L UNITE DANS L RCLISR ICK
c'est ce (jui fait dire à l'Apôtre qu'il faut des hérésies, pour (pion puisse reconnaître les chrétiens éprouvés, c'est-à-dire, (pie raut(jl doit être entouré des cassolettes des héréti(pies, afin (pie la différence entre les fidèles et les infidèles devienne manifeste à tout le monde. Car lors(iue la foi de l'Kglise aura commencé à briller comme de l'or, lorsque sa prédication aura l'éclat de l'argent purifié par le feu, les paroles des hérétiques se trouveront d'autant plus accablées de honte et d'ignominie, comme de l'airain commun et obscur. \'oulez-vous savoir comment on reconnaK seulement le bien comme tel par l'antithèse du mal ? (^)ui saurait cjue la lumièrt; est un bien, si nous n'avions pas l'obscurité de la nuit ? Qui trouverait le miel doux, si nous ne goûtions pas l'amer ? Si enfin vous ()tez le démon et toutes les puissances ennemies (pii nous combattent, les vertus de notre àme ne se développeront pas sans cette lutte. » Ces profondes réflexions de ce célèbre Père de l'I^glise sont toutes puisées dans l'histoire du développement du christianisme. Au milieu des antithèses des Gnosti(|ues idéalistes d'une part, et des Chiliastes charnels et du matérialisme Montaniste de l'autre, la doctrine catholi(|ue se développait avec éclat. Tandis (jue les Docètes attaquaient l'humanité, les I^bionites, les Théodotiens, les Paulianistes, etc., atta(piaient la divinité du Christ : par (juel effet miraculeux n'ac(iuiton pas la conviction de la nécessité de l'une et de l'autre j)Our opérer notre rédemption, et combien tout ne fut- il pas développé et perfectionné ? Lorsque, dans l'I^glise, un certain nombre de fidèles
MO MOFJILBR
.1 j)lut(H um: idée conlusc ([ur. des iKjtionb claires de (jiK l<|iie doctrine, lorstju'on ne remarcjue point Tiniluence de cette doctrine sur la vie ou (ju'on la pousse au d(!là de ses bornes naturelles, il s'élève toujours des esprits (jui, ne pouvant supporter cet état des choses, forment une opposition dans Tl^^lise même, comme les Pères d'Alexandrie et de Rome le firent contre tous les Chiliastes et les Juifs 1 Mais s'il arrive fjue quelques détails chrétiens soient maintenus par quelques personnes qui ne les saisissent pas, et rejetés par d'autres qui ne les comprennent pas mieux, qui, de leur propre autorité, en imaginent alors d'autres pour les remplacer d'après les principes dont nous avons parlé plus haut, qui croient devoir trouver la vérité hors de l'Eglise, pour s'en servir contre elle, et qui s'érigent dès lors en secte, il s'allume une guerre ouverte qui exige que l'on rejette le principe égoïste de la communauté. D'après cela, on peut dire, sous un certain rapport, que l'hérésie n'est possible que par le mal dans le sein de l'Église ; car tout obscurcissement de la vérité résulte du péché, et avant que l'hérésie fut hors de l'Eglise, cet obcurcissement était en elle ; on peut dire aussi que la lutte causée par la séparation durera d'autant plus longtemps qu'il y aura, dans l'Eglise, plus de péchés et plus d'erreurs résultant de ces péchés ; l'effet est toujours semblable à la cause : plus il y aura donc d'erreurs dans un grand nombre de chrétiens dans l'Eglise, plus il y en aura dans le parti qui s'en est séparé, et plus la lutte sera de longue durée. Toutefois, c'est dans cette lutte que la vérité se développe d'une manière brillante. Si l'on parvient
L UN'ITK DANS L KGLISE I I I
à hi faire reconnaître dans son éclat, le développement égoïste suit la marche de tout ce (jui tient à la chair; il disparaît, parce (ju'il a atteint sa cause linale, c'est-à-dire, cpi'il a aidé à représenter la vérité comme
telle (i).
L'Église est un produit de la foi chrétienne et de Tamour chrétien.
On donne une définition étroite de l'I^^lise (juand on l'appelle un établissement ou une réunion, fondés pour le maintien et la propat^ation de la foi chrétienne ; elle est plut(k un produit de cette foi, un elVet (le l'amour vivant dans les fidèles par le Saintl^sprit. lùi nous représentant l'action d'un chrétien, nous devons toujours s///>/>osc'r en lui l'intention chrétienne dont cette action est la manifestation, du moins dans notre pensée ; car l'intention chrétienne ne peut pas se trouver un instant oisive dans cjui (|ue ce soit, sans diriicer sa force productrice de tous cotés. Si donc nous nous contentions de dire cjue riC<^lise est un tel établissement, nous ferions penser (pie Jésus-Clirist aurait, pour m'exprimer ainsi, ordonne aux siens de se ré unir, sans exciter en eux un besoin intérieur (pii les tint ensemble et qui les eut réunis ; que l'I^orlise aurait existé avant les fidèles, puisque ce n'est qu'en elle qu'ils le seraient devenus ; qu'en général l'I^ii^lisc serait autre chose que les fidèles et cju'elle exTsterait même sans eux. Comme le principe divin, communi(iué aux fidèles, est un seul
(i) EinJieit, p. iof>-iC)9.
