‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 60 sur 127 · Et maintenant, ô rois, corn- jugiez ta terre · texte numérisé non relu

Et maintenant, ô rois, corn- jugiez ta terre

appelle de tous côtés à cette triste cérémonie, ce discours vous fera, paraître un de ces exemples redoutables qui étalent aux yeux du monde sa vanité tout entière. Vous verrez dans une seule vie toutes les extrémités des choses humaines, la félicité sans bornes aussi bien que les misères; une longue et paisible jouissance d'une des plus nobles couronnes de Tunivers; tout ce que peuvent donner de plus glorieux la naissance et la grandeur accumulées sur une tête qui ensuite est exposée à tous les outrages de la fcM-tune; la bonne cause d'abord suivie de bons succès, et depuis de retours soudains, de changements inouïs : la rébellion longtemps retenue , à la fin tout à fait maîtresse; nul frein à la licence; les lois abolies; la majesté violée par des attentats jusqu'alors inconnus; l'usurpation et la tyrannie sous le nom de liberté ; une reine fugitive qui ne trouve aucune retraite dans trois royaumes, et à qui sa propre patrie n'est plus qu'un triste lieu d'exil; neuf voys^es sur mer, entrepris par une princesse, malgré les tempêtes; l'Océan étonné de se voir traversé tant de fois en des appareils si divers et pour des causes si différentes; un trône indignement renversé et miraculeusement rétabli : voilà les enseignements que Dieu donne aux rois. Ainsi fait-il voir au monde le néant de ses pompes et de ses grandeurs.

Si les paroles nous manquent, si les expressions ne répondent pas à un sujet si vaste et si relevé , les choses parleront assez d'elles-mêmes. Le cœur d'une grande reine , autrefois élevé par une si longue suite de prospérités , et puis plongé tout à coup dans un abîme d'amertumes, parlera assez haut; et, s'il n'est pas permis aux particuliers de faire des leçons aux princes sur des événements si étranges, un roi me prête ses paroles pour leur dire : Entendez , à grands de la terre: instruisez-vous, arbitres du monde!

Mon d'Henriette 4'Aiitleterre.

Considérez ces grandes puissances que nous regardons de si bas : pendant que nous tremblons sous leur main, Dieu les frappe, pour nous avertir. Leur élévation en est la cause , et il les épargne si peu qu'il ne craint pas de les sacrifier à Tinstruction du reste des hommes. Chrétiens, ne murmurez pas â Madame a été choisie pour nous donner une telle instruction : il n*y a rien ici de rude pour elle ^ puisque, comme vous le verrez dans la suite, Dieu la sauve par le même coup qui nous instruit. Nous devrions être assez convaincus de notre néant : mais s'il faut des coups de surprise à nos cœurs enchantés de l'amour du monde, celui-ci est assez grand et assez terrible. O nuit désastreuse ! ô nuit effroyable ! où retentit tout-à-coup, comme un éclat de tonnerre, cette étonnante nouvelle : Madame se meurt! Madame est morte ! Qui de nous ne se sentit frappé à ce coup , comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d'un mal si étrange, on accourut à Saint-Cloud de toutes parts; on trouve tout consterné , excepté le cœur de cette princesse : partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le dése^)oir, et l'image de la mort Le roi, la reine. Monsieur, toute la cour, tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré ; et il me semble que je vois l'accomplissement de cette parole du Prophète : « Le roi pleurera, le prince sera désolé, et les mains tomberont au peuple de douleur et d'étonnément. »

Mais etles princes et les peuples gémissaient en vain ; en vain Monsieur, en vain le roi même tenait Madame serrée par de si étroits embrassements. Alors ils pouvaient dire l'un et l'autre, avec saint Ambroise : Strtngebam brachia, sedjam amiseram quam tenebam ; Je serrais les bras, mais j'avais déjà perdu ce que je tenais. La princesse leur échappait parmi des embrassements si tendres, et la mort plus puissante nous l'enlevait entre ces royales mains.

Quoi donc ! elle devait périr sitôt ! Dans la plupart des hommes, les changements se fent peu à pen, et la mort les prépare ordinairement à son dernier coup; Madame cependant a passé du matin au soir, ainsi que Therbe des champs ; le matin elle fleurissait , avec quelles grâces! vous le savez : le soir nous la vîmes séchée; et ces fortes expressions par lesquelles rÉcriture sainte exagère l'inconstance des choses humaines devraient être pour cette princesse si précises et si littérales !

