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idée de ccî (|uc c'est que l;i foi. \e doit-il j)as être toujours j^rèt à modifier sa croyance ? Se doit-il pas admettre que, par une étude pi us approfondie des saintes Lettres, il arriverait peut-être à de tout autres conséquences ? et dès lors, nous le demandons, peut-il naître dans son âme une conviction profonde, inébranlable, ferme comme le roc ? et voilà pourtant la seule disposition qui mérite le nom de foi. Quicon que dit : Ceci est en ce moment ma foi, n'a pas de foi. Foi, unité de croyance, universalité de doctrine sont une seule et même chose. L'homme qui croit véritablement, quand bien même sa croyance serait erronée, est intimement convaincu qu'il possède la doctrine de Jésus-Christ, qu'il partage la foi des apôtres et de toute l'Église ; il tient fermement que cette foi, renfermant toute vérité, est éternelle^ immuable, nécessaire. Cette croyance est la seule raisonnable, la seule digne de l'homme ; tout le reste n'est qu'opinion, et, pratiquement, impuissance.
On doit comprendre maintenant le sens profond du dogme catholique : Vous ne pouvez, nous disent nos maîtres dans la foi, prendre possession du christianisme que dans l'union avec sa forme essentielle, c'est-à-dire avec l'Eglise ; lisez les Livres saints dans l'esprit de cette institution vivante, contemplez en elle le Sauveur du monde, et sa véritable image s'imprimera dans votre cœur et dans votre intelligence, car la société des fidèles est son organe^ si manifestation permanente (i).
(i) Symbolik, p. 364-365 et 368.
Dans quelle mesure le fidèle protestant luimême recourt-il directement aux Ecritures ?
Il est bien avéré cjuc le peuple, en fait d'interprétation bibliiiiie, ne s'éloigne pas de ceux qui l'instruisent, i)uis(ju'il ne possède pas les connaissances nécessaires pour sonder convenablement par luimême les saints Livres. Par suite la majeure partie de lasociété religieuse est redevable à ses docteurs du bon iuur d'appartenir au Christ et à la Foi. (Jue le peuple ait même pour chacune de ses croyances plusieurs textes bibli(jues, il se trompera encore s'il croit avoir trouvé sa conviction dans ri'xriture. Kn effet les docteurs protestants posséderont-ils une autorité cju'ils refusent eux-mêmes à leur propre église ? Offrent-ils une autre garantie en faveur de l'inspiration divine de leurs exégèses ? Comment peut-on encore assurer cpi'ils annoncent la parole de Dieu ? (Quelle contradiction d'attribueren /ir/'/à unecommunauté une autorité qu'on lui dénie en théorie, en principe I de faire dériver pratiijuement au moyen de la prédication, la relation iju'ont des milliers d'àmes avec le ciel, bien que le prédicateur sache (jue la chose n'est pas telle, et que sa parole est faillible ! Ce n'est pas tout ; la plupart des prédicateurs eux-mêmes ne tirent pas immédiatement leur enseignement de la Bible ; lorsqu'ils traitent un texte biblique et qu'ils le posent en regard avec d'autres passages des l-xritures, ils sont encore loin de sceller leurs prédications parla parole divine ; ils citent à la vérité les mots prononcés par
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le S.'uivt'Lir, mais ils n'expriment ni l'enseignement ni la pensée de ri iomme-Di(!U . Une partie des prédicants apprend à connaître le Christ dans les écrits de tels théologiens, une autre partie dans ceux de tels autres, très peu dans les exégèses de Luther et de Calvin, etc. C'est ainsi cjue ceux qui annoncent au peuple la doctrine du vSauveur, ne reçoivent euxmême cette doctrine que par divers canaux ; et c'est une des plus étonnantes illusions de notre temps, de croire que le protestant n'a recours qu'aux Ecritures pour étal)lir ses rapports avec Dieu et son Christ (i).
Caractères des preuves que donne l'Église de sa mission.
Le Sauveur, pour prouver sa divinité, renvoyait les Juifs à l'Ancien Testament, qui portait témoignage de lui ; plusieurs, en scrutant les Ecritures, ne voyaient pas que Jésus de Nazareth y fût dépeint en qualité de Messie, et refusaient de croire à sa parole tout en s'appuyant sur l'autorité des écrits inspirés. Ainsi le Sauveur et les Juifs expliquaient contradictoirement les saints Livres ; qui était dans le vrai ?
Mais le Sauveur ajouta : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les morts ressuscitent ; si vous ne croyez pas à mes paroles, croyez à mes œuvres. » Alors les choses changèrent de face. Le Christ, par la multitude et l'éclat de ses miracles, prouvait qu'il était l'envoyé du Très-Haut
(i) Neue Uniersuchungeit^ p. 476-477.
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pour expli(]iier int.iilliblcincnt les Livres inspirés; et ainsi, dans l'exposé ijue le Sauveur faisait de ces [livres, les |uifs étaient forcés de reconnaître la parole même de leur Dieu. L'interprétation du Christ était objective et authenticjue, celle de ses contradicteurs était tellement individuelle et subjective (pi'elle était erronée. Cela \\ imposait pas précisément la croyance à Jésus de Nazareth, puisque la foi doit être exclusivement un acte de la liberté ; mais il ne restait i)1lis aux (uifs d'autre motif de leur incrédulité ((ue l'éloijLj^^nement de leur volonté.
Les Apôtres de leur côté n'ont pas prêché l'I^van- ^ile à peu près comme un livre proclame une vérité ; leur mission avait un caractère tout à fait divin ; le Sauveur leur avait dit : « Comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie. » Par suite ils n'ont pas seulement annoncé la jjarole du Christ, mais ils ont encore été revêtus de ses pleins pouvoirs. Vn chrétien judaïsant, tel (jue Cérinthe, vînt-ilàdéfig"urer le texte évani^éliciue par des interprétations erronées, comme ses pères avaient défiguré l'Ancien Testament contre le Sauveur, les Apôtres n'avaient qu'à lui dire : prouvez (jue vous avez reçu les pleins pouvoirs du Sei- <^neur ; si vous ne le prouvez pas, de (juel droit vous opposez- vous à nous, qui les avons obtenus avec les dons du Saint-T^sprit ? L'interprétation (jue Cérinthe <lonnait à divers passa^res du Nouveau Testament, n'était donc pas seulement pour eux une opinion subjective n'excluant pas leur propre doctrine, mais une aberration entière, en contradiction flagrante avec la doctrine du Christ ; et cette condamnation, ils la
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prononçaient en vertu de l'autorité (jui leur avait été octroyée.