I I J MOKMLKK
et mrmc princifoct (l;ms ceux cii fjui il se trouve, coniinc il cii^rendre l'unité de la fol, ainsi se révêlet-il, éj^alemeiit, comme écartant l'amour-propre, comme attirant, comme attachant les uns aux autres tous ceux chez lescjuels il existe, et comme les réunissant en une «jfrancle unité sociale, c'est-à-dire, comme en formant mu; ICg-lise, dont le lien est par cela même l'amour ; car l'amour seul attire, unit et forme. Du moment donc (juc l'amour était communiqué à l'homme par l'J^sprit divin, 1 I^g-lise existait. L'action de l'amour ne devait être visible que d'après un type conforme à toutes les règles de l'existence et de la vie. Le corps de l'homme est une manifestation de l'esprit qui annonce en lui son existence et qui se développe. L'Etat est un phénomène nécessaire, une création et une formation du /.o'.vo>v'.xov qui nous a été donné par Dieu. Chaque action de l'homme est une manifestation de sa force morale. Partout où il se trouve donc des forces d'une certaine nature, elles se manifestent conformément à leur caractère. L'Esprit divin se communiquant ainsi à l'humanité et lui donnant une nouvelle force, il devait en résulter un phénomène extérieur et nouveau qui lui répondît et qu'on n'avait pas même pressenti. Si donc cette situation de l'Esprit divin venait à cesser, s'il n'y avait plus d'Eglise, l'Esprit lui-même n'existerait plus, ou il serait sur le point de se retirer ; de son anéantissement il résulterait qu'il n'y aurait pas de christianisme, qu'il n'y aurait plus de christianisme objectif et véritable (i).
( i) Einheit, p. 175-176.
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Nécessité d'une Eglise visible.
L'idée d'une" ICs^lisc! invisil)K', tondcc par Jésus- Christ sur la terre, est si contraire au christianisme que partout, dans le lannr-ag-e de |ésus-Christ, de ses Apôtres, de l'ICg^lise primitive, c'est une l^^lise visible (jui est présupposée, et (ju'elle existe toujours coinnu" un fait, (|ueU|ue loin (pie nous remontions dans l'histoire. Jésus-Christ anticipe une l'élise visible, lorscju'il ordonne d'y admettre parle baptême visible ceux c|ui croient en lui, lorsqu'il institue la cène, lorstju'il dit à saint Pierre : |e vous donne les clés du ciel, ce (pie vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel, et lors(|u'il répète la même chose aux autres Apôtres. Car cpie ces paroles s'applicjuent à l'admission dans ri^<^lise ou à une rémission {proprement dite des péchés, il n'en est pas moins vrai qu'elles supposent une réunion visibK-. Il en est de même dans les écrits des Apôtres ; lorscjue saint Paul exhorte à conserver l'unité de la foi (Hphes., I\', 5), ce (ju'il dit serait un non-sens, s'il était (juestion d'une l^^^lise invisible, dans lacpielle il est tout aussi inutili* qu'impossible de garantir une telle unité ; et, partant, il serait ridicule de l'exig^er. De même, lors(|ue saint Paul et saint Jean enseii^nent à éviter les héréticjues, les tulèles sont considérés comme une réunion visible, ayant des sentiments religieux déterminés, de sorte que ceux qui sont contraires peuvent en être exclus ; sans communauté visible, il lu peut pas y avoir de séparation d'avec cette communauté. De même, lorstjue les fidèles sont reg^ardés comme
MOEHLBR 8
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membres d'un corps, (lui sont destinés às'entr'aider, (jui doivcînt être liés étroitement et (|ui sont fondés sur les Apôtres et sur les Docteurs (I^^phes., IV', 1 1- 13), afin (jue tous ne soient (ju'un esprit et un corps (Ephes., IV, 4). A l'époque (^ui suit immédiatement le temps des Apôtres, on suppose aussi toujours une l^glise visible (i).
Rapport entre l'esprit chrétien et l'Église
visible.
vSi, d'après cela, l'Eg-lise doit être reg-ardée comme le produit extérieur d'une force productrice intérieure, comme le corps d'un esprit qui se crée luimême, elle est sans doute aussi et même nécessairement cette institution, par laquelle et dans laquelle la vraie foi et le vrai amour se conservent et se propagent. Car, puisque, par la réunion des fidèles, il se forme une vie commune et véritable, et qu'une telle vie est subordonnée à deux facteurs, la force spirituelle et sa manifestation extérieure organique, l'esprit chrétien et l'Église sont l'un à l'autre comme l'esprit et le corps dans l'homme.
L'esprit de l'homme est sans doute le principe animant, vivifiant ; mais il ne parvient à la connaissance de lui-même qu'en se créant l'organisme corporel, par l'anéantissement duquel l'esprit de l'homme perdrait lui-même l'existence terrestre. Il en est de même de l'esprit chrétien : il ne ferait plus, pour m'exprimer
(i) Einheit, p. 176-177.
