SEIGNEURS
De Saint-Lazare aux abattoirs,
En blouse et la mine fleurie
Les beaux gars de la boucherie
Sont les grands seigneurs des trottoirs.
Blâme en bonnet de lingerie, L'ambulante, en caraco noir.
Qui rôde autour de Tassommoir Aime un gars dans la boucherie.
L'artiste phtisique, amaigrie, Qui vient boire à minuit le soir Le sang de bœuf à l'abattoir.
Sent dans sa poitrine flétrie
Renaître la vie et Tespoir, Quand, tout fumant de la tuerie, Le beau gars de la boucherie Lui tend la tasse de sang noir ;
Et les longs jours de flânerie Le p'tit homme aimé, que vont voir, Somptueuses, en satin noir.
Les servantes de brasserie.
C'est, la mine rose et fleurie.
Un assommeur de Tabattoir.
PÉCOPINS
A Emile Zola.
Au coin du boulevard... minuit... C'est la sortie Des théâtres.
Rangés le long des grands cafés, Haut cravatés de blanc, corrects et bien coiffés, Des petits messieurs blonds à la mine abêtie Prennent leur chocolat..
Charmante galerie ; Jeunes forçats du Pschutt, aucun d'eux n'a dîné Mais chacun a le col étroit du boudiné, La cravate neigeuse et de lys d'or fleurie,
Pour calmer l'estomac révolté qui se venge,
Ils souperont dans l'ombre en rentrant d'une orange
Mais Paris les a crus ce soir à l'Opéra :
Ils étaient en habit.
Opéra dit danseuse, Loge, entrée au foyer, souper et cœtera Et leur joie, étant bête, en est délicieuse.