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AVERTISSEMENT

Des harmonies, outre les jeux intérieurs du vers, essayés depuis quelques années par les uns et les autres, outre les simples assonances Anales, ou l'absence souvent plus délicate de toute tiomophonie, il pratiquait d'une volonté délibérée les justes rimes pour l'oreille {soleil, vermeille: spires, désir; pourpris, prairies; arrosée, muser:) déjà réclamée par nos classiques au milieu du xviii' siècle.

Des cadences, données surtout par la place des accents, nul, à cette époque, ne les composait d'images métriques aussi volontairement équilibrées dans les sinuosités du rythme.

Pour les harmonies et les cadences combinées, l'auleur, malgré les ironies de ses confrères, qui croyaient tout résoudre au gré des libres lectures, avait dès Fumerolles envisagé combien il serait important de préciser les nuances exactes, si nombreuses de Ve dit <■ muet », que n'imposent pas toujours une prononciation commune ou la place expressive dictant leur euphonie.

Toutes ces raisons inclinent l'auteur à une certaine faiblesse pour ce recueil. Sans doute est-ce bien à tort. Mais (juelle que soit la prédilection qu'il devra éprouver pour des poésies ultérieures plus particulières, plus douloureuses et plus profondes, ou des poèmes plus mûrs, plus graves et plus larges, il lui suffirait que d'éehoK en échos ces « modulations » lui prolongeassent un peu quelques suaves instants de sa jeunesse, soupirs ravis au sein des Grâces, et mêlés, dans une douce extase mélancolique, à la volupté de la lumière, des saisons et des heures.

Juillet 19ii.

Fumerolles !

simples jeux de brumes,

des terres chaudes d'Amour

soufflées,

par les douces heures du jour...

Paroles,

enroulant, endormant la pensée,

au souffle de bouches tremblantes,

ô volupté ! volupté...

Laissons l'écume

des rages et des laves de la vie,

fumerolles,

et nous ravissez

en les ascensions

de vos brumes,

aux lummeuses spires,

soufrées, soufflées

de nos désirs,

de nos passions,

et malgré les boues et les cendres,

diaprées

de nos incandescentes féeries...

Spires aux vols et virevoltes folles,

fumerolles,

enveloppez-nous de vos plus mouvantes magies;

et de leurs denses vapeurs vermeilles

soutenez-nous

en les délices d'un vertige^,

jusqu'à nous porter enivrés avec vous

vers le soleil.

Et si traversent le voile de vos prestiges les grondements sourds de la terre noire, épaisstisez-vous toujours sur nos \jeux, davantage, fumerolles :

Il nous faut tant de beaux nuages pour nous croire parfois des dieux !...

bleutées de nuit

Crépuscule... gestes à tâtons du bonheur Dan» la svlve toute neuve encor de l'amour...

Ai\ I le passé nous vêt longtemps comme un deuil

Si long ! et d'épais habits de bure si lourds !

Par nous-mêmes, avant l'union vraie, par les autres.

Entassés contmûmcnt sur nos épaules,

Comime pour nous écarter plus longtemps l'un de l'autre.

Nous voiler d'une brouée de Vàmt le clair bonheur

Dont le passé force d'abord l'amour à faire un deuil

Si long I et d'épais habits de bure si lourds I

Que durent, tel qu'un éternel rosaire le jour. Et l'égrènement interminable de ses heures. Avant que nos doigts aient ce long passé lacéré Et fait de toutes ces loques de nuit des clartés Grandissant, toujours un peu plus, vers le jour Oii enfin ! entièrement du deuil dépouillé. Dans la sylve, enfin soleilleuse, de l'amour, Se dresse ! pure et radiante chair de bonheur. Le vierge renouveau de notre nudité !

Crépuscule... gestes à tâtons du bonheur Dans la sylve toute neuve encore de l'amour..

Le sommeil étend toujours sur elle sa pénombre de nuit...

Et j'appelle dans l'angoisse de la nuit, l'âme dilatée vers l'Orient I

Et j'attends...

Dieu ! que la réponse s'éveille,

et illumine mon cœur anxieux

des spectrales menaces de la nuit I

... N'est-ce point elle qui filtre et glisse ?...

Ses yeux, ses yeux !

enfin ses yeux, hors des spélonques de l'Orient

répondent, et luisent, et s'épanou-issent, jusqu'à dans ma nuit nve fondre, jusqu'à confondre toute ma nuit..

O la réponse, seule entre tous éveils, dispersatrice !...

Ses yeux, ses yeux s'épanou-issent dont l'iris monte, le lumineux et large iris, qui dans un ciel de nacre s'élève, lune mordorée, pleine, et voluptu-eusement échancrée de lourdes, lourdes nuées

d'ambre pâle...

Pudique, son petit pied comme échapi>é d'Asie, son petit pied de légende divinement exigu...

Oh ! sa trace à peine saisie

aux marques du sable sibyllines !

Humain pourtant de sa force charnue, haut cambré comme un coq de combat !

Son pied de légende et d'humanité fine qui assaille la terre en despote rêveur, et la laisse vaincue sous ses pas !