LL'NlTi: DANS L Er.LISE 113
ainsi, qu'errer çà et là sous des apparences douteuses et incertaines, sans se reconnaître lui même pour l'esprit chrétien, et sans i)ouvoir être reconnu par d'autres, par cela même (ju'il n'aurait plus d'existence réelle. Aussi saint l'aul (1 i'im., III, 15) a[)pelle ri'^^lise la colonne et la l)ase de la vérité ; elle en est en effet le soutien, parce que c'est sur elle (jue repose l'esprit. Mais comme l'Esprit divin, par la communication duquel l'esprit chrétien s'empare des tidèles, ne peut et ne doit jamais disparaître, il ne peut jamais non plus abandonner le corps ; et c'est ainsi (jifil est porté juscpi'à la lîn du monde. C'est donc en lui que la foi se propa^^e exclusivement. L'org^anisation, les organes et les fonctions du corps fournissent de plus aussi à l'esprit humain le moyen d'ai^ir et de produire ; ainsi, l'esprit cjui dominedans 1 l^j^lise crée aussi des orgfanes de son activité. I /esprit vivant dans les tidèles et IJ^^lise tiennent par consécjuent ensemble, sont établis en même temps et sont inséparables, de sorte (lue, si nous avons dit ci-dessus que la vie commune des tidèles se compose des deux facteurs, c'était dans ce sens que ceux-ci ne peuvent être séparés que par un ( ffort de la réflexion, mais jamais dans la vie. Il faut donc dire (jue la force active, communicpiée aux tidèles par le vSaint-l^sprit, crée le corps visible de ri^^lise, et que l'I^^i^lise visible conserve et supporte la force élevée qui lui est communicjuée, et la communicjue à son tour. Elle n'est cependant pas pour cela une simple institution qui servirait constamment de moyen et de but. De l'idée d'une institution il ne
faut pas séparer celle dr mécanisme ; mais Tlv^^lise
est un ori^anisnKt vivant (i).
Les primitives communautés chrétiennes.
Comme Jésus-Christ choisit chins le nombre de ses disciples les douze Apôtres chargés d'annoncer sa doctrine à tout l'univers et d'exercer une direction g-énérale de ses fidèles, ainsi les Apôtres préposèrent aussi aux communautésqu'ils avaient fondéescertains hommes pour les remplacer, afin cjue leur mission apostolique se perpétuât toujours. Jésus-Christ n'avait pas abandonné au hasard la manière dont sa doctrine serait annoncée, et les Apôtres ne l'y abandonnèrent pas non plus. Sans cette prédication rég-ulière et bien org-anisée de l'Evangile, l'un ou l'autre, ou même plusieurs, eussent saisi quelque chose de l'Evangile et l'eussent transmis à d'autres, mais tout cela serait resté douteux, vague, faible et sans force ; des échos incertains de l'Evangile se seraient proprement perdus sur la terre . Mais par cette régularité, la prédication de la parole de Dieu reçut de la consistance, un sens précis, clair et déterminé ; il se réunit autour du même centre une foule de gens partageant les mêmes sentiments ; ils formèrent une masse qui s'opposa avec des forces concentrées à tout ce qui était contraire au christianisme, et qui par là était toujours instruite dans la parole de Dieu, vivait selon l'amour et combattait le paganisme avec des efforts réunis et diriofés vers le même but.
{\^ Einheit, p. 178-179.
l'i Nirii DANS l'kcîlise 117
(Juc l'c^n se ti<riirc cli;uiui! clirctitMi isolé, t-t (lu'on le conçoive aussi bon chrétien (lue possible, la doctrine chrétienne se serait montrée aussitôt sous mille formes différentes ; elle eut été assujettie à une foule de modifications et de désordres ; chez (jui le païen eut il pu api)rendre ce (|ue c'est (|ue le christianisme, puisque les chrétiens eux-mêmes ne l'eussent pas su à proprement parler ? A (jui celui qui avait encore besoin d'instruction eùtil du s'adresser pour la recevoir? A qui s'adresser parmi le orrand noml)re de ceux (jui professaient des opinions contraires ? Où eùt-on pu ai)prendre ce (|ue c'est (jue l'amour, ce (ju'aucune parole, aucune écriture ne peut enseii^ner, si l'on ne l'avait pas remanjué dans la vie des chrétiens ? Mais comment les chrétiens auraient-ils pu représenter l'amour dans la vie, si on les suppose sans relation, séparés, même, et sans communauté, tout comme les païens? Rien ne frappa plus les païens (jue la communauté des chrétiens. Mais comme, par le moyen des fonctions épiscopalcs, il se forma des communautés, le christianisme eut un certain dépôt, une objectivité, où l'individu pouvait se retrouver et se reconnaître, apprenait comment il devait vivre, c'est-à-dire, aimer, et considérer Dieu et le monde, pour être chrétien.
C'est ainsi qu'une unité et (ju'un enseig^nement de l'unité de la doctrine devinrent possibles, et [jar là son autorité invincible fut fondée, lacjuelle, comme saint AujTUstin le dit très bien et avec beaucoup de profondeur, tient pour tout l'avenir la j^lace des miracles, cjui ont été opérés par Jésus-Christ et par
il'"^ SUJliliUiH.
