HÉ EN
BOSSUET ( Jacqoes-Bénkne) oaquit à I>ijoii le 37 septembre 1627. Après avoir fait d'excellentes études, et soutenu sa thèse avec éclat, annoncé comme un prodige aux beaux-esprits deThôtcl de Rambouillet, il y fit devant une assemblée choisie, sur un sujet donné , un discours improvisé qui eut le phis grand succès. Le prédicateur n'avait que seize ans, et il était onze heures du soir, ce qui fit dire à Voiture , si fécond en jeux de mots, qu'il n'avait jamais entendu prêcher ni sitét ni si tard* Ordonné prêtre en 1652, Bossuet se retira à Mets où il avait obtenu un canonicat Les affaires du chapitre le forçaient très souvent de faire le voyage de Paris ; pendant une de ces excursions , il prêcha F A vent et le Gtnrême'devimt la cour, et attira sur lui Tattention de tous les hommes érainentd qui furent non moins frappés de la puissanee que 4e Torlginalité de son éloquence. Ce fut lui qui convertit Turenne par son Eafposition de la doctrine catholique. Nommé en 1669 évêque de Condom, il se démit de son éirêché, Tannée suivante, afin de se consacrer exclusivement à Téducation du dauphin , pour lequel il composa le Discours sur C Histoire universelle. En 1671 rAcddémie l'appela à prendre place dans soD«ein. Lorsque Téducation du dauphin fut terminée, Louis XIV nomma Boasuet évéque de Meaux.
Les Oraisons funèbres de Bossuet sont un de ses plus beaux titres à Tadmiration de la postérité. La Bruyère, devançant le jugement qu'elle a porté, désigna, en pleine Académie, comme un Père de V Église^ cdoi anqnel Voltaire a donné le surnom de V Aigle de Meaux,
Bossuet moitrat à Paris le 12 avril 170Â , dans sa soixante-dix-septième année.
La mort d'Alexandre.
Alexandre fit son entrée âins Babyloue av«c un éclat qui surpassait tout ce que Fiuiims avait jamais vu, et apràs aveîr vei^é la Grèce , après .avoir subjugué, avec «ne promptitude
incroyable, toutes les' terres de la domination persienne , pour assurer de tous côtés son nouvel empire, ou plutôt pour contenter son ambition et rendre son nom plus fameux que celui de Bacchus, il entra dans les Indes, où il poussa ses conquêtes plus loin que ce célèbre vainqueur. Mais celui que les déserts, les fleuves et les montagnes n'étaient pas capables d'arrêter, fut contraint de céder à ses soldats rebutés qui lui demandaient du repos. Réduit à se contenter des superbes monuments qu'il laissa sur les bords de FAraspe , il ramena son armée par une autre route que celle qu'il avait tenue, et dompta tous les pays qu'il trouva sur son passage.
Il revint à Babylone craint et respecté , non pas comme un conquérant, mais comme un dieu. Mais cet empire formidable qu'il avait conquis ne dura pas plus longtemps que sa vie, qui fut courte; à l'âge de trente-trois ans , au milieu des plus vastes desseins qu'un homme eût jamais conçus, et avec les plus justes espérances d'un heureux succès, il mourut sans avoir eu le loisir d'établir ses affaires, laissant un frère imbécile et des enfants en bas âge incapables de soutenir un si grand poids.
