‹ Modèles de littérature françaiseChapitre 75 sur 127 · De suivre. employé constamment au \¥it · texte numérisé non relu

De suivre. employé constamment au \¥it

2. Pour de croire. Le que est siècle. • MiraboiidauL Ce pléona&me était 3. Étaut plciu de grAces.

BOLUN. $> 215

au second , et qu*on néglige i*ornement et quelquefois même h pureté du langage , si cela est nécessaire pour se faire entendre : parce qu*en effet ce n*est que pour cela qu'on parle. Cette sorte de négligence, qui n*est pas sans esprit et sans art, comme il le remarque après Cicéron, et qui vient d'un homme (rfas attentif aux choses mêmes qu'aux mots, ne doit pas aller néanmoins jusqu'à rendre le discours bas et rampant, mais seulement plus clair et plus intelligible.

Saint Augustin avait d'abord écrit contre les Manichéens d'an style plus orné et plus sublime, qui faisait que ceux qui araient peu de science n'entendaient pas ses écrits , ou ne les entendaient qu'avec beaucoup de difficulté. On lui représenta que s'fl voulait que ses ouvrages fussent utiles à un plus grand nombre de personnes, il devait demeurer dans le style simple et ordinaire, qui a cet avantage au-dessus de l'autre, d'être intelligible en même temps aux savants et aux ignorants. Ix^ saint reçut cet avis avec son humilité ordinaire , et il en fit os^e dans les livres qu'il composa depuis contre les hérétiques, et dans les discours qu'il prononça devant son peuple. Son exemple doit être une règle pour tous ceux qui instruisent

Ck>mmme l'obscurité est le défaut que le prédicateur doit éviter avec le plus de soin, et que ceux qui écoutent n'ont pas ia liberté de l'interrompre quand ils trouvent quelque chose d'obsciu*, saint Augustin veut qu'il lise dans les yeux et dans la contenance de ses auditeurs s'ils l'entendent ou non , et qu'il répète la même chose en lui donnant différents tours , jusqu'à ce qu'il s'aperçoive qu'il est parvenu à se faire entendre : avantage que ne peuvent avoir ceux qui, seiTilement attachés à leur mémoire, apprennent leurs sermons mot à mot, et les récitent comme une leçon.

Ce qui cause ordinairement l'obscurité du discours , c'est <le vouloir toujours s'expliquer avec brièveté. Il vaut mieux pécher par trop d'étendue, que par trop peu. Un style qui serait partout vif et concis, tel par exemple que celui de Salluste , ou tel que celui de TertuUien , peut convenir à des

2i/| PROSE.

ouvrages qui, n'étant pas faits pour être prononcés, laissait au lecteur le loisir et la liberté de revenir sui* ses pas, mais non à une prédicatimi, qui par sa rapidité écha^^rait à Tauditeur le plus attentif. Il ne faut pas même Supposer qu'il le s(»t< toujours, et la clarté du discours doit être telle qu'elle puisse porter la lumière dans les esprits les plus inapi^qués, comme le soleil frappe nos yeux sans que nous y soldons, et presque malgré nous. L'effet souverain de cette qualité n'est pas qu'on puisse ent^dre ce que nous disons , mais qu'on ne puisse pas ne point l'entendre.

i. Que l*aiiditeiir soit aUentif.

D'AOVSSSEAU ,

D'AGDESSEAU ( Hbnbi-Fbançois ), chancelier de France, naquit à Limoges ]e 7 novembre 1668. Il puisa dans ses relations intimes avec Racine et Boilean Tamonr des arts et des lettres, etThabitude d*une éiocotioii toujours noble et simple. On a dit de d^Aguessean qn*il pen* sait en philosophe et quMl parlait en orateur; son style cependant n^cst pas toujours exempt de pompe et d^affectation. Quoi qu'il en soit, son talent lui a mérité, comme orateur et comme écrivain , une place émi* nente dans notre littérature.

D'Aguesseau mourut le 9 février 1751.

Union de la Phllotoplile et de l'Éloqnenec.

(l'est en vain que rorateur se flatte d*avoir le talent de persuader les hommes , s'il n'a acquis celui de les connaître.

L'étude de la morale et celle de l'éloquence sont nées en même temps , et leur union est aussi ancienne dans le monde que celle de la pensée et de la parole.

