‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 50 sur 127 · Le duc d'Orléans, oncle du roi · texte numérisé non relu

Le duc d'Orléans, oncle du roi

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PASCAL (Blaisb) naquit à Glermont en Auvergne, où son père était premier président de la coar des Aides. Il parvint, dit-on , à Tâge de douze ans, par la seule force de son génie, à découvrir et à démontrer les trente-deux premières propositions d^Eudide. Il a depuis enrichi la science d'un grand nombre de découvertes importantes : c'est à lui ipi'on doit le baromètre , les expériences qui confirment la théorie de Toricelli, presque toute la science de Fhydrostatique, et plusieurs on* vrages de mathématique extrêmement estimés des savants.

Mais rien ne lui a fait une aussi grande réputation que ses Lettres écrites à un provinciaL Ces lettres, qu'on a depuis nommées Lettres jtromndales 9 modèles de la plaisanterie la plus piquante et la plus délicate, et de l'éloquence la plus élevée et la plus énergique , ont été publiées en 1656» Elles subsisteront autant que la langue qu'elles ont fixée, et offrent encore une lecture pleine de charme et d'attrait, quoique le corps des Jésuites, contre lequel elles furent dirigées, n'existe plus aujourd'hui.

. Les Pensées de Pascal, qu'on n'a publiées qu'après sa mort, sont de» fragments d'un grand ouvrage que la faiblesse de sa santé ne lui permit pas d'achever. C'est une perte irréparable pour les lettres, la philosophie et la religion,

Pascal mourut à Paris le 19 août 1662, à l'Age de trente-neuf ans.

L'homme aa mlllea de l*IiiflaL

La première chose qui s'offre à l'homme quand il se regarde , c'est son corps , c'est-à-dire une certaine portion de matière qui lui est propre. Mais, pour comprendre ce qu'elle est , il faut qu'il la compare avec tout ce qui est au-dessus de lui et tout ce qui est au-dessous, afin de reconnaître ses justes bornes.

Qu'il ne s'arrête donc pas à regarder simplement les objets qui l'environnent; qu'il contemple la nature entière dans sa haute et pleine majesté ; qu'il considère cette éclatante lu-

mière , mise comme une lampe éternelle pour éclairer l'univers : que la terre lui paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit , et «^'^fl 8*«ét6Bne de ce que ce vaste tour lui-même n*est qu*un point très délicat , à Fégard de celui que les astres qui roulent dans le firmament embrassent. Mais, si notre vue s'arrête là, que Timagination passe outre, elle se lassera plutôt de concevoir que la nature de fournir. Tout ce que nous voyons du monde n'est qu'un trait imperceptible dans l'ample sein de la nature : nulle idée n'approche de l'étendue de ses espaces. Nous avons beau enfler nos conceptions , nous n'enfantons que des atomes au prix de la réalité des choses. C'est une sphère infinie , dont le centre est partout , la circonférence nulle part. Enfm , c'est un des plus grands caractères sensibles de la toute-puissance de Dieu, que notre imagination se p^de dans cette pensée.

Mais , pour présenter à l'homme un antre prodige aussi étonnant , qu^il recherche dans ce qu'il connaît les choses les plus délicates. Qu'un ciron , par exemple , lui offre dans la petitesse de son corps des pai^ties incomparablement plus petites, des jambesavecdes jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des vapeurs dans ces gouttes ; que, disant encore ces dernières choses, il épuise ses forces et ses conceptions , et que le dernier objet où il peut arriver soit maintenant celui de notre discours; il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui peindre non seulement l'univers visible , mais encore tout ce qu'il est capable de concevoir de l'immensité de la nature dans l'enceinte de cet .atome imperceptible. . . -Qu'il se perde dans ces merveilles , aussi étonnantes par leur petitesse que les auli es par leur étendue. Car qui n'admirera que notre corps ^ qui tantôt n'était pas perceptible dans l'univers imperceptible lui-même dans le sein du tout, soit maintenant un colosse, un monde, ou {dutôt un tout à l'égard de la dernière petitesse où l'on ue peut aniver ?

Cet état qui tient le milieu entre les extrêmes, se trouve en toutes nos puissances. Nos sens n'aperçoivent rien d'extrême : trop de bruit nous assourdit , trop de lumière nous éblouit , trop de distance et trop de proximité empêchent la vue , trop de longueur et trop de brièveté obscurcissent un discours , trop de plaisir incommode , trop de consonnances déplaisent ; nous ne sentons ni l'extrême chaud , ni l'extrême froid ; les qualités excessives nous sont ennemies , et non pas sensibles 3; nous ne les sentons plus, nous les souffrons. Trop de jeunesse et trop de vieillesse empêchent l'esprit , trop et trop peu de nourriture troublent ses actions , trop et trop peu d'instruction l'abêtissent Les choses extrêmes sont pour nous comme si elles n'étaient pas , et nous ne sommes point à leur égard : elles nous échappent , ou nous à elles.

La faiblesse de la raison de l'homme paraît bien davantage en ceux qui ne la connaissent pas qu'en ceux qui la connaissent Si on est trop jeune , on ne juge pas bien ; si on est trop vieux , de même ; si on n'y songe pas assez , si on y songe trop, on s'entête , et l'on ne peut trouver la vérité. Si l'on considère son ouvrage incontinent après l'avoir fait , on en est encore tout prévenu ; si trop longtemps après , on n'y entre plus. Il n'y a qa'rai point indivisible qui soit le 'véntadole tien de voir les tableaux; les autres sont trop près , trop loin, trop haut, trop bas. La perspective l'assigne dans l'art de la peinture ; mais , dans la vérité et dans la morale , qui l'assignera ?

Cette maîtresse d'erreur , qu'on appelle fantaisie et opinion, est d'autant plus fourbe , qu'elle ne l'est pas toujours ; car elle serait règle infaillible de vérité , si elle l'était infaiDible de mensonge. Mais , étant le plus souvent fausse , elle ne donne aucune marque de sa quahté , marquant de même caractère le vrai et le faux. Cette superbe puissance, ennemie de la raison qui se plaît à la contrôler et à la dominer , pour montrer com-

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