La voilà, malgré son grand cœur, cette princesse si admirable et si chérie ! la voilà telle que la mort nous Fa faite. Encore ce reste tel quel va-t-il disparaître ; cette ombre de gloire va s'évanouir , et nous Talions voir dépouillée même de cette triste décoration. Elle va descendre à ces sombres lieux, à ces demeures souterraines , pour y dormir dans la poussière avec les grands de la terre , comme parle Job , avec ces rois et ces princes anéantis, parmi lesquels à peine peut-on la placer, tant les rangs y sont pressés , tant la mort est prompte à remplir ces places! Mais ici notre imagination nous abuse encore; la mort ne nous laisse pas assez de corps pour occuper quelque place, et on ne voit là que les tombeaux qui fassent quelque figure ; notre chair change bientôt de nature, notre corps prend un autre nom ; même celui de cadavre, dit Tertullien, parce qu'il nous montre encore quelque forme humaine, ne lui demeure pas longtemps ; il devient un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans aucune langue : tant il est vrai que tout meurt en lui, jusquà ces termes funèbres par lesquels on exprimait ces malheureux restes !

^ikwisous fimièra )

PCrorafeon de l*OnilMii fnoéta^ ée Goiidé.

Venez, peuples, venez maintenant; mais venez plutôt , princes et seigneurs; et vous qui jugez la terre, et vous qui ouvrez aux hommes les portes du ciel ; et vous plus que tous les autres , princes et princesses , nobles rejetons de tant de

B0S8UET. 103

rois, lamîères de la France , mais aujourd'hui obscurcies ei eenvertes de iFOdre douleur conme d'un nua^e; venez voir le peu qaà nous reste d'uae si auguste naissance, de tant de grandeur , de tant de gloire. Jjetez les yeux de tomes parts ; voifii foui: ce cpi*a pu la magniftceuce et la piété pour honorer un héiios : des titres, des inscriptions, vaines marques de ce qui n*est plus; des figures qui semUent pleurer autour d'un tambeau , et de fragiles images d'une douleur que le temps emporte avec tout le reste; des colonnes cpii semUent von* lûr porter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant ; et rien en&i ne manque dans tous ces honneurs que cehn à qui on les rend.

Pleurei donc sur ces faibles^ restes de la vie humaine , l^nrez sm* cette triste immortalité que nous doniions aux héros. Mais approchez en particulier, ô vous qui courez avec tant d'ardeur dans la carrière de la gloire , ânes guenières et intrépides ! Quel autre fut plus digne de vou& commander î Mai» dans qu^ aijtfre avez-vous trouvé le commandement plus honnête? Pleui^Edonc ce grand capkaiae^ et dites en gémissant : « Yoilà celui qui nous menait dans fes hasards ! Sous lui se sont formés tant de renommés capitaines «pe ses exenqdes ont ^vés aux premiers honneurs de la guerre ! Son ombre eût pu encore gagner des bataiSes : et i^ilà que dans son silence son nom même nous anime ! et ensemble il nous avertit que , pour trouver à la mort ^pielque reste de ■06 travaux, et n'arriv«r pas sans ressources à notre éternelle demeure , avec le roi de la terre, il faut encore servir ie roi du cieL » Servez donc ce roi immortel et si plein de miséricorde, qui vous comptera un soupir et un verre d'eau donné en son noua , plus que tous les antres ne feroot jamais tout votre sang répandu ; et commencez à compter le temps de vos utiles services du jour que vous vous serez donnés à un maître si bienfaisant

Et vous, ne viendrez-vous pas à ce triste monument, vous, dis-je, qu'il a bien voulu mettre au rang de ses amis ? Tous ensemble, en quelque degré de sa confiance qu'il vous ait

iOk PROSE.

reçus , environnez ce tombeau, Tersez des larmes avec des prières ; et , admirant dans un si grand prince une amitié si conmiode et un conunerce si doux, conservez le souvenir d*nn héros dont la bonté avait égalé le courage. Ainsi , puisset-il toujours vous être un cher entretien! ainsi puissiezvous profiter de ses vertus , et que sa mort , que vous déplorez, vous serve à la fois de consolation et d'exemple !

