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CALMES

la Cité future

BlancJï« et rosée comme des sourires dans les arbres, tout humaines, les maisons s'avancent par les futaies qui se penchent, seulement plus claires des murs frais et des rayons des coeurs aux fenêtres, qui regardent.

Eile« vont, dénouées, par deux, par trois, musardes, et suivent, avec des tendresses d'ombres, un jour distrait, jusqu'au grand sobei4 nu de la place des palais, royaux de toute la tyrannie pompeuse des marbres.

Puis elles s'éloignent, par des chaînes de fleurs reprises, qui les tirent des splendeurs au bonheur vers la bienvenue caressante des branches.

Et on les voit, peu à peu, éparses, qui reposent,

intimes, leur bonne clarté humaine si franche,

sous les arbres, comme des sourires blancs et roses.

DU TROUBLE AU CALMFl 143

le Révélateur

Passante, elle étendit sa fatigue dans l'herbe

qui. de sa hauteur foulée, lui fit molle et creuse la couche,

d'où bruissait l'effarouchement des mouches.

surpnses. et le frisson grêle des gerbes.

Haussant de la verdure fraîche ses seins pressés,

elle tenait droite sur l'appui d'un coude sa tête;

Les tiges retombaient le long de son corps, en baisers

de menues fleurs pâlies du soleil dur des crêtes,

et prolongeant de leur courbe gracile

l'ombre légère et longue des cils.

devant ses yeux par l'horizon de songe grandis,

treillissaient de leurs grilles croisillécs,

avec l'imïnensité des eaux océanes. l'infini.

Des gramens atteignaient de leur sveltesse les épi»

qui la coiffaient, à la soie de mauves liés.

C'était l'unioD de toutes les tigettes de la prairie aux artifices dont les robes se passementent pour voiler et border de leurs grâces entrelacées le rêve, au repos, de la passante.

Et la falaise d'une épaule géante la portait, la tendait, du creux de la couche en corbeille, aux prises de lumière du ciel qui l'enveloppait d'une ivre inconscience de paix, où elle n'ouït plus bientôt le bruit d'abeille qu'était sa vie parmi les vies...

Et comme la passante n'entendait plus ion "ime, perdue diffuse en le cristal des flammes où l'évaporaient les radiances du ciel et des eaux, parut, des loins de la mer, mouche au réseau des herbes, le grand vaisseau, chut le soleil comme une graine brûlée, et par dessus l'immense voix,

qui fait du monde l'écho d'une éternelle plainte exhalée, un grillon chanta.

Dl' TROUBLE AU CALME 145

en

Echo

La nuit est calme, la nuit est chaude, —

je marche sans voir par la nuit :

la route est, coulumière,

laineuse, à mes pas assourdis.

de sa |x>u3sière...

La nuit est chaude : —

les géraniums d'une odeur forle de roses embaunnent

l'ombre lasse est jjesante d'arômes...

La nuit est calme; —

la mer. (je sais)

d'un côté de la route, infinie, s'étale,

les maisons blanches s'étendent de l'autre,

tout au long de leurs murailles ensomjneillées...

Mais la nuit est calme, si cabne

d'une confusion subtile du silerKe.

que nul bruit ténvaigne du souffle des vagues

et que j'entends sourdre des maisons blanches

la douce rccpiration qu'a le sommeil des âmes...

au Pacage

Petit troupeau des voiles sur la mer

que pyousse et garde le bon vieux vent fidèle,

n'ouvrez trop au large vos blanches, vos noires âmes

La baie féconde est riche par le calme,

et nourricière.

L'oeil de l'astre berger vous guide, essaimez-vous I

et paissez par les accalmies,

le col plongeant, en d'attentifs remous

de toute la toison balancée.

Le désir vous est un ennemi,

qui vous levant le col du flot nourricier,

vous le tendra vers l'infini,

d'où l'on hume les brises d'un inatteingible mystère...

O vous les blanches, et vous les noires,

au large abri du promontoire.

bercez-vous et paissez,

la prée profonde !

Les eaux y sont claires

de la sérénité qui déplisse leurs moires,

et force à voir au fond de son âme le mystère

fécondateur de la plaine profonde.

