‹ Modifications du liquide céphalo-rachidien chez 100 malades internes pour troubles mentaux alcooliquesChapitre 22 sur 35 · ONE DURS · texte numérisé non relu

ONE DURS

Le malade était placé en décubitus latéral. Une fois l’aiguille en place, on s’assurait qu’il ne se contractait pas dans une hyperflexion. On attendait alors de une à deux minutes, période pendant laquelle l'aiguille du manomèire de Claude redescend lentement, l’ascension initiale étant due, entre autres facteurs, à la contraction musculaire sous l’influence de l’attente de la piqûre ou de la piqûre elle-même. Une fois l’aiguille arrêtée, on demandait au malade de tousser une ou deux fois pour vérifier l’intégrité de la transmission des modifications tensionnelles, puis on notait le chiffre auquel l’aiguille se stabilisait définitivement. Le manomètre de Claude que nous avons utilisé venait d’être vérifié et nous avons comparé par deux fois, sur une dizaine de malades chaque fois, les chiffres qu’il indiquait à ceux fournis par les manomètres des services voisins.

Dans ces conditions, nous avons obtenu les résultats suivants sur 96 premières ponctions (la mesure de la tension n’ayant pu être effectuée, pour des raisons indépendantes de notre volonté, dans les observations n°° 21, 49, 83 et 92) :

— de 0 à 10 cm. d’eau: 1 cas.

— de 11 à 15 cm. d’eau : 7 cas.

— de 16 à 20 cm. d’eau : 25 cas.

— de 21 à 25 cm. d’eau : 27 cas.

— de 26 à 30 cm. d’eau : 24 cas.

"de 31 à 95 cm d'eau: Jicas.

— de 36 à 40 cm. d’eau : 2 cas.

— del a 45 cm d'eau :-] cas.

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Pour interpréter ces résultats, nous utiliserons les chiffres indiqués, dans un travail récent en collaboration avec Planques et Mlle Barbier, par Riser (32) dont l'expérience porte sur plusieurs milliers d’examens de liquide céphalo-rachidien. Cet auteur fixe la limite supérieure normale à 20 cm. d’eau en position couchée, et à 48 en position assise. Il ajoute : « On peut parler d’hypertension cranienne légère certaine à partir de 25 et 60 cc. d’eau ».

On voit que 36 sur 96 de nos malades, présentant une tension rachidienne au-dessus de 25 cm. en position couchée, avaient une hypertension cranienne certaine (soit 37,5 % des Cas).

Si l’on tient compte, ainsi que nous l'avons fait pour la tension artérielle et pour l’albuminose, des chiffres « normaux forts », c’est-à-dire des cas où la tension rachidienne s’inscrivait entre 20 et 25 cm. d’eau, nous trouvons 63 observations sur 96 (soit 65,6 %) dans lesquelles existait une tension normale forte ou une hypertension rachidienne.

Si l’on envisage seulement l'hypertension certaine, celte modification se trouvait associée :

— à une hyperalbuminose et à une extension de la précipitation du benjoin colloïdal dans la zone méningitique dans 9 cas;

— à une hyperalbuminose sans modification du benjoin dans 9 cas;

— à une extension à droite de la précipitation du benjoin sans hyperalbuminose dans un cas.

(32) Riser, PLANQUES, Mlle BARBIER, Presse Méd., 29 avril 1939.

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Restent 17 cas dans lesquels l'hypertension rachidienne était la seule anomalie révélée par la ponction lombaire. Malheureusement, nous possédons seulement quatre secondes ponctions dans ces 17 cas, ce qui ne nous permet pas d’apprécier si cette hypertension rachidienne solitaire a un caractère transitoire ou si, au contraire, elle annonce des modifications plus importantes.

Nous le regrettons d’autant plus que, parmi ces cas, figurent certains des chiffres les plus élevés, en particulier l’obs. n° 36 dans laquelle une hypertension à 43 cm. fut la seule modification pathologique constatée dans le liquide céphalo-rachidien. La ponction fut suivie dans ce cas comme nous l’avons déjà signalé (p. 37) d’un strabisme apparu progressivement huit jours après, et consécutif, d’après l’examen de l’ophtalmologiste à une parésie du droit externe. Le fond d’œil était normal. Le malade refusa toute nouvelle ponction.

Sur les 48 cas dans lesquels nous avons pu pratiquer une seconde mesure de la tension rachidienne, il y avait:

— 27 cas dans lesquels la tension initiale était audessous ou au plus égale à 25 cm. Dans ces cas, nous constatâmes 16 fois une variation nulle ou inférieure à 5 cm. à la deuxième ponction. Dans 9 cas il y avait une augmentation de la tension qui atteignait ou dépassait le chiffre de 30 cm. dans 5 cas. Deux fois existait une diminution de la tension initiale.