La transmission d'une révélation extérieure est nécessairement soumise aux mêmes lois (jue le don même de la révélation. La L^arantie (jue nous avons sur l'orig^ine céleste cl'un enseignement réside dans l'autorité reçue par celui qui nous le propose, et pareillement les disputes qui surg-iront sur le sens de certains points de cet enseignement devront se décider par l'autorité de ces hommes en qui le premier docteur a voulu perpétuer la sienne. En effet, si ces hommes ne possédaient pas, pour nous, l'infaillibilité, leur sentence n'aurait pas plus de valeur (jue celle de tout autre, ce qui équivaudrait à dire qu'ils n'ont obtenu aucune mission. ^Lais nier cette mission équivaut à renverser la révélation ellemême ; car si on abandonne le sens de celle-ci au jugement subjectif des hommes, ce sens devient entièrement douteux et par suite la doctrine perd toute garantie divine. La révélation n'a d'autre raison d'être que de manifester les vérités divines, elle s'y rapporte comme la forme à la matière. A quoi nous servirait de concéder unanimement que Dieu s'est révélé en Christ, s'il y a impossibilité d'établir avec une certitude absolue la matière, le contenu de cette révélation ? Concluons donc que l'autorité de celui qui a parlé en premier lieu doit passer à ses successeurs ; sans cela, si le jugement subjectif doit décider, nous retournons complètement au point de départ, c'est comme si, dépouillant le Christ de ses miracles, nous le mettions ensuite aux prises avec
l'église ^^'
un Juif, au sujet de sa dignité de Messie! Toute la puissance (qu'ont exercée les Apôtres se conserve dans l'Ki^^lise catholique, dans lepiscopat fondé par
eux.
On se demande mainteiiaiii : (iintllc jr^rantie avait Luther en faveur de son interprétation des saintes Kcritures, à l'exclusion d'une autre opposée à la sienne, mais appuyée sur les plus profondes recherches ? Il me parait tiu'il n'a pu en avoir qu'une seule, celle (pii sort de son adhésion personnelle, ou, comme il le dit lui-même, le témoigna*rc intérieur, l'onction duSaint-l^sprit. Pouvait-il revendiciuer une mission extérieure de Oieu ? Aucunement, puis(iue bien certainement ce ne furent pas les Apôtres qui la lui transmirent immédiatement ; quinze siècles le séparaient d'eux. Il n'était pas en droit de se dire l'envoyé spécial du Christ, car il est très avéré (ju'il n'a jamais prouvé la sublimité d'une pareille charjrc par tel ou tel miracle. Ktait-il député par ri^i^lise catholique (jui, par une succession non interrompue, remonte aux fondateurs du christianisme, et dont les Pasteurs possèdent la plénitude des pouvoirs spirituels? Assurément non, puiscjue c'est cette I*2glise qu'il a combattue, puisqu'il a même nié (|ue le Sauveur eut fondé une l^glise visible et lui eut légué son autorité suprême. Ainsi ses explications du texte sacré se bornaient à une valeur purement subjective, et par là il allait à l'encontre de la nature même d'une révélation extrinsèque, fondée sur l'autorité. Qu'on me prouve (|ue le jugement d'un lecteur ou d'un interj^rète des saintes Kcritures devient infaillible-
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ment le: jii;rcm(;nt de l'I^criture cUct-mcmc ; pour lors je concevrai cjuc renvoyer à la Bible, c'est renvoyer à une autorité visible, et (jue la lettre d'un livre s'harmonise avec la nature d'une révélation divine et extérieure. On aura l)cau s'ag-iter, l'acte de l'esprit cjui sonde les livres inspirés, n'aura d'autre appui que luimême, resteratoujourspurement subjectif ; et, decette manière, poser comme règ"le de foi les saintes Ecritures, n'est pas établir une révélation extérieure ; car celle-ci ne peut trouver son origine ni conserver son existence que par une autorité visible, vivante, sous peine de laisser planer un doute sur le vrai sens des vérités qu'elle renferme, sous peine de manquer son but, de se rendre entièrement inutile. C'est dans cette pensée que Fénelon s'exprime en disant : « <9// catholique ou déiste » (i).
En tout l'Église : rien que l'Église.
Caractère objectif et autoritaire de la révélation
chrétienne.
Après cela, demandera-t-on, où sont les preuves que l'Église catholique est dans le vrai en s'appréciant de la sorte ? Cela signifie : comment prouvet-elle qu'elle est telle qu'elle se dit ? Elle ne pourra pas interroger les saintes Ecritures pour répondre à la question proposée, puisqu'on ne saura ce qui est vraiment Ecriture que parle témoignage de l'Eglise ; il ne lui est pas permis d'asseoir la démonstration de sa mission sur un argument qu'on taxerait de cercle
(i) Netce Untersuchungen, p. 453-458,
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vicieux. D'tni donc ri^<rlise tient-elle la certitude extérieure de son autorité propre ? Il faut cju'elle l'ait reçue de la bouche même du Sauveur, sans aucun intermédiaire, lui effet c'est à elle (|ue s'adressent ces paroles de l'Homme- Dieu : « Je resterai avec vous juscju'à la consommation des siècles ; » — « je vous enverrai l'i^sprit de vérité, qui demeurera avec vous et vous initiera à toute vérité ; » — « comme mon Père m'a envoyé, je vous envoie ; » c'est à son chef cjue s'adressent ces autres paroles : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon l^tJ^lise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » Ces paroles et d'autres semblables ont été écrites plus tard par des hommes quel'l^i^lise Si'u/c connaft, (|ui ont titre par elle seule, etàcjui, en dehors d'elle, on ne j)ourra jamais avec quehjue certitude reconnaître une vraie mission ; mais (juant aux paroles mêmes, c'est elle qui les a entendues comme elle a vu le Seigneur et ses actions, comme elle a entendu tous ses discours. Si elle recherchait l'une ou l'autre preuve extrinsècjue pour l'appui de soa autorité, elle imiterait cet homme (lui, témoin d'ua fait, parfaitement conscient de l'avoir vu, voudrait cependant qu'un autre l'assurât qu'il a été réellement présent à ce fait, et qui ne se convaincrait que parce témoijTnaiT^e d'autrui. Il n'y a pas de plus grande certitude (|ue celle (|ui est immédiate ; personne ne nous persuadera jamais plus de notre existence (juc nousmêmes ; toute autre conviction sera médiate, tandis que celle que nous trouvons dans notre àme est immédiate.
Si l'on veut prouver l'inr;iillil)ili*té de l'iCglise par la Tradition, on ne fera (jue répéter la démonstration (|ui sort de la conscience même de l'J^^lise, on répétera ce tiu'elle-mème a appris à son origine ; tout cela servira seulement à mettre en évidence (jue de tout temps elle s'est reg^ardée comme revêtue d'infaillibilité et qualifiée par le Seigneur à se regarder comme telle. Le témoignage éclatant de saint Ignace, disciple des Apôtres, proclamant l'indéfectibilité de ri^^glise (ttjv àoOaçTtav), les témoignages non moins éclatants de saint Irénée, de TertuUien, d'Origène, de saint Cyprien, et tous ceux qui se sont succédé jusqu'à nos jours, tous ces témoignages reposent sur sa propre science, sur sa propre conviction.