— Insaisissable mystère aux âmes vagabondes,

qui brouillent de luttes écumeuses le miroir

où vous paissez votre âme et fléchissez votre aile.

souî la garde du bon vieux vent fidèle,

petit troup>eau des voiles sur la mer.

inee

La main nourricière maigre, — comme de soie fanée

par les années,

sa providence suspendue

proche les buissons et les nids,

long-allonge le bec de deux longs doigts unis;

Et les autres tombent, en aile détendue

de toutes les pennes rayonnées...

Hors des buissons, hors des nids,

les jeunesses volent volèterrt des oiselets

jusqu'à l'offre du bec tendu

qu écarte une miette au pain oe vie.

F.t par voiles, les oiselets

y piquent, un à un, brefs, des arrêts

Je pauses familières,

souri-antes

et tant confiantes,

comme s'ils s'allégeaient de toute leur misère

près de la vieille main nourricière.

La main si mal vêtue de sa frrperie de soie,

mais si avenante aux volètements de joie

qu'elle tâche de nourrir d'un peu de toute une vie,

et dont le grêle tremblotement l'unit

au jeu naïf des voltes légères.

Comme si la vie.

la longue conscience d'un passé

l'avait soulevée

avec les frissons d'une aile palpitante — vers des frères...

le Sommeil des Cygnes

Blanches barques à l'ancre qui ont couché leur mât, les cygnes dorment dans les roseaux; L'ajïse, de nacre unie, est toute berceuse d'une chanson qui ne plisse les eaux.

Silenci-euses,

de blanches étoiles de fleurs mi-closes d'un œil las

luisent du ciel liquide où les cygnes reposent

comme des nouveau-nés roulés dans leurs langes.

Et elles les veillent d'un éclat

jaunissant près de leur candeur,

à travers de légers réseaux

d'une crépusculaire brume rose, —

Et elles veillent leur innocence.

Une paix d« neigr nuance les approches des dioses,

ainsi qu'auprès de la pureté blanche d'un ccrur

les ân[i«s se troublent qui le touclient ;

Des pâleurs rosies qui bleuissent

nurent les émois du jour aux lignes de l'étang

qui se confondent et s'unissent

pour encercler les cygnes en leur sommeil d'argent.

Sur leur songe clair d'innocents,

les brumes retombent qui de nuit s'épaississent;

Mais les écarte, plus blanche qu'eux, immaculée,

la souriante lune maternelle,

d'un doigt tendre, qui, lucide, veille

sur le repos des berceaux blancs.

. la Nuit noire

Attendre.

Le calme étale fait un lit de la barque profonde

qui suspend notre somnolence sur l'onde

comme sur un duvet mol et lourd ;

L'qjaisse ténèbre fait une chambre

de toute l'immensité où nous disperse le jour;

Rien du ciel ne luit, du rivage, ni de l'onde :

l'in&ni mort est noir;

Nous somïnes bien fermés chez nous

où soi-même l'on ne peut se voir...

Nul vent; les voiles tombent

autour du lit flottant, en ndcaux plats;

La vrilleusr du fanal qui brûle au bout du mât

n'oscillant que des remuements de nos songes

n'éclaire nulle route de sa défense.

On ne dort pas pourtant, on veille, sans être las

Confiance !

Dieppe, 1895. — Morlefonlaine, 1896.

C'est l'eau qui pleure dans le mur : entends une âme dans la nuit...

Avant que le jour n'éveille tous les bruits

qui se confondent.

entends une ânve dans la nuit.

Avant qu'elle ne crève d'un cri la patience de son murmure.

c'est l'eau qui pleure dans la nuit avant que le mur ne tombe...

Infiniment, le ciel déverse ses étoiles dans la mer. Et les vagnes qui se brisent en une pâle écume de lumière Les rejettent sans doute, bientôt éteintes, à nos pieds. Attends là, que je plonge, avant que la vague n'ait brisé Contre la nuit des sables le feu d'une des perles stellaires. Et que toute brasillante, je la rapporte pour ta beauté, Fenrnne, qui infiniment tends vers les astres ta prière,

Et qui rêves à ton cou l'étoile des mages et des bergers...

La nuit est claire : on sent qu'elle f>ort€ le jour.

