BALZAC
NÉ fiN 1596.
BALZAC (Jean-Louis Gubz, seigneur de) naquit à Angoutôme. Homme éloquent, dit Voltaire, et qui le premier fonda un prix d*éloquence, il eut le brevet d'historiographe de France et celui de conseiller d'État, qu'il appelait de magnifiques bagatelles. La langue française lui a une très grande obligation ; il donna, le premier, du nombre et de rharmonie à la prose en n'employant guère que les termes qui sont restés dans le style élevé ; car c'est par là surtout qu'il se distingue des écrivains illustres qui l'ont précédé.
Cette qualité, poussée à l'excès , est devenue ensuite son principal défaut. On a reconnu qu'il tombait souvent dans l'enflure en voulant éviter la familiarité; qu'il ne pouvait, selon Boileau, dire simplement les choses, ni descendre de sa hauteur. On est allé jusqu'à ne voir en lui qu'un harangueur ampoulé.
Les courts extraits qui suivent montrent qu'il a eu un mérite réel aussi bien dans la pensée que dans l'expression.
Balzac mourut, près d'Angouléme, le 18 février 1654.
Les Fléaux de Dieu.
C'est le moyen de faire souvent injustice , que de juger toujours du mérite des conseils par la bonne fortune des événements. Ne nous laissons pas éblouir à Tétat des choses qui réussissent : ce que les Grecs , ce que les Romains , ce que nous-mêmes avons appelé une prudence admirable, c'est une heureuse témérité.
Il y a eu des hommes dont la vie a été pleine de miracles , quoiqu'ils ne fussent pas saints, et qu'ils n'eussent pas dessein de l'être ; le ciel bénissait toutes leurs fautes , le ciel couronnait toutes leurs folies.
Il devait périr, cet homme fatal, il devait périr, dès le premier jour de sa conduite, par une telle entreprise ; mais Dieu voulut se servir de lui pour punir le genre humain et tour- T. I. 2
menter le monde : la justice de Dieu voulait se venger, et avait choisi cet homrae pour être le ministre de ses vengeances.
La raison concluait qu'il tombât d'abord par les maximes qu'il a tenues ; mais il est demeuré longtemps debout , par une raison plus haute qui l'a soutenu. Il a été affermi dans son pouvoir par une force étrangère, et qui n'était pas de lui; par une force qui appuie la faiblesse, qui arrête les chutes de ceux qui se précipitent, qui n'a que faire des bonnes maximes pour conduire les bons succès. Cet homme a duré pour travailler au dessein de la Providence. Il pensait exercer sa passion , et il exécutait les arrêts du ciel. Avant de se perdre, il a eu le loisir de perdre les peuples et les États , de mettre le feu aux quatre coins de la terre, de gâter le présent et l'avenir par les maux qu'il a faits, par les exemples qu'il a laissés.
Un peu d'esprit et beaucoup d'autorité , c'est ce qui a presque toujours gouverné le monde , quelquefois avec succès, quelquefois non , selon l'humeur du siècle, selon la disposition des esprits, plus farouches ou plus apprivoisés.
Mais il faut toujours en venir là. Il est très vrai qu'il y a quelque chose de divin , disons davantage, il n'y a rien que de divin dans les maladies qui travaillent les États. Ces dispositions , cette humeur , cette fièvre chaude de rébellion , cette léthargie de servitude, viennent de plus haut qu'on ne s'imagine. Dieu est le poëte , et les hommes ne sont que les acteurs.
Ces grandes pièces qui se jouent sur la terre, ont été composées dans le ciel, et c'est souvent un faquin'^ qui doit en être l'Atrée et l'Agamemnon.
Quand la Providence a quelque dessein, il ne lui importe guère de quels instruments et de quels moyens efle se serve ^. Entre ses mains , tout est foudre, tout est tempête , tout est déluge, tout est Alexandre ou César.
1. Homme de nulle valeur; de . 3. Latinisme. Nous dirions aul'italien facchino^ portefaix, cro- jourd'hui de quels moyens elle se cheteur, sert.