‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 118 sur 127 · SALVANDY · texte numérisé non relu

SALVANDY

vhes nuances, de lianes grimpantes qui courent suspendre leur parure aux escarpements des monts ou à la tige altière des arbres, ï^ front couvert de ces guirlandes, le cyprès, chargé de siècles, rappelle ces grands-prêtres de Tantiquité qui portaient sur leur tête Uanchie une couronne de roses; et le pdmier, avec sa taille élégante, qu'entourent ces festons voyagears, se prête, mieux encore qvbd dans les plaines de TAsic, aux brillantes images de la galanterie orientale. Il n'est pas jusqu'aux forêts , vieilles comme la terre qui les porte , où l'œil ne voie de toutes parts s'épanouir de brillants calices. Cependant, malgré ce luxe de couleurs et de parfums, elles étonnent, ou, pour mieux dke, eHes effraient par leur caractère de grandeur et de majesté. Qui dira jamais l'horreur mystérieuse de ses profondeurs , qu'animent seuls les rugissements du tapir et du couguard, où l'écureuil, le singe qui n'est que gracieux, et celui qui , terrible, faut horreur à l'homme de sa ressemblance , courent de branche en brandie d'un bout de l'hémisphère à l'autre? £n présence de telles scènes, je compris que le culte druidique, dans un temps où l'Europe, vierge encore, avait sans doute quelque chose de cette magni^ ficence piimitive , cherchât la Divinité au fond des forêts, et ne permît pas d'autre sanctuaire à la foi des peuples. Mieux parée que le Mexique, cette terre enchantée ne doit pas seulement à sa Cordillère le bienfait de posséder en même temps toutes les zones. Établi à de certaines élévations, l'homme voit, du milieu des rochers qui bordent sa demeure, une Asie s'étendre à ses pieds ; une Europe l'entoure, et un Groenland s'enfonce au-dessus de lui dans le séjour des nuages. Chacune de ces contrées se présente à ses regards avec les formes] végétales qui la distinguent ; les eaux, les bois, les airs sont peuplés des hôtes de tous ces climats jusques aux limites de la fécondité. Plus loin, des troupes de vigognes et quelquefois des chevaux, des lamas, des bœufs sauvages, perdus dans leur fuite , des lions , des ours attachés aux pas de la proie qui les égare , se rencontrent à la région des neiges éternelles , avec le sphynx et le colibri emportés par les orages. Plus loin en-

core, par-<lelà le Gbimboraço , règne le condor : ce roi des airs , embrassant dans son vol les climats les plus contraires , part des sables ardents du rivage, pour aller sur les confins de notre atmosphère planer à des hauteurs où nos nacelles aériennes ne pourraient pas le suivre, comme s'il prenait à tâche de justifier par son essor audacieux Tallégorie païenne qui donna Faigie pour symbole au Dieu des régions éthérées. Les plateaux de Rio-Bamba, de Quito, du Pérou, sontplos élevés que celui d*Anahuac. Il n*est donné qu'aux Alpes de l'Amérique méridionale de porter des cultures, des villes, des universités florissantes, au niveau du pic de Ténériffe. Là s'élèvent les cimes les plus escarpées et les volcans les plus formidables de la terre ; là se rencontrent des abîmes effroyables que le voyageur franchit sur un pont mobile de bambou ; là des fleuves tout entiers roulent en cascades immenses.

Les ruines des montagnes renversées sur elles-mêmes attestent les convulsions souterraines (piiles ont détruites, peutêtre après les avoir formées; tant d'imposants spectacles , an milieu desquels brillent partout l'industrie et le luxe de l'Europe, donnent à l'Amérique méridionale un caractère inexprimable de grandeur et de vie. Il semble que la nature , encore jeune et sauvage, montre dans ces contrées toute sa force, toute sa majesté première, et ne dédaigne pas d'emprunter aux arts de l'ancien monde une parure de plus.