On ne séparait point autrefois deux sciences qui , par leur nature, sont inséparables : le philosophe et l'orateur possédaient en commun l'empire de la sagesse; ils entretenaient un heureux commerce , une parfaite intelligence entre l'art de bien penser et celui de bien parler ; et l'on n'avait pas encore imaginé cette distinction injurieuse aux orateurs, ce divorce fimeste à l'éloquence, de l'esprit et de la raison, des expressions et des sfflïtiments , de l'orateur et du philosophe.

S'il y avait quelque différence entre eux , elle était tout à

Tavantage de Féloquence : le philosophe se contentait de convaincre, Forateur s'appliquait à persuader.

L'un supposait ses auditeurs attentifs, dociles, favorables; l'autre savait leur inspirer l'attention , la docilité , la bienveillance.

L'autorité des mœurs , la sévérité du discours, l'exacte rigueur du raisonnement , faisaient admirer la philosophie : la douceur d'esprit , ou naturelle, ou étudiée, les charmes dç la parole, le talent de l'imagination, faisaient aimer l'orateur.

L'esprit était pour l'un, et le cœur était pour l'autre. Mais le cœur se révoltait souvent contre les vérités dont l'esprit était convaincu; l'esprit, au contraire, ne refusait jamais de se soumettre aux sentiments du cœur ; et le philosophe , roi légitime , se faisait souvent craindre comme un tyran ; au lieu que l'orateur exerçait une tyrannie si douce et si agréable, qu'on la prenait pour la domination légitime.

Ce fut dans ce premier âge de l'éloquence , que la Grèce vit autrefois le plus grand de ses orateurs jeter les fondements de l'empire de la parole sur la connaissance de l'homme et sur les principes de la morale.

En vain la nature, jalouse de sa gloire , lui refuse ces talents extérieurs , cette éloquence muette , cette autorité visible qui surprend l'âme des auditeurs, et qui attire leurs vœux avant que l'orateur ait mérité leurs suffrages. La sublimité de son discours ne laissera pas à l'auditeur, transporté hors de lui-même, le temps et la liberté de remarquer ces défauts; ils seront cachés dans l'éclat de ses vertus : on sentira son impétuosité ; mais on ne verra point ses démarches : on le suivra comme un aigle dans les airs , sans savoir conmient il a quitté la terre.

Censeur sévère de la conduite de son peuple , il paraîtra {dus populaire que ceux qui le flattent ; il osera présenter à ses yeux la triste image de la vertu pénible et laborieuse; et il le. portera à préférer l'honnête difficile , et souvent même malheureux, à l'utile agréable et aux douceurs d'une indigne prospérité.

d*âguesseau. 217

La puissance du roi de Macédoine redoutera Féloquence de Forateur athénien; le destin de la Grèce demeurera suspendu entre Philippe et Démosthène ; et , comme il ne peut sur?i\TC à la liberté de sa patrie , elle ne pourra respirer qu'avec lui.

D'où sont sortis ces effets surprenants d'une éloquence plus qu'humaine? Quelle est la source de tant de prodiges, dont le simple récit fait encore, après tant de siècles, l'objet de notre admiration ?

Ce ne sont point des armes préparées dans l'école d'un dédamateur ; ces foudres , ces éclairs qui font trembler les rois SOT leur trône, sont formés dans une région supérieure. C'est dans le sein de la sageâse qu'il avait puisé cette politique hardie et généreuse, cette liberté constante et intrépide, cet amour invincible de la patrie ; c'est dans l'étude de la morale qu'il avait reçu des mains de la raison même cet empire absolu, cette puissance souveraine sur l'âme de ses auditeurs. Il a fallu un Platon pour former un Démosthène , afm que le plus grand des orateurs fît hommage de toute sa réputation au plus grand des philosophes.

La Sdence.

Par elle , l'homme ose franchir les bornes étroites dans lesquelles il semble que la nature l'ait renfermé : citoyen de toutes les républiques , habitant de tous les empires , le monde entier est sa patrie. La science, comme un guide aussi fidèle que rapide, le conduit de pays en pays, de royaume en royaume; elle lui en découvre les lois, les mœurs, la religion , le gouvernement : il revient chargé des dépouilles de l'Orient et de l'Occident; et, joignant les richesses étrangères à ses propres trésors, il semble que la science lui ait appris à rendre toutes les nations de la terre tributaires de sa doctrine.