Les jaillissantes étoiles dont s'aiguillonnent ses seins, voilées bientôt d'un lait de lunruère maternelle attendriront nos yeux sur la naissance du matin...

O tressaillante et pâle comme la nuit, ô celle

qui pK)rte en elle l'amour.

mais qui dort sans qu'un pli de sa chair nous révèle

la joie ou la douleur qu'elle fera du matin.

Vapeurs au loin : union des airs.

Le ciel plus humble épouse la tendresse de la terre qui le presse contre les vagues battantes de ses mers, innombrables comme les déroulantes mamelles de la Déesse sous la nacre des gazes légères.

Vap>eurs douces, enveloutantes, nuptiales...

L'homme désenlacé regarde :

mais le mystère ne se dévoile

d'entre les vapeurs douces qui se détachent des cieux.

La petite ville oscille de mâts et de cheminées conune un navire au port.

Les mâts s'oriflanwnenl des fumées, les pignons s'aigrettent des flambées dont les drapeaux éclairent la brume du soir, vcrsicolores.

Dm oiseaux app>are>tlent ; il monte et flotte des chante.

Sous les pavois du ciel et du ponant la p>elTtc ville oscille au port.

Vapeurs, au loin, de crinières confuses

d'où s'échappent les galops distants des vagues et des nuages, des jeunes cavalles folles, des hennisseuses jaunes et blanches, des hongres aux flancs noirs, qui chargent...

Vapeurs, union de tant de mêlées confuses

d'où les tempêtes chevauchent contre ta force, ô sage 1

Des croupes bondissent avec des Tuades qui fulgurent,

des immenses foulées ouvrent des fosses mouvantes

qui rejettent à ta face des écumes de sable;

Mais ta face est sereine sans que ton front se penche,

et de toutes ces fureurs obscures

tu recueilles à tes tempes un peu d'eau douce coulante,

un peu de sel à tes lèvres plus pures.

Toute clignotante de soleil,

à petits pas de soie et de pierreries,

la mer glisse plus qu'elle ne danse

dans un azur doux d'écharpes de ciel.

Elle se balance, elle sourit,

elle fait à peine un léger bruit de jupe

d'un pas berceur qui se retire.

et des miroirs que les joyaux sèment de sa jupe

les sables où elle passe lui renvoient son sourire.

Dans un azur doux d'écharpes de ciel.

la mer glisse plus qu'elle ne danse;

tranquille, la mer se balance, et sourit, sans voir

qu'une ombre comme un remords est là, qui chancelle,

et qui voile son sourire des flottements d'un voile noir

où le vent des âmes se lève...

L'air câline... On dirait qu'un jeune bras parfumé s'enroule autour du cou qu'il frôle à peine d'une caresse qui a le lointain d'une haleine, retenue dans l'approche lente d'un baiser.

L'air comme un rayon de miel coule, si léger

•i tendre, baume qui rassérène...

Viens ! ne laissons point le vent des orages se lever,

et confions à l'amour — la mer est douce — nos peines.

Balance un peu sur l'horizon déteint ia longue tige odorante qui monte de tes doigts et aspire... tu vois :

Ce n'est plus la brume, déjà aux lointains, légère, la mer morne qui grisonne aux rides de ses sables sans une image du ciel qui la console des peines. Aspire, aspire, et tout s'éclaire :

voici la mer céruléenne qui roule des arbouses sur les sables, des olives dans des touffes de thym, de l'or, de l'or qui fume en pjoussière de lumière... Aspire la pénétrante fragance lummeuse : tout s'enchante qui s'embaume, sur la dune misérable. Et voici les rocs rouges sous l'ombre haute des pins qui se penchent sur la mer radieuse, inépuisable «ux yeux qui lui dérobent les soirs et les matins voluplu-eux — aspire I — de l'effluve des terres.

La dune est haute comme la butte sur la ville

Les lames luisent, glissent de faîtes en p>entes

Des petits toits de feux et d'ombres écailleuses

Des petits toits de feux et d'ombres écailleuses [se creusent.

Qui ruissellent, et sous la coque soulevée des coupoles d'or.

Des flèches, comane des vigies prises de sommeil, oscillent

Dans les remous des fumées de l'air et des ondes.

