‹ Modèles de menuiserieChapitre 7 sur 32 · LES ORGUE S · texte numérisé non relu

LES ORGUE S

Planche 3i

On commencera par l’orgue de St.-Sulpice, comme étant le plus grand et un des mieux disposés pour l’effet, depuis qu’on a abandonné l’ancienne manière , qui offrait plusieurs inconvéniens , et sur-tout beaucoup de porle-a-faux. Celui-ci repose en plein sur la tribune en pierre , qui forme portique intérieur soutenu par un ordre composite. Il est disposé, comme on en peut juger par le plan, en espèce d’amphithéâtre garni de colonnes corinthiennes qui supportent un riche entablement , avec des groupes de figures. Entre les colonnes sont les tuyaux , et le tout pose sur un soubassement qui l’élève encore et lui donne de la majesté. En avant est le positif ou petit orgue, qui sert dans les cérémonies ordinaires. L’organiste, placé entre celui-ci et le grand orgue , est par conséquent à même de toucher 1 un ou 1 autre des claviers. On 11c pcuL disconvenir que cette masse de décoration , qu’on doit sûrement à Ser-

vandoni, ne soit très-imposante et bien préférable à tout l'échafaudage plus ou moins riche des orgues anciens ; et si l’on élevait quelques doutes à ce sujet , en alléguant la perfection ou la conservation des instrumens de vieille facture, ils seraient suffisamment réfutés par celui-ci, qui, considéré comme moderne, quoique construit depuis nombre d’années, passe généralement pour l’un des meilleurs orgues de Paris.

Planche 82.

On a rassemblé sur cette planche les principales pièces qui servent a la construction d’un orgue, quelque soit la décoration qu’on adopte pour l’extérieur. Les diverses parties de 1 instrument doivent être logées dans une boîte qui est toujours a peu près la même, et proportionnée a la grandeur de l’orgue. Cette caisse doit être solidement établie et assemblée, et même retenue aux grosses constructions , au moyen de tirans en fer, afin qu'elle soit préservée de tout ébranlement ou désunion, ce qui nui-

rail à l'instrument. On voit ici la coupe et la face postérieure de cette carcasse, avec les tourelles qui contiennent les tuyaux; la construction de ces memes tourelles, et la manière dont on les fait supporter par des consoles, dans le cas où elles sont en porte-à-faux : tous ces détails sont tirés de l’excellent, mais volumineux et rare, ouvrage de Roubo , sur l 'art du menuisier.

Planche 33.

Celte feuille contient d’abord un petit orgue récemment établi à Ste. -Marguerite : il est en noyer, parfaitement exécuté, et des plus petits qu’on puisse faire ; majs son mérite n’en est pas moins grand, puisqu’il remplit bien toutes les données, et que sa décoration et la solidité de sa construction méritent des éloges. Il est couronné par des consoles , qui réunissent les petites tourelles à la grande, et orné de tètes de chérubins, qui retiennent les tuyaux à leurs places. Il est placé sur une tribune, au-dessus d’un arc surbaissé formant l’entrée de l’église. Tous ses détails sont dessinés à côté; on y verra que ces différentes pièces sont consolidées par des broches et des équerres en fer , qui empêchent toute espèce de mouvement.

On a déjà eu occasion de voir plusieurs tribunes d’églises dans le cours de cet ouvrage ; celle qu’on donne ici est d’un genre différent; elle est située à Fontainebleau , et orne la grande salle des banquets , dite salle des Cent- Suisses. Elle servait à contenir les musiciens pendant la durée des festins , et elle fut exécutée sous François Ier. ou Henri II , à la même époque que cette grande salle , qui est une des plus belles choses de ce palais.

On remarquera qu’elle estpresqu’entièrement décorée des chiffres et attributs de Diane de Poitiers , et que jusqu’aux feuilles de chêne qui ornent les consoles, tout y a rapport à cette belle maîtresse d’IIcnri II.

Les profds de cette tribune sont purs, et les caissons, formant plafond en dessous, sont enrichis d’une grecque et de rosaces d’un très-bon goût. Cet ancien ouvrage est d’une exécution parfaite, comme le sont toutes les parties de ce château qui ont été bâties à cette même époque.

Le bois est resté sans aucun enduit, et seulement doré dans quelques endroits.

Planche 34.

Les trois planches qui suivent sont consacrées à offrir quelques modèles de plafonds, ouvrages qu’on peut considérer comme monumentals par leur importance , et dans lesquels le menuisier peut donner essor à son génie et faire preuve de talent comme constructeur et comme décorateur. Celui qui est placé au haut de cette planche, est exécuté à la Pailla. - Medicis , à Piome. Il est peu chargé d’ornemens, mais d’un beau profil; on n’y voit que quelques moulures taillées de perles et de dcnticules : une partie du profil forme de grands caissons entre les poutres de la chambre, qui se trouvent ainsi cachées, et la partie inférieure règne autour de la pièce en forme de corniche. On a placé , dans les angles , des rosaces en bois très-saillantes, qui font un bon effet. Ces espèces d’ouvrages, construits simplement, sont d’un grand usage à

Rome, où l’on en voit dans presque toutes les maisons. Ils ne diffèrent entre eux, le plus souvent, que par le plus ou le moins de richesse : ils y portent le nom de sqffito.