Dédaignant les bornes des temps comme celles des lieux, on T. L 10

dirait qu'elle Fait fait > là vivre longtemps avant sa naissance. C'est l'homme de tous les siècles, comme de tous les pays. Tous les sages de l'antiquité ont pensé, ont agi pour lui, ou plutôt il a vécu avec eux , il a entendu leurs leçons , il a été le témoin de leurs grands exemples. Plus attentif encore à exprimer leurs mœurs qu'à admirer leurs lumières, quel aiguillon leurs paroles ne laissent-elles pas dans son esprit ! quelle sainte jalousie leurs actions n'allument-elles pas dans son cœur!

Ainsi nos pères s'animaient à la vertu : une noble émulation les portait à rendre à leur tour Athènes et Rome jalouses de leur gloire; ils voulaient surpasser les Aristide en justice, les Phocion en constance, les Fabrice en modération, et les Caton même en vertu.

Que si les exemples de sagesse , de grandeur d'âme , de générosité , d'amour de la patrie , deviennent plus rares que jamais , c'est parce que la mollesse et la vanité de notre âge ont rompu les nœuds de cette douce et utile société que la science forme entre les vivants et les illustres morts dont elle ranime les cendres pour en former le modèle de notre conduite.

[Niccuité de la teienee.)

Le Bel-Esprit '.

C'est un feu qui brille sans consumer , c'est une lumière qui éclate pendant quelques moments, et qui s'éteint d'ellemême par le défaut de nourriture ; c'est une superficie agréable, mais sans profondeur et sans solidité; c'est une imitation vive , ennemie de la sûreté du jugement ; une conception prompte, qui rougit d'attendre le conseil salutaire de la rélOlexion ; une facilité de parler qui saisit avidement les pre*

i. Qa'elle Ta fait. dans ce sens qu^on le prend au-

2. Ce mol est pris par d'Agues- jourd'hui. Mais sous Louis XTVon

seau en mauvaise part, pour la re- l'entendait souvent dans un sens

cherche de Fesprit ; c'est en effet plus honorable.

d'aguesseau. 219

DÙères pensées , et qui ne permet jamais aux secondes de leur donner leur perfection et leur maturité.

Semblable à ces arl»res dont la stérile beauté a chassé des jardins l'utile ornement des arbres fruitiers, cette agréable délicatesse, cette heureuse légèreté d*un génie vif et naturel, qui est devenue Tunique ornement de notre âge, en a banni la force et la solidité d'un génie profond et laborieux ; et le bon e^jnrit n'a pmnt en de plus dangereux ni de plus mortel ennemi que ce que l'on honore dans le noyade du nom de bêlent.

C'est à cette flatteuse idole cpienous sacrifions tous les jours par la profession publique d'une orgueilleuse ignorance. Nous croirions faire injure à la fécondité de notre génie , si nous nous rabaissions jusqu'à vouloir moissonner pour lui une terre étrangère. Nous négligeons même de cultiver notre propre bien ; et la terre fa plus fertile ne produit plus que des épines, par la négligence du laboureur qui se repose sur sa fécondité naturelle.

Que cette conduite est éloignée de celle de ces grands hommes, dont le nom fameux semble être devenu le nom de l'élo- (pience même !

Ils savaient que le meilleur esprit a besoin d'être formé par un travail persévérant et par une culture assidue; que les grands talents deviennent aisément de grands défauts, lorsqu'ils sont livrés et abandonnés à eux-mêmes, et que tout ce que le ciel a fait naître de plus excellent dégénère bientôt , si réducation , comme une seconde mère, ne conserve l'ouvrage que la nature lui confie aussitôt qu'elle l'a produit

{Décadence du Barreau.)

L'Egprtt.

Penser peu, parler de tout, ne douter de rien, n'habiter que les dehors de son âme , et ne cultiver que la superficie de son esprit , s'exprimer heureusement, avoir un tour d'imagination agréable, une conversation légère et délicate, et sa-

voir plaire sans se faire estimer ; être né avec le talent équivoque d*une conception prompte, et se croire parla au-dessus de la réflexion ; voler d*objets en objets, sans en approfondir aucun; cueillir rapidement toutes les fleurs, et ne donner jamais aux fruits le temps de parvenir à leur maturité : c'est une faible peinture de ce qu'il a plu à notre siècle d'honorer du nom d'esprit.