Et la vague, là-bas, est la cathédrale mugissante, [s'étendent.

Dressée d'entre les moutonnements des maisons qui se tassent.

Défilent, et doucement, aux confins des siècles, s'entombent...

Nuit d'astres ! face aux regards séculaires,

tu aimantes éF>erdùment nos yeux

de tous les mentes esf>oirs dont par myriades nos aïeux.

face captieuse, à toujours s'éteindre, te fixèrent...

T'appelant de toute leur confiance en gaité. les enfants jouent à te regarder derrière leurs doigt», comme ils coulent en jouant entre leurs petits doigts le sable des grèves constellées.

[colombes Les vierges p)our te mieux voir renversent leurs gorges de d'un geste de langueur qui ploie sur le sein des amants qui disent l'éternité; Et les yeux dans les yeux, ils se cachent tes mondes d'un infini d'amour qu'ils découNtent par toi.

Mais courbés d'un sourire vers les simples fleurs de la terre,

les vieux, les pauvres vieux,

ne redressent plus vers toi leur foi.

Car ils savent sans doute que tes regards par milliers,

face captieuse aux regards séculaires, [paupières,

se troublent, et qu'ils périssent comme en la nuit vraie des

O nuit d'astres qui nous aveugles d'un peu de poudre d'or sur les yeux !

SUR LA MER F/l" LA NUIT 169

Doucement, la pentes lunaires de la dune.

Tous deux, nous avaient menés au bord des eaux..

L'ombre pesait à peine, et la bonté large de la lune Nous déroulait un chemin d'argent sur les eaux.

— .1 Ejifin voici la route... viens, nvc dit-elle.

Nous désespérions de la jamais connaître, et voici

Le chemin de lumière que cherche notre amour vers le ciel

Qui. là-bas. trace l'indicible ligne de l'infini...

(. Viens... la route est comme ta foi. éblouissante,

O compagnon, qui fis de ton amour le charme

Qui m'élevas de l'aurore à l'extase de cette nuit ! » —

Mais je retirais de son étreinte ma mam tremblante. Et fondis à ses genoux, confus, et dans les larmes !

Voyages qui étendent nos jours au loin, loin par les mers.

Le creux des vagues balance les heures une à une, Berceau avec de si blancs flottements de langes Qu'on y cherche le sommeil en fleur de l'espérance Souriant à ses rêves d'ange d'éternel nouveau-né; Le creux des vagues balance les heures une à une Sans que l'une, éveillée jamais d'entre l'éternité. Arrête le bercement ni le voyage des mers.

La lumièr*' au large d« notre vie décline.

Et sur nous le ciel meurt comme une turquoise qui touffre

Au doigt d'une main toute pâle d'avoir été trahie;

La lumière nous retire son aide divine :

Le^ bêtes taisent leur détresse et se replient,

Le» fleurs l'exaltent d'un dernier souffle.

Et lentement défaillants aux vertiges du gouffre

Qui montent avec les âmes des choses évanouies,

Nou« tenons clos nos yeux pour ne point voir la nuit.

Côtes de Flandre — Eté 1898

Collines !

lignes flexibles de col» et d'ailes.

qui vous joignez

sur l'ombre pierreuse des torrents,

ô tourterelles gémissantes, je vous entends, je vous entends...

Vous portez à nos corun tous ie> ranveaux de paix tant cherches

à travers les mers et le ciel; Mais ils repoussent vos présents, leur rage vous guette au coin de vos forêt».

Pauvres palombes sur vos rameaux blessées, je sais une petite main chaude qui ramasse darïs une touffe vos âmes odorantes pressées. — attestant, contre tant d'inconscience voraoe, vos allées d'amour,

oliviers !

LA plainte: dls collines 177

Arbres légers

comme des rideaux trames sur nos vitres trop dures d'azur !

Grappes roses dans le voile vert des fKjrvricre. et vous,

ramage des oliviers fleuris d'argent par les nuits pur- s !

Ombres tendres,

toujours solitaires et lunaires aux petites âmes qui s'ouvrent sous vos couverts avec les yeux de feu qu'a l'heure de midi ou le ctrur bleu profond des nuits immenses !

Arbres légers, treillis, tamis du zénith implacable et dcr, flammes de la mer.

nuages !