Pour moi , s'il m'est p^mis, après tous les autres , de venir rendre les derniers devoirs à ce tombeau , ô prince , le digne sujet de nos louanges et de nos r^ets , vous vivrex éternellement dans ma mémoire; votre image y sera tracée , non point avec cette audace qui promettait la victoire; non , je ne veux rien voir en vous de ce que la mort y effiice ; vous aurez dans cette image des traits inunortels ; Je vous y verrai tel que vous étiez à ce dernier jour, sous la main de Dieu » lorsque sa gloire sembla conunencer à vous apparat. C'est là que je vous verrai plus triomphant qu'à Friboui^ et à Rocroi ; et, ravi d'un si beau triomphe, je dirai en actions de grâces ces belles paroles du bien-aimé disciple : « La véritable victoire, celle qui met sous nos pieds le monde entier, c'est notre foL »

Jouissez , prince , de cette victoire ; jouissez-en éternellement par l'immortelle vertu de ce sacrifice. Agréez ces derniers efforts d'une voix qui vous fut connue : vous mettrez fin à tous ces discours. Au lieu de déplorer la mort desautres, grand prince, dorénavant je veux apprendre de vous à rendre la mienne sainte : heureux si , averti par ces cheveux blancs du compte que je dois rendre de mon administration, je réserve au [troupeau que je dois nourrir de la parole de vie les restes d'une voix qui tombe et d'une ardeur qui s'éteint.

BOUHOUBS,

BOUHOURS (DonNiQUB), né à Paris, et jésuite, n^est pas un écrivain bien remarquable. Ce n*est pas non plus un auteur à mépriser. tLa langue et le bon go(it, dit Voltaire, lui ont beaucoup d*obliga-

tion * c Ses Bemarques sur la langue française , et surtout sa

Manière de bien penser des ouvrages d^esprit^ seront toujours utiles aux jeunes gens qui voudront se former le goût. Il leur enseigne à éviter Tenflure, Tobscurité, le recherché et le faux. »

Bouhonrs mourut le 27 mars 1702 , à soixante^uinze ans , d*nne maladie Tîolente qui remporta en peu de jours.

11 n'y a et pemées lonaMes «ne cciles «ni sont vraies.

Je suis ravi, dit Philanthe*, pour Tamour des poètes et des orateurs, que la fiction et la métaphore ne blessent point la vérité que vous demandez dans les ouvrages d*esprit; mais j*ai bien peur, ajouta-t-il, que Féquivoque et le vrai n'y puissent compatir ensemble selon vos principes. Cependant ce serait dommage que tant de pensées, dont tout Tagrément vient d'une équivoque, ne fussent point bonnes; par exemple celle de Voiture sur le cardinal Mazarin, que son cocher versa un jour dans l'eau :

Prélat , passant tous les prélats passés

( Car les présents serait un peu trop dire ),

Pour Dieu rendez les péchés effacés

De ce cocher qui vous sut mal conduire :

S*il fut peu caut < à son chemin élire.

Votre renom le rendit téméraire.

i. Ce mot, tiré du grec, signi- le caractère de ce personnage fie qui aime les fleurs. Il exprime 2. Peu prudent, du latin cautus,-

Il ne crut pas, versant, pouvoir mal faire; Car chacun dit que quoi que vous fassiez , En guerre, en paix, en voyage, en affaire, Vous vous trouvez toujours dessus vos pieds ^.

— Toutes les équivoques ne ressemblent pas à celle-là, répondit Eudoxe 2; et ce placet^n faveur du cocher qui versa le cardinal me semble meilleur que l'autre 3 dont je me souviens:

Plaise y Seignew, plaise à Toti« EmiBeBee,

Faire ta paix de Taffligè cod^r.

Qui par malheur, ou bien par imprudence ,

Dessouâ les Qots k vous a fait trébocher :

On ne luiéeit ce crime reprocher :

Le trop hardi meiiesr ne savait pas

De Phaélon l'histoire et piteux cas :

Il ne lisait métMoorpbose aucune.

Et ue croyait qu'on dût craindre aucun pas,

En conduisant César et sa fortune.

