‹ ModulationsChapitre 5 sur 6 · TROUBLES · texte numérisé non relu

TROUBLES

le Rivage et la Vague

Depuis le temps des temps, il attendait,

couché au long de son inerte argile,

immobile.

Elle, du fond du temps des temps, elle déroulait,

de ses membres à captrices courbes fluenteî,

son corps houleux coirurie un filet

du tressaut deiS lourds flancs épais

et de la chevelure pendante...

Enfin il la voit, dressée des reins qui s'arquent, et cambrent, soudain sur lui, leur poids, de toute la menace haute de sa puissance.

Ce fut un coup sourd où, brusque, s'anéantit, dans l'obscur tumulte des blancheurs jaillies, l'union mortelle des formes résignées.

La vaUée d'un liigubre ululerr»enl gémit en écho à leur destinée.

Des effrois d'ailes fuirent.

Et traîne le cruel suprêrr»e arréar>tîisseinent

des chairs mortes qui se retirent

avec des éclats d'arrachements

et des soupirs

que prolongent en longues plaintes brisées

les frissons des forêts, au loin,

gonlissantes...

Ccmvrte. est la terre entière, pleureuse,

pour Elle,

iB\ peu d'eau fuyante écumeuse,

pour Lui,

un rien d'argrle, rongé.

la Forêt et le Vent

L'herbe s'incline d'un salut léger,

la feuille frise et sa grâce balance,

les cimes se courbent; toute âme de son plus haut se penche

sur le passage, anxieuse, du vent d'abord léger

qui s'en vient de loin caresser,

puis soulever les âmes du silence.

Et des herbes à la feuille, des feuilles à la branche,

des branches à la cime des frondaisons qui chantent,

e'enfle le premier soupir

d'une plainte, la plainte, d'un murmure,

les murmures, d'un long grondement sourd que déchire

l'éclat des désespoirs blessés qui se défendent

contre la prise du vent grandissante plus dure.

Entends maintenant les mâts qui craquent des navire»

inclinés au départ d'un salut léger

sur des vagues qui frisent et leur grâce balancent.

Et vois 1rs vagues montantes rejoindre, écheveléeo,

les houles qui se creusent d'un autre gouffre, immense*...

la lourde Tenture de la Nuit

La lourde tenture de la nuit

est retombée encor sur les choses et les êtres.

Par des trous d'usures séculaires

on volt des flammes qui partout s'agitent

Sont-ce des alannes 7 Sont-ce des fêtes ?

Les âmes qui partout de leurs petites lumières

vacillent,

nouent et dénouent des constellations fugitives

des lucioles dans l'herbe qui scintillent aux lanternes des barques sur la mer, ô imitatrices vagues et pâles des danses, là-bas, immuables d'étoiles !

Sont-ce des fêtes ?

La lourde tenture de la nuit,

mangée par places d'usures séculaires,

retombe sur les choses toujours, et sur les êtres.

l'Etang

Comme un visage méchant qui trouble le miroir,

le ciel se fronce sur l'étang

qui se fige d'un terne étain

entre le deuil pesant des bords plus noirs.

Là même où sa napf>e xive d'argent

étalait en joie les rires du matin.

Le5 rives ne se penchent plus vers l'étang, dans la confiance d'être accueillies d'espoir; elles se sont déparées des flammes du matin, et de leurs ronds d'or et d'argent; Jusqu'aux fleurs des bruyères qui ont éteint leur brasillemenl pâle sous les piiis, plus noirs.

L'inquiélude brouille de cendre le miroir

où la gloire des choses craint

de ne plus retrouver la jeunesse du matin

en ses rires de roses et d'argent,

Tandis que le ciel fronce, toujours plus noir,

une menace lourde sur l'étang.

la M

enace

Allège ton regard

si lourd de fer à l'accablé

d'un implacable poids corrjtne en suspens d'orage

Les tièdes et larges ciels de tes yeux qui baignent d'une atmosphère de liberté, d'habitude, où s'ébattent les êtres pl'us joyeux, comme s'ils sentaient la vie entière les caresser et vous les envelopper de lumière, Tes yeux, aux ciels tièdes et larges, pourquoi leur soudaine menace noire ?

La fixe charge de leurs regards ?

Leur rayonnement d'avril faisait le jour léger, et maintenant chaque rayon fait l'être prisonnier dont il soude les chaînes pesantes...

Qiacun de les regards

cloue à terre le vol de l'instinct,

Et il semble qu'on sente

sous le poids lourd de tes yeux noirs

l'éternelle pesée du destin.

L'oppression gagr»e, l'amour étouffe, le cœur étouffe...

O vie, sois douce allège, allège ton regard...

le Saul

auie

Etre en ses jours de saule où du plus haut de sa foi haute se p>ench€r à longs bras en pleurs vers les cœurs, vers les coeurs qui dévalent au bas de la côte, roulés en leur gangue de boue comme des cailloux hélas ! des cailloux, et ne pouvoir arrêter leur course j>our les porter jusqu'au soleil qui les diamenterait d'étincelles, mais allonger de longs bras en pleur»

" vers les coeurs fuyant vers les cœurs,

des bras en pleurs ballant au vent, ballant au vide, ballottants...

Page 1