Mais ce qu'il y avait déplus funeste pour sa maison et pour son empire, est qu'il laissait des capitaines à qui il avait appris à ne respirer que l'ambition et la guerre. Il prévit à quels excès ils se porteraient quand il ne serait plus au monde ; pour les retenir, ou de peur d'en être dédit, il n'osa nommer ni son successeur, ni le tuteur de ses enfants. Il prédit seulement que ses amis célébreraient ses funérailles par des batailles sanglantes, et il expira à la fleur de son âge , plein des tristes images de la confusion qui devait suivre sa mort En effet , vous avez vu le partage de son empire et la ruine affreuse de sa maison. La Macédoine , son ancien royaume tenu par ses ancêtres depuis tant de siècles , fut envahie de tous côtés comme une succession vacante, et après avoir été longtemps la proie du plus fort, il passa enfin à une autre famille. Ainsi ce conquérant , le plus renommé et le plus fllustre qui fut jamais, a été le dernier roi de sa race. S'il fût demeuré paisible
dans la Macédoine , la grandeur de son empire n'aurait pas tenté ses capitaines, et il eût pu laisser à ses enfants le royaume de ses pères ; mais, parce qu*il avait été trop puissant, il fut cause de la perte de tous les siens. £t voilà le fruit glorieux de tant de conquêtes!
Sa mort fut la seule cause de cette grande révolution; car U faut dire à sa gloire que si jamais homme a été capable de soutenir un si vaste empire, quoique nouvellement conquis, c'a été sans doute Alexandre, puiscpi'il n*avait pas moins d'esprit que de courage.
{Dîicours sur l'Histoire universelle,)
Bataille de Rocrol.
A la nuit qu'il fallut passer en présence des ennemis, comme un vigilant capitaine, le duc d'Enghien reposa le dernier ; mais jamais il ne reposa plus paisiblement. A la veille d'un si grand jour , et dès la première bataille, il est tranquille , tant il se trouve dans son naturel; et on sait que le lendemain, à l'heure marquée , il fallut réveiller d'un profond sommeil cet autre Alexandre. Le' voyez-vous comme il vole ou à la victoire ou à la mort ! Aussitôt qu'il eut porté de rang en rang l'ardeur dont il était animé, on le vit presque en même temps pousser l'aile droite des ennemis , soutenir la nôtre ébranlée, rallier les Français à demi vaincus , mettre en fuite l'Espagnol victorieux , porter partout la terreur , et étonner de ses regards étîncelants ceux qui échappaient à ses coups.
Restait cette redoutable infanterie de l'armée d'Espagne , dont les gros bataillons serrés, semblables à autant de tours , mais à des tours qui sauraient réparer leurs brèches , demeuraient inébranlables au milieu de tout le reste en déroute, et lançaient des feux de toutes parts. Trois fois le jeune vainqueur s'efforça de rompre ces intrépides combattants; trois fois il fut repoussé par le valeureux comte de Fontaines, qu'on voyait porté dans sa chaise , et , malgré ses infirmités, montrer qu'une âme guerrière est maîtresse du corps qu'elle anime. Mais enfin il faut céder. C'est en vain qu'au travers des bois ,
avec sa cavalerie toute fraîdie, Beck précipite sa marche pour tomber sur nos soldats épnisés ; le prince l!a prévenu, les JasH taillons enfoncés demandent quartier; mais la victoire va devenir plus terrible pour le duc d'Ënghien que le combat.
Pendant qu'avec un air assuré il s'avance peur recew)îr la parole de ces braves gens , ceux-ci , toujours en garde, craignent ia surprise de quelque nouvelte attaque ; leur effroyable d^harge met les nôtres eniurie. On ne voit plus que carnage ; le sang enivreie soldat, jusqu'à ce que ce grand prince, qui ne put voir égorger ces lions comme de timides brebis, calmât lescourages émus, et joignît au plaisir de vaincre celui de pardonner. Quel fut alors l'étonnement de ces vieilles troupes, et de leurs braves ofiSciers, lorsqu'ils virent qu'il n'y avaât plus de salut p<mr eux que dans les bras du vainqueur ! De quels yeux regardèrent-Us le jeune prince, dont la victoire avait relevé la haute contenasce, à qui la clémence ajoutait de nouvelles grâces ! Qu'il eût encore volontiers sauvé la vie au brave c<Hnte de F^mtaines! Mais il se trouva par terre, parmi ces miliersde morte dont l'Espagne sent encore la perte. Elle ne savait pas que le prince qui lui fit perdre tant de ses vieux régimeiUs à la journée de Rocroi, en devait achever les restes dans les plaines de Lens. Ainsi, la première victoire fet le gage de beaucoup d'autres. Le prince fléchit le genou ; et, * dans le champ de bataille , il rendit au Dieu des années la gloire qu'il lui envoyait Là , on célébra ïlocroi délivré, les menaces d'un redoutable ennemi tournées à sa honte , la régence afifernaie, la France en repos , et un règne qui devait être si beau, commencé par un si heureux présage.