— Etrange, ô légende !

nul n'aura sa beauté connue

nue

Ah ! l'amant l'a tenu,

roulé, chauffé, en ses paumes ardentes,

mais jamais, jamais dévoilé

D'un emmaillement impénétrable,

dont les soies diverses le gantent,

et l'irisent, le dorent, ou l'argentent

des frissonnantes pudicités

qu'ont des nuances de crépuscule,

des éclats fugaces d'aurore,

ou des glacis bleus de clair-de-lune,

ou des ténèbres miroitantes

de l'aube toute proche de la chair

qui moire les mailles nocturnes

des reflets luisants de sa lumière I...

Ah ! l'amant l'a tenu,

pressé, baisé... baisé, roulé...

roulé, chauffé, en ses paumes ardentes,

mais jamais, jamais dévoilé...

Qu'un soir peut-être, .qu'il apparût

au fol amant, en un éclair éblouissant.

d'écume, comme un petit flot blanc à peine vu disparu

en brume.

sous la nuit de la courte-pointe...

La petite Soeur morte dont vague encor l'âme blanche

brillait.

Et comme je montais du fond de la combe à chaque appel des signes lunaires

les songes leur forme lisse et blanche dressaient, hors l'épaisse tombe de l'ombre.

Et chacun de mes pas m'avançait vers ce que je croyais être la vie, des formes ondoyantes de la vie, fluences chatoyantes de lumière, souplesses coulantes de la chair en des envelopf>ements d'harmonies I

Mais au bout de mes pas je n'embrassais

de mes deux bras d'étreinte et de nia bouche de sang

que des corps froids, et droits, trop blancs,

durs d'attitude trop fière,

et dont la chevelure bruissait

les seules plaintives mélancolies,

et dont la petite Sœur morte drapait

les membres rigidement lisses et blêmes

àt ses clairs voiles mortuaires...

A quoi bon marcher ?

Je redescendis

au plus creux de i'ombre de la terre, pour qu'au moins mon espoir dans la Huit

s'endormit.

Il ne put....

Lors, baisant la terre de supplications infinies,

mes lèvres rencontrèrent deux folioles ambrées aux replis

de battantes paupières

que chacun de mes baisers soulevait sur des yeux d'eau profonde nacrée de lueurs vives.

Et chacun de mes baisers soulevait de brusques espoirs luisants de vie; et à chacun des subtils éclairs, un peu de l'âme nocturne fuyait, un peu de l'affre lunaire de mon sort...

Ah ! le jaillissant regard de fol éclair où se lève, et d'un coup splendit, toute une aurore I...

mauves et blondes

L'âme s'ouvre à l'aube bleuâtre.

Et les cultures de son pourpris s'avivent de brises et de pleurs...

Les volutes des herbes aux p>entcs des prairies roulent en leurs vaguelettes figées les dernières chutes des étoiles, par l'aube, à terre, cristallisée».

Et le ciel nocturne pâlit;

et pâle d'un gris-bleu diffusé,

l'aube, déjà d'aurore,

l'abaisse vers nous de sa lumière.

La pointe du jour veut éclore.

Feu qui enfin s'éveille

de hautes flaûiïmes lèchent roses les cimes

par dessus les fumées de la terre,

les ombres troubles du sommeil...

L'âinve s'ouvre à l'aube des cimes.

Et tandis qu'encor une vapeur traîne un reste de nuit par le val, attendant l'éclair de l'aurore qui leurs trilles de victoire allume, les oiseaux, pépi-ant en choeur, picotent le silence de la brume des mêmes petites voix de cristal qui pétillent du feu qui s'allume...

Elle dormait... en des limbes d'enfants, avec des rêves extravagants

qui lui simulaient quelque vie...

Mais ses volets étaient ouverts.

Et l'amour l'éploya doucement

de sa matineuse lumière,

insinuant la clarté de la vie

sous les cillements d'or des paupières.

Je me sentais m'éveiller

d'entre les onibre^,

en esprit près d'arriver,

par une pente de fleuve insensible

d'une fabuleuse contrée d'éternité...

Je me sentais m'éveiller et me disais

Qu'est-ce qui ainsi me tire des ombres,

où un fleuve doux entraîne où lui plaît,

(voiles de poupe enflées des molles brises du songe) ,

l'esprit vague bercé d'une vague éternité ?...

Je ntïe sentais m'éveiller sous une influence vermeille.

quand je vis luire, qui s'allongeait et qui luisait du fond de toute éternité, la ligne de vie de son sourire...

Qui s'allongeait et luisait

sur mon réveil.

O la fente vive de lumière,

blanche, vermeille, vive, entre les rideaux tirés !...

d'or rose, d'or vert

Eclore d'un vibrionnaire couvain

en un éclair de liesse matutinale

par quelque jour d'un printemps hy-alin,

et vivre, tel qu'un moucheronnet juste ailé»

juste ailé pour les merveilles floréales

de l'infini si puéril du décor

où vibrera, furtive, sa petite âme...

D'un vibrionnaire couvain

éclore !

Afin d'ouïr les sons des campanules carillonnés roses et cristalline.

et le» crissements de sistres des bruyères;

Afin de fouir sous quelque radicule

une fosse étroite à des soup(,ons de misères;

Et dans l'attente d'une aventure ailée

de goûter le frais des herbes ontibellées !...