Esprit plus brillant que solide, lumière souvent trompeuse et inûdèle, l'attention le fatigue, la raison le contraint, l'autorité le révolte; incapable de persévérance dans la recherche de la vérité , elle échappe encore plus à son inconstance qu'à sa paresse.

(Néctuité é€ la science.)

BOUDABT DE LAMOTTEp

HOUDARTDE LAMOTTE (Antoine), né à Paris d'un riche marchand chapelier, étadia d*abord en droit et quitta le barreau pour la littérature. C'est surtout comme critique qu*il mérite l'attention de la postérité, non pas qu'il faille accepter tous ses jugements; mais on ne saurait trop estimer l'indépendance de son esprit et la politesse exquise de sa discussion. Il a fait précéder ses Églogues^ ses Fables , sa Traduc' tion de V Iliade ^ donnée en 17i&, de discours sur la nature de ces divers poèmes. C'est là surtout qu'il a exprimé ces paradoxes qui lui ont été si vivement reprochés. Son Discours sur Homère ^ où il discute les qualités et les défauts du poète grec, excita la colère de madame Dacier, qui publia son traité Des Causes de la corruption du goût , où elle attaquait Lamotte avec beaucoup d'aigreur et de pédanterie. Lamoite y répondit par un ouvrage plein de sel, de raison, d'agrément et de philosophie , et modèle à la fois de modération et de politesse ; ce sont les Réflexions sur la critique,

Lamotte mourut à Paris en 1731.

Des Images dans la fable*

Le choix de l*image, sous laquelle on veut cacher la vérité, exige plusieurs conditions. Elle doit être juste, c'est-à-dire iiigaiûer sans équivoque ce c[u*on a dessein de faire entendre. Elle doit être une , c'est-à-dire que tout doit concourir à une lin principale , dont on sente que tout le reste n'est que l'accessoire. Elle doit être naturelle, c'est-à-dire fondée sur la sature , ou du moins sur l'opinion. Ces conditions sont prises de la nature même de notre esprit , qui ne saurait souffrir qu'on l'embarrasse , qu'on l'égaré , ni qu'on le trompe.

L*image pèche contre la justesse , quand elle ne présente pas assez distinctement une vérité. Esope dit qu'un lion déchirait un bœuf: un voleur vint lui en demander sa part; il la lui refusa. Un voyageur, au contraire, n*osait l'approcher, et le lion lui donna la moitié du bœuf. Qui devinerait que c'est là l'image de la modération et de la récompense qu'elle mérite? Cette idée se marie-t-elle bien avec l'effroi du voyageur? Je crois que ceux qui ont cousu la morale à cette fable n'ont été contents ni d'eux ni de l'inventeur qui les a embarrassés à chercher son sens, et qui les a réduits, faute de mieux , à en donner un si mal figuré par l'image.

L'image pèche contre l'unité , quand tous les traits ne s'en réunissent pas à un certain point de vue. Deux pigeons s'aimaient en frères. L'un veut voyager contre l'avis de l'autre ; il voyage en effet : il essuie mille dangers dans sa course; le pigeon sédentaire souffre tous les dangers qu'il craint pour son ami ; le voyageur revient enfin après avoir évité vingt fois la mort ; et voilà désormais nos pigeons heureux. Je ne sais ce qui domine dans cette image , ou des dangers du voyage , ou de l'inquiétude de l'amitié , ou du plaisir du retour après une longue absence ; et je demeure vuide au milieu de cette abondance d'idées que je ne saurais réduire en une. Si au contraire le pigeon voyageur n'eût pas essuyé de dangers , mais qu'il eût trouvé les plaisirs insipides loin de son ami , et qu'il eût été rappelé près de lui par le seul besoin de le revoir ; tout m'aurait ramené à cette seule idée , que la présence d'un ami est le plus doux de tous les plaisirs K

Une image pèche contre la nature , quand elle n*est pas conforme aux idées qu'on a des choses. Le lion fait société avec la génisse , la chèvre et la brebis. Ils conviennent de partager «ntre eux le butin. On prend un cerf que le lion partage en quatre , et dont il prend trois parts sur différents droits

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