LE VERS GERMANIQUE
Der accent muss in wtwreracmituiercudcu Spnul/c.ii'li: cin Heiligtlmm gc.pjlfg! werden, a l'accent, dans notre langue accentuée, doit être soigné comme un objet sacré ! » dit un traité de poésie allemande. C'est qu'en effet la poésie germanique est toute régie par la loi des lèves, et, à l'origine, l' était-elle d'une façon encore plus exclusive.
fOS GEBMAV1QUC PBDCITlf JJ
Levers germanique primitif, héritier du long vers sanscrit, consistait en un nombre fixe de syllabes accentuées, entre lesquelles pouvaient ou non exister des atones. Nous voilà bien loin de notre ■ndanec romane a faire alterner les syllabes longues et les syllabes aibles '.
Le vers, toujours le même, comprenait huit lèves, et il était divisé par une césure frappant fortement l'oreille, en deux hémistiches ou, comme disent les Allemands, en deux petits vers ÇKur^eilnt) * , comprenant chacun quatre lèves, deux plus fortes et deux plus faibles. Ces deux membres de vers étaient reliés par l'allitération, terme assez vague en français, mais qui exprime en allemand des régies précises. L'allitération est le retour de la même consonne initiale dans certains mots du vers, mais non pas livrés à un choix arbitraire; ainsi l'allitération ne peut lier que les mots significatifs pour la pensée ( W^r:fjh:i: bnlt'ulatJeit ) et des syllabes accentuées faisant partie du radical. Il y avait communément une ou deux consonnes allitérantes dans la première Kttry {eiU, et une dans la seconde. Les premières se nommaient les Slotkn, la seconde le Hniiptsttib (principale lettre allitérante) ; les allitérantes ensemble, les Liedsiabt, Le vers suivant contient quatre Lîidstabe * :
syllabe
:, par une
ic de la n&trc, la force de l'accent tombant sut à la longueur de la voyelle précédente, de telle sorte que la cers allemand était, dans une certaine mesure, soumise aussi à la loi de la quantité. Dans les mots de deu\ syllabe-, p:iv cNcmple, l.i dernière ne pouvait prendre l'accent que si la première était lo:i(rnc. Dans les mot» Je tiois syllabes, l'accent tombait sur la deuxième si la première était longue, et seulement sur la troisième si cette première était brève. En d'autres termes, une syllabe forte fortifiait sa voisine, tandis qu'elle l'affaiblit dans les langues romanes. Mais l'accent de cette seconde syllabe était cependant moindre que celui de la première. Ainsi dans Herze, il y avait deux lèves, mais la seconde (remplacée dans l'allemand moderne par une baisse) était moins forte que la première.
2, Cette construction n'était pas seulement propre au vieux vers germanique; c'était aussi celle du vers inscrit dans la p.icsic lyrique.
j. Il y avait d'autres règles encore. Ainsi, lorsque deux lèves étaient en contact, non seulement la première devait être longue par nature ou par position, mais elle devait avoir, par l'idée logique, une accentuation plus forte. Toutefois, cette exigence ne s'imposa que plus tard. Les baisses intercalaires ne devaient compter qu'une syllabe. excepté dans VAuftakt,
C'est le lieu d'expliquer ce mot sans analogue dans la métrique française. 1! est
D.it Hlhibrant hettl | min fater; ih heittu Hadubrant'.
Un vers où l'harmonie était obtenue au moyen de procédés aussi délicats n'avait assurément rien de barbare. Il est remarquable, du reste, que plus on remonte dans la civilisation aryenne, plus le langage est perfectionné. C'est surtout ici que la loi du progrés se vérifie peu. Le français est absolument grossier au respect du latin, qui est grossier au pris du grec, qui est lui-même, disent les doctes, inférieur an sanscrit.
Sautons au commencement du \n e siècle, nous constaterons de grands changements, comme en témoignent ces vers de Tristan et .Yseuïl, de Gottfried de Strasbourg. C'est le vers de la a poésie courtoise » ou boefisebe Ejws :
Ein | herr(e) in Parmenle vas, der 1 jâr(e) eîn fcint, al s leb ez las :
der | was, als Uns diu vvarheit an | slner aventlnre seit, wol | an gebûrte tii(n)ege (g)enOz an | lande fùrsten ebengroz '.
emprunté à la musique. VAuftakt, c'est le Irir (ce qui précède U premiers barre de mesure). C'est Jonc, en métrique, tout ce qui précède h première levé. Ainsi, dans le vers ïambiqiiL. I.. premièVfl tyHobc est, en réalité» un Auftakt. Dans la prosodie du moyen âge {à partir de Henri Je Velikke), on n'applique pas 1 l'Aufukt la règle du monosyllabisme à laquelle sont soumises lui autrui baisses, et il peut avoir Jeu» et même trois syllabes.