Puis, par l'étoilemenl des croisades

à petits pas, l'abri suffire d'une cosse rougeâlro

d'accaci-a aux premiers murmures de l'orage... Sans dans la suite n'avoir d'obstacle

à pelils pas, qu'aux longues graines vertes chenillées

des châtaigniers

par les sentiers...

Enfin ne tendre, qu'à la tâche dernière — certains jours d'exploration grande, — de boire, boire aux suaves corolles des fleurs papillonnes des faverolles, eiprès avoir lentement déroulé,

à p>etits pas,

toutes les spirales

que leurs méandres font vers le ciel...

Ou de gagner, par de i>etits voîètements familiers,

les rutilantes cenelles et les azerolles de nos arbustes familiers...

Jour enfin de surprise divine

où je découvrirai dans les herbes mouillées,

des quatre ailes de ma petite âme

posées, le menu pied nu de la Dame illuminant de rose la verdure !

Et les ongles aux fines perles roses unis aux brillants de la rosée pour que l'aurore précieuse de toute la nature enchante la marche de la Beauté.

FUMEROLLILS 3 1

Sous les feuilles claires comme sous les eaux,

baignés des verdures translucides,

tandis que les brises entr'ouvrent les cimes

par petites vagues en arceaux,

nos êtres flottent comme sous les eaux...

Et par les ondes des feuilles pâles,

c'est le couple frêle de ses mains

prises dans les algues laineuses

que dévident, tirent, et travaillent,

— comme en leurs jeux sous-manns

d'incertaines bêles capricieuses, —

les dix pattes aiguës et captieuses,

qui maintenant baguenaudent avec le destin,

depuis qu'elles ont mon cœur fouillé,

et qu'au vif ainsi réveillé

renrwnte, remonte le noyé...

Ah ! suivre sa Plaisance mutine qui cède aux insidieuses invites des sentiers engagés sous bois !

Ces lignes musardes des tortilles, aux surprises vertes et serpentines, qu'il semble qu'on trace au gré de ses pas,

et se i>erdent comme couleuvres prestes

sous l'herbe aux fuites sitôt vues

perdues parmi les ombres bocagères...

Et tout d'un coup, sous la forêt se sentir grave;

serrer mieux notre amour et le sentir plus grave

sous le silence au bruissement de marée des frondaisons..

AJi ! ne t'épeure, ô ma Plaisance royale ! ne cherche point ainsi les horizons...

Savoure, savoure donc ta souveraineté 6ur toutes ces grâces bocagères.

Et laisse-toi jou-ir du décor de nos âmes.

Là-bas, un fond de nwuves rosaires bruyères

étale sa face d'étang ridé

des teintes nwurantes du crépuscule

et d'un crépusculaire passé...

fe-

Et là, non loin, dans l'éclaircic des chênes, la troupe inquiète des fougères, hautes sur leurs tiges dressées, déploient leurs fraîches envergures.

essayant le vol de leurs grandes ailes de paimes clairei :

nos pensées.

Pauses caressantes... mousses ! et leurs gloires diverses...

O la lumière des voluptueuses

dont la verdoyance chatoie,

dont les lignes épaisses s'éploient

en renflements de vagues moelleuses

comme une clairière sous la futaie obscure I

Ah, les hautes lisses de soie où l'étreinte chaude s'enfonce des caresses

qui y laissent les stigmates moirés en clair de leurs foulures !..

azunnes et a or

et d\

Chère beauté, tu es plus rare que la Beauté :

Que l'intangible, l'inaccessible princière

Qui s'efforce d'être la victoire pour plaire.

Et qui ne connaît i>o>nt les marches de son trône.

Tu sais être approchante, et l'ineffable icône

Qui n'abaisse point les yeux ni les cœurs, ô Bonté I

Et ta justice radiante sait n'être point l'aumône.

Ni la dupe d'obsédants phalènes de mauvaiseté»

Dont tournent en vols de nuit les adorations

Que tu brûles, brûles et brûles, radiante flamjno l

Image, astre d'un azur de sérénité

Qui descend à luire, entre les lares du foyer.

De par l'air pur qu'a fait un amour triom(phant.

Ne sois louée : sois bénie d'être d'azur, et bonne.

Toi, la flamme, la sidérale, l'imipériale !

O mon image de vie au charme si touchant.

Qui d'un trône par les pentes simples t'abandonnes.

Et sont des jours, où par les menées vertes du chemin Il semble que tu pourrais être prise de la >maii>,

Comme un cœur de petit enfant !...

Les arbres cotonneux, aux journées puériles, parsèment l'air de leur? flocons d'étoupe grise sur l'aile d'on ne sait quelle innocence de brise, comme au souffle d'un enfantelet l'herbe est découronnce de sa graine fragile dont la neige aérienne étoile notre surprise...

Ah ! les plantes qui laissent ainsi — comme il plaît au bon caprice ingénu des choses, —

Vagabonder l'obscur avenir de leur vie sanô un souci des effets, des causes I

Une âme fructueuse aux passants elles confient,

par cet abandon qu'elles promènent

Sur les vents colporteurs corrtme aux mains conquérante* de tant d'innoncences humaines...