Car, m vot» y prenez garde, ce cocher, qui n^ point lu les métamorphoses, sait un endroit considérable de Thistoire romaine. Cependant , je ne vois pas qu'un homme qui n'a point entendu parler de Phaéton dût être si bien informé des aventures de César. Mais ce n^est pas de quoi il s'agit, et je viens à ]a pensée du placet que vous avez rapporté. iQuoiqu'elle soit fausse en un sens , elle ne laisse pas d'être vraie en un autre, selon le caractère des pensées qui sont connues en paroles ambiguës et qui ont toujours un double sens, l'im^opre qui est faux, l'autre figuré qui est vrai. Ici le «eiis|uiopre et faux est que le cardinal se trouve toujours sur ses pieds, en sorte qu'il ne puisse jamais tomber à terre; le mm %uré et vrai est qu'il se trouve toujours snr ises pieils, «n sorte que rien ne renverse ses desseins ni sa fortune.

Au reste, le vrai est toujours vrai, bien qu'il soit mêlé avec

1. Aujourd'hui dessus ne prend saines doctrines littéraires, plus de complément 3. Cet autre, celui-ci.

2. D'un mot grec qui signifie à. Dessous ne prend pas plus doué d*un jugement sain. En effet, que dessus de coi]^>léBient direcl. Eudoxe soutient dans ce livre les II {aMÛraii sous les flots.

BQmKWHS. 107

le Êiux. Une bomie pistole ne se ^àte pas auprès d^une fausse : OD ne vous en doit qu'une , on vous en présente deax , Tune bonne , l'autre Dnéefaanite ; choisissez , on verra si vous êtes connaisseur, et Toas aurez vous-même le plaisir d'éprouver la justesse de votre discernement. C'est à peu près ce qui se passe dans réqmvoqve, qui proprement n'est qu'un jeu d'es* prit La vérité y est jointe à la fausseté, et ce qu'il y a de remarquable, le faux conduit au vrai ; car du sens propre qui est le faux sens de l'équivoque, on passe au figuré qui est le vrai , et cela paraît visiblement dans l'exemple que vous avez apporté. En lisant ce que dit Voiture du cardinal Mazarin , je conçois deux choses, comme je vous ai déjà dit : l'une fausse, que le pied ne lui manque jamais, et qu'il se tient toujours debout; l'autre vrsâe, que son esprit et sa fortune sont toujours dans la même situation. La première mène tout d'un coup à la seconde, en nous faisant prendre le change agréablement Ces équivoques se souffrent et plaisent même dans les épigrammes, dans les madrigaux , dans les récits de ballet , et dans d'autres ouvrages où l'esprit se joue.

Mais, à ne vous rien dissimuler, il y a une sorte d'équivoque qui est extrêmement fade et que les gens de bon goût ne peuvent souffrir, parce que le faux y domine et que le vrai n'y est nulle part L'épigramme de Saint-Amand sur l'incendie ' du Palais est dans ce genre :

Certes Ton tîI un triste jeu , Quand à Paris dame Justiœ Se mit le Palais tout en lèu, Pour avoir mangé trop d'épice.

Ce quatrain a éUoui autrefois , et ceitaines gens le trouvent encore fort spirituel.

— Et qu'y a-t-il de plus heureux et de plus joli? interrompit Philanthe.

U ne peut se voir rien de plus creux ni de plus frivole»

reprit jEudoxe; ce ne sont que des mots en l'air qui n'ont point de sens; c'est du faux tout pur. Car enfin ce qu'on ap-

pelle épice au Palais n*a nul rapport à Tembrasement, et le palais de la bouche qu'on a* tout en feu, pour aToir mangé trop de poivre S ne conduit point à Fincendie d*un bâtiment où la justice s'exerce et se vend si vous voulez.

— Que pensez-vous, dit Philanthe, de Téquivoque qui fait la pointe d'une autre épigramme de Saint-Amand?

Ci-gtt un fou nommé Pasquet 9 Qui mourut d*un coup, de mousquet , Lorsqu'il voulut lever la crête.

Quant à moi , je crois que le sort Lui mit du plomb dedans la têtes Pour le rendre sage en sa mort.

— Cela peut trouver sa place dans le genre burlesque ou comique avec les turlupinades et les quolibets, répartit Eudoxe ; ce sont de faux diamants qu'on porte dans les mascarades et dans les ballets; c'est une fausse monnaie qui ne gâte rien dans le commerce quand on la donne pour ce qu'elle vaut ; mais qui voudrait la faire passer pour bonne se rendrait fort ridicule dans la société des gens raisonnables.