les premiers fondateurs de communautés, pour attirer à eux: ceux (jui n'avaient pas éprouvé en euxmêmes la vérité du christianisme et (jui ne pouvaient pas encore l'avoir éprouvée. ]ù en effet, la communauté chrétienne est un miracle perpétuel de l'I-^sprit divin, une preuve de son influence continuelle et immédiate, et la chose la plus étonnante pour tous ceux (jui ne sont pas insensibles à tout ce (|ui est grand et sublime. On ne pouvait pas song-er qu'on eut été instruit par les Saintes licritures, supposé même que par elles-mêmes elles pussent produire cet effet. Elles se transmettaient elles-mêmes par le moyen des communautés, de mèmeque la plupart desEpitres sont adressées à de telles communautés. On ne pouvait pas songer à une tradition continue, simplement nécessaire pour prouver l'identité de la connaissance profonde de l'Eglise dans tous les moments de son existence, sans qu'il existât un enseignement déterminé, bien organisé et continuel ; car si le choix de ceux qui devaient annoncer l'Evangile, si la détermination de ce qui devait être annoncé, avaient été laissés au hasard, on eût obtenu pour résultat une différence et non une unité de doctrine ; on se fût trouvé au milieu d'un chaos d'idées, mais on n'eût pas eu ce que nous entendons par la tradition ; c'eût été à peine ce que quelques prétendues histoires des dogmes nous représentent comme ayant réellement été, et qu'y aurait-il de plus misérable ? Il y aurait eu tout au plus une quantité de sectes ou d'écoles, mais point d'Eglise, point d'unité de vie chrétienne, et nous saurions aussi peu ce que c'est que le chris-
L'UNITK DANS l'kGLISE II9
tianisme nuon l'aurait su à une époque (juclcon- {|uc depuis le temps des Apôtres. Nous chercherions tous après le christianisme comme après une chose réellement perdue, si toutefois il venait encore dans l'idée d'un homme de faire cette recherche. Ce n'est pas tant la personne des évècjues comme tels, (juand même on leur supposerait les plus <rrands talents pour instruire, (jue leur «jualité d'être le centre de l'unité de tous, (jui est le point capital (i ).
L'évéque, expression de Tamour des chrétiens.
L'idée de révècjue, telle qu'elle avait manifestement prévalu aux premiers siècles et telle (lu'dle est dans l'essence même de l'h.glise catholicjue, doit être fixée de la manière suivante : Tons les Jidi'lcs, aussitôt que le principe saiu't et orç^anisateur se manifeste en eux, se sentent tellement entrantes les uns vers les autres et vers la réunion, que ces motive ments intérieurs ne cessent que lorsqtt'ils se votent représentés par tine imai^e. L'ét'éqtte est donc la ré te n ion vis tôle des fidèles en ttit liett déterminé ; il est l'atnotir personttijié des ttits envers les attires, la mattifestation et le poittt central vivant des sentiments chrétiens, tendant à l'tiitité ; et ptitsqtie cettxci petivent être cotttemplés sans cesse dans révéqtte, il est l'expressioit de l'a/notir même des chrétiens, il est de pltts le ntoyett de l'entretenir et de le coitserver. L'idée fondamentale que la réunion des chrétiens autour de l'évêque est l'expression de leur
(1) Ein/ieit, p. 1 80-1 83.
aniDiir rrciprocjiu; domine j>artr>iit dans saint Clément (\('. Konu! (jLii a\ait à calmer une communauté, dans saint JL^nace cjui craignait des divisions, dans saint Cypricn (jui luttait contre des hommes superbes et ambitieux. C'est pour cette raison qu'on juge de la communauté des fidèles entre eux d'après leur union avec l'évècjue : l'amour des tîdèles pour Jésus-Christ est le modèle de cette union, et par consécjuent cette union est le reflet et l'image de cet amour. Dans cet ordre d'idées, saint Ignace regarde révècjue même comme l'antitype de Jésus-Christ et nomme les évè— ques ses remplaçants. L'évèque étant la personnification de l'amour cjui règne dans la communauté, et le centre de tous, cjuiconque est uni à lui, est en communauté avec tous, et quiconque est séparé de lui, s'est soustrait à la communauté chrétienne de tous et est séparé de l'Eglise. Ce centre est par conséquent si nécessaire, que sans lui toute communauté serait inconcevable, et l'idée de l'Eglise se détermine sous la forme d'un peuple uni dans son évèque. Deux évèques dans une communauté sont donc aussi impossibles que deux chefs-lieux dans un district, de sorte que l'un des deux est nul. Puisque les sentiments chrétiens de tous se réunissent en lui comme dans le centre de tous, il les exprime aussi et il est leur organe. Un acte religieux commun est pour cette raison impossible sans lui ; il est le docteur public et ordinaire (ici se reproduit très bien l'idée fondamentale de l'Eglise ; qui pouvait mieux annoncer la vérité que l'image de l'amour ?); car la doctrine apostolique^ annoncée à la communauté, se trouve dans sa plus
LUNIiK DANS L KGLISE IJI
•■grande plénitude en lui ; il exprime les mouvements relij^^ieux de tous, sa prière à Dieu devant la communauté est la prière de tous, l^uist^ue la communauté est dans lui et lui dans la communauté, on dit également (jur le pouvoir des clefs est donné à la communauté, tt(iu'il est donné à révècjue; le pouvoir, donné à l'M^lise par I )i(U, est notamment exercé par révé(iue ; ce (jui veut dire, uniciuement, cjue le péché est pardonné par l'amour. Le péché sépare ; une réunion <iui [)art du cœur renferme le pardon du péché : la réconciliation avec tous se fait dans l'évétiue (jui est rimaille de l'amour de tous, et Jésus-Christ api)rouve et bénit ce (|ui se fait ainsi, ce ciui se fait comme il faisait lui-même. Comme l'ima^^e de l'amour de la communauté, comme le plus beau produit de cet amour, il est le modèle de toutes les vertuschrétiennes (/'■'' lî/iitre de saiiif Pierre, \', 1-3). Tous doivent élever les yeux vers lui, l'idéal, le modèle delà communauté et sa i)lus belle fleur, et celui (|ui a conteinplé sa vie doit retourner plein d'enthousiasme pour Jésus- Christ. Ses discours sont un torrent de vie intérieure, ses actions manifestent des trésors inépuisables de la g-ràce divine. 11 est pour cette raison le père, le fiancé de i'I^^lise, l'ori^ane de [ésus-Christ, qui vivifie tout et féconde tout.
