TROUBLES
le Rivage et la Vague
Depuis le temps des temps, il attendait,
couché au long de son inerte argile,
immobile.
Elle, du fond du temps des temps, elle déroulait,
de ses membres à captrices courbes fluenteî,
son corps houleux coirurie un filet
du tressaut deiS lourds flancs épais
et de la chevelure pendante...
Enfin il la voit, dressée des reins qui s'arquent, et cambrent, soudain sur lui, leur poids, de toute la menace haute de sa puissance.
Ce fut un coup sourd où, brusque, s'anéantit, dans l'obscur tumulte des blancheurs jaillies, l'union mortelle des formes résignées.
La vaUée d'un liigubre ululerr»enl gémit en écho à leur destinée.
Des effrois d'ailes fuirent.
Et traîne le cruel suprêrr»e arréar>tîisseinent
des chairs mortes qui se retirent
avec des éclats d'arrachements
et des soupirs
que prolongent en longues plaintes brisées
les frissons des forêts, au loin,
gonlissantes...
Ccmvrte. est la terre entière, pleureuse,
pour Elle,
iB\ peu d'eau fuyante écumeuse,
pour Lui,
un rien d'argrle, rongé.
la Forêt et le Vent
L'herbe s'incline d'un salut léger,
la feuille frise et sa grâce balance,
les cimes se courbent; toute âme de son plus haut se penche
sur le passage, anxieuse, du vent d'abord léger
qui s'en vient de loin caresser,
puis soulever les âmes du silence.
Et des herbes à la feuille, des feuilles à la branche,
des branches à la cime des frondaisons qui chantent,
e'enfle le premier soupir
d'une plainte, la plainte, d'un murmure,
les murmures, d'un long grondement sourd que déchire
l'éclat des désespoirs blessés qui se défendent
contre la prise du vent grandissante plus dure.
Entends maintenant les mâts qui craquent des navire»
inclinés au départ d'un salut léger
sur des vagues qui frisent et leur grâce balancent.
Et vois 1rs vagues montantes rejoindre, écheveléeo,
les houles qui se creusent d'un autre gouffre, immense*...
la lourde Tenture de la Nuit
La lourde tenture de la nuit
est retombée encor sur les choses et les êtres.
Par des trous d'usures séculaires
on volt des flammes qui partout s'agitent
Sont-ce des alannes 7 Sont-ce des fêtes ?
Les âmes qui partout de leurs petites lumières
vacillent,
nouent et dénouent des constellations fugitives
des lucioles dans l'herbe qui scintillent aux lanternes des barques sur la mer, ô imitatrices vagues et pâles des danses, là-bas, immuables d'étoiles !
Sont-ce des fêtes ?
La lourde tenture de la nuit,
mangée par places d'usures séculaires,
retombe sur les choses toujours, et sur les êtres.
l'Etang
Comme un visage méchant qui trouble le miroir,
le ciel se fronce sur l'étang
qui se fige d'un terne étain
entre le deuil pesant des bords plus noirs.
Là même où sa napf>e xive d'argent
étalait en joie les rires du matin.
Le5 rives ne se penchent plus vers l'étang, dans la confiance d'être accueillies d'espoir; elles se sont déparées des flammes du matin, et de leurs ronds d'or et d'argent; Jusqu'aux fleurs des bruyères qui ont éteint leur brasillemenl pâle sous les piiis, plus noirs.
L'inquiélude brouille de cendre le miroir
où la gloire des choses craint
de ne plus retrouver la jeunesse du matin
en ses rires de roses et d'argent,
Tandis que le ciel fronce, toujours plus noir,
une menace lourde sur l'étang.
la M
enace
Allège ton regard
si lourd de fer à l'accablé
d'un implacable poids corrjtne en suspens d'orage
Les tièdes et larges ciels de tes yeux qui baignent d'une atmosphère de liberté, d'habitude, où s'ébattent les êtres pl'us joyeux, comme s'ils sentaient la vie entière les caresser et vous les envelopper de lumière, Tes yeux, aux ciels tièdes et larges, pourquoi leur soudaine menace noire ?
La fixe charge de leurs regards ?
Leur rayonnement d'avril faisait le jour léger, et maintenant chaque rayon fait l'être prisonnier dont il soude les chaînes pesantes...
Qiacun de les regards
cloue à terre le vol de l'instinct,
Et il semble qu'on sente
sous le poids lourd de tes yeux noirs
l'éternelle pesée du destin.
L'oppression gagr»e, l'amour étouffe, le cœur étouffe...
O vie, sois douce allège, allège ton regard...
le Saul
auie
Etre en ses jours de saule où du plus haut de sa foi haute se p>ench€r à longs bras en pleurs vers les cœurs, vers les coeurs qui dévalent au bas de la côte, roulés en leur gangue de boue comme des cailloux hélas ! des cailloux, et ne pouvoir arrêter leur course j>our les porter jusqu'au soleil qui les diamenterait d'étincelles, mais allonger de longs bras en pleur»
" vers les coeurs fuyant vers les cœurs,
des bras en pleurs ballant au vent, ballant au vide, ballottants...