I. . Hiltibrant s'appelle mon père; je m'appelle Hadubrant. » a. • J'ai lu qu'en Panne nie (royaume imaginaire eu terre celtique) existait un seigneur, en ce temps. 11 adolescent, qui, ainsi qu'on le raconte avec véracité des aventures de sa vie, fut beau de corps et charmant. Edile, vaillant, ginireni et riche. Il était Je lignée royale et quant à l'étenJue Jus [erses soumises à sou pouvoir, l'égal des princes les plus puissants. »
Les voydiet entre parenthèses dans le teste doivent s'élider. Les tatsmaes entre parenthèses {kn(n)rge, (£>'io[) se prononcent à peine, Je façon que les deux voyelles ne comptent que pour une, comme ferait une diphtongue accentuée. Les modernes font l'inverse et suppriment an contraire la seconde voyelle. Au lieu de prononcei Mf>«. «>(g)e», '1s prononcent trag(e)n, Og(fi*. La réunion des deux voyelles, par yliisement de la COnsunue. s'appelle la l'fiuiih-ij'iiil^. 1:11e .1 lieu lorsqu'une voyelle /vit* est suivie d'un ( dont elle n'est séparée que par une seule consonne (excepté k.p.f, ï, qui font entrave). A l'intérieur du vers, la Verschleil'ung est Jhoillatirt, et obligatoire à la tin. On voit que, dans tous le* vers de l'exemple cité. l'Auftakt existe, et qu'il est monosyllabique.
On remarquera tout de suite que, sauf au troisième vers, dans le wârheit, il n'y a plus de lèves en contact ». On en est venu à chercher une harmonie plus en rapport avec les csigences de l'oreille moderne, qui aime, nous l'avons déjà vu, l'alternance des syllabes fortes et des syllabes faibles. La rime, qui s'était montrée dés le ix' siècle, avec Otfried, et qui avait été empruntée à la poésie latine liturgique, remplace l'allitération. Chaque vers a quatre lèves quand la rime est masculine, et trois quand la rime est féminine. La baisse est toujours monosyllabique. Enfin, de plus en plus, on tend à arriver à un nombre égal de syllabes dans chaque vers. De ce vers à l'octosyllabe de Hans Sachs, il n'y a qu'un pas. Enfin, la tendance générale est la rime masculine. Dans le poème des Nitbtlungen (dont le vers est d'ailleurs très différent et plus voisin du vers allemand primitif) toutes les rimes sont masculines.
Somme, au xiir* siècle, en Allemagne, tendance marquée a ramener le vers à l'octosyllabe français.
On ne fait pas ici l'histoire de la métrique allemande. Disons seulement qu'une foule d'éléments étrangers s' étant introduits dans la littérature, on renchérit de plus en plus, et de raffinements en raffinements, on en vint à des complications infinies de rythme. Toutes les époques de décadence mettent d'ailleurs une vaine gloire à la difficulté vaincue. On l'a bien vu chez nous au xv c -xvi e siècle.
Encore bien que la poésie populaire ait repris le dessus en Allemagne au xvi' siècle, encore bien que le vers de Hans Sachs soit généralement un vers populaire de huit syllabes (le vers d'Otfricd au ix« siècle), on rencontre dans les Meisterlkder des tours d'équilibriste, dénués de tout intérêt pour le vrai poète 1 . De ces inventions
subtiles, on s'en lassa de même, et la poésie, quoique toujours régie par la loi des lèves, fit de plus en plus grande la place au syllabisme
Au commencement du xvit" siècle, Opiu, surnommé le père et le restaurateur de la poésie, formula en régies ce que l'on faisait instinctivement, et dans la passion pour l'antiquité, générale à ce moment, il décomposa le vers en pieds, qu'il gratifia d'appellations antiques, mais où (comme nous avons déjà eu occasion de le dire) il appliqua a la voyelle mceiiluêt le nom de hmgsn, et à la voyelle atone le nom de brève, encore bien que, par nature, ce soit souvent le contraire. C'est récemment que, a la qualification de voyelle longue, les Allemands ont substitué le nom de Hebung et les Anglais celui d'accent.