On demandera : à quoi ceci nous mènera-t-il, sinon à conclure qu'en dehors de l'Eglise catholique, il n'y a pas de certitude objective du christianisme et de ses éléments de salut ? C'est là la pure vérité et la thèse en faveur de laquelle je combats. On me criera avec mépris : En tout l'Eglise, rien que l'Eglise!... Je réponds : Il est vrai, en tout l'Eglise, rien que l'Eglise ; il ne peut y avoir qu'elle ; sans elle nous n'aurions ni le Christ ni l'Ecriture sainte. Retranchez l'Eglise catholique de l'histoire du christianisme, et cherchez ce qui restera de la religion fondée par le Christ.
Après cela, demandera-t-on encore : Comment l'Eglise prouve-t-elle extrinsèquement qu'elle est en droit de se dire l'universelle héritière du Christ ? On répondra que toute tentative de s'assurer par un autre canal que par celui de l'Eglise, de la vraie doctrine
l'église 335
(lu Sauveur, est inconcevable, est absurde, est Impossible ; c'est-à-dire, (qu'aucune société religieuse qui a vu le jour après le Christ et les Apôtres, par là même (ju'clle leur est postérieure, ne peut remonter jusqu'au Messie, ne peut exhiber des promesses reçues de lui. Au point de vue où nous sommes, les preuves cju'on voudrait tirer de l'Kcriture vt de la Tradition, peuvent uni(iuemcnt nous servir d'introduction pour connaître la façon dont rivg"lise s'envisage elle-même, et d'invitation pour apporter dans l'examen de cette matière toute l'attention possible ; on travaillerait en vain pour déduire de là une vraie démonstration. La seule démojistration, saint Irénée l'a indi(iuée, et surtout Tertullien l'a développée dans son admirable traité des Prcscripti()}is ; la possession perpétuelle del'I'^o^lise, le témoii^^nag^e (ju'eile se rend elle-même, voilà ses titres à notre adhésion ; ce qui est la supposition de toutes les suppositions, la base de toutes les bases, ne comporte pas un autre fondement (i).
Comment la différence de forme entre la doctrine de rÉcritura et la doctrine de TÉglise résulte de la coopération de l'élément humain avec rélément divin dans TÉglise.
Mochlcr explique (lue la doctrine de l'iiglise et la docirim* de l'I^criture sont idcniiciucs par l'esprit et par l'esscnce, mais cjue la vérité devant, dans le cours des A<;3s,
(i) Neue Untersucitungcn, p. 470-473.
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Ijour (l-irc la possession des «^('rnéralions successives, revêtir des formes nouvelles et un extérieur nouveau, il s'est produit, entre la doctrine de rivalise et la doctrine de rrxrilure, ce qu'il appelle un(; «différence formelle ».
La parole éternelle, annoncée par le divin Maître, fut reçue par ses disciples, et dès lors elle devint foi, possession humaine. Je dis plus : lors(|ue le Sauveur fut remonté vers son Père, elle n'existait plus pour le monde que dans la foi des apôtres ; aussi Pierre est-il appelé le rocher sur lequel Jésus-Christ « bâtirait son h2glise, afin que les portes de l'enfer ne prévalussent point contre elle ». Mais sitôt que la divine parole fut devenue possession humaine, de ce moment elle subit les lois qui président à l'intelligence humaine : de ce moment elle fut perçue, conservée, transmise par l'activité humaine. La forme même du récit évangélique met en lumière la vérité que nous annonçons ; dans le choix et la disposition des matières, dans la conception et l'exposition du sujet, partout se montre le génie propre de chacun des historiens sacrés. Mais que sera-ce quand les apôtres accompliront leur mission de porter partout l'Evangile ? Alors on voit s'élever une foule de difficultés qu'ils sont obligés de résoudre ; et pour cela il leur faut discuter, raisonner, conclure; opérations qui mettent en jeu toutes les facultés de l'entendement.
Ainsi la doctrine du Sauveur fut soumise à l'exercice de l'intelligence humaine. D'une part la divine parole fut analysée et reçut des divisions logiques ; d'autre part elle fut coordonnée, comparée avec elle-
LEGLISE .^j;
même ; on ramena toutes les parties à certains points fondamentaux ; on mit en relief la base sur laquelle repose tout l'édifice. Dès lors un point de vue plus clair et mieux circonscrit fut ouvert à l'esprit humain ; car toutes les idées (jui lui viennent du dehors, il faut (ju'il se les assimile comme par une seconde création, s'il veut en avoir pleinement conscience. Ainsi élaborée en quelciue sorte par le concours de l'intelligence humaine, la doctrine primitive se montra sous une forme notablement différente ; mais fut-elle toujours la doctrine primitive ? Nous pouvons répondre oui et non : oui, puisqu'elle resta la même dans son essence; non, puistju'elle changea dans sa forme. Assurément, du temps des apôtres, l'Esprit divin présida à tous ces développements ; mais il n'est pas moins certain (ju'ils ne s'opérèrent I)as sans l'homme, sans l'activité, sans l'intellig^ence <le l'homme; il en est ici comme dans toute (cuvre chrétienne, où la liberté et la ^ràce, le divin et l'hu main se pénètrent réciproquement.
Jamais il ne put en être autrement après la mort des apôtres, quanti les évangiles, les épitres et toutes les l^critures furent entre les mains des fidèles. Lors(iue l'I^çlise définit la doctrine primitive contre les hérésies, il faut de toute nécessité cju'elle change l'expression apostolitjue contre une autre plus propre à repousser l'erreur (ju'elle veut condamner. Dans le développement de leurs polémiques, les apôtres ne purent s'en tenir à la forme première sous la(|uelle le Sauveur avait présenté la vérité divine ; l'I^i^-lise ne le peut pas davantai^e.
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Puistiuc riiérésic se reproduit sous mille faces différentes ; puisc^u'elle revêt toutes les apparences, emprunte toutes les couleurs, l'Mnrlise aussi doit j)rendre diverses positions, elle doit se mettre en face de l'erreur pour opposer à ses nouveautés d'expressions une nouvelle terminologie. Qu'on examine le symbole de Nicée, par exemple, et l'on reconnaîtra ce que nous avançons.