Zélées de la grande loi d'amour pour tout pèlerin, elles avivent ses joies, désaltèrent son chagrin.

Combien plus que nous, bénévolement humaines,, les plantes I

Poursuivez, petites bêtes, qui dans le silence des sous-bois de votre mystère zézayant me révélez, seules, en dehors de nwi,

■la vie des nvondes.

Poursuivez le babil, ô subtiles bêtes,

de vos tournoîments en vapeurs de songes zébrantes d'une ombre l'orbe des soleils

que par myriades ouvre à fleur de terre l'heure méridienne, sous le couvert...

N'êtes-vous les jj^nsées volanlcî

de mon amante ?

papillottantes et dansantes en la diffusion de sa beauté !

Et qui m'ont mieux que tout révélé, dans le silence de mes songes,

la vie des mondes ?.

Tout proche l'éclat de l'orage, vents de peur qui ne ployant les cimes, font les feuilles trembler aux tiges,

Tes âmes ;

Sautes d'eaux vives des plus hauts vertiges jusqu'aux mystères, aux puits des abîmes où elles tournoient d'un secret orage,

Tes âmes ;

Poudres fines, soulevées en écumes d'orages, et pailletées de brillants fugaces et d'irisements qui tromif>ent 'les choses de leurs arcs-en-ciel trop subtils.

Tes âmes ;

Mais lac uni, lac bleu-souverain du firmament,

où se reflètent en beautés les ascensions des sages,

et où voguent et nagent des nuages de cygnes,

Ton ânve !..

pourpres

O honte de ne pouvoir souffrir, aujourd'hui I

Je respire et j'aspire par l'oubli, oh ! par tous les pores de l'oubli, l'extase, l'extase, l'extase !

les extatiques enchantements

du montent, d'un sunplc moment hclas I de vie...

D'une heure quiète d'heureuse lumière, simplement.

Et je bois :

Les ramilles sont si légères, si pressées, et ténues et fines les folioles !

Toutes les criblures de l'espace

en gouttelettes c!e lumière sur moi pleuvtr.tes comime d'une vap>eur dorée, nvouillent ra.on âme de leurs scintillantes rosées..

Et je bois !

Tremblent, des pointes des folioles tout au long des nerveuses ramilles, les colliers aussi des limpides notes dont les trilles par les brises secoués volent et s'éparpillent des cascades qui perlent des petits becs ailés.

O extase qui coule et brille !

Je bois...

O mon triompl>e à moi, tu es la joie

Et tu roules en sa pourpre l'amant

comme un enthousiasme dans un oriflamme;

et il n'est pas un nuage d'âme

ses longues minutes noires pleuvant,

les grands plis d'allégresse collant

en hontes gauches sur nos misères ;

il n'est pas d'orage battant,

et déteignant et déchirant

les vols de joie éblouissants,

Tu es la lumière quand même !

Baisers, baisers, riKidulations rêvées de toutes les formes ailées...

Gazouillis en petite pluie sur la nuque

et en préludes

ébouriffés du prime éveil tendre des plumes !

Puis comme à l'heure lourde du jour, la foule disparaît,

tout se tait en un silence moite de chaleur :

et l'on s'écoute attendre dans un calme.

La petite humanité disparue,

i'instant céleste approche des divins chanteurs

FTJMF-ROLLES 45

Lors éclatent des gammes fusses à toute seconde suspt-nducs en de longues notes portées. telles (^ue des étoiles suspendue?

sur les yeux...

Et notes-étoiles de nouveau se brisent

en incomparables vocalises

qui s'en \ont frétillant leur^ jeux...

O titillations nïélodiques

de toutes les formes empennée*.

qui vont trémoussant leur repos

de coup>s d'ailes de rêves, et piquent

des extases pizzicatées

à fleur de peau !

Lorsque s'avance, s'enlace et rampe étroitement commo un serpent

un cruel la langue méchante

dardée d'entre les dents claires acérées et hors la mâchoire baillée !

Où les pauvrets fascinés

précipités finissent en proies sanglantes leurs grâces de menus baisers que le monstre happe d'un coup de fièvre dont il mord, déchire, ensanglante tes lèvres, tes lèvres, tes lèvres...

Ah que mon désir fringue !

Fringue !... et lancé à courre, qu'il fonce 8ur la proie de joie suprême comme la mort 1

On ouït toutes les âmes du cœur siffler leurs soupirs, sonner leur conque aux oreilles battantes qui se romi>ent.

La pensée éclate en mille fleurs

poussant hors du crâne d'entêtantes rondes

sur notre corps.

Joie. joie, joie et joie ! rallie du cor ! où les fallacieux désaccords ?

Et c'est le halètement ivre des forces, râpées, saignantes, au frottement des écorce», apaisé en douces plaintes de pâmoisons.

parJiii les feuillages frôleurs...

Cris rauques et râles, clameurs !

Ah ! tu tiens ton triomphe au buisson : ton délire luise que hardiment du dardes I

Et flambe la flamme aiguë en la proie de joie qu'elle arde

jusqu'à la mort I

mordorées, brûlées

Un temps gris d'automne, gris cendré d'amour, un tempt..