O vous qui veloutez les pentes ei doucement sous les brises courantes qui les moirent de ciels changeants mauves et gris I Voilà que tout au long de l'azur vous glissez, tirés, déchirés par leurs mains hagardes; et vos terres brûlent qui se décharnent sous le zénith aux puissants coups d'acier.

Entre le floconnemenl de vos arbres,

douceur d'une retraite au fend des petites maisons de coul«ur, si ocreuscs. si roses, si vertes, ou si bleues. On n'y monte que par des nriarches de galets où sonne clair le sabot des ânillons poudreux. Tout autour,

se balancent les boules de^ oranges; les courges font des guirlandes comiques aux volets. Le cœur simple, là-dedans, brûle d'un menu feu qui ne laisse au foyer que des cendres bien blanches. Doux logis que les herbes embaument...

L'air du soir fUe la fumée du toit aux quenouilles des cyprès...

Hélas, hélas !

nul bieirtôt ne daignera plus vous voir, repos des choses, repos de nos yeux, maisons bocagèrea qui pendez votre nid au bord d'une roche, dans les branches ! On noie vos faces p>eintes sous la craie;

on vous arrache même comme aux buissons les nids, ô repos des âmes et des yeux par tant d'intimes siècles d'harmonie entre les choses, les êtres et les dieux.

Je t'ai mené*.

tenant nia petite enfance par ia main. sur les terrasses des jardins où je cueillais renivrenïcnl de vivre. I oui C'I saccagé...

Et lu cherchais en vain 90U8 l'ahgnement des orangers les violettes mauves en lapis.

Les orangers sont malades, coupés, cassés, arrachés.

Des palmeraies en colonnades un fût demeure au chapiteau flétri.

noire colonne d'un temple inconnu sans doute, brîilé par les barbaresques...

O inquiétude

qui dans le cœur se dresse, lorsque notre enfance à ia mam.

l'amour cherche et ne retrouve plus, vers de beaux champs de fleurs, les vieux petits chemins.

Du temp>s encoi si proche

où babillaient les cloches italiennes

qui argentaient le murmure de la mer,

toutes les voix de la ville

dans vos ramures.

Collines, papotaient d'un doux bruit d'histoires anciennes.

Et les vagues, et familières,

les cloches, les oiseaux,

et leurs caquets puérils, et les mouches,

qui dans les feuilles frémissent, bâtissaient dans vos branches,

Collines, une flottante ruche aérienne de leurs voix unies par le n>ême babil.

Je vous aimais, jas^uses et anciennes, ainsi, claires dans vos cages de tuiles. Cloches !

Et vous parlez si mal aujourd'hui le langage large du nord, trop grave pxour les vagues moqueuses, pK)ur les vents légers du feuillage, pour les voix de la ville mutine, — ô Souvenirs !

Sonnez, sonnez mamtenant la mort des choses qui ne savent plus s'unir.

Vcrsicolore et vernissé, le campanile rieur,

coq du matin, chante aux côtés du cyprès grave qui se tait,

immobile comme un oiseau des nuits.

... Ah,

ils ne les écoutent pas tes chants qui interrogent, petit coq de lumière, les fils de l'homme,

là-bas. en bas, qui un à un

montent pourtant vers toi aux appels de ta voix claire.

Et ils n'atlendront pas, immobile silencieux témoin, que tu nou? donnes enfin un noot de réponse de la nuit.

Que vers un jour de gloire

nos désirs crient, ou que se taise une énigrrve obstinée, ils viennent pour vous jeter à terre, i'un près de. l'autre, dans les fossés, où il n'est rien :

— ni le jour

ni la nuit.

Tant de siècles

dans vos troncs d'une lave tordue, dans vos cendres d'un feutre aromatique, dans les amples

transparentes fumées bleues de vos ombres, tant de siècles qui vivent de la flamime profonde, n'arrêtent point leurs pas, n'abattent point leurs bras

frénétiques, ô grands bois d'olivjers étages dans l'azur !

