‹ Modern French readingsChapitre 26 sur 72 · Scène IV · texte numérisé non relu

Scène IV

Les précédents, Justine et Sidonie apportant plusieurs plats.

Justine, mettant sur la table. Voilà ! ce sont les huîtres qui ont fait attendre ! Voici le potage, le chevreuil, la 5 volaille et le homard. La fille montera le reste quand nous appellerons.

SmoNiE dépose sur la table six bouteilles de vin. Et voilà le vin apporté par ces messieurs ! Jules, débouchez le Sauterne pour boire après les huîtres. Chacun ses deux dou- 10 zaines. {Us se mettent à table^ mangent et boivent.)

Antonin, mangeant. Des huîtres fraîches comme Vénus sortant des ondes.

Justine, buvant. Et un vin qui ne les gâte pas !

Sidonie. Bon potage ! " Bouillon soigné ! 15 Justine riant. Bouillon ! comme c'est parlé I Dites donc consommé !

Sidonie. Consommé^ si tu veux.

Jules, saluant. Consommé comme le talent de Mlle Justine !

20 Justine. Et corsé comme l'esprit de M. Jules. (Elle découpe.) Je coupe le chevreuil ! chacun deux tranches.

Antonin. Et ce n'est pas de trop ! Chevreuil exquis ! Une sauce qui en ferait manger jusqu'à demain !

Jules, offrant du vin. Bordeaux ou Volnay? 25 Antonin. Des deux, mon cher ! Volnay d'abord, bordeaux ensuite. {Ils continuent à boire et à manger et ils ne s'aperçoivent pas que la porte s'est doucement eiit fouverte.)

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Justine, riant. Dis donc, Sidonie, si les maîtres nous surprenaient ! Yois-tu la figure qu'ils feraient?

Antonin. Et que nous ferions aussi !

Jules. Heureusement qu'ils ont leur Franconi! Car ils 5 ne pensent qu'à s'amuser, ces gens-là ! C'est surprenant, en vérité !

SiDOKiE. Et à quoi voulez-vous qu'ils pensent ! Des gens sans cœur ! Des égoïstes ! Allez î ils méritent bien les tours que nous leur jouons.

10 Justine. C'est qu'ils sont bêtes ; il faut voir ! ils ne se doutent de rien !

Sidonie. Si vous aviez vu la figure que faisait madame, quand je lui débitais une tartine d'attachement, de dévouement et de conscience à propos de ce petit gredin d'Hilaire ! 15 C'est qu'il fallait le faire partir à tout prix ; il en savait trop !

Jules. Oui, vous nous l'aviez promis ; il va falloir s'en débarrasser le plus tôt possible î Et ne pas laisser à madame le temps de se reconnaître.

Sidonie. Ce ne sera pas dififîcile, je pense ; elle écoutait ce 20 que je lui disais avec un air bonasse qui a manqué me faire éclater de rire.

Justine. C'est bête, ces maîtres ; on ne s'en fait pas d'idée !

Jules. Il y en a tout de même qui sont futés. Il ne faut

25 pas toujours s'y fier. Le tout est de bien calculer son afi'aire

et de ne pas se laisser prendre. {Ils continuent à manger et

à boire et paraissent pris de vin ; ils chantent et parlent tous à

la fois; Justine se lève.)

Justine. Je vais appeler la fille pour qu'elle nous monte soles cardons, les champignons, le gâteau et la crème au

Le Dîner de Mademoiselle Justine. 63

marasquin. ÇElle va à la porte^ Vouvre^ pousse un cri d'effroi et tombe à genoux; les camarades se • lèvent précipitamment et restent saisis en apercevant M, Gaubert,) Tous Ensemble. Monsieur!

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