Parce queTévécpie doit représenter l'amour de tous dans une ima<re vivante, tous doivent, dans l'ancienne Kglise, être actifs dans son élection ; tous doivent attester (ju'il surpasse tout le monde en amour pour Jésus-Christ, en vertu pour l'annoncer ; tous doivent voir en lui celui (jui doit les unir tous, celui (pii,
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de mcmc qu'il doit représenter l'amour de tous, doit aussi posséder l'amour de tous.
L'intention intérieure, le besoin extraordinaire (jui font ag^ir en cette circonstance la communauté pour se procurer un point central de son amour, n'ont rien d'humain, puisque l'homme en général n'est pas capable de produire cet amour ; c'est l'ouvrage du Saint-r^sprit, et conséquemment les fonctions épiscopales le sont aussi. Les apôtres pouvaient par cela même instituer un évcque avant qu'il y eût quelque part de plus grandes communautés et sans attendre leur consentement, anticipant ainsi l'intention future des chrétiens de se réunir un jour, et afin que dorénavant on ne doutât plus que ces centres fussent la véritable expression de l'amour. A des chrétiens non accomplis, les fonctions épiscopales paraissent une loi, et la présence de l'évèque doit leur annoncer ce qu'ils deviendront et à quoi ils doivent viser, puisqu'ils aperçoivent dans l'évèque la perfection idéale de la communauté ; pour des chrétiens accomplis et qui sont sur le point de l'être, c'est-à-dire, ceux qui ont entièrement renoncé à l'égoïsme, l'évèque est une production libre de l'homme devenu libre dans ses actions par la grâce du Saint- Esprit. Dans l'élection d'un évêque, la communauté se surpasse, à proprement parler, elle-même ; en le produisant comme l'amour réciproque personnifié, elle se montre accomplie ; mais comme il doit encore lui servir de modèle et édifier en elle le royaume de Dieu, elle ne parait tendre à la perfection que par son entremise ; toutefois, ni cette perfection, ni cette
L UNITÉ DANS L KGLISE I 2.>
tendance ne sont l'ouvrage de l'honinu*. Les fonctions de révè(|ue sont nécessaires dans l'un et l'autre cas, et puisque dans les deux Ciis il est l'expression la plus parfaite du besoin que les chrétiens éprouvent de se réunir et de s'instruire et (ju'il a déjà été institué par les Apôtres, il n'est pas au pouvoir de l'homme de chan<^er cet organe du corps de Jésus- Christ (i).
Le laïque dans la primitive communauté.
On ne faisait nullement consister la cli<^nité du chrétien en ce (jue l'ordre éternel de Dieu fût troublé dans l'Kglise, en ce cjue les ori^^anes de la communauté fussent anéantis, et que chaque fidèle fût abandonné à l'ambition, ce ciui eut été le vrai moyen de détruire l'union avec Jésus-Christ, ainsi que la véritable dignité du chrétien. — La différence donc entre le clerc et le lauiue, à parler rigoureusement et àprendre la chose dans son essence, se réduit cà ceci : C'est une différence établie par le Saint-b^sprit entre les dons de l'Lglise. 11 est nécessaire d'avoir entre les fidèles une union cpii ne s'obtient que par des organes et par des membres, union à lacjuelle cette diversité des dons est étroitement liée ; ce n'est que par l'accession du chrétien à l'ensemble de cette communauté, ce n'est, par consécjuent, (jue grâce au maintien de ces organes, ijue la véritable dignité du chrétien est garantie. Le maintien de ces organes est l'acte le
(i) Einheil, p. 187-193.
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plus libre (lu chrétien, parce ({u'ilalieu par l'amour ; et l'amour est le produit cle l'action la plus libre du fidèle (parce qu'ici toute ambition est écartée) ; dès lors la liberté la plus pure est nécessairement sauvegardée, et l'existence de l'J^Lglise est la représentation vivante de la liberté des enfants de Dieu qui y règne (i).
Changements qui s'introduisirent dans les rapports entre les évéques et la communauté.
Ces rapports entre l'évèque et la communauté, qui appartiennent aux premiers siècles del'Eglise, durent nécessairement changer beaucoup à mesure que le caractère des membres des communautés subit luimême de grands changements. Les premiers chrétiens sentant le besoin le plus pressant de la rédemption, s'étaient tournés versle christianisme; les choses changèrent bientôt. Il y eut, parla suite, des chrétiens de naissance qui restèrent néanmoins complètement étrangers au christianisme et dans lesquels il fallut encore exciter ce besoin, aprèsqu'ils étaient déjà unis à l'Église. Plusieurs se faisaient chrétiens avec des intentions impures ; d'autres avaient saisi le christianisme plutôt au moyen deleur esprit quedeleurcœur ; d'autres encore, touchés momentanément, en avaient trop fait une affaire de sentiment, pour queleur démarche fût accompagnée d'une réforme complète de l'homme ; il arriva des temps d'une longue paix, dans
(i) Einheit, p. 197.