Ainsi la tradition transmet la vérité chrétienne à travers les siècles sous des dehors multiples, en la revêtant d'une forme toujours nouvelle, et pourquoi ? parce que cette vérité est confiée à des hommes qui doivent tenir compte des temps et des circonstances. Et de même que les écrits des apôtres ont répandu plus de jour sur la parole du divin Maître, ainsi l'enseignement de l'Église met dans une nouvelle lumière la doctrine de TÉcriture sainte. Comment donc les disciples de Luther osent-ils nous dire : Vous abandonnez la doctrine des Livres saints pourne prêcher que la doctrine de l'Eglise ? vSur ce pied-là ne pourrions-nous pas leur répondre : Vous abandonnez la doctrine du Sauveur pour ne prêcher que la doctrine de l'Ecriture ? Jamais on ne nous eût fait une telle objection, si l'on eût compris que Jésus-Christ a été Dieu et homme tout ensemble, qu'en conséquence il a voulu continuer son ouvrage d'une manière à la fois divine et humaine.
Au reste, si nous pénétrons toujours plus avant dans la révélation évangélique à mesure que nous avançons dans les siècles chrétiens, nous le devons, ce semble, aux attaques de l'erreur contre la vérité.
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Pousses par un zèle aveiigfle, des Juifs mal convertis s'arment pour la défense du mosaïsme : saint Paul nous révèle la vertu de l'I^vangile et l'excellence de la foi. Des troubles éclatent parmi les fidèles de Corinthe ; et le même apôtre trace ses principes sur ri^^lise. Hientôt après, les ^nostiques sèment la division ; mais de là jaillit une vive lumière sur l'orip;-ine du mal, sur la nature et la liberté, sur la première création et la seconde en Jésus-Christ. De même la polémicjue contre les pélagiens nous a. fait mieux connaître la faiblesse et la profonde misère de l'homme. Enfin la lutte contre les protestants a été de ^rand profit pour le catholicisme. Que l'on compare les auteurs des derniers temps avec les ouvragées antérieurs au concile de Trente, et l'on verra clairement (jue, dans la connaissance du christianisme, nous sommes à un degfré plus haut (ju'il y a trois siècles : tous les dogmes remis en question par 1 .uther ont été l'objet d'un travail de développement et de démonstration. Ainsi toute pénétration plus profonde dans la vérité chrétienne a pour condition la lutte et le combat (i).
Certitude immédiate qu'a l'Église de ses enseignements.
Les premiers conciles œcuméniques ne citèrent, à l'appui de leurs décisions, aucun passag'e de l'Écri-
(r) Symbolik, p. 369-372.
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ture ; bien plus, l'iCglise n'est pas infaillible, suivant les théologiens, dans les preuves de ses définitions, mais seulement dans ses définitions mêmes. C'est (jue ri^glise ne doit pas son origine à Tlvcriture sainte, puisqu'elle est antérieure aux divers livrc-s du Nouveau Testament. Les vérités cju'elle proclame, elle les tient de la bouche même du Sauveur ; et le Saint- Esprit les a gravées dans sa conscience, ou comme parle saint Irénée, dans son cœur. Elle a donc une certitude inimédiate de ses enseignements. Que si l'Eglise devait parv^enir à sa doctrine par les recherches et par l'examen, elle serait forcée de se contredire elle-même et de se détruire de sa propre main ; dans cette hypothèse, elle existerait et n'existerait pas : elle existerait, puisque vous prétendez qu'elle se livrerait à des investigations ; elle n'existerait pas, puisqu'elle serait en quête de la vraie doctrine, c'està-dire de ce qui lui donne l'existence et la vie. Vous voulez qu'elle se recherche elle-même ; vous voulez qu'elle ressemble à l'insensé qui examinerait dans un papier tracé de sa main s'il existe réellement ! Les vérités essentielles contenues dans l'Ecriture sont éternellement présentes à l'Eglise, car elles constituent son existence et sa vie, son âme et son tout. Elle n'existe que par Jésus-Christ, et elle devrait l'inventer ! Qui a jamais réfléchi sur ces paroles : Je sin's avec vous jusqu'à la consoniniatioii des siècles, comprendra la doctrine de l'Eglise sur sa propre constitution (i)v
(i) Symbolik, p. 377-378.
L ÉGLISE .>4 i
Les devoirs et les droits de Texégéte catholique.
Quelle est l:i liberté de l'exég^ète cathoîicjue ? D'abord il lu- s'ai^it pas de cette liberté dont on use si lar<rcment dans la Réforme, et (jui consiste à commenter r l'écriture selon ses caprices, à la rejeter comm(î un mélanine d'erreur et de vérité, de sagesse et de folie. Cette liberté nous la possédons, comme hommes, aussi bien que le protestant ; mais il s'at^it de la liberté dont jouit l'exéorète, s'il veut rester cathoîicjue. Le cathoîicjue a la libre conviction cjue ri\<jlise est une institution divine, cju'elle est assistée du secours d'en haut, cju'elle possède par consécjuent la vérité pure. Il croit donc cjue toute doctrine rejetée i:)ar elle n'est pas contenue dans l'I'xriture, et cjue tous les dog"mcs cju'elle proclame y sont renfermés. En consécjuence il est convaincu, i:)ar exemple, que, d'après les Livres saints, Jésus-Christ réunit la nature divine et la nature humaine. Or, dès qu'une fois l'homme a reconnu cette vérité, il ne lui est p\us libre d'admettre l'erreur contraire ; car autrement il se contredirait. De même celui qui a f^iit vœu de chasteté, ne peut mancjuer à la chasteté sans violer ses engagements avec Dieu.
Telles sont les limites cjue l'I^glise pose à l'activité de ses enfants, même à la science de l'exégète. Si elle agissait autrement, elle proclamerait cju'elle ne possède aucune doctrine ; disons mieux, elle se renierait elle même, car la simple possession de la Bible
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ne constitue pas plus une c'^lhe cjue la possession des aptitudes intellectuelles ne rend, de fait, intellii^ent. L'individu ne peut croire et rejeter la même chose tout à la fois. Mais si une église, cjui est la réunion de plusieurs individus, laissait à chacun la liberté de former sa croyance, elle présenterait cette contradiction prodigieuse, qu'elle nierait et affirmerait en même temps la doctrine ; que l'on décore ce chaos, cette monstruosité, des plus beaux titres, nous le voulons bien ; mais à coup sûr cela n'est point une église. L'Eglise doit élever les hommes pour le royaume de Dieu ; mais ce royaume repose sur des faits constants, sur des vérités à jamais immuables. L'Eglise doit mettre l'empreinte du Christ dans l'humanité ; mais le Christ n'est pas tantôt oui, tantôt non. L'Eglise doit porter dans les esprits la parole descendue d'en haut, mais cette parole n'est pas un vain son, dont l'on puisse faire ce que l'on veut.
Ainsi l'obligation que l'Église impose aux siens, de retrouver dans l'Ecriture l'enseignement dogmatique et l'enseignement moral qu'elle reconnaît comme appartenant à l'Ecriture, se comprend naturellement. Or voilà le seul engagement du fidèle ; hors de cette limite, il est libre de toute entrave. Un vaste champ reste donc ouvert à l'exégète catholique ; il peut déployer tout son talent, toute son érudition ; il peut sans cesse faire de nouveaux progrès dans la science des Livres sacrés (i).