IfiruUon funèbre du prince de Ctndé )
Tnrenne et Gondé^
C'a été, dans notre siècle, un grand spectacle de voir, dans le même temps et dans les mêmes campagnes , ces deux hommes que la voix commune de toute l'Europe égalait aux
A* Voyez et compapez le parallèle ci^dessus, p. &7.
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pluB grands capkames des siècles passés , tantôt à la tête de €eq)s séparés , tantôt unis , plus encore par le concours des oiémes pensées que par les ordres que Tinférieur recevait de Tautre; tantôt opposés front k frcmt, et redoublant, Tun dans Faatre , l'activité et la vigilance , conune si Dieu, dont souvent, selon rÉcriture, la sagesse se joue dans Tunivers, eût voulu nous les montrer en toutes les formes, et nous montrer ensemble tout ce qu'il peut faire des hommes. Que de caBipefnents , <pie de belles marches , que de hardiesse, que de précautions , que de périls , que de ressources ! Vit-on jamais en deux hommes les mômes vertus , avec des caractères si divers, pour ne pas dire si contraires ?
L'un paraît agir par des réflexions profondes , et l'autre par de soudaines Uluminations ; celui-ci par conséquent plus vif, mais sans que son feu eût rien de précipité; cdui-là, d'un aâr frmd , sans avoir jamais rien de lent , plus hardi à faire ^'à parler, résolu et déterminé au-dedans , lors même qu'il paraissait embarrassé au d^rars. L'un , dès qu'il panât dans les armées , donne une haute idée de sa valeur, et fait attendre quelque chose d'extraordinaire, mais toutefois s'avance par ordre, et vient comme par degrés aux prodiges qui ont fini le cours de sa vie ; l'autre, comme un homme inspiré , dès sa première batidlle , s'égale aux maîtres les plus consommés. L'un, par de vifs et continuels efforts, emporte l'admiration du genre humain et fait taire l'envie ; l'autre jetle d'abord une si vive hiftâère qu'elle n'os»t l'attaquer. L'un enfin, par la profondeur de son génie et les incroyables ressource» de s(m courage, s'élève au-dessus des plus grands périls, et sait même profitei* de toutes les infidétités de la fortune; l'autre, et par l'avantage d'une si haute naissance, et par ces grandes pensées que le ciel envoie , et par une espèce d'instinct admirable dont les honunes ne connaissent pas le secret, semMe né pour entraîner la fortune dans ses desseins , et forcer les destinées.
Et, afin que l'on vît toujours dans ces deux hommes de grands caractères, mais divers , l'un, emporté d'un coup
soudain, meurt pour son pays, comme un Judas le Machabée : l'armée le pleure comme un père, et la cour et tout le peuple gémissent ; sa piété est louée comme son courage, et sa mémoire ne se flétrit point par le temps ; l'autre, élevé par les armes au cx)mble de la gloire comme un David , comme lui meurt dans son lit, en publiant les louanges de Dieu et instruisant sa famille, et laisse tous les cœurs remplis tant de Féclat de sa vie que de la douceur de sa mort. Qud spectacle de voir et d'étudier ces deux hommes , et d'apprendre de chacun d'eux toute l'estime que méritait l'autre !
(Même Oraltom funisàre .)
GromweU.
