‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 13 sur 101 · Chez · texte numérisé non relu

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prétend que les ( muets ne doivent pas compter dans le vers, el que le vers d'Hugo : ilà fille va prier, 101*1, la nuit al venue, est en réalité un vers de dix syllabes, à scander ainsi : UafiW va prier, vols, la nuit est trjw. En prose, en effet, un père 3 même le droit de dire à son enfant : » Ma fill', va don fair' ta prier' ; te vois ben qu'il est VLiil heur'. . Mais s'il lit le vers d'Hugo, il le prononcera en faisant sonner les douie syllabes... a moins qu'il ne sache pas lire un vers. S'appuyer sur la prononciation populaire pour régler la métrique, c'est exiger que l'on prononce ainsi les vers de

■ Ces larges esc ayers

. Que dans l'ombre une main gigantesque a liés, » Sous couleur que la concierge de 11. l'sicluri » balie les escayers ■.

mement facile au respect de la notre, combien qu'il soit malaisé partout de faire de beaux vers.

N'est qu'une variété du vers germanique. L'anglo-saxon, fils du saxon, ne pouvait que tirer de son père. Voici deux vers du poème le Beoiïitlf (M? siècle) :

Bcowulf wees brème, | blœd wide sprang Scyldes eaferan | S<. - ede-landuni in'.

Comme le vers germanique primitif, le vers du Beoivulf est sans imc et divisé en deux hémistiches reliés, ainsi qu'on vient de le

ir, par l'allitération. Chacun me paraît avoir trois accents.

Les vers suivants, dans le même rythme, ont certainement été crits à tort en faisant un vers de chaque hémistiche :

Crist was acennyd Cyninga wuldor, On midne winter :

Maere theoden ' !

Les mêmes phénomènes qu'en Allemagne se produisirent historiquement. On sentit le besoin d'alterner les fortes et les faibles et de compter les syllabes. Au commencement du xm e siècle, VOrmuium, paraphrase des histoires évangéliques, par Orm ou Onnin, fut écrit en vers de quatorze syllabes (plus l'atone finale). En voici une citation où chaque vers comprend sept lèves, et me parait divisé en deux hémistiches, le premier de quatre lèves, le second de trois :

Thurrh thatt the Lafcrrd seggde thuss [ till Nkodem withlh worde :

Swa lufede ihe Lafcrrd Godii [ the verelld thatt he sennde

His aghenn sune Allmahùg Godd | to wurrthen mann on erthei.

. Beawnlf fut renommé; il ré]

Chiisl naquit, ta gloire des rois, au solstice d'hiver ,. i De cette manière le Seigneur parla à Nicadéme en

• Dieu a tant aimé le monde qu'il a envoyé son propre fil

• pour devenir un homme sur la terre. »

in la gloire de la race de Scyld dar

La rime apparut en Angleterre au xii' siècle seulement. Godric, mort en 1170, écrit des strophes rimées d'après le latin liturgique. A partir de ce moment la rime ne se perd plus, maïs elle trouva surtout une éclatante application au xiv-' siècle dans Chaucer. Néanmoins l'allitération se maintint longtemps, même dans les vers rimes, comme le montre cet exemple, de 1550, environ :

John Nobody, quoth I, what news, tliou soou note and tell What manner men tliou meanc ihat are so mad?

He said : Thèse gay gallants that will construe the Gospel, As Salomon the sage, with semblance full aad... '.

Quant au vers anglais moderne, il se construit d'après des règles analogues à celles qui régissent le vers allemand, sauf les différences propres au génie des deux langues. Les Anglais ont aussi décomposé leurs vers en pieds faits de longues (lèves) et de brèves (baisses) avec appellations antiques. Ils ont à cet effet dépouillé tout l'arsenal de la métrique grecque et latine, et sont censés employer tous les pieds, y compris ceux de quatre syllabes. Mais c'est le ïambe sur quoi repose presque toute la poésie anglaise. En anglais, l'ïambe se présente si naturellement, que si M. Jourdain eût parié cette langue, au lieu de faire de la prose, il eût souvent fait des vers ïambiques

De compte fait, le canon du vers anglais, c'est, comme en allemand, le nombre des lèves, non celui des syllabes. Le syllabisme ne vient que lorsqu'il est appelé par la parité des pieds employés.

Pour fabriquer le vers, les Anglais ont d'ailleurs les mêmes facilités que les Allemands : faculté de contracter les syllabes (voire de les allonger au besoin), et d'accentuer des syllabes atones par nature ' ; faculté de mettre dans la lèves des mots inaccentués dans le discours :

1, « Jean Personne, dis-je, quoi de nouveau? Observe et dis-moi quelle e gens sont ceux que tu dis si fous? « H répondit : 1 Ces joyeux drilles, interpréteront l'il-va^ile comme le sage Salomon, avec un visage plein de trïst

3. Par exemple, Teiinyson accentue lovdiei ; Mooie, liappiest; soit, c'est secondaire, nuis ju «si uut .'1 fait Jérôme Je reuce-rurtr careJ, inclined.

Sweet Au|bum, lojvelïcst vil|l.ige of ] tlieplaln'.

Dans ce vers de Goldsmîth, très doux, musical, et composé d'ïambes', on voit que la conjonction of porte une lève, C'est exactement comme si l'on accentuait de la manière suivante ce vers Je

Mais parle-nous de toi! Que fais-tu de tes jours?

Or, cette accentuation du second hémistiche est impossible. Évident que la vois ne peut s'élever sur la conjonction ife (qui répond à Yof de Goldsmith), et que dans fais-tu, elle s'élèvera toujours, non sur la syllabe initiale, mais sur la finale tu, comme dans le substantif fétu.

Soit même un vers qui puisse logiquement se décomposer en ïambes, tel que cet autre, de Psyché :

Mais la forêt frémit. D'un arc caché dans l'ombre...

Jamais, dans une suite de vers, nous ne saurions hausser et baisser alternativement la voix de cette façon. Le génie de la langue y regimbe. Même un tel mode de chanter le vers, s'il était possible, serait à justes enseignes tenu pour moquable'. Et ce vers fùt-il débité isolément, on y supprimera presque complètement l'accent sur ht et l'on glissera sur celui de caché. On pourrait tâcher à représenter toutes les nuances de la prononciation en marquant la place du simple accent par une lettre italique ; celle de la demi-lèvc par une lettre avec une barre dessus; celle des lèves, par l

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