Scène XVIII
Mme. Gaubert, seule.
(Elle parait troublée et agitée; elle finit par s\isseoir dans un fauteuil.)
Madame Gaubert. Je ne reviens pas de ce que me dit Sidonie; j'avoue que j'ai peine à y croire. Et pourquoi ce changement? Après l'avoir protégé, elle tourne contre lui. 20 A l'entendre, Hilaire serait un petit scélérat ... Et il a l'air si doux, si honnête ! . . . Cette porcelaine cassée qu'il cache, me surprend beaucoup. Et ce malaga ! Je veux lui parler, éclaircir ces deux faits qui seraient graves . . . {Elle soîine, Hilaire entre; il parait embarrassé et triste, Mme. Gaubert 25 V examine; il baisse les yeux et rougit.)
Hilaire. Madame veut-elle me pardonner? Je suis bien coupable ; mais c'est par inadvertance, je le jure à madame.
Mme. Gaubert, froidement. De quoi êtes- vous coupable?
ITiLAiRE. J'ai brisé une pile des belles assiettes de madame, et j'aime mieux l'avouer de suite, afin d'avoir la conscience débarrassée et pour que madame ne puisse soupçonner personne. 6 Mme. Gaubekt, avec douceur. Ce que vous faites est bien, Ililaire, et vous avez d'autant plus raison de m'avoir avoué votre maladresse que je la savais ; j'ai vu le panier plein des morceaux de porcelaine brisée.
HiLAiRE, surpris et joye^ix. Et madame ne me gronde pas ? 10 Madame veut bien me pardonner ?
Mme. Gaubekt. Mon pauvre garçon, je ne gronde pas pour des maladresses ; ce qui me fâche et ce que je ne pardonne pas, ce sont les mensonges, les méchancetés, les infidélités et l'hypocrisie.
15 HiLAiRE. Oh ! que madame a raison ! car tous ces vilains défauts ne se corrigent pas facilement et proviennent d'un mauvais naturel, d'un méchant cœur.
Mme. Gaubert. Est-ce bien sincère, ce que vous dites là, Hilaire?
20 Hilaire. Oui, madame, c'est ma vraie pensée depuis que j'ai souvenir de moi-même.
]^Ime. Gaubert, avec liésitcition, Hilaire, apportez-moi le malaga commencé l'autre jour.
Hilaire. Je ne l'ai plus, madame.
25 Mme. Gaubert. Vous ne l'avez plus? Qu'en avez-vous fait?
Hilaire. Je l'ai mis dans l'armoire avant-hier, madame, et je ne l'ai plus retrouvé.
Mme. Gaubert. Vous avez donc laissé l'armoire ouverte? 30 Hilaire. J'ai toujours tout fermé, madame, et j'ai les
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clefs sur moi. Je ne puis comprendre comment ce malaga et bien d'autres choses ont disparu depuis quelques jours, depuis que madame m'a confié les clefs.
Mme. Gaubert. C'est assez singulier, car personne autre 5 que TOUS ne peut ouvrir ces armoires.
HiLAiRE. Madame n'a donné à personne des doubles clefs? Mme. Gaubert. Non ; Jules en avait, mais il les a perdues il y a longtemps.
HiLAiRE. Je me suis permis de changer de place les vins, 10 les liqueurs et les provisions ; je les ai mis dans le buffet. Mme. Gaubert. Vous avez eu tort; ces armoires sont faites pour serrer les vins et les provisions ; les buffets sont pour l'argenterie. Qu'avez-vous mis en place?
HiLAiRE. Si madame veut voir ! {Il tire de sa poche la 15 clef de V armoire^ approche et p)oitsse un cri.) Ah!
Mme. Gaubert. Qu'avez-vous? Qu'est-ce que c'est? HiLAiRE. Que madame voie ; une clef dans la serrure ! Et voici la mienne !
Mme. Gaubert. C'est très-singulier ! (Elle regarde^ aper- 20 çoit le chapeau^ le prends V examine,) A qui est ce chapeau? HiLAiRE. Je ne sais pas du tout. {Il le prend., le regarde et cherche à lire un nom écrit dans le fond du chapeau.) Monsieur . . . Monsieur ... Je ne peux pas lire . . . Tiens, c'est ... M. Jules ! Je crois bien que c'est M. 25 Jules qui est écrit au fond.
Mme. Gaubert. Quel Jules?
HiLAiRE. Le domestique qui était chez madame. Mme. Gaubert. Comment oserait-il venir chez moi ! Aucun de mes gens ne voudrait le recevoir après ce qu'il a 30 fait. {Elle prend et examine le chcijpeau.) C'est pourtant
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bien son nom qui est écrit au fond. Quelle audace ! C'est donc lui ! Je commence à comprendre. Il a gardé les clefs de mes armoires . . . Mais comment a-t-il laissé celle-ci? Et comment sera-t-il venu ici sans que personne l'eût vu 5 entrer! . . . Mais c'est effrayant, cela! Il a probablement les clefs de toutes les chambres ! Je vais parler à Sidonie ! la prévenir, pour qu'elle prenne garde à ce voleur . . . {Mme, Gaubert sonne,)