Un homme s'est rencontré d'une profondeur d'esprit incroyable ; hypocrite raffiné autant qu'habile politique ; capable de tout entreprendre et de tout cacher; également actif et infatigable dans la paix et dans la guerre ; qui ne laissait rien à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil et par prévoyance ; mais au reste si vigilant et si prêt à tout, qu'il n'a jamais manqué les occasions qu'elle lui a présentées; enfin, un de ces esprits remuants et audacieux qui semblent être nés pour changer le monde.
Que le sort de tels esprits est hasardeux, et qu'il en parait dans l'histoire à qui leur audace a été funeste ! Mais aussi que ne sont-ils pas quand il plaît à Dieu de s'en servir ! Il fut donné à celui-ci de tromper lesTpeuples et de prévaloir contre les rois. Car , comme il eut aperçu que, dans ce mélange infini de. sectes qui n'avaient plus de règles certaines, le plaisir de dogmatiser, sans être repris ni contraint par aucune autorité ecclésiastique ni séculière , était le charme qui possédait les esprits, il sut si bien les concilier par là, qu'il fit un corps redoutable de cet assemblage monstrueux.
Quand une fois on a trouvé le moyen de prendre la multitude par l'appât de la liberté, elle suit en aveugle , pourvu qu'elle en entende seulement le nom . Ceux-ci, occupés du premier objet qui les avait transportés , aUaient toujours ,
sans r^arder qu'ils allaient à la servitude; et leur subtil conducteur, qui, en combattant, en dogmatisant, en mêlant mille personnages divers, en faisant le docteur et le prophète aussi Men que le soldat et le capitaine, vit quMl avait tellement en> chanté le monde , qu'il était regardé de toute Farmée conmie imchef envoyé de Dieu pour la protection de l'indépendance, commença à s'apercevoir qu'il pouvait encore les pousser plus loin. C'était le conseil de Dieu d'instruire les rois. Quand ce grand Dieu a choisi quelcpi'un pour être l'instrument de ses desseins , rien n'en arrête le cours : ou il enchaîne, ou il aveugle, ou il dompte tout ce qui est capable de résistance.
(Oraison funèbre de ta reine d'Angleteire )
Idée d'une providence ont ver sel le.
Que je méprise ces philosophes qui , mesurant les conseils de Dieu à leurs pensées , ne le font auteur que d'un certain ordre général , d'où le reste se développe comme il peut ! comme s'il avait , à notre manière, des vues générales et confuses, et comme si la souveraine intelligence pouvait ne pas comprendre dans ses desseins les choses particulières qui seules subsistent véritablement ! N'en doutons pas , Dieu a préparé dans son conseil éternel les premières familles qui sont la source des nations , et, dans toutes les nations , les qualités dominantes qui devaient en faire la fortune. Il a aussi ordonné dans les nations les familles particulières dont elles ^nt composées, mais principalement ceUes qui devaient gouverner ces nations , et en particulier dans ces familles, tous les hommes par lesquels elles devaient ou s'élever, ou se soutenir, ou s'abattre : jusqu'à quel degré, et jusqu'à quel temps ? il le sait, et nous l'ignorons.
Ce long enchaînement des causes particulières qui font et défont les empires dépend des ordres secrets de la divine Providence. Dieu tient, du plus haut des cieux , les rênes de tous les royaumes; il a tous les cœurs en sa main : tantôt il relient les passions, tantôt il leur lâche la bride, et par là
il remne tout le genre hamakL Yeut-il faire des oonquéraats , il fait marcher TépouTante devant eux» et il inspire à eux et 2i leurs soldats une hardiesse invincible. Veut-il faire deslégis^ lateurs , il leur envoie son esfMrit de sagesse et de prévoyance ; il leur fait prévenir les maux qui menacent les États et poser les fondements de la tranquillité publique. Il connaît la sagesse humaine , toujours courte pu* quelque endroit : il réclaire , il étend ses vues , et puis il Tabandonne à ses ignorances : il Taveugle , il la précipite, il la confond par elle* même ; elle s*enveloppe , elle s'embarrasse dans ses profures subtilités, et ses précautions lui sont un piège. Dieu exerce p^r ce moyen ses redoutables jugements , selon les r^les de sa justice toujours infaillible. C'est lui qui prépare les effets dans les causes les plus éloignées, et qui frappe ces grands coups dont le contre-coup porte si loin. .