Où des tamis de nuages vagues el de silence

Diffusent en un tiède repos, en un recueillement.

Du fier bonheur dont nous vivons les fulgurances.

Sur les grands arbres, voile épais à peine nuancé

Qui flotte en face de notre vigie bleue et rose.

Nos yeux brûlés de l'un de l'autre se reposent.

Et c'est un kief d'amour par ces temps gris lassés

Où nos forces comme en un hamac sont balancées,

Sommeillantes en la plus douce des accalmiec ;

Et c'est de ces heures, nuageuses délices infinies.

Qui, ouatant de nos jours de soleil la fière jouissance.

Par la flairune attendrie nous en donnent toute conscience..

Le jour était de tendresse mouillée, de fine lumière oblique comme brouillée d'une bruine pâle qui s'éperlait en pluie mais cominte vaporeuse de lumière...

Et vous veniez,, ô la Dame, vers lui,

drapée du voile léger des pluies silenci-euses,

votre svelte hardiesse heureuse

une longue seconde piétée

a 1 orec

de la haute nef du parc ancien

qui tamise un jour de verrières,

un jour mordoré d'or ancien.

Une longue seconde, piétée...

L« herb« fraîches d'un vert frais d'octobre.

pures encor d'aiKune gisante sourllure d'automne.

élendaiei>t en parvis leur souvenir printanier,

d'où, précises, en votre robe

mate et souple de laine agneline,

vos formes arrêtaient, sous la bruine.

le plus fervent rappel des gloires de l'été.

yjnc longue seconde, piétée.

Et vous veniez, ô la Dame, vers lui, avec vos joues vives de plein vent. et la bouche comme un baiser bien mûr : toutes vos grâces ayant délicatement mûri les seules jeunesses de l'été.

Et

vous veniez, avançant.

Ah ! plus loin, — même vers lui !

en votre marche allici-ante

suspendez un peu le temps !

le voile s'épaissit des pluies,

les choses se font plus obscures...

Déjà les vignes vierges échevelées déferleirt en lames sanglantes

par dessus les murs.

FUMF.ROLLES 53

Le silence chuchote des brises

pour les pensées qu'on n'entendrait plus;

mais écoute l'ombre fine el ses bises,

les douces, qui glissent une langue aiguë

aux dents incisives des serrures

et disent

le passé des choses qu'on ne voit plus.

Elles ne sifflent, écoute, elles susurrent.

plus gazouilleuses que moqueuses

d<-< roses jeunesses qu'elles ironisent ;

et voici, coulis, un soupir

où ils revivent les désirs

que levaient brunes et blondes oiarmeuses.

Œil mi-clos à ces visions confuses,

les moindres fentes les diffusent.

Elcoute l'ombre paisible et si fine en se» bises.

les douces, qui glissent une langue aiguë

aux dents incisives des serrures

et disent

le passé qui tant toujours dure

des choses qu'on ne voit plus.

le cendre pâle

Voici le temp>s où les feuilles se rêvent sœurs cJes oiseaux* et risquent un essor — d'une seule aile !

On les croyait les franges balancées d'un rideau pour un peu d'ombre aux amours frêles.

Mais durant le printemps et l'été, et de prairial à vendémiaire, folles jalouses des oiseaux

elles ont mu-é de toutes les nuances du ciel !

Et voici le temps où elles sentent plus légère», et sur la branche comme à peine posées, en un espoir de liberté avec des jactances d'oiselles.

Alh cet envol risqué d'une seule aile ! Se prenant aux soutiens lâches de l'air, on voit leur angoisse qui vacille, les promptes humiliées pâles du sort,

Et de chasses en chutes d'exil

juqu'à terre,

•uTrtiler toujours des grâces papillonnes

vers la mort...

Ecoute l'eau qui chante en captive du feu, [vent,

pendant que les flammes chantent, nrais convme drapeaux au

Susurrante d'élans fun>eux, écoute ma vie qui chante en ton coeur loyal contenue, ri dans les flammes vives tenue.

La bouilloire est de pur argent sur des parois de fer résistantes.

Garde chaude la vie qui chante.

Dans la voiture comme un berceau tangue, au long des routes de l'automne, la promenade de la petite âme «i rosement tendre et blanchoment bonne, maigre les présages de l'automne...

Les plaines élargissent ses yeux;

le ciel uni bombe son front;

les branchettes déplissent ses mains;

les fines araignées du matin

étirent les fils de ses cheveux;

les baies cramoisies du chemin

grossissent la pulpe de ses lèvres;

nul dans la nature ne la sèvre

la petite âme du matin;

le ciel uni bombe son front;

les plaines élargissent ses yeux...

Et trône, de sa voiture berceuse, la conquérante !

injMEKOLL^ 59

O triomphale joliesse avenante si gauche et gracieuse à vivre !

las, las, attristante

soudain de ces mirages qui du chemin brillent, sur la petite âme, en sourires...

Mirage, nxirages.

présages en reflets sur le chemin comme sur l'eau où ians doute la barque tangue du berceau et «ur de» fonds d'ombre navigue...

Ah I l'eau profonde est de promenade divine ! Et la petite âme est en liesse,

et tressaute et se dresse et prodigue les plus ingénus gazouillis

qui i>épienl leur réponse aux flûtes des rives.

iMirages, onirages présages...