A parler en général , il n'y a point d'esprit dans l'équivoque, ou il y en a fort peu. Rien ne coûte moins et ne se trouve * plus facilement L'ambiguïté, en quoi consiste son caractère, est moins un ornement du discours qu'un défaut, et c'est ce qui la rend insipide, surtout quand celui qui s'en sert y entend finesse et s'en fait honneur. D'un autre côté , elle n'est pas toujours aisée à entendre; l'apparence mystérieuse que lui donne son double sens fait souvent qu'on ne va pas au véritable sans quelque peine, et quand on y est parvenu, on a regret à sa peine, on se croit joué; et je ne sais si ce qu'on sent alors n'est pas une manière de dépit d'avoir cherché pour ne rien trouver.

( Manière de bien penser dan* U* ouvrages d'esprit. )

1. Racine met dans la bouche qui ne vaut pas beaucoup mieux, de Petit-Jean (P{aiV/ettr«, acte II, 2. Dedans ne prend plus de scè ne 7) une pointe sur le même mot compliment.

FLÉCHIEB ,

FLÉCHIER (Esprit) naquit à Pernes (Vaucluse). Le P. Hercule Audiffret, son oncle» homme pieux et savant, dirigea son éducation. Après sa mort, Flécliier quitta la province et vint à Paris^ Avant de prendre rang parmi les orateurs qui illustraient la chaire, il se fit connaître par des poésies latines écrites avec une élégance remarquable. Ses Sermons augmentèrent sa renommée, et ses Oraisons funèbres y mirent le comble. Louis XIV le nomma, en 1685, à Tévèché de Lavaur, et en 1687 à celui de Nimes. Dans ce diocèse, où il trouva autant de protestants que de catholiques, Fléchier sut être Tami et le bienfaiteur des uns et des autres, et se concilier Testiroe et ralTection de tous.

Admis à l'Académie française en 1673, il y fut reçu le même jour que Racine.

Fléchier mourut à Montpellier en 1710.

Imtice de saint Louis.

Saint Louis écoutait et examinait lui-même par son équité les différends de son peuple. L'entrée du Louvre était libre à tous ceux qui recouraient à sa protection. On ne voyait pas autour de lui des rangs affreux de gardes en haie pour effrayer les timides ou pour rebuter les importuns; il ne fallait pas gagner par présents ou fléchir par prières des huissiers intéressés ou inexorables. Il n'y a point de barrière entre le roi et les sujets que le moindre ne pût franchir. On n'attendait pas quel serait son sort auprès de ces portes superbes qu'on entr'ouvre de temps en temps pour exclure, non pas pour recevoir ceux qui se présentent On n'avait besoin d'autre recommandation ni d'autre crédit que celui de la justice, et c'était un titre suffisant pour être introduit auprès du prince que d'avoh* besoin de sa protection.

Que j'aime à me le représenter, ce bon roi, comme l'histoire le représente dans le bois de Vincennes, sous ces arbres que le temps a respectés, s'arrêtant au milieu de ses divertissements innocents pour écouter les plaintes et pour recevoir les requêtes de ses sujets! €rwid& et petits, riches et pauvres , tout pénétrait jusqu'à lui indifféremment dans le temps le plus agréable de sa promenade. Il n'y avait point de différence entre ses heures de kwar et ses heures d'occiiixation. Son tribunal le suivait partout où il allait. Sous un dais de feuillage et sur un trône de gazon , comme sous les lambris dorés de sou palais et sur son lit de justice, sans brigue , sans faveur, sans acception de qualité ni de f(Mtune, il rendant sans délai ses jugements et ses orades avec autorité, avec équité, avec tendresse, roi, père et juge tout ensemble.

{Panégyrique de saint Louis.)

Exorde de l'Oraison ftmèbre de Tnrenne.

Je ne puis. Messieurs, vous donner d'abord une plus haute idée du triste sujet dont je viens vous entretenir qu'en recueillant ces termes noisies et expressifs dont l'Écriture-Sainte se sert pour louer la vie et pour déplorer la mort du sage et vafllant Machabée. €et homme qui portait la gloire de sa nation jusqu'aux extrémités de la terre , qui couvrait son camp du bouclier et forçait celui des ennemis avec Tépée, qui donnait à des rois ligués contre lui des déplaisirs mortels et réjouissait Jacob par ses vertus et par ses exploits, dont la mémoire doit être étemelle; cet homme qui défendait les vifles de Juda, quidomptaitrorgueildesenfantsd'Ammon etd'Ësaii, qui revenait chargé des dépouilles de Samarie après avoir brûlé sur leurs propres autels les dieux des nations étrangères; cet homme que Dieu avait mis autour d'Israël comme un mur d'airain où se brisèrent tant de fois toutes les forces de l'Asie, et qui, afM-ès avoir défait de nombreuses armées, déconcerté les plus fiers et les plus habiles généraux des rois de Syrie, venait tous les ans, comme le moindre des Israélites, réparer

