Modernisme et tradition catholique en France
Ce petit livre a paru en articles dans la Grande Revue (1) ; je ne change rien à sa rédaction première, attendu que les laits accomplis, et les documents publiés de part et d'autre depuis quil est achevé, ri ont rien modilié de son argumentation, ni de ses conclusions. Il a été entrepris pour répondre aussi simplement que possible à plusieurs questions, qui m'ont été bien souvent posées depuis un cui : Pourquoi voit-on se multiplier les délections dans lesi rangs du clergé catholique ? Ouest que ce modernisme contre lequel lulmine le pape ? Quelles raisons ses partisans avancent-ils pour chercher dans l'Eglise une nouvelle lormule de loi ? Quelles solutions proposent-ils aux diUicultés dès longtemps soulevées contre les dogmes orthodoxes par « l'esprit moderne », autrement et mieux dit par l'esprit critique ? Le désir de rester brel et la nécessité d'être clair pour tout le monde m'ont imposé le plan que l'ai suivi et le choix des matériaux: que fai utilisés.
J'ai supposé un catholique désireux de penser sa loi et non pas seulement résigné à la subir, capable d'écouter et de comprendre les obiections qu'elle provoque, wn catholique libéral
(1) Grande Revue des 2ij octobre, 10 et 2.'j novembre, 2li décembre 11K37, 10 janvier 1908.
n AVANT-PROPOS
enlin, décidé à composer avec la science moderne, et je Vai mis enlace des résultats principaux que la critique indépendante croit assurés, touchant la révélation dans V Ancien et le Nouveau Testament, Vautorité de la Tradition, l'histoire des dogmes et des sacrements, la souveraineté et Vinlaillibilité du pape ; de manière à laire comprendre pourquoi la loi catholique sans inquiétude ne pouvait guère plus être que l'heureux privilège de ceux qui ne veulent pas savoir. En second lieu, fai interrogé mon lutur moderniste, dans les écrits de ses semblables, pour apprendre de lui comment il entendait lever les diUicultés capitales que l'exégèse et l'histoire opposent au catholicisme orthodoxe ; comment il éviterait de suivre dans la complète incrédulité tant de ses Irères qui y sont déjà tombés. — Enlin je me suis demandé si le critique neutre, celui qui n'appartient à aucune conlession, pouvait se juger satislait par les doctrines des catholiques libéraux ; et j'ai conclu sous ma responsabilité personnelle.
En ce qui regarde spécialement le modernisme, fai borné mes rélérences à des ouvrages Irançais, non que l'ignore le P. Tyrrell ou Fogazzaro, que le n'aie lu le Programme des Modernistes italiens (1) et suivi le très curieux mouvement qui se dessine en Allemagne ; mais il m'a paru que tout ce que le catholicisme li" béral enlermait de bonnes raisons, d'impressions iustes et de sentiments intéressants, avait été lort bien exprimé chez nous. On ne trouverait en plus chez les étrangers que des détails particuliers, qui se rattachent à des situations personnelles, ou à des conditions de milieu spéciales ; leur explication m'aurait entraîné assez loin sans avancer beaucoup mon dessein. J'ai cru aussi prélérable de ne pas disperser sur un trop grand nombre d'écrits
(1) Il vient d'être traduit eu français : Le Programme des Modernistes, réplique à l Encyclique de Pie X : Pascendi Dominici gregis, Paris, E. Nourry, 1908, in-12.