‹ Modern French readingsChapitre 21 sur 72 · Scène XX · texte numérisé non relu

Scène XX

Les précédents, Caroline et Théodore.

Caroline. Vous voilà revenue, maman ! Vous avez été longtemps absente.

Theodore. Comme vous avez l'air agité, maman? Et Hilaire a l'air tout effaré.

15 Mme. Gaubert. C'est que nous venons de trouver un chapeau qui doit être à Jules.

Théodore. Ah! il a laissé son chapeau? Comment l'a-t-il apporté ici?

Mme. Gaubert. Je suppose qu'il est entré dans la salle à 20 manger.

Caroline. Certainement, il est entré avec tous les autres.

Mme. Gaubert. Quels autres?

Caroline. Sidonie, Justine, Antonin.

Mme. Gaubert. Qu'est-ce que j'apprends? Comment 25 sais-tu ce que tu me dis là ? De qui le tiens-tu ?

Caroline. Je les ai vus et entendus, maman. Ils étaient tous chez Sidonie, et quand ils ont dit qu'ils allaient venir ici pour chercher une bouteille de vin, je me suis sauvée, et

j'ai prévenu Théodore, qui était resté ici, qui a eu peur comme moi, et nous nous sommes cachés dans votre chambre.

Mme. Gaubert. Mais comment les aurais- tu vus chez Sidonie, et pourquoi es-tu montée chez Sidonie? 5 Caroline. P^yjce que cela sentait si bon ici et dans l'escalier, que j'ai voulu voif ce que c'était ; je suis montée, j'ai regardé par la porte virtrée de Sidonie, et j'ai vu un gâteau magnifique, du malaga, du café, des fruits ; ils riaient et chantaient tous ; c'était très-amusant ! 10 {Mme, Gaubert paraît accablée; elle laisse tomber sa tête dans ses mains.)

Caroline, inquiète. Maman, qu'avez-vous ? Etes-vous malade ?

Mme. Gaubert. Non, mon enfant, pas malade, mais triste 15 et affligée.

Théodore. Affligée, de quoi, maman?

Mme. Gaubert. De la conduite de Sidonie, qui me paraît avoir bien mal agi dans tout cela. Je ne sais que croire ; je crains d'accuser injustement. Je ne vois qu'un moj'en de 20 sortir d'embarras. Hilaire, allez chez M. Guelfe ; priez-le de venir me parler pour une affaire pressée. {Hilaire sort,) Théodore, as-tu vu ce que me dit ta sœur?

Théodore. Non, maman ; je n'ai pas voulu monter chez Sidonie, parce que j'avais peur qu'elle ne m'aperçût, et je sais 25 qu'elle n'aime pas que nous y allions quand elle a du monde.

Mme. Gaubert. Quand elle a du monde? Quel monde?

Théodore. Justine, Antonin, Jules et d'autres amis.

Mme. Gaubert. Et que font-ils là-haut?

Theodore. Ils mangent des gâteaux, des fruits ; ils boi- 30 vent du vin, du café et beaucoup de bonnes choses.

Le Dîner de Mademoiselle Justine. 43

Mme. Gaubert. C'est incroyable que je ne Taie jamais su ! Cette Justine, que je croyais si honnête ! Cette Sidonie^ qui avait toute ma confiance ! . . . Et Hilaire, y allait-il aussi ?

5 Theodore. Non, je ne l'ai jamais vu.

Mme. Gaubert. Et toi, Caroline, Tas-tu vu? Caroline. Non, jamais; il travaille pendant ce temps ; aujourd'hui il nettoyait l'argenterie.

Mme. Gaubert. Est-ce qu'il sait nettoyer l'argenterie? 10 Caroline. Je crois que oui, car il la nettoyait très-vite et très-bien, comme lorsqu'on sait faire une chose.

Mme. Gaubert. Et pourquoi, mes enfants, ne m'avezvous jamais dit qu'on mangeait et qu'on buvait chez Sidonie? Théodore. Parce que nous avions peur qu'elle ne nous 15 grondât ; elle nous défendait très-sévèrement de vous en parler, et nous ne pensions pas que ce fût mal ce qu'elle faisait ; allors nous aimions mieux lui faire plaisir en nous taisant.

Mme. Gaubert. Et comment Hilaire ne m'a-t-il pas 20 avertie ?

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