C'est ainsi que l'on fabriqua des ïambes, des trochées, etc. Avec ces pieds, on construisit des métrés plus ou moins imités de- l'antique, Tout cela d'embrouiller si bien les choses que, à un moment donné, Goethe faillit renoncer à faire des vers !
Mais, i côté des formes savantes, l'ancienne poésie se continuait, Spécialement dans les Lîedcr. Bien entendu que l'on y maintenait la rime. Beaucoup chantaient sans su rnaucœarer de savoir s'ils faisaient ou non des pieds antiques.
L'exemple suivant est tiré de la pièce si connue de Schiller, Y Anneau ât Polyeralc. Ce sont des vers rimes de quatre pieds ïambiques, comprenant ainsi quatre lèves et huit syllabes :
Er stand auf seines Daches Zinnen ; Er schaute, mit vergnûgten Slnnen, Auf das beherrschte Samos hln'.
aeb, qui commet!
■ k ptemte ments des r
vers. Il y fallut uae
mes offrent des corrpl
belle
miicmoniqu "es. On trou
1 Les
rimes séparées par I. . 11 était su
soumise i ses lois Inutile d'ajouté
vers n'est pas, co
syllabes. Le rythi
lu t^rrassi.
fc-H*»! —
Œil satisfait Sanu»
que dans
J plus grande partie des- poê sylljhiquc, parce que les pied
et, même populai
cli.u'que-dactvlique
es, le A la
ie .'.pp.Lirif!]! la ci'l'-lv-' ballade du Roi d . Vv'er reiltet so spat | durch Nacln |
deslèv
Là viramui savasïe (N IHJ.ItKWB
En ce qui a trait a la métrique savante, il faut distinguer entre l'école autifasireude proprement dite, qui prétend faire des vers avec de vraies brèves et de vraies longues (sans y réussir), et les poètes qui traduisent des pieds antiques en pieds allemands, c'est-à-dire en remplaçant par la syllabe accentuée la syllabe longue du brin, Dans e genre, voici !e distique par quoi débute la première des E\égUi
Saget, | Steine mit ] an, o| sprecht, ihr | hohen Pa|laste!
Strassen, | redet ein [ Won I | Genius | regst du didi | nïcht ' ?
Ces vers sont magnifiquement harmonieux dans leur succession de lèves et de baisses, mais il est évident que les pieds qui les comont d'antique seulement !c nom. En effet, pour se conformer ■les du htm, les savants ont décidé que, dans l'hexamètre, par exemple, on pouvait employer indifféremment aux quatre premiers pieds des dactyles ou des spondées, mais ils ont ajouté la faculté d'employer le trochée, que proscrit le latin, car l'équivalence ait exister entre une longue plus deux brèves, et une longue plus une brève. Les pieds de l'hexamètre allemand sont donc
Au fond, l'hexamètre et le pentamètre allemand, en dépit de leurs prétentions à l'antique, sont régis par la loi des lèves. Chacun des vers ci-dessus comprend six lèves, une lève par pied a .
il, cl de deux hexamètres, : un dactyle (imposé au 'autre cinq dactyles et un seulement.
Maïs cela n'est qu'apparent. En réalité, le spondée allemand n'équivaut pas an spondée latin, durit les deut parties coiupoiinte.ï sont égales. Le premier n'est qu'une espèce particulière de trochée qu'on pourrait appeler le spondée trochaique. Des deui lèves qui le composent, la première a un accent plus fort que la dernière ( * -). Tel est le cas, par exemple, dans H'eitmjrbt, qu'on peut noter ainsi : Weltmiicht, la lettre italique étant censée représenter les trois cinquièmes de l'intensité du sou de la lettre grasse. Au contraire, dans le trochée le plus simple (on pourrait les graduer), la première syllabe porte la lève, et la seconde est franchement itone : heilen.
EutigOMleoi que l'hexamètre au foud est un vers de six lèves, et que la grande loi des laves régit aussi la poésie savante, vain» mit nolais.