Laves de vos corps durs, cendres de vos dépouilles.

fumées,

fumées des feuilles si frêles

qu'imbibe le jour, tout est clarté en vous, jur vous, tout étincelle,

— hélas !

pwur que jusque même dans les nuits où gémit d'une éternelle agonie le désespoir d'un Sauveur pleurant sur la fureur des êtres, votre ombre bleuie soit si claire que du plus loin il voit venir qui s'approchent avec un baiser

— ô vent nocturne dans les branches brisées ! — là troupe chuchotante des traîtres.

lôÔ MODULATIONS

Vieil arbre,

très vieux grand-père, vos membres noueux disaient les tourments qu'il faut, des âges, avoir vécus, pour comprendre un p>eu de la vde; Pais vous nous baigniez de kiiiuière sotis votre chevelure d'argent, et vous nous penchiez sur le ciel en vous courbant.

L'ombre de votre corps attendrie touchait de toutes parts l'irréel; • Les atomes étaient dans la mer comme une braise fidèle à vos pieds; Et Antigone, îa doucc; c-TÎiliriC, vous retenait au bord des deux grands infinis.

Pauvre grand'père,

vous n'êtes plus :

Vous ne connaissiez pas vos enfants.

Nous plaoioni sur la rûche ronde qui sorl de l'onde

dans l'azur...

Et tu me di$ :

— Je SUIS counte une petite mouc'ie sur un fruit, un fruit tombé dans ia coupe des anges. Je sens que je vais être bue,

toute flottante, dans un souffle aspiré des airs.

Ah ! je m'affaisse d'une aile évanouie, prise aux palpitations de l'éther.

O vertige des bleus unis

sur un gouffre de lumière mouvante !

Bulles

qui vibrent de partout coanirve des yeux de pierreries

d'eau et de feu

perdues dans les sables.

Ah ! sauve la colline chaude du ciel et de la mer : retiens ta petite mouche sur son fruit,

mon aonant, avant qu'elle ne soit même plus un point brillant,

mourant dans l'immuable.

Porte rose à la grille verte surmontée de griffons roux, portail d'autrefois, entrée qui familièrement vous ouvrez à la \-isite royale du soleil, on entre avec lui par vous au cœur profond de la colhne où l'ombre est l'énigme divine d'un mystère pénétrant et doux.

Toute royauté là

déposée par le soleil dès son entrée, une pieuse profondeur s'éclaire sans que nul rais faux l'illumine, comme de ses bords la grotte d'un ermite par les doru d'un mege en prière.

Soleil !

magicien à genoux au seuil de la grotte de verdure, toi-même, tu vénères l'ombre pure qui dans sa profondeur médite l'énigme perpétrante des choses.

Soleil, ferme sur eux, sur nous la grille verte de la porte rose, jusqu'à l'heure où les cyprès, comme autant de gardiens muets tenant leur iance droite en terre, allument sur sa pointe obscure l'étoile qui se lève du mystère...

Viens dans le jour couchant aspirer la musique des parfums, qui tous ensemble, et un à un, s'entre] icent,

et sur nos pas

chantent.

Ils tressent de fins rubans

Bottants qui font des fraîcheurs sur la main, nous liant à la danse lente qu'autour de nous, au long des pentes, mà;cnt. ijà\iiibles. des âmes ^ar le clienùn.

Aunes qui s'exhalent, arômes !

Froisse la plante,

écrase un peu, moites, les feuilles entre tes paumes,

et hume lentement...

Tu entends ?

c'est la voix qui se déchire d'un \iolon entre tes doigts.

Lisse,

lisse la branche,

et aspire...

Tu entends ?

qui se répondent

d'un vallon à l'autre les soupirs

de la viole et du hautbois.

Fends la cosse,

qui dans l'ombre jette des petits cris de flûte p>erlée,

et sens les baumes qui sous cette rosée verte aigrelette, tintent si doux et sourds des fruits trop mûrs

qui tombent.

Grelots et mandolines.

harpies I

1« grappes égrènent avec dc« rires une voltige d'odeurs sucrées.

Fanfare !

entends...

Entends la forte clameur des cuivres av«c l'ardeur des poivres,

si chauds dans l'or du soir.

La nuit descend.

Un dernier chœur dans un feu d'herbes chante,

qui mêle vos arômes.

toutes vos âmes et vos voix.

Collines !

cassolettes brûlantes d'où les parfums du jour fument dans le couchant.

