‹ Modestes observations sur l'art de versifierChapitre 92 sur 101 · EXEMPLE DE PANTOUM 32 J · texte numérisé non relu

EXEMPLE DE PANTOUM 32 J

Le voyageur vous voit et passe, Il se retourne en soupirant :

Peut-être ouvririez-vous l'espace A son cœur malade et souffrant ?

Il se retourne en soupirant, Emporté plus loin dans la vie.

A son cœur malade et souffrant Votre silence fait envie.

Emporté plus loin dans la vie, Le voyageur reviendra -t-il ?

Votre silence fait envie, O chers petits chemins d'avril !

Le voyageur reviendra-t-il Fouler l'herbe que l'agneau broute, O chers petits chemins d'avril !

Qui l'attend au bout de sa route ?

Fouler l'herbe que l'agneau broute, Au moins c'aurait été la paix.

Qui l'attend au bout de sa route ?

Pourquoi fuit-il l'ombrage épais ?

Au moins c'aurait été la paix, La fraîcheur sauvage et champêtre.

Pourquoi fuit-il l'ombrage épais ?

Le bonheur était là peut-être.

La fraîcheur sauvage et champêtre, Loin de tous les regards humains, Le bonheur était là peut-être, Dans un de ces petits chemins.

Loin de tous les regards humains.

Mes rêves cachent leurs mystères, Dans un de ces petits chemins, Discrets, furtifs et solitaires.

Les traités ne font pas mention. Il tire son origine de la poésie persane, et c'est à son propos que, s'adrcssant à Hafiz, Goethe s'écrie :

In deine Reimart hoffich mich *u fînden '.

II se trouve en effet plusieurs exemples du ghasel dans le Divan, mais c'est dans les Roses orientales de Ruckert et dans les Ghaseh du comte de Platcn que l'esprit et la forme du modèle ont été le plus fidèlement reproduits. Quelques Français (en bien petit nombre, crois-je) ont à leur tour emprunté ce rythme à l'Allemagne.

La pièce commence par deux vers sur la même rime. Elle se continue en faisant tous les vers pairs sur cette rime. Tous les vers impairs sont blancs.

Cette disposition est très goûtée en Allemagne, où l'alternance des vers blancs et des vers rimes est d'un usage constant. En France elle existe dans beaucoup de chansons populaires, mais seulement pour des vers courts :

La bdle chambrière

S'est levée au matin,

A prins trois boisseauk d'orge

Pour aller au moulin. (1541)

Nous étions trois filles, Bonnes à marier, Dans un pré nous fûmes, Fûmes pour danser '.

« Dans K

eu;-!,-.

net j'espcri 1. Dans ces cliansons le vers rimant est ordinairement masculin. Jeoï > oreilles modernes, l'alternance des vers rimes et des vers blancs : :ux i sa place dans des vers hétérométriiiues. Les Anglais ont d'heurens eiemples ce genre. Ainsi qu'en France on l'a fait pour le septénaire rythmique, les Anglais : coupé le vers de 14 syllabes du temps de Shakespeare, en deui tronçons de 8 et 6. cette manière un distique rimé a fait un quatrain, où les vers pairs riment, et les s impairs non, ceui-ci étant terminés par le mot primitivement à l'hémistiche. Jt

's que, pour

lais dans les longs vers elle serait difficilement admise. Or le ghasel se fait communément en longs vers.

Je crois qu'on pourrait accommoder beaucoup mieux le ghasel au goût français en conservant la disposition des vers pairs sur une rime unique, mais en faisant rimer entre eux les vers impairs deux par deux. La rime dominante forme ainsi une mélodie continue sur laquelle se détachent les broderies de la rime secondaire. Je pense aussi que, pour mieux marquer le caractère donné par cette dominante, il est bon de diviser la pièce eu distiques et non de la disposer en vers continus, comme font les Allemands.

Enfin, de même que la pièce commence par deux vers sur la dominante, il est nécessaire de la terminer par deux vers pareils aux premiers. Faute de quoi le poème ne se ferme pas. On a le sentiment qu'il peut être allongé ou raccourci. Il y a là un défaut d'ordonnance dont les Germains n'ont cure, mais qui frappe notre esprit français, accoutumé à la symétrie et a l'achevé.