Les aguets sont trop sournois des rives ;

et la barque ijeut-être dérive.

Berce mieux la barque à la dérive...

Va donc, va ! va toujours, au petit-bonheur de l'enfance les baies sont lèvres vénéneuses, les branchettes, griffes épineuses, et les aragnes capti-euses; puis par delà les plaines élargies de détresse le ciel uni est infini d'indifférence...

Las, quand même ! las ! las.

le berceau abordera hors l'enfance...

Et la mère criera, criera, comme si la nature sa compagne contre les ronces et les poisons

et le guct-ap>ens des aragnes pouvait octroyer protection au frêle petit être si bon.

Dont la voiture, tel un berceau tangue et dérive, au long de la route des mirages, la promenade d'une petite âme st rosement tendre et blanchem«nt bonne malgré les présages...

Mirages ?...

bleu d'argent

L'astre a ses oiselles d'or rentré au giron de sommeil de la nuit; et les massifs sont saccagé»

des efflorescences pourprées; 'Seule la traîne amarante luit de quelque automnale jonchée dormant sur des eaux irisées aux bords de nuit, aux bords de nuit...

FL'MEROLLES 63

Aux nocturnes cimes de l'éther, clairement encor crépusculaires, monte à longs plis d'une gaze perlée, cl de miroitements lamellée, un voile : impalpable voile de mystère.

EU cette imprécise irradi-ance crbtallinement s'interpose entre les êtres et les choses...

Vibrent de follettes lueurs,

phosphorescences de minuscules éclats de fleurs d'éparses éclosions griïnpantes en l'aérienne gaze du voile.

Filent des étincelles follettes

volantes,

comme d'ailes en frissons d'insectes,

magnétiques et métalliques

prises aux mailles du voile, vibrantes !

E* cette imprécise irradi-ance

des traînes du ponant chatoyée

est de tous ces rais de feu tissée

jusqu'aux cimes nocturnes de l'éther

où s'arrêtent enfin pour vivre les étoiles.

AK ! c'est qu'en ces plis impalpables du voile, de l'ultime cueille des lumières dont un reste de jour soutient l'éveil des yeux, l'âme des fleurs ascende, des ailes et des yeux !

Et sont toutes gloires de la terre

en pèlerinage vers les cieux

les montantes naissances des étoiles.

rO^MEROLLES 65

Du mural treillage au treillage

longeant les tuiles roses en bordure.

et de l'humble crête de la toiture

aux stalactites mouvantes des feuillages

monte le jasmin qui s'insinue, monte et s'enlace

de toits en toits et d'arbre en arbre,

et de faîte en faîte ëdiérc,

monte, s'insinue, et sinue. et s'enlace

jusque en la nuit courbe du ciel.

où se divisent et se renouent ses branches

à feuiller d'ombre l'jmmensité céleste de la tonnelle

épanouie de parures étoilées

que piquent, et palpitantes, pointillent

les fleuri aigiies par myriades blanches...

Ah ! le jasmin fit pour nous ce soir, merveille I d'épaissir la charmille trop claire du ciel d'une pénombre si suavement exaltée !

Sous les mystères qui haussent la feuillée, et qui vers nous par tant d'effluves fourmillent, l'heure est d'amour et d'azurante reposée !

Et l'enchantez d'une somnolence mi-close

toute prise des moiteurs chaudes de vos arômes,

ô fleurs-étoiles filantes et pleuvantes

dont les chutes efîlorescentes

traversent d'éclairs cillants la somnolence

où nos voluptés flottent, mi-closes...

Que vos fleurs de jasmin ajourent la charmille.

Etoiles, ainsi, sans plus, et chaque nuit I

El de votre imperceptible cœur pâle

Etoiles, ainsi chaque nuit battez, battez !

Comme si de vos ténus scintillements d'ailes nous éventiez, des ombres bleu-tendre de la nuit et de son haleine parfumée...

En

VOl

La lumière — comme du bout de ses doigts lumineux tomberait un cône flottant de gaze blanche, —

Du point d'astre qui flambe ainsi que de clairs })eux en parachute s'étale... et nappe blanche,

Le papier pur comme un parterre lumineux attend les pas de la trace parlante qu'y laissera mon cœur, de par mes yeux...

Vois ! elles ont passé, pour toi venues, arabesques d'ombres /

Vois ! la page vemée, sous leurs glissements, toute marbrée de

comme une terre au soled arrosée ! \luisances.

Lève-toi, viens, et te penche, ombre blonde : laisse tes yeux en promenade muser à suivre au but les arabesques de ces ombres, les tiges folles de toutes ces herbes dressées, fraîches encor au lumineux parterre, mes pensées.

Non, n'attends pas, non ! pour les suivre,

et qu elles vivent,

à cet instant même, en toi leur secret.

Retarde la nuit charbonneuse.

que sa fumée n'endeuille point les feuillets.

Tiens, prends, lis, dans la minute heureuse, dans la minute présente seule heureuse, tant que l'étoile monte lumirteuse...

Demain, tu seras une autre femme;

j aurais demain peut-être une autre âme.

Et toute union nest qu'un essaim de minutes, harmoni-euses.