(i) Symboliky p. 378-380.
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Comment le caractère à la fois humain et divin de l'Eglise implique un signe extérieur de vocation sacerdotale : l'ordination par la hiérarchie.
Reste à parler de la hiérarchie sacrée. Nous allons voir se reproduire encore clans cette importante question, sous des formes bien frappantes, la doctrine qui fait de l'Hp^lise une institution divine et humaine tout à la fois. ]^^n effet, le ministère ecclésiastique, la dispensation de la parole comme celle des sacrements, exi)^e une vocation intérieure, une mission donnée du Ciel. Mais comme, dans l'I^i^lise, l'humain s'associe nécessairement au divin, il faut (jue cette vocation d'en haut soit d'abord connue de l'iiomme, et ensuite reconnue, que cette céleste mission se révèle sous un si^ne accessible aux sens ; il faut, en un mot, (lue le caractère sacerdotal se confL^re par un symbole signifiant et produisant la g-rdce surnaturelle, c'est-àdire par un sacrement.
Pour entrer dans une ég^lise invisible, il n'est besoin que d'un baptême spirituel ; de même (jue, pour y vivre, il ne faut (ju'un aliment intérieur ; là, le fidèle doit se nourrir du Verbe de Dieu, mais non point du corps de Jésus-Christ ; car le mot corps rappelle déjà (juehjue chose de sensible, de palpable. L'i^i^lise invisible ne demande donc i|u'un sacrifice spirituel, iju'uii sacerdoce intérieur. Mais il n'en est pas ainsi de l'Korlise visible ; sa notion veut que le baptême de feu et d'esprit soit en même temps un baptême d'eau, ijue la nourriture spirituelle des âmes soit
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tout ensemble un aliment matériel pour le corps ; sa notion veut (lue le sacrifice soit un acte tr^mhant sous les sens.
Cette observation s'applique à l'ordination des prêtres : la consécration intérieure et la consécration extérieure sont inséparables ; l'onction céleste et l'onction terrestre sont liées l'une à l'autre. Puisque l'Jîglise est la dépositaire de la parole chrétienne et des institutions du Christ, elle n'est point tenue d'avouer quiconque s'érig-e en oint du Très-Haut ; mais c'est par l'ordination extérieure cjue le prêtre reçoit de Dieu l'ordination intérieure ; par l'imposition des mains de l'évèque, il reçoit l'Esprit. Ainsi la visibilité de l'Église et avec elle son indéfectibilité, impliquent une ordination permanente, remontant de siècle en siècle jusqu'à Jésus-Christ. Et de fait, comme le divin Sauveur avait envoyé les apôtres, de même les apôtres établirent des évêques qui, par une chaîne non interrompue, se sont perpétués jusqu'à nos jours. Cette succession continue de l'épiscopat forme une des marques extérieures auxquelles on reconnaît la véritable Église (i).
L'opposition entre le catholicisme et le luthéranisme au sujet de l'Église.
L'Église dit : J'ai la certitude immédiate des vérité s chrétiennes ; car instruite par Jésus-Christ et par les apôtres, j'ai été formée, élevée dans leur doctrine, et,
(i) Symbolik, p. 389-390.
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ce que j'ai entendu, l'I-lsprit dv Dieu l'a ^ravé dans mon ctrur. La parole écrite et la parole transmise ne sont (ju'une, et c'est pourcjuoi la première doit être interprétée par la seconde. Luther et Zwin^le disent, au contraire : Lorscjue nous lisons les l'xritures, ri^sprit divin met seul la vérité dans nos cœurs ; donc il faut interpréter l'I'Xriture par la parole intérieure, c'est-à-dire par le témoignage de la conscience (i).
Le luthéranisme méconnaît la différence fondamentale entre Tassimilation des vérités surnaturelles et la connaissance d'un fait historique quelconque.
Mochlcr veut mettre vu relief l'erreur d'aprrs latjuelle les lutlitTiens, cc^nfr^nclant i'aulorité avec le trinoii^naL,^', se sont imaginé que la reli^^ion peut se transmettre comme tout autre fait, et qu'il suffit que des témoins oculaires parient d'un envoyé de Dieu pour que leur déposition suhjuijue la croyance dans le cours des siècles ; comme l'olybe et Tite-Live nous instruisent de la seconde «uerre punique, comme llérodien nous ap[)rend la vie de l'em- I)ereur Commode, de môme les évan<^éHsles, dans ce système, nous font connaître Jésus-Christ et forment autorité pour tous ses adorateurs.
Les catholiques, répond Moehler, distin»^uent entre les rcri vains sacrés et les écrivains profanes, et ne placent [)as sur la même li«^ne la lecture de l'Lvan^ile et celle de toute autre histoire.
Car : i" Pour faire taire le doute dans les esprits et
(i) Symboiik, p. 404.
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dans les consciences, il faut que les évan<(élistes aient ('•crii sfMis (les conditions spéciales ; autrement le lecteur serait toujours îi se demander : Mais cet apôtre a-t-il bien vu, bien entendu, bien compris ?
L']wan<^ile doit satisfaire de tout autres besoins qu'un classique ^rec ou latin, j)arce qu'il s'aj^ii de nous-mêmes, de nos destinées éternelles, de notre tout enfin.
2*^ Nous puisons la connaissance de Dieu à deux sources différentes : dans la révélation naturelle et dans la révélation surnaturelle, en d'autres termes dans la révélation de Dieu en nous et dans la révélation du Sauveur hors de nous. Or, non seulement la révélation intérieure enfante la vérité dans nos cœurs, mais elle est encore, pour ainsi dire, l'organe qui saisit la révélation extérieure, b-lle remplit donc une double fonction, celle de certifier la vérité intérieurement dans nos âmes, et celle de percevoir extérieurement la Parole qui nous est apportée par Jésus-Christ. Ainsi deux révélations d'une seule et même vérité ; mais la révélation dans nous doit se soumettre à la révélation hors de nous, car autrement l'on ne concevrait plus la nécessité de la dernière. De même que, en fait d'histoire, la critique examine les témoins, recherche s'ils n'ont été ni trompés ni trompeurs, ainsi nous devons, en matière religieuse, éprouver sévèrement le témoin qui dépose dans notre conscience : il possède une grande prépondérance sur celui qui frappe notre oreille ; il en altère souvent la déposition, souvent il croit être l'écho du dehors alors qu'il n'émet que ses propres pensées.
