BRIDAINE
pas vous faire connaître la partie intéressée ; il y avait, dis-je, un jeune homme d'une très grande famille , d'une parfaite conduite , de la plus belle espérance , et qui jouissait dans tout le pays de la meilleure réputation. C'était un fils unique connu par son excellent cœur , et qui faisait la gloire et les délices de ses parents. Il arriva que d'autres jeunes gens de son âge , avec lesc[uels il n'avait aucune liaison , se compromirent de la manière la plus grave dans une très mauvaise affaire avec sa propre famille , qui voulut en avoir justice. On leur fit donc leur procès , qui fournit bientôt assez de preuves pour les pouvoir tous condamner à mort. La désolation était universelle dans la ville où ils devaient subir leur triste sort au milieu de la place publique. Notre charitable jeune homme en fut touché; et ne voyant pas d'autre moyen d'obtenir leur grâce, poussé par son bon naturel , il sut si bien s'y prendre que, par un effort de la générosité la plus extraordinaire, il survint comme partie principale dans ce procès criminel, en se substituant lui-même à cette troupe de malheureux. Ce n'est pas tout : il faut vous dire encore qu'il était le fils du seigneur du lieu; il poussa donc la charité jusqu'à se faire charger juridiquement , et à se charger pour son propre fait de la responsabilité du crime qu'ils avaient commis , paraissant ainsi l'unique criminel aux yeux de la justice ; de sorte que les juges ne virent plus %l ne durent effectivement plus voir que lui seul 2i poursuivre et à punir.
On l'admira, on le plaignit. Mais la rigueur des formes et la lettre de la loi obligèrent les magistrats de prononcer contre lui , quoiqu'à regret , un arrêt de mort. Ce fut une consternation générale. Le jour de l'exécution est fixé au lendemain. Par une disposition de la Providence, au moment où le bourreau arrive sur la place pour préparer l'échafaud , il est frappé lui-même de mort subite en présence de tout le peuple. On s'écrie sur-le-champ de tous les côtés que c'est une déclaration manifeste dti ciel , et qu'il faut absolument faire grâce au pauvre patient, victime volontaire du dévouement le j^us héroïque. Tous les cœurs déchirés poussent à la fois le même
cri en sa faveur. Mais tout à coup un autre jeune homme fait entendre sa voix au milieu de la multitude. C'était précisément Tun des complices impliqués dans le même procès criminel , et auquel un si beau sacrifice venait de sauver la vie. « Personne ne se présente, dit-il, pour dresser Féchafaud; eh bien ! je prends sur moi ce soin. Il n'y a point de bourreau ! j'en ferai les fonctions, et je me charge du supplice. » Tout le monde frissonna d'horreur , comme nous tous tant que nous sommes ici présents, en entendant une proposition aussi barbare , que les juges n'étaient pas en droit de rejeter. Il se mit donc à l'œuvre , et la sentence fut exécutée.
Vous frémissez, mes frères ! A la bonne heure ! Mais je sup* pose que vous me comprenez. Ce jeune homme si intéressant qui vient de mourir en quelque sorte devant vous pour le salut de ses frères, c'est Jésus-Christ en son état de victime toujours vivante dans le sacrement de l'Eucharistie ! Et ce bourreau d'ofSce, ce bourreau volontaire , qui est-il? C'est vous tous, pécheurs sacrilèges quim'écoutez. Jésus-Christ, votre rédempteur et le mien , s'était donné pour vous une seconde vie par le testament et par le prodige de son amour. Il semblait pour toujours à l'abri d'une nouvelle mort dans ce tabernacle. C'est vous tous, malheureux Judas, c'est vous qui avez renouvelé son supplice après sa résurrection ; c'est vous qui, par vos communions en état de péché mortel , avez dit , sinon en paroles, au moias par le fait , ce qui est pis encore : « Tirez Jésus-Christ du fond de ce sanctuaire, où il est caché sous les voiles eucharistiques; livrez-le-moi sur cette table sainte : c'est moi qui vais le crucifier de nouveau , c'est moi qui veux élever de mes propres mains la croix sur un autre calvaire , c'est moi qui me charge d'être son bourreau. »
(5ar la communion indigne.)
L'ÉternlM.
Eh ! sur quoi vous fondez-vous donc , mes frères , pour croire votre dernier jour si éloigné ? Est-ce sur votre jeunesse ? Oui, répondrez-vous; je n'ai encore que vingt ans, que