PtttsMnce de Ulea.
Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. Le t€Â dit : Qu'on marche, et l'armée marche ; qu'on fasse telle évolution, eteUe se fait : toute une année se remue au seul commandement d'un prince , c'est-à-dire à un seiri petit mouvement de ses lèvres. C'est , parmi les choses humaines, l'image la plus excellente de la puissance de Dieu ; mais au fond , que cette image est défectueuse ! Dieu n'a point de lèvres à remuer ; Dieu ne fhippe point l'air avec une langue pour en tirer quelques sons ; Dieu n'a qu'à vouloir en lui-même, et tout ce qu'il veut éternellement s'accomplit comme il l'a voulu, et au temps qu'il l'a marqué.
Il dit donc : Que la lumière soit, et eUe fut ; qu'il y ait un firmament, et il y en eut un; que les eaux s'assemblent, et elles furent assemblées ; qu'il s'allume deux ^ands himinaires, et ils s'aDumèrent ; qu'il sorte des anunaux, et il en sortit : et ain^ du reste. Il a dit , et les choses ont été faites; il a commandé, et elles ont été créées. Rien ne résiste à sa voix, et l'omlwre ne suit pas plus vite le corps, que tout suit
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un commandement dn Tout-Puissant Mais les corps jettent leur ombre nécessairement ; le soleil envoie de même ses rayons ; les eaux bouillonnent d'une source comme d'eUesmêmes, sans que la source les puisse retenir ; la chaleur, pour ainsi parler, force le feu à la produire ; car tout cela est soumis à une loi et à une cause qui les domine. Mais tous , ô loi su* prême, ô cause des causes ! supérieur à tos duTrages, mattre de votre action , vous n'agissez hors de vous qu'autant qu'il TOUS plaît. Tout est également rien devant vos yeux : vous ne devez rien à personne, vous n'avez besoin de personne ; vous ne produisez nécessairement que ce qui vous est égal ; vous produisez tout le reste par pure bonté, par un commandement libre ; non de cette liberté changeante et irrésolue qui est le partage de vos créatures , mais par une étemelle supériorité que vous exercez sur les ouvrages qui ne vous font ni plus grand ni plus heureux, et dont aucun, ni tous ensemble, n'ont droit à l'être que vous leur donnez.
{ConHoUsaneg d* Dieu et de soi-même.)
La GrCfitton.
Qui a formé tant de genres d'animaux, et tant d'espèces subordonnées à ces genres, toutes ces propriétés, tous ces mouvements, toutes ces adresses, tous ces aliments, toutes ces forces diverses, toutes ces images de vertus, de pénétration, de sagacité et de violence? Qui a fait marcher, ramper, glisser les animaux? Qui a donné aux oiseaux et aux poissons ces rames naturelles qur leur font fendre les eaux et l'air? Ce qui peut-être a donné Keu à leur Créateur de les produire ensemble, comme animaux d'un dessin à peu près semblable ; le Td des oiseaux paraissant être une espèce de faculté de nager dans une matière plus subtile, comme la faculté de nager dans les poissons est une espèce de vol dans une liqueur plus épaisse. Ijd même auteur a fait ces convenances et ces différences; celui qui a donné aux poissons leur tristesse et, pour ainsi dire, leur morne silence, a donné aux oiseaux leurs chants si di-
vers, et leur a mis dans Testomac et dans le gosier une espèce de lyre et de guitare, pour annoncer, chacun à leur mode, les beautés de leur Créateur. Qui n*admirerait les richesses de sa providence, qui fait trouver à chaque animal, jusqu'à une mouche, jusqu'à un ver, sa nourriture convenable ? En sorte que la disette ne se trouve dans aucune partie de sa famille ; mais, au contraire, que l'abondance y règne partout, excepté maintenant parmi les hommes, depuis que le péché a mtroduit la cupidité et l'avarice.