Les vérités surnaturelles ne peuvent donc se transmettre comme les faits naturels, et la déposition de simples témoins ne forme pas, en matière religieuse, une autorité suffisante. Ce qu'un historien raconte d'un événement humain, nous ne pouvons l'apprendre que par son récit ; qu'ainsi Carthage ait été prise par Scipion, c'est ce que
les auteurs anciens nous l'ont seuls connaître; la conscience se tait à cet é<jard, et nous ne pouvons Ici confondre son tt'moij^nai^t; avec celui de l'histoire. Il n'en est pas de même cjuand il s'aj^it de la doctrine évan^^rlique ; comme les vérités religieuses sont attestées par un tlouble témoi- *^na<^e, en passant dans notre intellitjence, elles peuvent plus ou moins emprunter la couleur de nos pensées, subir une transformation plus ou moins trrande ; et voilà pourquoi Dieu nous a donné l'auloriié de TMi^lise afin (jue nous soyons préservés de toute erreur dans la perception de la divine parole (i).
Liaison entre la doctrine de Luther sur le péché originel et la doctrine de Luther sur rÉcriture.
Si nous n'avions de Dieu aucun témoig^nai^e inné, intérieur, si nous étions privés de tout sens pour les choses divines, alors peut-être, la parole écrite attesterait suffisamment la révélation céleste ; car la voix ([ui parle en nous ne pourrait, dans cette hypothèse, étouffer la voix: qui se fait entendre hors de nous. Or, c'est ici cjue la doctrine de Luther sur riCcriture se rattache à ses autres erreurs. li^n effet, si vous enseii^ne/ (]ue le péché ori«^inel a détruit dans l'honinie les facultés reli<^ieuses et morales,
(i) Symbolik, p. 395-398.
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rima;^(: de iJicu ; si vous soutenez (jue Oieu est seul actif dans l'œuvre du salut et (jue le Saint-l-lsprit seul j)roduit la foi dans nos cœurs, par cela même vous avez établi la proposition que l'I^vCriture est la seule source et l'unique rè^le de la foi. Aussi Luther ne manqua-t-il point de mettre en avant cette doctrine, il prétendit que les Livres inspirés contiennent et jugent seuls la Parole du salut ; tandis que les catholiques enseignent que le divin Maître a établi l'autorité del'J'^glise pour donner à l'homme la véritable croyance, Luther détruit l'entendement humain et fait de la foi l'ouvrage de Dieu seul ; il dit au chrétien : Ce n'est pas toi qui lis l'Écriture, c'est le Saint-Esprit.
C'est ainsi que les restaurateurs de l'Evangile écartèrent toute activité humaine de l'affaire du salut. Dès que l'enfant d'Adam, disaient-ils, porte la main sur l'œuvre de Dieu, il la défigure horriblement ; en conséquence l'Esprit-Saint nousenseigne seulla vraie doctrine, et quand nous lisons les Ecritures, nous percevons immédiatement les vérités qu'elles renferment. Sur ces principes, ils rejetèrent Tautorité de l'Eglise sans craindre que la subjectivité du croyant franchit toute limite et substituât ses illusions à la parole objective de Dieu, sans craindre même que quelque élément humain s'immisçât dans cette perception, puisqu'ils niaient a priori (en vertu de leur doctrine sur le péché originel), l'existence de cet élément humain (i).
(i) Symbolik, p. 398-399.
Comment le luthéranisme est amené à une conception nouvelle de Tordination, de la société religieuse et de la liberté ecclésiastique.
Mochlcr déduit de ces principes :
/" f.a conception Inthêrienne de l'ordination.
Si riioinme est instruit pir Dieu seul dans le fond de son Ame, s'il est purement passif dans la perception de la véritr, l'Ksprit-Saint est le seul docteur chrrtien par le moyen des ICcritures, et l'on doit rejeter le corps enseij^nant, le ministère de la parole évansj^i'licjue. Mais ce n'est pas tout : par une autre déduction rii^oureuse, s'il n'y a pas d'apost(jlat perpétuel, il n'y a [)as non plus tle caractère sacerdotal, ni par conséquent d'acte qui le confère, et nous sommes contraints d'effacer l'ordination du nombre des sacrements. Suivant la doctrine catholique, l'ivi^lise continue l'ii-uvre du Sauveur et renouvelle la rédemption dans le cours des siècles. Sel(jn la doctrine protestante, au contraire, l'Ivsprit de science et de saijesse donne lui-même immédiatement et met de sa propre main la céleste parole dans nos cœurs ; dès lors il n'est plus besoin de docteurs humains, ni de sacrement pour les consacrer. Que peut être l'ordination, dès lors, qu'un acte intérieur par lequel Dieu éclaire les intellii^enccs et se donne à tous de la même manirre ?
Luther prit dans la tradition l'idée d'un sacerdoce universel ; puis il la lit entrer dans son système, après l'avoir horriblement défiijurée. 11 revient souvent sur la (juestion du ministère, mais il ne la traite à fond (jue dans son écrit aux Irércs de lioliéme. Voici les idées londamenlalcs de cet ouvrai^e qui nous fait voir bien avant dans le fond du protestantisme.
D<'s les premières pages, rarchitecle de la Réforme représente l'ordinr-ition catholique comme un graissaj^e , une lofiden'e, comme une supercherie cpii ne peut faire que des /nsin'ons, des charlatans, des prêtres de Satan,,. Ensuite il commande de chasser ceux qui ont été ordonnés par la bête, c'est-à-dire par le pape dans la personne des léi^itiraes pasteurs ; de les chasser et d'en puri^er la terre ; c'est pour tous non seulement un droit incontestable, mais une obligation rigoureuse ; car chaque fidèle est élevé à la dignité sacerdotale et doit à ce titre annoncer la parole, remettre les péchés, conférer le baptême, administrer tous les vSacrements. « Le Saint- Esprit enseigne tout à tous, » il éclaire toutes les intelligences, il met la foi dans tous les cœurs, il donne à toutes les âmes la certitude de la vraie doctrine ; mais les chrétiens doivent, « pour le bon ordre, » conférer à quelques-uns les droits de tous, et les élus du peuple exerceront le saint ministère, après que les anciens leur auront imposé les mains (i).
^° La co?iceptio}i luthérienne de la société religieuse,
Aloehler reproche à Luther d'avoir flatté le peuple d'une façon honteuse, démagogique, en revêtant l'individu d'une sorte de perfection qui lui fait posséder toute vie, toute vérité, dans le contact de son être spirituel avec l'Esprit. Comment concevoir alors le besoin de la société ; besoin qui se fait sentir à chaque cœur d'homme, et plus vital encore dans le chrétien ? Toute vie sociale a sa racine dans le sentiment de notre faiblesse et de nos besoins sans nombre : si l'homme s'unit à ses semblables, c'est qu'il
(i) Symbolik, p. 404-406.
l'église 35i
veut c(>mpU'*tcr son c^tre et trouver la force qu'il cherche vainement en lui. Le chrétien se suffit à lui-mcme, ditesvous ; clc'lruisi'Z donc le ministère cvangrli(iue, renversez ri\<^lisc, anéantissez louio socii'tc. Il n'y a pas justju'à l'aria uim-nl sur lequel Luther fonde ra[)ostolat,qui ne soit sans point d'arrôt dans son système : Les pasteurs, dit-il, maintiennent le bon ordre dans l'I^t^lise ; mais si cha<jue hdùii! est comme une monade (jui a toute science, toute vrritt*, à quoi bon k* ministi'rt* (h- la parole, .'i (juoi Ixjn l'Hi^lise?