Lxnrveciennes, — du pnntemps à l'automne 1893.

In memoriam.

C'était une ombre de notre onribre.

une fumée plus claire de notre ombre, la petite âme de chacune de nos secondes, une autre âme de nous plus près des choses...

Et comme tant d'autres de nos âmes, lom de nous, elle s'est détachée de sa laisse, et loin de nous, —

Re.f)ose.

Elle reposait pourtant tout entière entre ses genoux comme une grosse pelote floche de coton doux; Elle tenait sous mon bras, tout entière, près du cœur, menues secotisses d'une chaîne qui nous liait aux coeurs les plus obscurs du fond de la terre.

Une touffe : —

»a petite queue en torche dans le soleil,

les aigrettes noire? de ses oreilles,

son galop boitillé qu'étouffent

les pattes pattues...

Rien n'est plus, rien n'est plus :

Rien de la petite vague de mousse d'or et d'argent,

les vapeurs de sa tête fine dans le vent.

Lumière ! — qui boule et roule aux pieds des gens.

Bout de truffe luisante

sur la serviette rose de la langue.

C'est le réveil pour les gâteries :

les léchades, les grattages,

les lappées de lait au bord du Kt

dans la soucoupe du matin;

les tendres glissements de sa main

sous les flocons doux du pelage...

... Mais vers la moelleuse reposée d'un sein,

de tout ton museau tu minaudes,

compagnonnet d'amour friand de la place cèiaude.

Ghrysanthème noir et or ébouriffé,

de ta tête de bon petit diable, quand tu fleuris

le sein tiède de la bien-aimée.

j'y vois les bêtes, les fleurs, et les joyaux unis

par l'aanour de nta bien-aimée.

E,t par mon cœur sans jalousie,

— saiw jalousie.

Et je te tiens !

je te tiens, je te tiens...

Je sens sous la carênc de tes côtes qui fléchissent entre mes doigts toute la malice de tes émois, enjôleur, pris en faute.

Ne crains rien, mets les pattes à mon cou, verse ta tête sur mon épaule, — IX»do, l'enfant do... — ... C'est l'autre, le jaloux, dont tu léchais la menotte rose qui pendait au bord du berceaxL

Petite âme de charme et de grâce, là, tu es là, toujours présente.

Dors ou joue, étire-toi ou bâille,

ou frotte au tapis tes babouines gourmarides,

chacun de tes mouvements pare nos minutes oisives

d'arabesques souples et vives

qui les marquent de charme et de grâce.

Chère petite âme d'unique bonté,

cher grand petit cœur silencieux,

là, tu es là pour nous garder.

tous la tendresse inépuisable de tes yeux,

toujours moins loin des plus humbles \ies caressantes.

Mais non, il n'est plus là, — il n'est plus.

Dire que nous ne sentirons plus ses yeux, la petite ânte intense et précise de ses yeux entre nous deux et sur nous deux, et qui regardait conune on aime...

Ils n'avaient pas le vague ni l'inconscience des yeux

qui ne percent point le voile tendu entre les âmes;

elle voyait de plus loin qu'elle-^même,

la petite âme,

de toute une humanité refondue,

de tout son être de lilliput

grandi jusqu'à nous dans ses yeux.

Ses yeux !

SCS yeux d'indicible douceur, enveloppants.

noirs yeux icruncnses, non d'enfant, mais d'amant,

qui nous couvaient longuement, longuement,

de leur large clarté d'amour voluptueux...

Oh

ses yeux noirs

notre cœur »c voyait sourire en leurs miroirs I

Puis on l'entendait partout tinter des grelotteries de son collier qu'il secouéiit conune un trophée.

La petite âme sans cesse bruissait, autour de nous sans qu'on la vît.

Du fond de ia cour, du bout de l'allée, sur chacun de nos pas grêlait la ganune de ses perles de cuivre qui ruisselaient d'un doux petit bruit, rompu et repris, à nous suivre...

C'était une onibrc de notre ombre,

la petite âme de chacune de nos seconde*.

une autre âme de nous plus près des choses.

Et voilà : j'ai creusé un Irou.

là-bas, dan le jardin, au bout»

contre le mur.

La bêche seule a sonné le glas.

Je l'ai descendu tout en bas sur son coussin rose ftimiHcr.

Pour son petit corps de rien chi tout, le trou était profond, long, étroit, conwne une cheminée.

Et voilà :

des fleurs vont grimper de là contre le mur. On n'y voit rien, j'ai refait la bordure avec les mêmes touffettes de buis.

... Mais j'entends un grelot qui bruit; mais, comme on les voyait dans la nuit, luisent deux petites lunes d'or, obstinées.

Saint'Cermain. — Août 1899

La lumière est encore douce comme une brise joueuse dans l'ignorance de ses fougues futures.

O caresse, gardez-vous ainsi sur mes yeux, à peine mûre,

légère encor de l'aube et raolle de rosée.

Lumière ! ô, sur mes yeux, tendre comme un baiser

qui se pose, sans qu'il aveugle par surprise...

Joueuse dans l'ignorance des fougues futures,

ô, comme une brise. Lumière qui tardes à brûler.

douce, retiens sur mes yeux la tendresse qui dure.