Reines

sous la couronne des pins qu'un ciel de turquoise ajoure I Il monte d'un pas de feu vos gradins, des brassées de roses d'or aux mains, le beau soleil ardent d'amour.

O gentilles Reines vers lui f>encKées

de toute la floconneuse jeunesse de votre tête I

Le pavement luisant de la mer réverbère

le trône de marbre rouge où brûle, parfumée,

l'attente de votre chair en fête.

Triomphe !

panaches et palmes !

des arbres à plumes vous éventent la joue, tandis que l'amoureux verse sur vos genoux de pleines corbeilles d'or et de flanruncs.

Apothéose ! gerbes en fusées vous salucrrt.

Reines !

Faudra-t-il donc que vous restiez toutes nues, sans plus une rose de vos fortunes,

mortes, sous les grands voiles blancs de la lune ?...

Du haut de vos promontoires,

belvédères, bords de la jatte où la mer et les terres entassaient des moissons pour la lèvre des dieux, je suis comme une abeille,

impuissante d'un voJ furieux à tirer un tant soit peu de sucre du pillage.

Etincelante de fruits dans la nuit des feuillages, la plaine chaude, autrefois, sous le jour étendait les mille constellations du ciel...

toute la baie sur la terre et les eaux gardait l'empreinte stellaire d'astres mûrissants pour des dieux.

Horreur des bouches criantes par les plaies qu'aujourd'hui les pirates ouvrent dans les terres vives ! Nul ne fuit :

Toutes les mains aident au massacre les sauvages;

«t de leurs pointes, les roches éclatées des villages roulent aux vallons pierreux.

O barbaresques. vous repartiez jadis

avec l'orage...

Et de la paix des cieux, toutes, bientôt renaissaient, les joHes filles qui à nouveau miraient. sou> les olivier? à l'ambre poudreuse, leur chair vive et leur visage.

Petites joues en feu des oranges, mignonnes mamelles des citrons pâles I Aux miroirs de. l'huile d'or aux jarres et de l'eau bleue aux citernes murmurantes, toute une même jcuncs-e. retrouvait, moissonneuse, dans la lumière des dieux les images de sa gloire.

Les pirates ont les dieux vaincu.

et ils demeurent.

Bientôt on ne verra plus

sur les gradins piétines des barbare»

que ces esclaves armés au pied d'un mur,

agaves mourants qui tordent leurs membres nus

dans un geste intense de douleur.

Quand les maisons

vous auront bientôt toutes lapidées,

ColiiTies !

et que vous ne serez plus, colombes déchirées

sous des pierres en monceau blanches comme un sépulcre, on entendra d'une longue plainte gémir vos âmes oubliées :

— (( Passant, arrête !

Ici fut tuée,

martyre de tes aïeux aussi barbares que toi, une vierge qui n'était qu'un sourire.

« Les grands monts augustes assemblés, la robe violette et le front blanc, protégeaient ma jeune beauté de leurs \'ieux ans.

« J'étais si tendre.

si pure, si douce,

que la plus brûlante lunuère

était comme une caresse sur la mousse

dans les ombres de rrka chair.

<( De quel dieu fus-je la victime ? Toi-même ne le sais pas encore.

O Niké,

triste victoire que ton crime !

Un sourire est de moins sur la terre...

Passant, arrête ! comprends !

Pleure ma mort...

Nice. — Décembre 1908

BIBLlOCIiAPHlE

Les dates placées a la fin de chaque partie des MoDULAtiONS {1893-/908) sont les dates de composition; celles de la noie suivante sont 1rs dates de publication.

I 894 Fumerolles

(Librairie de l'Art Indépendant) 1897 Du Trouble au Calme

dans Sources vers le Fleuve ' {Mercure de France)

1897 L'Epi

L'Almanach des Poètes {Mercure de France)

1898 La Sieste

{fdem)

1899 Modulations sur la Mer et la Nuit

{Ed. Deman, Bruxelles)

1901 Lts Graines d'un Jour

{H. Floury)

1902 Anacréontiques

{Inédit) 1904 La petite Ame

{la revue L'Occicient)

1909 La Pij^intf. des Collines

{la revue La Phalange)

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