L UNITE OANS L KGLISK I -'"^
Icscjuels les chrétiens se relâchèrent et succomba rent à des jouissances sensuelles. Lors(|u'.'iprès cette paix, il y eut de nouvelles persécutions, la plupart des chrétiens se montrèrent tels (ju'ils étaient. Saint Cyprien dépeint la conduite de sa communauté en termes tels (ju'on ne pouvait plus dire de pareils chrétiens (ju'ils étaient un C(LHir tt un sentiment ; car là où domine la sensualité, se trouvent la séparation et la ruine ; maintenant révècpie ne provenait plusdela plus^randeactivité de l'amour (jui enflamme et unit tous les fidèles ; il se trouvait de plus en plus dans le même rapport à l'égard de la communauté, dans leiiuel la loi se trouve à l'égard de l'homme, chez (jui l'intention n'a ni vertu ni sainteté. La loi ordonne maintenant ce (|ui contrarie l'homme; l'évé- (jue fut bientôt réduit à la nécessité de faire connaître les dispositions réciprocjues (pii devaient unir entre eux les chrétiens, et de travailler à ce (jue ces disposi tionsse réalisassent, bien plutôt (pi'il n'eut pu, par le fait seul de son existence, indiquer et symboliser la présence antérieure, dans l'àme des chrétiens, de ces dispositions d'amour et de pureté. La communauté et l'évéciue se séparèrent dès lors de jour en jour davantage, et se montrèrent en ciuehiue sorte comme visant à des choses différentes ; il devait annoncer le christianisme à ceux (|ui voulaient seulement devenir chrétiens ; dans des temps plus heureux, plus saints, il avait été regardé comme l'image commune de tous, afin (jue maintenant il s'adressât de nouveau à tous, afin qu'il fut l'image parlante du premier amour (ju'on avait abandonné, afin
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(ju'il ne laissât pas se perdre les mêmes sentiments et (iii'il produisit de nouveau l(-s dispositions clont répiscoi)at était lui-même sorti . Il j)araî't désormais agir, souvent, sû;/s et co;//re la volonté de la majorité de la communauté ; la petite élite des fidèles, seule, se rang^c de son côté, et il devait agir ainsi, si Ton ne voulait pas voir en souffrance l'intérêt du christianisme, l'ordre et la discipline, si l'on ne voulait pas les voir anéantis. Qu'on examine seulement la situation de saint Cyprien à l'égard de sa communauté : il est en contestation à cause de ceux qui étaient tombés durant la persécution ; il est en pleine lutte contre l'orgueil de ceux qui avaient confessé la foi. L'histoire du monde ne cite aucune époque, aucun état particulier, dont la constitution aurait existé antérieurement aux usages populaires répondant à cette constitution ; les coutumes ont toujours donné lieu aux constitutions. Comment l'histoire peut-elle donc raisonnablement dire quec'estl'orgueil et l'ambition des évêques qui ont changé leurs rapports avec le peuple ? Ce ne sont pas les évêques qui se sont élevés, mais c'est le peuple qui est tombé, et c'est de cette sorte que ceux-là ont dû nécessairement paraître placés plus haut et plus puissants qu'auparavant (i).
L'union métropolitaine, expression de l'esprit.
Dans chaque communauté un peu importante, l'évèque, d'après l'institution apostolique, formait le
(i) Einheit, p. 199-201.
L UNITB DANS L KGLISK IJ7
point central commun ; il rt.iit charge, de concert avec le presbytère, de l'instruction ordinaire et de la direction de la communauté, de sorte néanmoins (jue toute la communauté prenait part, selon l'opinion et l'histoire des premiers siècles de l'i^^^lise, aux délibérations (jui la concernaient ; les communautés métropolitaines comprenaient aussi un nombre plus ou moins ^rand de communautés rurales ; et celles-ci, instruites en g-énéral dans le christianisme par les communautés métropolitaines, assistaient aux assemblées relig"ieuses de la métropole, ou bien obtenaient de l'évèiiue métropolitain un prêtre (lui, après les offices, retournait en ville, ou qui y résidait continuellement, cjui conséquemment formait aussi leur point central. Mais ces délimitations entre les chrétiens ne sont qu'accidentelles ; le Saint-I'^sprit, cjui a formé au milieu d'eux une vie commune, est dans tous le même, et comme il s'y est préparé un ori^ane, par lequel il s'est manifesté comme principe oro^anisateur et unitif, il devait, considérant les dites limites comme nulles pour lui, unir à ces communautés celles qui se trouvaient au delà de ces limites, et l'union (jui en est résultée de cette sorte, devait de son propre mouvement se donner à son tour un orgfane, par lecpiel elle parvenait à une claire connaissance d'elle-même, et par les fonctions et l'activité ducjuel elle alimentait et développait sa propre vie. Comme les fidèles, unis entre eux par la proximité de leurs demeures, étaient aussi dans la relation chrétienne la plus intime, il était naturel que les synodes diocésains eussent aussi
ijS MC)i:nLi:i<
des rapports plus intimes ensemble. L'esprit or;^anisateur intérieur du christianisme, (|ui ne sait pas ce (jue c'est que séparer et isoKtr, est donc le vrai fondement de l'union métropolitaine ; c'est de l'intérieur que s'organisa véritablement le corps de l'i^frlise, comme la mise- en acte d'une virtualité intérieure active, et non [)oint du dehors, à la manière des pierres et de toutes les masses inorganiques, privées de vie, d'esprit et de force, à la condition desquelles l'Eglise est ravalée par ceux qui ne savent trouver que des causes extérieures et accidentelles pour pouvoir se rendre compte de sa formation. On ne pourra donc pas dire que si l'organisation métropolitaine est née, c'est à cause des nombreuses transactions commerciales qui existaient entre les petites et les grandes villes, ou bien à cause du privilège qu'avaient ces dernières d'être ordinairement les métropoles civiles, ou bien encore parce qu'elles étaient le point de départ d'où le christianisme rayonnait dans les villes de province : tous ces rapports iie déterminaient qiœ le point de réunion, et nullement la réunion ellemême.