Les petites plumes limpides de l'air,

moins battantes, luisent d'une course plus unie...

Ton sourire est sur mo' d'heure en heure plus clair,

mon amie, Tes lèvres sont moins mobiles de leur joueuse aurore pour plus de rayonnement encore d'un espwir qu'elles suspendent au vol de l'infini...

Ah, ton sourire ! que propagent si haut,

mon amie, les ailes de la montante lumière.

LES GRAINES d'uN JOUR 89

De larges feuilles d'azur, de feuille en feuille, retiennent encor le ciel, sur nos yeux : C'est la tente du printemps avant qu'elle n'accueille d'une ombre trop épaisse l'amour plus honteux.

Par les mailles du jour qui ouvrent haut la tente, nos yeux suivent les désirs, libres encor des nids, allier entre les âmes des vols, des chants, des jeux.

— Fuites de baisers, avant la couvée, si tendres.

si doux, avant la chaleur, au fond de l'ombre ardente.

dont tous les désirs meurent, qui s'épuisent des nids...

Le soleil étendu a nappé d'or l'azur;

tout le firmament tremble de lumières :

Les mille cristaux légers sur la table d'amour

qui bruissent de la joie où fument les nourritures

des forêts et des champs, des sillons, des sentes..

C'est au calme du ciel, les jeunes fastes du jour, ;

la paix du cœur, avec la jeune gloire des chairs ;.

toutes fleurantes, et fraîches encor d'adolescence;

Les paupières se baissent moins sur des regards plus sûrs,

les doigts cramtifs, des menus seins qui gonflent, se desserrent

et dégagent des feuillages la beauté nue,

dans son rose désir toute blanche étendue...

De plaines en plaines lointaines, l'cther, l'éthcr est de velours ; Vâmt de baume des tilleuls en un demi sommeil y mène le flottement des heures sereines chaudes et assoupies d'anx>ur.

L'éther, l'éther est de velours.

l'àme est de baume des tilleuls ; De plaines en plames lointaines, des heures alanguies bercent la terre sereine.

Eaux lisses qui jettent leur miroir contre ia rive et brusquent d'étincelles aiguës leur paix d'azur;

Ecorces qui se gonflent, jusqu'à la déchirure frissonnante de deux lèvres vives;

Fleurs qui rompent leurs corolles en ailes épanouies pour un vol de flamme diapré;

Voiles de l'air qui se fendent à tendre leur clarté; ô pourpres qui s'exaltent à dépasser leur vie.

Bonheur !

éclats et jets de joie qui brise,

— Beauté...

LES GRAINES d'uN JOUR 93

Nuiig«. inontagn« mouvantes qui s'enflent de la terre.

L'horizon nous emmure des masses de vos flancs lourds Où les pourpres, lentement plus noires, du jour. Violâtrent à longs plis l'allégresse de la terre, Ombres, qui faites trop graves nos fines collines légères. Silences, par qui l'angoisse frémit sur nos labours, —

Nuages, montagnes nu)uvantes qui croulent sur le jour.

Le vent chasse.

L'éclair darde...

Nos âmes, dans leur amour blotties, se sentent déjà une pauvre petite proie.

L'éclair darde...

Chère âme, n'aie crainte : la pointe acérée du perfidcne trouve pas toujours le coeur de sa victime.

Le vent chasse...

Chère âme, n'aie crainte, il suffit

qu'en un peu de silence nous (errions notre joie.

Le vent clia&se.

L'éclair darde...

Chère âme, n'aie crainte, regarde : La meute, ia meute... la voici, tonnanle ! et ruisselante et fumante. — qui passe...

Le ciel a coulé sur les feuilles, chacune est une face de l'azur, Et ton image, de toutes, m'accueille d'un regard d'eau glissant et pur...

Le ciel coule et brille des feuilles.

LES GRAINES d'uN JOUR 97

Languissamment heureuses sous leurs larmes, penchée», d'une âme moins éparse, les fleurs écoutent;

Plus rien, pourtant, des choses ne bouge, dans le doute des sourires qui scintillent et des grâces sauvées.

Les plaines cristallines luisent comme des yeux que mouille la mémoire encor endolorie du danger.

Mais heureuses languissamment. les fleurs écoutent : des silences perlent, dans la lumière, goutte à goutte.

L'air est tendu, comme une harpe, de cordes d'or.,.

Des volées d'ailes les coupent, avec un bruit aigu de petits cris comme des étincelles en fusées qui percent la plainte de l'air brisé...

... Blanches et noires,

craintives, puis qui s'insinuent,

des plumes frémissent au long des cordes d'or

toutes lâches, déteintes, et comme à peine sonores

du soupir, dont déjà les frôlent les ailes du soir...

LES GRAINES d'uN JOUR 99

Au loin, les tourterelles qui roucoulent, si douces, chantent comme le vent se plaint...

Les feuilles qui s'entr'unissent sous la lumière fanée, •oupirantcs. nous sont plus tendres d'un plus lor>g souffle...

Le jour qui meurt élève la voix des

sources

— L'ojnbrc va-t-cllc i>épondre aux petites âme» ailées ?

Saint-Cermain. — Eté 1899

l'Epi

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