Telle n'est pas, certes, la doctrine de saint Paul. Dans la première l'^pître aux Corinthiens, chapitre xii, il ensei- L^^ne que le Saint-I{sprit parta«^e ses dons entre plusieurs, afin que tous soient unis entre eux, comme les membres d'un même corps. Luther dit : Par If baptême, tous sont docteurs ; saint Paul dit au contraire : Tous so/it-ïis apôtres ? tous sout-its prophètes ? tous sont-ils docteurs ? vSclon le réformateur, l'Hspril divin se communi(|ue à tous dans sa plénitude, doctrine qui renverse jusqu'à la notion de société ori^anitjue ; selon l'Apùtre, il se révèle différemment à plusieurs, doctrine qui fait de tous les fidcks un tout compact, un vivant faisceau.
Ainsi, d'après l'évangile réformé, le fidèle est indépendant dr toute société religieuse, parce qu'il n'en a aucun besoin ; et l'I^glise n'apporte aucune limite à sa liberté (i).
3" La conception luthérienne de la liberté ecclésiastique .
Rien d'étonnant que les luthériens aient combattu la liberté morale et défendu la liberté ecclésiastique : la contradiction n'est qu'apparente. Kn effet, si Dieu est le seul maître et le seul docteur du chrétien ; s'il est l'unique
(i) Svni/olik, p. 400-408.
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cause de toutes ses pensées, de toutes ses idées, de toutes SCS croyances, c'est s'insur<i^er contre les ensei;4nements du ciel que de proclamer l'apostolat juge en matière de foi, et l'on ne pourrait se soumettre à ses décisions sans méconnaître la liberté chrétienne et sans tomber dans le scrvilismc le plus abject. 'J'el est aussi l'ensci^^nement de Luther ; mais il n'en est pas ainsi dans la doctrine catholique ; comme rr^t^lise ensei<^ne que l'homme moral jouit de la liberté, elle ne pouvait affranchir l'homme religieux de toute autorité, elle devait donner au fidèle une règle de ses pensées et de ses actions.
Au reste, Luther était contraint à ses erreurs par sa propre conduite. Il se révolta contre l'autorité spirituelle ; il lui fallait donc se fonder sur l'inspiration particulière. Il rompit avec l'Église ; comment lui aurait-il été possible de conserver la tradition? Enfin, après avoir fait divorce avec le passé, il ne pouvait plus montrer la source visible de sa juridiction ; il devait enseigner la vocation intérieure et la mission immédiate (i).
Pour les catholiques, l'Église visible est antérieure à l'Église invisible ; pour les protestants, l'Église invisible antérieure à l'Église visible.
D'après les catholiques, l'église visible existe d'abord, puis vient l'église invisible, c'est la première qui forme la seconde ; suivant les luthériens, l'église visible, naissant la dernière, sort de l'église invisible, c'est la seconde qui donne le jour à la première.
Cette différence de doctrine, si petite au premier
(i) Symbolik, p. 408-410.
l'églisr 35.>
roiip (Td'il, im[)li(iUL-un antaq^-onismc complet. Quand rMvan^iU- vint éclairer le inonde, le royaume de nieu n'existait (lu'en Jésus-Christ et dans l'idée divine. Ce furent les apôtres (|ui, les premiers, reçurent la nouvelle de ce royaume ; mais elle leur fut annoncée par la parole externe, j)ar Ui lanj^a^e humain ; «llr passa du dehors dans leur intelligence, lu lorsque le Vlh de Dieu fait homme eut formé ses apôtres, il les chargea par un ordre de sa l)ouchc, il leur donna la mission extérieure de répandre au loin la doctrine du salut. Alors les ambassadeurs du divin MaTtre allèrent évangéliser les peuples infidèles, des contrées où régnait non pas Dieu mais Satan ! Organes du Christ cpii agissait en eux, ils firent naître l'image de l'homme céleste dans des cœurs qui jusque-là n'avaient reflété (jue l'image de l'homme terrestre. Or, de même qu'ils avaient été envoyés par le vSauveur, à leur tour ils envoyèrent des disciples (]ui portèrent plus loin la divine parole ; et c'est ainsi que, dans tous les siècles et dans tous les lieux, l'église visible a donné le jour à l'église invisible. Il ne pouvait en être autrement : la révélation chrétienne, doctrine positive et permanente, enseignement déterminé dans ses dogmes et dans ses préceptes, exigeait un ministère vivant et parlant, au(|uel pussent s'adresser ceux (pii désiraient la connaître.
Le système inventé par Luther est tout ditïércnt. Le sens chrétien (inten'or claritas sacrœ ScripfnyœJ, (lit il, existe d'abord ; puis vient la doctrine extérieure ^^uV^r/Î^A' r/rzr//^^ sacrœ Scripturœ) ; l'I^glise
MOBHLBR il
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est la société des saints dans L'KjUcllc se trouve la vraie prédication de D'^van^ile. Ainsi les saints existent avant tout, ensuite ils prêchent ; mais d'où viennent-ils? cjui les a enfantés, qui les a nourris? voilà ce (^ue nous cherchons en vain, nous ne voyons pas même comment ils sont devenus disciples du vSauveur ! D'abord, selon Luther, tous les chrétiens sont prêtres ; puis de ce sacerdoce universel, naît le sacerdoce particulier. Mais n'est-ce pas, au contraire, le sacerdoce g^énéral qui sort du sacerdoce particulier, le fait extérieur qui produit le fait intérieur ? Jésus- Christ, sans doute, n'est pas né des apôtres, ni les apôtres des fidèles.