La réunion, instinctive jusqu'ici, était devenue évidente par la fixation d'un point central commun. Comme la sublime connaissance du christianisme, aussitôt qu'elle s'éveille en nous et qu'elle devient évidente, agit en tout sens, pénètre toutes les fonctions de l'esprit et les développe harmoniquement, il en est de même ici. Dès que l'union de plusieurs églises épiscopales était manifestée comme telle, par la production d'un organe défini, ce tout supérieur
l'un'itk dans l'kc.lisi-: 129
s'emparait de toutes les parties et les org^anisait d'uni* manière aussi uniforme que possible : leur vie était une véritable vie commune et elles se considéraient
c>')mm(! U!S membres d'un même corps (i).
L'Église ne conçut pleinement Jésus que le jour où, à Nicée, elle fut pleinement unie.
Considérons de nouveau ici la grandeur à laquelle ri'.ji^lise élève ses enfants. Comment se dév<doppat-cUe elle-même? ]in suivant l'impulsion du vSaintl^sprit et en renversant les obstacles de la chair, l^lle oommunicjua cette g-randeur aux siens ; de sorte que, délivrés entièrement du poids de l'esprit de ce monde, ils se réunirent librement dans It! Seicrneur Jésus- Christ en un tout, ce (jui est offensant et incompréhensible pour les enfants de ce monde ; l'ouvrage n'est pas de ce monde ; et ils s'unirent si étroitement qu'ils mirent courageusement leur union dans tout son jour. Alors, ils éprouvèrent et virent ce qu'ils n'avaient pas encore vu aussi purement et aussi clairement, à savoir : (jue Jésus-Christ est le vrai Dieu de toute éternité, (ju'il est de la même substance que son Père. Car c'est ainsi qu'il faut s'expli(juer ce fait que peu de temps après l'époiiue de saint Cyprien, où l'unité de l'Mglise se montre dans son plus grand éclat, la divinité de Jésus-Christ fut reconnue de la manière la plus complète au concile de Nicée, où, pour la première fois, tous les tklèles étaient réunis dans la personne de leurs images d'amour.
(1) Einht-it, p. 2o3-2o5.
MOEIILEK I)
M.'iintcMiant, ils étaient capables de reconnaître Jésus- Christ dans toute sa «grandeur, après cju'ils étaient devenus assez grands eux-mêmes. Oh I soyons toujours grands et libres, aimons tcjujrjurs et conservons l'unité de l'esprit par les liens de paix ; alors la grandeur de Jésus-Christ ne nous échappe pas, car nos yeux sont purs et peuvent le contempler dans toute sa pureté (i).
La constitution de l'Église n'est qu'une incarnation de l'amour.
Toute la constitution de l'Eglise n'est donc autre chose que l'amour incarné, 1' « antitype » de chaque évêque dans son diocèse ; elle est donc, d'une part, l'expression des mouvements intérieurs des fidèles dirigés vers l'union, d'autre part, une action inverse sur leur union, pour la fixer elle-même et pour la conserver dans sa pureté et dans sa force. L'Eglise elle-même est la réconciliation qui s'est réalisée par l'entremise de Jésus-Christ entre les hommes et Dieu, qui, par cela même, sont réconciliés avec eux-mêmes par l'entremise de Jésus-Christ, et qui,paramourpour lui, forment aussi bien une unité avec lui qu'ils en forment une entre eux-mêmes. Voilà l'essence intérieure de l'Église catholique; l'épiscopat, la constitution de l'Eglise, ne sont que la représentation extérieure de cette essence, non l'essence elle-même ; il faut toujours insister sur cette différence. L'unité extérieure de l'épiscopat est une émanation de cette unité inté-
(i) Einheit, p. 223-224.