(Elévations.)
La Majesté royale.
Je n'appelle pas majesté cette pompe qui environne les rois, ou cet extérieur qui éblouit le vulgaire : c'est le rejaillissement de la majesté, et non pas la majesté elle-même. La majesté est l'image de la grandeur de Dieu dans le prince. Le prince, en tant que prince, n'est pas regardé comme un homme particulier, c'est un personnage public; tout l'État est en lui; la volonté de tout le peuple est renfermée dans la sienne. Quelle grandeur, qu'un seul homme en contienne tant! La puissance de Dieu se fait sentir en un instant de l'extrémité du monde à l'autre. La puissance royale agit en même temps dans tout le royaume; eUe tient tout le royaume en état, comme Dieu y tient tout le monde. Que Dieu retire sa main, le monde retombera dans le néant Que l'autorité cesse dans le royaume, tout sera en confusion. Ramassez tout ce qu'il y a de grand et d'auguste, voyez un peuple immense réuni en une seule personne ; voyez cette puissance sacrée , paternelle et absolue; voyez la raison secrète qui gouverne tout le corps de l'État, renfermée dans une seule tête; vous voyez l'image de Dieu , et vous avez l'idée de la majesté royale. Oui, Dieu l'a dit : VOUS ÊTES DES DIEUX; mais, ô dieux de chair et de sang! ô dieux de boue et de poussière, vous mourrez comme des hommes! O rois! exercez donc hardiment votre puissance , car elle est divine et salutaire au genre lui-
main; mais, exercez-la avec humilité, car elle vous est ap- (Piquée par le dehors; au fond, elle tous laisse faibles, elle fous laisse mortels, et elle tous chaîne devaut Dieu d*un plus grand compte.
{Édtteation d» Mgr U Daupkin.)
Le ehcvai dompié.
Voyez ce cheval ardent et impétueux, pendant que son écnyer le conduit et le dompte; que de mouvements irréguliers! C'est un effet de son ardeur, et son ardeur vient de sa force, mais d'une force mal réglée. Il se compose, il devient phs obéissant sous Téperon, sous le frein, sous la main qui le manie à droite et à gauche, le pousse, le retient comme elle veut A la fin il est dompté : il ne fait que ce qu'on lui demande; il sait aUer le pas, il sait courir, non plus avec cette activité qui Tépuisait, par laquelle son obéissance était encore désobéissante. Son ardeur s'est changée en force, ou plutôt, puisque cette force était en quelque façon dans cette ardeur, elle s'est réglée. Remarquez : elle n'est pas détruite, elle se règle; il ne faut plus d'éperon, presque plus de bride; car la bride ne fait plus l'effet de dompter l'animal fougueux; par un petit mouvement , qui n'est que l'indication de la volonté de l'écuyer, elle l'avertit plutôt qu'elle ne le force, et le paisible animal ne fait plus, pour ainsi dire, qu'écouter : son action est tellement unie à celle de celui qui le mène , qu'il ne s'ensuit plus qu'une seule et même action.
( Méditation dé eÉwangile. )
La France pendant la Fronde.