Et quelle est, dansées principes, la dernière raison de la certitude évangélique ? C'est, répond Luther, un acte de la conscience, c'est l'inspiration du vSaint- Esprit, comme si l'Evangile était un phénomène du sens intime, comme si le Eils de Dieu ne s'était point fait homme, comme si par conséquent sa parole ne devait point être attestée par le témoignage du dehors ! Dans le système de Luther, l'autorité visible, extérieure, devient un fait invisible, intérieur, et le Verbe extérieur se transforme en la voix intérieure du Christ et de son Esprit. Si, reportant ses idées en arrière, il eût appliqué au Christ sa notion de l'Eglise, il aurait pu se passer de Jésus-Christ vivant au milieu de nous, il aurait pu se passer de la révélation positive ; bien plus, il l'aurait rejetée comme destituée de tout fondement. Le christianisme repose tout entier sur le Fils de Dieu fait homme, revêtu d'un corps sensible ; aussi Luther, pour maintenir l'idée d'une
révélation venant du dehors, conserva t il l'Ixriture sainte. Mais comme de cette Kcriture même pouvaient surgir, contre sa doctrine particulière, des doutes et des objections, il se retranchait contre les catholicjues dans l'inspiration intérieure ; et comme les sectes fanaticjues invo(iuaient aussi la voix de la conscience, le témoiLcna<re du Saint -p:sprit parlant au fond des cœurs, il alléiru.iit contre les dissidents protestants la parole extérieure, il allait jus(iu'à leur opposer l'autorité permanente de la société chrétienne visible. De là les fluctuations du Réformateur entre le témoigna<re individuel et le témoig-nage chrétien, entre la parole intérieure et la parole extérieure ; de là l'incertitude où sont ses disciples s'il a enseig-né l'église visible ou l'église invisible; de là les disputes interminal)les sur le point de savoir si les symboles ont autorité ou non.
Moclîlcr n'sumc toute sa pensée en concluant qu'en somrnt^ Lutlu*r n'a jamais compris que l'église est une incarnatioa permanente du ( 'lirist. Pour Liitlicr, ces mots: h Verhe s'est fait chair, le Verbe s'est fait homme, veulent dire seulement que Jésus-Christ a vécu visiblement dans le monde pendant ciuelques années; il s'imagine luc sa parole s'est éteinte avec sa voix mortelle, et que dès lors elle n'a plus existé ipie sur le papier. Si Luther avait compris toute l'incarnation du l'iis d»' Dieu, il aurait vu dans l'ICghse une institution permanente, chargée de laire l'éducation du genre humain ; mais c'est à peine si nous trouverons quelques vestiges de cette vérité dans ses ouvrages ; et quand il l'eut entourée de toute sa lumière, il ne serait pas moins impossible de la concevoir
",|^f, MOEHI.BR
dans s(.n svslrmo, car, sM ost vrai, comme le cro.t Luther, que Dieu seul ajjil clans l'œuvre du salut, nous ne comprenons pas mieux les instructions des pasteurs pour éclairer l'ignorant -,ue leurs conseils et leurs exhortations pour ramener le pécheur dans la voie de la vertu (t).
(i) Symholik, p. 419-424-
CHAPITKI^: VII
L'Église d'au-delà
et sa relation avec celle d'ici-bas.
Les doctrines protestantes sur les rapports entre TÉglise militante et l'Église triomphante.
Mi)clilcr cxpliciuc (jne les protestants appliquèrent à ri^i^lisc triom()hante leur doctrine sur l'i^t^lise militante. Ils ne nièrent j)as forniellenienl, nous l'avons vu, la société des chrétiens sur la terre, mais ils rejetèrent les conditions mêmes de son existence ; car sans sacerdoce, sans épiscopat, sans pontificat suprême, point de hiérarchie, point d'autorité spirituelle, point de centre d'unité ; dès lors plus tle rapports étroits, plus d'alliance intime, plus de corps, partant plus d'l!;;lise. Ils ne procédèrent pas autrement à l'égard tle la société des bienheureux ilans le cii*!. Ils comprin-nt «jue les saints seraient de mauvais «jénies et les aD<^es de vrais démons, s'ils ne laissaient tomber sur ce monde que des rej^ards d'indifférence, et que la charité ne serait pas dans leur cœur si elle ne les attachait à tous les enfants de Dieu. I^n consé-
V^S MOEULKk
(jucnce ils ne: nièrent pas directement tous les rapports rie riCirlise terrestre avec riC<^lise ci'lestc. D'une part, cédant à l'évidence, Luther et ses premiers disciples accordèrent (jue les saints sont nos modèles et prient pour l'Iv^^lise en (général; d'une autre part, comme ils voulaient réformer à tout i)rix la croyance universelle, ils nous défendirent d'invoquer leurs suffrages.
Moehler s'étonne de celte doctrine :
I" Si Dieu ne trouve point d'offenses dans les prières de ses fidèles serviteurs, s'il reçoit en sacrifice d'agréable odeur les suffrages des saints, comment provoquerionsnous sa colère en demandant ces prières ? comment appellerions-nous sur nous sa vengeance en invoquant ces suffrages ?
2° L'idée de l'intercession des saints fait naître en nous la confiance, la gratitude et la piété, c'est-à-dire, le désir de cette intercession ; si donc nous péchions en l'invoquant, la faute retomberait sur les plus fidèles amis de Dieu.
v3° Tant s'en faut que l'intercession des saints porte préjudice aux mérites du vSauveur, qu'elle les fait resplendir dans toute leur lumière, qu'elle est le plus beau fruit de leur vertu sanctifiante, le plus merveilleux effet de la réconciliation qu'ils ont opérée entre le ciel et la terre. L'Eglise proclame partout cette vérité ; car tout ce qu'elle demande à Dieu par l'intercession des saints, elle le demande au nom de Jésus-Christ. A-t-elle jamais dit: Tel héros de vertu nous a mérité le pardon de nos péchés par sa mort, tel autre a envoyé le Saint-Esprit, tel autre nous donne la grâce ?
4"^ Au reste, si vous prétendez que leur intercession amoindrit le prix de la rédemption, vous devez en dire autant des supplications des fidèles et nous défendre de prier les uns pour les autres. En entrant en commerce
L FX.IJSK I) AU-DELA .">.'^r)
avec Dieu, l'homme devient parlieipanl des mérites et de la vertu du Sauveur : de là relTicaciti' des prit'res du juste, mais de là aussi !<• droit de réclamer ses sutïrat^es, qu'il soit encore ici-bas ou qu'il soit déjà un élu.
Mochler termine en notant que, d'après les symboles issus du calvinisme, l'intercession et l'invocation des saints sont des ruses et des artifices de Satan pour nous tlétourner de la vraie prière ; les habitants du ciel ne connaissent point les choses de la terre et ne se soucient nullement de ce qui se passe sous le soleil. Ainsi les bienheureux, semblables aux dieux d'I^picurc, s'abreuvent à la coui)e de la félicité, oubliant leurs proches et leurs frères, sans sonj^er aux amis qu'ils ont laissés dans cette vallée de larmes et de souffrances. X'oiià sur cjuel fondement les calvinistes nous défentlenl de re(M)urir à l'intercession des saints !
lù Moehler jutje préférable, à la vie « bienheureuse » ainsi conçue, la vie terrestre, où du moins nous pouvons faire preuve de charité et d'amour ' i .
( i) SytHbolik, p. 446-454. — MoehlcT, dans le reste de la Symbolique, passe en revue les doctrines des petites sectes protestantes : anabaptistes, quakers, moraves, swedenborjjiens, sociniens et arminiens.
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