'un Croyant , ouvrage dont le fond a été diversement apprécié , n'est littérairement qu'une magniûque imitation du style biblique , et le Livre du Peuple ^ dernière production de Tauteur, n'offre qu'un reflet pâle et affaibli d'un grand talent, appelé, nous Tespérons, à jeter encore quelques lueurs vives et pures.

L*élalillsseiiieiit da dirlstlanlsnie.

Armé d'une croix de bois, on le vit tout à coup s'avancer au milieu des joies enivrantes et des religions dissolues d'un monde vieilli dans la corruption. Aux fêtq^ brillantes du paganisme, aux gracieuses images d'une mythologie enchanteresse, à la commode licence de la morale philosophique , à toutes les séductions des arts et des plaisirs, il oppose lés pompes de la douleur, de graves et lugubres cérémonies, les pleurs delà pénitence, des menaces terribles, de redoutables mystères, le faste effrayant de la pauvreté, le sac, la cendre et tous les symboles d'un dépouillement absolu et d'une consternation profonde ; car c'est là tout ce que l'univers païen aperçut d'abord dans le christianisme. Aussitôt les- passions s'élancent avec fureur contre l'ennemi qui se présente pour

UlU PROSE.

leur disputer Fempire. Les peuples, à grands flots, se précipitent sous leurs bannières, l'avarice y conduit les jM^êtres des idoles ; Forgueil y amène les sages, et la politique les empereurs. Alors commence une guerre effroyable : ni l'âge ni le sexe ne sont épai^nés; les fdaces publiques, les routes, les champs mêmes, et jusqu'aux lieux les plus déserts se couvrent d'instruments de torture, de chevalets, de bûchers, d'échafauds ; les jeux se mêlent au carnage ; de toutes parts on s'empresse pour jottir de l'agonie et de la mort des innocents qu'on égc»^e ; et ce cri barbare : Le» chrétiens aux IwnsI fait tressaillir de joie une multitude ivre de sang. Mais dans ces épouvantables holocaustes, que l'on se hâte d'offrir à des divinités expirantes , il faut que chacune ait ses victimes choisies ; et une cruauté ingémeuse invente de nouveaux supplices pour la pudeur. Enfin^, les bourreaiix fatigués s'arrêtent, b hache échappe de leurs mains. Je ne sais quelte vertu céleste, émanée de la croix, commence à les toucher eux-mêmes. A l'exemple de nations entières subjuguées avant eux , ils tombent aux pieds du christianisme , qui en échai^e du repentir leur promet l'immortalité , et déjà leur prodigue l'espérance. Signe sacré de paix et de salut , son radieux étendard flotte au loin sur lesââhnifrdii fiuutisHie écx^akL hts Césars jaloux avaient conjuré sa ruine, et le voilà assis sur le trône des Césars. C(Mnmenta-t-il vaincu tsmt de puissance ? en présentant son sein an glaive, et aux chaînes ses mains désarmées Comment a~t-il triomphé de tant de rage ? en se Mvrant sas» résistance à ses persécotenrs.

{latrvémetiim à Plmdt/fértÊue emmûtierm dcreligitm.)

La Société

Le siècle le plus malade n'est pas celui qui se passionne pour l'eveur, mais le siècle qui néglige , qiû dédaigne la vérité. Il y a encore de la foroe, et par conséquent de l'espoir là où l'on aperçoit de violents traoï^wrts ; mats lorsque tout

LAMENNAIS. hl5

mouvement est éteint , lorsque le pouls a cessé de battre , que le froid a gagné le cœur, qu'attendre alors , qu'une prochaine et inévitable dissolution ?

En vain on essaierait de le dissimuler : la société en Europe s'avance rapidement van» œ terme fatal. Les bruits qui grondent dans son sein , les secousses qni l'ébranlent , ne sont pas le plus effrayant symfttôine qu'elle offre à l'observateur : mais cettte indifférence léthargique où nous la voyons tomber, ce profond assoupissement , qui l'en ticera? qui soufflera sur ces ossements andespow* les ranimer? Le bien , le mal, l'as*^ bre qui donnç la vie et celui <fui produit la mort, nourris par lemtoie sol, croissent au milieu des peuples, qui, sans lever la tête , passent , étendent la main, et saisissent leurs fruits au hasard. Religion , morale, honneur , devoirs , les principes les plus sacrés, comme les plus nobles sentiments , ne sont plas qu'une espèce de rêve; de briUants et légers fantômes qui se jouent un moment dans le lointain de la pensée , pour disparaître bientôt sans retour. Non, jamais rien de semblable ne s'était vu, n'aurait pu même s'imaginer. Il a fallu de longs et persévérants efforts, une lutte infatigable de l'hornuK contre sa conscience et sa raison , pour parvenir enfin à cette brutale insouciance. Arrêtez un moment vos regards sur ce roi de la création : quel avilissement incompréhensible! son esprit affaissé n'est à l'aise que dans les ténèbres. Ignorer est sa joie , sa paix , sa félicité ; il a .perdu jusqu'au désir de connaître ce qui l'intéresse le plus. Contemplant avec un égal dégoût la véiité et Terreur, il affe^ de xrmre qu'on ne les aurait discerner, s£b Aè les eoÊtkmdre âtins uh commun mépris; dernier etcès de dépravation inteflectneile où il hd soit donné d'arover.

|fMl4l9Vrviite ammikre dé relifion.)

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