FLÉGBIER. 111

afec ses mains tirion^rfiaiites les raines du saBdnaire , et ne Tot^t (Taatre TéooBspeBSt des serviœs qu'il rendait à sa patrie que t'hoBnenr de l*av<»r servie; ce vaittaiit homme, fomsaat enfe a^ec im coorage inrâicibte les ennmnis qu'il avait réduits à ime fuite honteuse, reçut le coop mortel et demeura comme enseTeli dans son triomphe. Au premier bruit de ce faneste accident, tcmtes les villes de Judée forent émues; des ruisseaux de larmes coulèrent des yeux de tous leurs hafai* tants. J}s furent quelque temps saisis, muets, immobiles. Un effort de douleur rompant enfin ce morne et hmg silence, d'une mx entrecoi]q)ée de sanglots, que formaient dans leurs ccenrs b tristesse , la piété, la crainte , ib s'écrièrent : Comment est mm cet homme pmssant qai sauvait le peuple d'Isra^ ? A ces cris, Jémsalem redoul^ ses pleurs; les voâtes du tenqde s'ébranlèrent, le Jourdain se troubla, et tous ses rivages re* tentlrent du son de ces lugubres paroles : Comment est mort cet homme puissant qui sauvait le peuple d'Israël?

Oirétieiis, qu'une triste cérémonie assemble en ce heu, ne nippelez-vous pas en votre mémoire ce que vous avez vu, ce que vous avez senti il y a cinq mois? Ne vous reconnaissez* vous pas dans Faffliction que j'ai décrite? et ne mettez-vous pas dans YOtre esprit, à la place du héros dont parle l'Écriture, celui dont je viens vous parler? La vertu et le malheiir de l'un et de l'antre sont semblables, et il ne manque aujonrdlmi à ce dermer qu'un éloge digne de lui. Oh ! si l'ËsiHit ^rin , TEsprit de force et de vérité arrait enrichi mon discours de ces images vives et naturelles qui représentent la vertu et qui h persuadent tout ensemble, de combien de nobles idées remplirais^'e vos esprits? et cpielle impression ferait sur vos cœurs le récit de tant d'actions édifiantes et glorieuses?

Quelle matière fut jamais plus disposée à recevoir tous les ornements d'une grave et solide éloquence? Où brillent avec (dus d^éclat des efifets glorieux de la vertu miMtaire : ccmduites d'armées, sièges de places, prises de villes, passages de rivières, attaques hardies, retraites honorables, campements hkn ^éonnéSt combats soutenus, balailks gagnées, ennemis vain-

eus par la force, dissipés par Fadresse, lassés et consumés par une sage et noble patience? Où peut-on trouver tant et de si puissants exemples que dans les actions d*un honune sage , modeste , libéral , désintéressé , dévoué au service du prince et de la patrie, grand dans l'adversité par son courage, dans la prospérité par sa modestie, dans les difficultés par sa prudence , dans les périls par sa valeur, dans la religion par sa piété?

Quel sujet peut inspirer des sentiments plus justes et plus touchants qu'une mort soudaine et surprenante, qui a suspendu le cours de nos victoires et rompu les plus douces espérances de la paix? Puissances ennemies de la ïYance , vous vivez , et l'esprit de la charité chrétienne m'interdit de faire aucun souhait pour votre mort. Puissiez-vous seulement reconnaître la justice de nos armes, recevoir la paix que, malgré vos pertes, vous avez tant de fois refusée, et, dans l'abondance de vos larmes, éteindre les feux d'une guerre que vous avez malheureusement allumée ! A Dieu ne plaise que je porte mes souhaits plus loin ! les jugements de Dieu sont impénétrables : mais vous vivez, et je plains en cette chaire un sage et vertueux capitaine dont les intentions étaient pures, et dont la vertu semblait mériter une vie plus longue et plus étendue.