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— 21 cas dans lesquels la tension initiale était supérieure à 25 cm. Dans 12 de ces cas, la variation observée à la seconde ponction était nulle ou bien inférieure à 5 cm. Dans 3 cas, il y eut une augmentation de l’hypertension, dans 6 cas une diminution mais celle-ci ramena la tension à un chiffre normal (inférieur à 25) dans deux cas seulement.

En résumé, l’étude des secondes ponctions montre dans 5 cas l’apparition d’une hypertension qui n’existait pas au premier examen, dans 2 cas la disparition de l'hypertension, dans 28 cas une variation nulle ou négligeable, enfin dans 13 cas une variation sensible mais insuffisante pour faire passer le chiffre de la zone normale à la zone pathologique ou inversement.

On pouvait se demander, surtout dans les cas d’hypertension rachidienne solitaire, si celle-ci n’était pas liée à l'hypertension artérielle si fréquente chez nos malades.

Deux arguments nous permettent de rejeter cette hypothèse :

1° L'association avec une hypertension artérielle ne s’observe que 15 fois sur 36 hypertensions rachidiennes (7 fois sur 17 hypertensions rachidiennes solitaires).

2° Cette question a suscité de très nombreux travaux (35) : leur exposé ne serait pas à sa place ici. Qu'il nous suffise de signaler la conclusion du ré-

(33) Citons notamment les art. de Dumas et CONDAMIN; CLAUDE, TARGOWLA et LAMACHE; CLAUDE et LAMAGHE:; TzanNck et RENAUT; les nombreuses études de RisEr et ses collaborateurs; les thèses de LAMACHE, Mile BARBIER, BurFARD, etc, dont on trouvera les références à la bibliographie.

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cent et très important article de RISER, PLANQUES et Mile BARBIER intitulé « L’hypertension cranienne chez les hypertendus artériels » (34) : l’hypertension artérielle non compliquée ne détermine jamais d’hypertension cranienne. Les complications étant entendues comme l'apparition de signes nets de défaillance des fonctions hépato-rénales ou cardio-vasculaires.

Aucun de nos cas ne répondait à cette définition de hypertension artérielle compliquée. Certes, il manque à nos observations la mesure systématique de la pression veineuse ainsi qu’une exploration rénale et hépatique minutieuse. Nous croyons toutefois pouvoir rapporter l’augmentation de la tension rachidie chez nos malades à un processus méningé, quelle que soit sa pathogénie, plutôt qu'à l'hypertension artérielle ou la stase veineuse.

4°. — La cytologie et les autres examens

1) CYTOLOGIE

Si nous éliminons les 9 cas dans lesquels l’examen microscopique des éléments figurés signalait la présence d’hématies (malgré l’absence d'augmentation de la leucocytose au-dessus de 2 éléments par mm3 dans 7 de ces cas) les 91 examens de première ponction se classent de la façon suivante :

(34) Presse Médicale, 29 avril 1939.

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— Absence de tout élément figuré dans 12 cas.

— Moins d’un leucocyte par mm3 dans 63 cas.

— De 1 à 2 leucocytes dans 14 cas.

— De 2 à 3 leucocytes dans 6 cas (obs. N°" 3, 28, 43, 64, 67, 92).

— Un cas (obs. N° 88) avec 3 leucocytes.

— Deux cas (obs. N°° 33 et 46) avec 3,2 leucocytes.

— Enfin un cas (obs. N° 96) avec 6 leucocytes par mms.

— Et un cas (obs. N° 52) avec 17,2 leucocytes par mm.

Si l’on fixe à deux éléments par millimètre cube la limite supérieure de la lymphocytose normale (3%), on voit que 11 cas seulement dépassent ce chiffre. Encore cette augmentation.est-elle bien minime dans 9 cas. Seules les observations N°° 52 et 96 présentent un chiffre nettement pathologique.

Dans le premier cas (Obs. N° 52) il s’agissait d’un malade, paludéen et dysentérique bien que n’ayant jamais quitté la France (ces deux affections ayant été vérifiées par de nombreux examens de laboratoire au Val-de-Grâtce). En juin 1937, il subit un accident d’automobile grave qui entraîna une fracture du crâne avec coma pendant deux jours environ. Depuis cet accident, à l’occasion d’excès de bière surtout (2 à 3 litres par jour) il avait des crises convulsives tous les trois mois environ. Il fut interné à l’occasion de troubles du caractère et d’un épisode onirique fugace.

(35) LÉVY-VaLENsI. « Diagnostic neurologique », p. 93.

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