Il serait même bon, pour mieux clore le poème, de le terminer par le mot à la rime dans le premier vers.

Il me semble que, dans les conditions indiquées, le ghasel peut prendre un grand style, et que le retour de la même rime, avec sa pause, martèle, pour ainsi dire, l'idée dans le cerveau de l'auditeur.

Quoi qu'il en soit, on a tenté d'appliquer ces règles dans le poème suivant :

dois à l'obligeance de M. Quatrevaux la c Ben Jonson, prononcé au moment où, au c coupe à l'épousée :

« Drink to me only with tbine

« And 1 will pleage with mi

» Or leave a kiss withîn the eu

. And I will net ask for mit

< Porte ma santé seulement :n laisse un baiser dans la c Je trouve dans M. Dumur d

.vec les yeux et je piirt-jnii la 1k upe, et je ne demanderai pas d s vers de ce genre, quoique su Seule X.itacha gardait

L'Être, Mère et Sépulcre, et dont le vaste flanc Tient les mondes i naître et les mondes croulants,

■ Tel un banquier, eonvoiteux et tenace « A quelque citoyen a prêté deui talents ;

• Vienne l'heure : aussitôt, du ton de la menace, n II réclame son or au débiteur trop lent ;

u Ainsi viens-je reprendre une instable matière,

« Pour quelques jours prêtée a ton corps chancelant.

« De poussière sorti, redescends en poussière I o — Je veujt, de ton cadavre immonde, pestilent,

« Je veux avec amour pétrir la vierge blonde, « La rose capiteuse et le grand lys tout blanc ;

n Ton sang s'épanchera, sève ardente et féconde, » Au brout amer que tond le chevreuil et l'élan.

o Des vapeurs de ton corps, éparses dans le vide, o Je ferai les fonds bleus où nage le milan,

i Ou bien, au pied d'un roc, une sour < Qui court sur les graviers et chante i

s frigide, 1 s' écoulant.

i Disparais donc ainsi a Toi qui dans l'infini

î on te vit apparaître, E fut qu'un point roulant.

« Nul besoin n'est de toi, car ton manque de naître, u De la pièce à jouer n'eût pas troublé le plan.

b Plonge au Gouffre d'oubli, mais nul ne saurait faire « Que tu n'ais pas souri au jour étincelant ;

« Qu'aux pieds marmoréens de quelque beauté chère, « La flamme n'ait couru dans tes membres tremblants,

« Bénis les d

x à l'heure où tu cesses de vivre; : en paix dans le Rot circulant I

lis frémir tous ces germes, brûlants ;s d'un jour... qu'engloutiront mes fl

Et maintenant, quoi plus? On a essayé de mettre en jour, dans ce trop long ouvrage, le faible et le fort de chaque rythme, de démonter le mécanisme du vers, et de montrer de quelles sottes entraves grammairiens et pédants ont souvent géhenne l'inspiration poétique. Le surplus ne s'enseigne ni ne s'apprend. On n'apprend pas à faire de beaux vers (si cela s'apprenait, je sais bien qui en profiterait). On n'apprend pas à aimer.

Pourtant il n'est pas inutile de connaître comment l'inspiration elle-même doit, en tant qu'exprimée, se plier à de certaines régies. C'est qu'en poésie, comme en toute espèce d'art, il y a des procédés, des tours de main qui se peuvent acquérir. De même en musique il y a un doigté, un travail harmonique qui s'étudie et s'assimile. Cela ne vous inspire pas de la belle musique, mais si vous trouvez naturellement la mélodie, cela vous met aux termes de la transcrire sans fautes contre les lois.

Savoir désosser un vers ne vous en fera pas non plus jaillir un beau, tout armé, du cerveau, mais cela peut vous retenir d'en faire un mauvais ; ou vous avez du moins la satisfaction de savoir pourquoi il est mauvais. Ainsi l'homme intelligent fait des sottises tout comme les autres, mais il a la supériorité sur les imbéciles, de savoir que ce sont des sottises... ce qui, du reste, ne le retient jamais.

Il y a la poésie et la versification. On n'apprend pas la première, mais on apprend la seconde, et la seconde est indispensable à la première. Le métier, c'est comme l'argent, il faut le mépriser, et, si possible,... en avoir.

Et maintenant, lecteur, s'il reste quelque chose à dire, tiens-l< tour dit.

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