THIERS (Louis-Adolphe) naquit à Marseille le 15 avril 1798. Il dëbola dans la carrière littéraire par un éloge de Vauvenargues , qui fut couronné par T Académie d'Aix. Chargé de rendre compte , dans un jourqal, du Salon de 1821, il rédigea une série d'articles piquants que plus tard il réunit en un volume. Après avoir publié les Pyrénées et le midi de la France, il fit enfin paraître Touvrage qui a fondé sa réputation et préparé sa fortune politique , V Histoire de la révolution française. Depuis ce temps, il a continué de travailler dans le genre historique et a commencé à publier une Histoire du consulat et de Cempire, dont le succès a dépassé tout ce que Ton pouvait attendre.

Il a été reçu membre de l'Académie française en 1833 , après la mort d*Andrieux.

Mort de MIrabeaa.

Des pressentiments de mort se mêlaient à ses vastes projets, et quelquefois en arrêtaient Tessor. Cependant sa conscience était satisfaite ; l'estime publique s'unissait à la sienne, et l'assurait que , s'il n'avait pas encore assez fait pour le salut de l'État, il avait du moins assez fait pour sa propre gloire. Pâle, et les yeux profondément creusés, il paraissait tout changé à la tribune, et souvent il était saisi de défaillances subites; les excès de plaisir et de travail , les émotions de la tribune , avaient usé en peu de temps cette existence si forte. Des bains, qui renfermaient une dissolution de sublimé, avaient produit cette teinte verdâtre qu'on attribuait au poison. La cour était alarmée, tous les partis étonnés ; et, avant sa mort, on s'en demandait la cause. Une dernière fois, il prit la parole à cinq reprises différentes, sortit épuisé et ne reparut

plus. Le lit de mort le reçut et ne le rendit qu'au Panthéon. Il avait exigé de Cabanis qu'on n'appelât pas de médecins ; néanmoins on lui désobéit, et ils trouvèrent la mort qui s'approchait, et qui déjà s'était emparée des pieds. La tête fut atteinte la dernière , comme si la nature avait voulu laisser briller son génie jusqu'au dernier instant. Un peuple immense se pressait autour de sa demeure, et encombrait toutes les issues dans le plus profond silence. La cour envoyait émissaires sur émissaires ; les bulletins de sa santé se transmettaient de bouche en bouche, et allaient répandre partout la douleur à chaque progrès du mal. Lui, entouré de ses amis , exprimait quelques regrets sur ses travaux interrompus, quelque orgueil sur ses travaux passés : « Soutiens, disait-il à son domestique, soutiens cette tête, la plus forte de France. » L'empressement du peuple le toncha ; la visite de Bamave , son ennemi, qui se présenta chez lui au nom des Jacobins , loi causa une douce émotion. Il donna encore quelques pensées à la chose publique. L'assemblée devait s'occuper du droit de tester; il appela M. de Talleyrand, et lui remit un discours qu'il venait d'écrire. « Il sera plaisant, lui dit-il, d'entendre parler contre les testaments un homme qui n'est plus et qui vient de faire le sien. » La cour avait voulu en effet qu'U le nt, promettant d'acquitter tous les legs. Reportant ses vues sur l'Europe, et devinant les projets de l'Ang^terre : « Ce Pitt, disait-il, est le ministre des préparatifs; il^uvepne apfec des menaces : je lui donnerais de la: peine , si je vivais. » Le coré de sa paroisse venant M ofinr ses soins , il le remercia avec politesse, et lui dit^ en souriant, qu'il les accepterait volontiers s'H n'avait dans sa maison son supérieur ecclésîastiqBe , M. l'évêque d'Autun. Il fit ouvrir ses fenêtres : & Mon ani, dit-il à Cabanis, je mowrai aujourd'hui ; il ne reste plus qu'à s'envelopper de parfums , qu'à se couramer ée fleurs , qu'à s'environner de musique, afm d'entrer paisiMement dans le sommeil éternel >» Des douleurs poignantes interrompaient | de temps en temps ces discours si nobles et si caleieF. «Vous i aviez promis, dit-il à ses amis, de m'^rgner des souffrances i

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