Le second plafond a été exécuté à Paris , dans une petite galerie servant de bureau et de bibliothèque à un architecte. On n’en voit ici qu’une portion. On remarquera que les caissons forment la partie du plafond proprement dite , et que les portraits d’architectes anciens , qui se trouvent de chaque côté, sont en retombée et appliqués sur un talus exigé par les localités. Ce petit plafond est riche, mais plutôt par les peintures que par sa propre forme. On l’a donné comme un exemple de ce qu’on peut tenter, lorsqu’on a besoin de décorer les étages les plus élevés de nos habitations.

Planche 35.

Voici deux exemples de plafonds, les plus importans qu’on puisse faire : on les a mis en parallèle sur la même feuille , pour pouvoir les comparer l’un à l’autre , et faire quelques observations sur leur analogie et leurs différences essentielles.

L’un est exécuté à Ste.-Marie-Majeure , à Rome, et tous ceux qui ont vu cet édifice, l’une des premières basilique du monde chrétien, savent quel effet il produit parla richesse et la sage distribution de toutes ses parties. L’autre est à Fontainebleau , dans la grande salle des Cent-Suisses, dont nous avons déjà parlé. Il est exécuté en bois naturel, sans aucun enduit ni couleur, mais doré' dans les principales parties ; il n’a que trois caissons en largeur : sa longueur est considérable. On remarquera dans l’un et dans l’autre la différence de la construction , et sur-tout les diverses inclinaisons de la toiture, qui tiennent chacune à ce qu’exige le climat des pays où ils sont exécutés.

Le premier est chargé de dorures et d’ornemens, mais sans confusion ; le second se compose de simples moulures dont le profil est très-fin et plein de caractère ; ils datent à peu près du même temps, mais celui de Rome se ressent davantage de l’étude de l’antique, dont les artistes de cette époque étaient pénétrés; celui de Fontainebleau, tout aussi savant dans la conception générale , tient néanmoins encore un peu du style gothique, dont on était à peine sorti en France.

Le premier est orné, avec un grand goût , de feuilles, de rosaces, et de clous saillans qui font un grand effet , et l’auti’e de roses et de chiffres qu’on reconnaît être ceux de Henri II et de Diane de Poitiers. Dans ce dernier les caissons octogones y sont disposés avec beaucoup d’adresse, sur-tout dans les angles. L’un et l’autre ont une partie de leurs moulures qui forment corniche continue autour de la salle. Ils sont bien conservés tous deux, et celui de Fontainebleau vient encore d’être restauré par les soins de M. Hcurtault, architecte de ce palais , qui s’est plu à donner toute son attention à celte superbe salle des Cent-Suisses.

Planche 36.

Ce dernier plafond , l’un des plus grands et des plus riches qu’on puisse exécuter , était au Louvre , dans la chambre à coucher d’Henri IV. On l’a déposé, par suite

des réparations faites à cet édifice ; mais il a été soigneusement conservé et mis en réserve pour l’utiliser à l’occasion ; on a fait plus, pour pouvoir satisfaire à la curiosité des amateurs , on en a monté un quart sur le plancher d'une des salles du Louvre : c’est là qu'on a été à même de le voir et de le mesurer.

Il est d’une grande dimension , mais une partie formait soffite autour de la pièce, et le milieu seul avait un renfoncement considérable. Le profil en est hardi et original , et fait beaucoup d’effet par les divers refouillemens de moulures qu'on y a ménagés. Les ornemens en sont nombreux, comme on en peut juger par la gravure, et on ne croit pas même que la richesse puisse aller audelà. Il était largement construit, et ses différentes pièces étaient pendues et assuiéties à la charpente, avec des

SEPTIÈME SACRISTIE DE Planche 'ii.

De toutes les dépendances des églises , les sacristies sont les plus considérables, avec les chapitres ou salles <1 assemblées du clergé. C’est le lieu où les prêtres se préparent pour les cérémonies, et s'habillent pour officier. Là, par conséquent, se déposent dans des armoires, les ornemens, les vases sacrés, les reliques, et généralement tous les objets qui servent au culte ou aux desservans.

La sacristie de St.-Denis , construite depuis quelques années sur les dessins de M. Belanger, réunit toutes les qualités qu’on peut désirer dans ces pièces d’utilité et d’apparat. Elle est décorée, avec une unité élégante et noble, de colonnes et d'armoires en noyer, remarquables par leur pureté et leur simplicité. On y a placé une suiLe de tableaux peints par les meilleurs maîtres de notre époque, dont tous les sujets sont tirés de l'histoire de l’abbaye de St.-Denis.

Au-dessus des colonnes , un entablement, également en noyer, enrichi dans sa frise par des palmcttes et des ornemens en bronze , supporte une voûte en plâtre dont le compartiment est bien entendu cl d’un bon effet. Ses portes sont traitées et profilées avec le même soin que le reste , et les armoires qui régnent tout à l’entour, sont établies solidement, et ne laissent rien à désirer pour la sûreté et la commodité.

Au moyen du plan de celle sacristie , et des coupes et détails qu’on a gravés sur la même planche , il sera facile de prendre une juste idée de l’ensemble comme des parties qui composent ce grand tout , qu’on peut regarder comme un des chefs-d’œuvre de la menuiserie moderne.

Page 1