‹ Modern French readingsChapitre 10 sur 72 · Scène IX · texte numérisé non relu

Scène IX

HiLAiRE, SiDONiE, Antonin. (HUaive continue à ranger la porcelaine.)

SiDONiE. Ha ha ha ! Voyez donc, Antonin, le voilà qui 5 range encore ! Est-il nigaud, ce garçon ?

Antonin. Voyons, petit ; ne fais pas la bête, et laisse là ton torchon et ta vaisselle. Nous avons besoin de toi. Un tour à gauche et prends ma droite. Je suis un bon garçon ; je ne te donnerai pas d'ennui, au contraire. 10 HiLAiRE. Tout à l'heure, monsieur ! Je finis ma vaisselle et je vous suis.

SiDONiE. Est-il sot avec sa vaisselle ! Tu en as pour un bon quart d'heure, à ranger tout cela.

HiLAiRE. Cela ne fait rien, mamzelle Sidonie ; je ne suis 15 pas pressé.

Antonin. Mais nous le sommes, nous, nigaudinos ! Madame sera rentrée dans deux lieures ! Attends, je vais t' aider. (^Antonin donne une forte secousse à Ililaire^ qui laisse tomber une pile d'assiettes qu^ il allait poser daris r armoire. Hilaire 2^ pousse un cri,)

Hilaire, consterné. Mon Dieu ! mon Dieu ! monsieur Antonin ! Qu'avez-vous fait ? Que va dire madame ?

Antonin. Elle dira ce qu'elle voudra! Que t'importe? Elle ne saura seulement pas qu'il y en a de cassé ; ramasse 25 les morceaux ; jette-les, et ta besogne est faite. Elle n'ira pas compter ses assiettes aujourd'hui même.

Hilaire. Mais plus tard madame le saura bien.

Antonin. Plus tard, cela ne te regarde plus, nigaud.

Le Dîner de Mademoiselle Justine. 27

HiLAiRE. Mais si elle demande qu'est-ce qui lui a cassé ses assiettes ?

Antonin. Eh bien! C'est personne ! C'est toujours personne ; chose reçue ! Les maîtres savent tous cela . . . 5 Allons, viens ! Quand tu resteras là comme un imbécile à regarder les morceaux, tu ne les raccommoderas pas.

HiLAiRE. Hélas, non ! Mais je dirai tout de même à madame le malheur qui est arrivé.

Antonin. Comment, petit pestard 1 tu vas faire des 10 contes à ta maîtresse pour nous faire gronder ?

HiLAiRE, balayant les morceaux cassés. Ce n'est pas vous qui serez grondé, monsieur Antonin, puisque je ne vous accuserai pas. C'est moi seul qui serai grondé^ car c'est moi qui tenais les assiettes et qui les ai lâchées. 15 Antonin. A la bonne heure ! Au fait, si tu les avais tenues plus solidement, elles ne seraient pas tombées. Mais, c'est bête d'aller t'accuser toi-même, quand personne n'y songe. — Et à présent que tu as enlevé les morceaux, viens avec nous chez Mlle Sidonie, qui va nous régaler d'une 20 bouteille de vieux malaga et d'un fameux gâteau que nous a fait la cuisinière.

HiLAiRE. Merci bien, monsieur Antonin. Madame pourrait avoir besoin de moi, et . . .

Antonin. Elle est sortie avec les enfants. 25 HiLAiRE. D'ailleurs, je n'ai pas faim ; j'ai bien déjeuné il y a deux heures.

Sidonie. Qu'est-ce que cela fait? Il n'est pas besoin d'avoir faim pour se régaler, et tu vas nous donner une bouteille de vin blanc pour arroser le gâteau. Voyons, ne fais 30 pas la bote et viens avec nous.

28 Modem French Readings.

HiLAiRE. Merci, mamzelle ; j*ai à travailler ; et quant au vin, j'en suis bien fâché, mais je n'en ai pas seulement un verre à vous donner. Le peu d'argent que je gagne, je ne l'emploie pas à acheter du vin.

5 SiDONiE. Et qu'est-ce qui te parle d'acheter du vin, bêta? Est-ce le tien qu'on te demande? C'est celui de la cave dont tu as la clef.

HiLAiRE. Mais le vin de la cave n'est pas à moi, mamzelle ; il est à madame.

10 SiDONiE. Eh bien?

HiLAiRE. Eh bien ! Il n'est pas à moi, et je ne puis vous en donner. Voilà tout.

SiDONiE. Imbécile !

Antonin. Animal! — Venez, Sidonie, laissons ce triple sot 15 faire le héros, et prenons ce que nous avons déjà. Justine \2i nous trouver quelque autre chose, bien sûr.

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