Que vois-je durant ce temps? quel trouble, quel affreux spectacle se présente ici à mes yeux! La monarchie ébranlée jusqu'aux fondements; la guerre civile, la guerre étrangère, a lieu au dedans et au dehors; les remèdes de tous côtés plus dangereux que les maux; les princes arrêtés avec grand péril, et délivrés avec un plus grand encore; ce prince, que T. !• 5
9S vmsiL,
Ton regardait comme le béro» deson siècle, rendu inutSe à sa patrie dont il aToit été le MmtioB, et ensuite, je ne sais comment, contre sa profH'e inclination, armé contre elle; ub ministre persécuté et devenu nécessaire, non seulement par Fimportance de ses services, mais encore par les malheurs oii l'autorité souveraine était engagée. Que dirai-je? étaient-ce là de ces tempêtes par oô le ciel a besbm de se décharger quelquefois? 'Et le calme profond de nos jours devait-il être précédé par de tels orages ? ou bien étaient-ce les derniers efforts d'nne liberté remuante qui avait cédé la place à Fautorité légitime? ou bien était-ce comme un travail de la France prête à enfanter le règne miraculeux de Louis? Non, non, c'est Dieo qui voulait montrer qu'il donne la mort et qu'il ressuscite; qu'il plonge jusqu'aux enfers et qu'D en retire; qu'il secoue la terre et la brise, et qu'il guérit en un moment toutes ses brisures.
( Otaifon funSOre d,i Ut fritite**é Palatine )
BaptdlM de la vie.
La vie humaine est semblable à un chemin dont l'issue est un iwédpîce afireux. On nous en avertit dès les premiers pas ; mais la loi est prononcée, 3 faut avance toujours. Je vondraîs retourner stir mes pas. — Marche, marche. — Un poids mvincflble, une force infvincible nous entraîne; il faut sans cesse avancer vers le précipice. Mille traverses , miDe peines nous fatiguent et nous inquiètent dans la route. Encore si je pouvais éviter ce précipice affreux ! — Non , non , il faut marcher, il faut courir; telle est la rapidité des années. — On se console pourtant, parce que de temps en temps on rencontre des objets qui nous divertissent, des eaux courantes, des fleurs qui passent On vou<kait arrêter. — Marche, marche. — Et cependant on voit t(»nber derrière soi tout ce qu'on avait p^ssé. Fracas effroyable, inévitable ruine! On se console parce qu'on emporte quelques fleurs cueillies en passant, qu'on voit se faner entre ses mains du matin au soir, quelques fnnts
qo'ottperden les goèuuit. ËnchaatemeDl! toujours entraîné» m a}^)roches du fgonfiFe. D^ tout comineiice à s'eflEacer; les jardkis moki» fleuris, le» fleurs moiiis bnKaiiies , leurs couleurs moins viT«s, le» pr»ries moins riantes, les eaux moins claires, tout se ternit; tout s*efface : Tonibre de la mort se présente; on cowm^ice k sentir Tapixochedu gpouffre fatsd. Mais il fant aller sur le borà : encare «n pas, D^à rhorreur troufale ks sens, la tête tourne, les yeux s'égarent, il faut narcher* On vouerait retourner en ani^, pkisde moyen; tODt est tombé, tout est évanoni, tout est échappé '.
[Sermon pwur Itjeur de Pâques.)
Bxortfc «e POrstaon tanf^fn ^ m r«taw iPAn^ieierre.
Celui qui règne dans les cienx, et de qui relèvent tons les empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et Tindépendance, est aussi le seul qui se glorifie de foire la loi aux rois, et de leur donner, quand il lui plaît, de grandes et de terribles leçons. Soit qtt*il Révèles trônes, soit qu'il les abaisse, soit qu'il commnmqne sa puissance aux princes, soit qu'il la retire à lui-même, et ne leur laisse que l«ir propre faîblesse, il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui; car, en leur donnant la puissance, il leur commande d'en user comme il fait lui-même pour le bien da monde ; et il leur fait voir, en la retirant, que toute leur majesté est empruntée, et que, pour être assis sur le trône, ils n*en sont pas moins sons sa main et sous son autorité suprême. Cest ainsi qu'il instruit les princes, non seulement par des discours et par des paroles , mais encore par des effets et par des exemples : Et nunc^ reges^ mteîiigite; erudimini^ qui judicatis terrain \
Chrétiens, que la mémoire d'une grande reine, fille, femme, mère de rois si puissants et souveraine de trois royaumes ,
i. Bel exemple d^allégorîe. prenez; instruisez-vous, vous qui