l'unité dans l'église i3i
ricure. Mais comme on a déjà souvent représenté la morale comme une jurisprudence, ainsi a t-on transporté cette erreur dans la conception de l'épiscopat ; de cette façon il est impossible de le comprendre. — La constitution de rL«^lise est par conséquent aussi la concentration de l'amour pour aj^ir dans toute sa force sur les différents membres du <^rand corj)s uni par l'amour, pour agir contre l'esprit de ce monde, l^lle est donc entièrement pénétrée, dans son activité essentielle, de la grande idée de saint Paul : « ce n'est pas (pie nous voulions dominer sur votre foi, nous voulons au contraire coopérer à votre bonheur. » Kl plusieurs de ceux ipii se laissèrent égarer par le schisme de Novatien eurent une grande part à ce bonheur. Après cjue toute l'i^glise eut travaillé à ramener les apostats, nommément à Kome où ils s'étaient déjà donné un évèque comme une expression de leur séparation spirituelle, voici quel en fut le résultat : « Ils demandent pardon, dit saint Corneille, évè(iue de Rome, dans une lettre adressée à saint Cyprien ; ils veulent offrir à Dieu un C(rur pur et innocent, suivant l'Kvangile (jui dit : « Bienheureux ceux c[ui ont le ccEur pur, car ils contempleront Dieu. » (Remar(]uez encore ici comment on jugeait du motif de la séparation ; elle provient du péché, parce qu'on demande pardon, et d'un cœur impur, parce cju'on veut désormais avoir un cœur pur.) « On fit connaître ceci au peuple, dit-il ensuite, afin (ju'il vit rentrer dans rii)glise ceux qu'on avait eu la douleur de voir égarés si longtemps hors de son sein. Il y eut un grand concours de frères. Toutes les
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voix se réunirent i)oiir r<*iif]rc dis actions de grâces à Dieu ; la joie du cdîur arracha des larmes à tout le monde ; on s'embrassa comme si l'on venait de sortir de prison. Nous savons, disaient-ils, que Corneille, évèciue de la sainte J^L^^^lise catholique, nous a été donné par Dieu le Tout-Puiî5sant et par Xotre- Seigneur Jésus-Christ. Nous confessons nos erreurs. Nous avons été trompés. Nous avons été déçus par des hommes trompeurs, perfides, car quoique nous eussions l'air d'avoir des relations avec des schismatiques et des hérétiques, notre cœur était toujours sincèrement attaché à l'Ég-lise. Nous savons qu'il est un Dieu, un Christ, que nous reconnaissons, et un Saint-Esprit ; qu'il doit y avoir n;i évêque (comme représentant de l'unité intérieure) dans toute église catholique. » Ce bonheur de la communauté romaine fut bientôt suivi d'un semblable dans toutes les parties de l'Eglise. « Sachez maintenant, cher frère, dit saint Denys d'Alexandrie dans une lettre adressée à saint Etienne de Rome, que toutes les Églises, autrefois divisées, se sont réunies en Orient et encore plus loin. Tous les évèques ont la même opinion et se réjouissent extraordinairement de cette paix inattendue. (Il cite ensuite les Eglises de la Syrie, de la Palestine, de la Phénicie, de l'Asie-^Mineure et d'autres), et continue ainsi : «En un mot, tous sont extasiés partout et louent Dieu à cause de l'unité et l'amour du prochain. » Eh bien ! ce sont là des réjouissances catholiques. Les chrétiens ne se réjouissaient pas à cause de la séparation ; celle-ci au contraire leur causait de la douleur ; mais lorsque l'unité
l'uniti, dans i.'i «.limc i33
saisissait les cœurs et les esprits, alors la joie retentissait dans toute Tl^g-lise. Nous devons le répéter ici : L'union des membres égarés avec les autres montra aux premiers le véritable chemin : ils ne purent résister à l'amour cjui agissait sur eux ; la lumière de l'esprit s'allumait à la flamme de l'amour, et l'erreur se dissipait avec le péché. — Coml)ien ces pensées profondes de saint Paul (l^phes., IV, i 1-16) doivent, si je ne me trompe, devenir claires maintenant : « fMi-mèmc a doue doiiué à so)i Eglise quelquesuns pour être Apôtres, d'autres poicr être prophètes, d'autres pour être h'auf^é/istes, d'autres pour être pasteurs ou docteurs ; a fui que les uus et les autres iravaillcnt à la perfectioji des saints, aux fonctions de leur ministère, à l'édification du corps de Jésus- Christ, jusqu'à ce que nous parvenions tous à l'unité d'une mênw foi et d'une même connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'un homme parfait, à la mesure de rage et de la plénitude selon laquelle Jésus-Christ doit être formé en nous ; afin que nous ne soyons plus comme des enfants, comme des personnes Jlottan tes , et qui se laissent emporter ii tous les vents des opinions Jiumaines, par la tromperie des liommes, et par l'adresse qu'ils ont à nous engager artificieuse ment dans l'erreur ; mais que, pratiquant la vérité dans la charité, nous croissions en toutes clwses dans Jésus- Christ, qui est notre chef et notre tète. C'est par lui que tout le corps, joint et uni avec une si Juste proportion, selon la fonction propre à chacun des membres, développe le corps tout entier, et achèi'e l'édifice parla charité, » Nous sommes revenus ici au point
a où nous sommes partis : nous trouvons Jésus- Christ et restons dans la vérité si nous restons <lans l'amour, dans l'unité, dans la communauté. Nous n'obtenons la vraie indépendance, d'après saint 1 aul et d'après l'Kglise organisée selon son esprit qui acte éclairé par Jésus-Christ, que dans l'iiglise et que comme membres de cette grande communauté- la, dit Paul, nous sommes des hommes; hors de la et dans la séparation, nous sommes des enfants, à la merci de tout souffle de doctrine humaine et abandonnes a nos propres folies et à celles d'autrui (i).
Moehler, au terme du livre, étudie l'institution de la primatie papale (voir à ce sujet notre préface;, et conclut Deux extrêmes sont possibles dans la v.e de l'Eghse ; d s'appellent l'un et l'autre égoïsme, ils existent (juand chacun veut être tout ou quand un seul veut être tc,ut dans le dernier cas, le lien de l'unité devient si étroit et l'amour si ardent qu'on risque d'étouffer ; dans le premier cas, tout se dissout tellement et devient si froid qu on ùsque de geler; un égoïsme engendre ''-'-' --^;':" seul ni chacun ne doit vouloir être tout ; tous seulement peuvent être tout, et l'unité de tous peut seulement former un tout (2).
(i) Einheit, p. 225-228.
(2) Einheii, p. 246.