‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 38 sur 127 · VOITURE · texte numérisé non relu

VOITURE

ceinture. Ce sont les bandits qui vivent dans les montagnes des confins du Piémont et de Gênes. Vous eussiez eu peur sans doute. Mademoiselle, de me voir entre ces messieurs-là, et TOUS eussiez cru qu'ils m'allaient couper la goi^e. De peur d'en être volé, je m'en étais fait escorter. J'avais écrit, dès le soir, à leur capitaine, de me venir accompagner, et de se trouver en mon chemin ; ce qu'il a fait, et j'en ai été quitte pour trois pistoles. Mais surtout je voudrais que vous eussiez vu la mine de mon neveu et de mon valet, qui croyaient que je les avais menés à la boucherie.

Au sortir de leurs mains, je suis passé par des lieux où il y avait garnison espagnole, et là , sans doute, j'ai couru plus de dangers. On m'a interrogé : j'ai dit que j'étais Savoyard ; et, pour passer pour cela, j'ai parlé, le plus qu'il m'a été possible, comme M. de Vaugelas : sur mon mauvais accent, ils m'ont laissé passer. Regardez si je ferai jamais de beaux discours qui me valent tant S et , s'il n'eût pas été bien mal à propos qu'en cette occasion, sous ombre ^ que je suis à l'Académie, je me fusse piqué de parler bon français. Au sortir de là, je suis arrivé à Savone, où j'ai trouvé la mer un peu plus émue qu'il ne fallait pour le petit vaisseau que j'avais pris; et néanmoins je suis. Dieu merci, arrivé ici à bon port.

Voyez , Mademoiselle, combien de périls j'ai courus dans un jour. Enfin , je suis échappé des bandits, des Espagnols et de la mer.

(Lettres.)

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