Retenons nos plaintes, messieurs; il est temps de commencer son éloge et de vous faire voir comment cet homme puissant triomphe des ennemis de l'État par sa valeur, des passions de l'âme par sa sagesse, des erreurs et des vanités du siècle par sa piété. Si j'interromps cet ordre de mon discours, pardonnez un peu de confusion dans un sujet qui nous a causé tant de trouble. Je confondrai quelquefois peut-être le général d'armée, le sage, le chrétien. Je louerai tantôt les victoires, tantôt les vertus qui les ont obtenues. Si je ne puis raconter tant d'actions, je les découvrirai dans leurs principes; j'adorerai le Dieu des armées, j'invoquerai le Dieu de la paix, je bénirai le Dieu des miséricordes, et j'attirerai partout votre attention, non pas par la force de l'éloquence, mais par la

FLÊGHIER. 113

Térité et par la grandeur des Tenus dont je suis engagé de TOUS parler.

[Ormisons fmiùhrei»)

Mort de Tnrcnne*

Torenne meurt» tout se confond; la fortune chancelle, Li Tictoire se lasse , la paix s'éloigne, les bonnes intentions des alliés se ralentissent, le courage des troupes est abattu par la douleur et ranimé par la vengeance , tout le camp demeure immobile; les blessés pensent à la perte qu'ils ont faite, et non aux blessures qu'ils ont reçues. Les pères mourants envoient leurs fils pleurer sur leur général mort L'armée en deuil est occupée à lui rendre les devoirs funèbres; et la renommée, qui se plaît à répandre dans l'univers les accidents extraordinaires, va remplir toute l'Europe du récit glorieux de la vie de ce prince, et du triste regret de sa mort

Que de soupirs alors, que de plaintes, que de louanges retentissent dans les villes , dans la campagne ! L'un , voyant croître ses moissons , bénit la mémoire de celui à qui 0 doit Tespérance de sa récolte; l'autre, qui jouit encore en repos de l'héritage qu'il a reçu de ses pères, souhaite une étemelle paix à celui qui l'a sauvé des désordres et des cruautés de la gaerre : ici l'on offre le sacrifice adorable de Jésus-Christ pour l'âme de cdui qui a sacrifié sa vie et son sang pour le bien pnblic; là , on lui dresse une pompe funèbre , où l'on s'attendait de lui dresser un triomphe : chacun choisit l'endroit qui lui paraît le plus éclatant dans une si belle vie; tous entreprennent son élc^e ; et chacun , s'interrompant lui-même par ses soupirs et par ses larmes, admire le passé, regrette le présent et tremble pour l'avenir. Ainsi tout le royaume pleure la mort de son défenseur, et la perte d'un homme seul est une calamité publique.

{Oraison* funkbrtt.)

au PROSE.

Une Armée.

Qu'est-ce qu'une armée? C'est un corps animé d'une infinité de passions différentes ^ (}u'un homme habile fait mouvoir pour la défense de la patrie ; c'est une troupe d'honomes armés qui suivent aveuglément les ordres d'un chef dont ils ne savent pas les intentions; c'est une multitude d'âmes pour la plupart viles et mercenaires, qui, sans songer à leur propre réputation, travaillent à celle des rois et des conquérants; c'est un assemblage confus de libertins qu'il fout assujettir à l'obéissance, de lâches qu'il faut mener au combat, de téméraires qu'il faut retenir, d'impatients qu'il faut accoutumer à la confiance. Quelle prudence ne faut-il pas pour conduire et réunir au seul intérêt public tant de vues et de volontés différentes? Comment se faire craindre sans se mettre en danger d'être haï et bien souvent abandonné? Comment se faire aimer sans perdre un peu de Tantorité et relâcher de la (fisciplme nécessaire?

Le

Déjà , pour HMmoets* de la France , était eatré dans YsAmînistratîon des affaires un homme plus grand par s(hi eiqpnt et par ses vertus que par ses dignités et par sa fortune ; toi^jours employé et toujours aiirdessus de se» emploôs ; capable de régler le présent et de prévoir rave»ir; d'assurer les hoos événements et de réparer les manvais; v^ete dans sesdeaseinfi, pénétrant dans ses conseâs, juste dans ses choix , heureux dans ses entreprises, et , pour tout dire en peu de sioits, renapli de ces dons excellents q»e Dieu fait à certaiiies âmes qu'il a créées pour être maîtresses des autres, et povur ime m^wiaîr ces re»sorts dont sa providence se sert pour élever €u pem abattre» selon ses décrets éternels, la fortune des rois et des royaumes.

{Oraisons funèbres.)

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