CHAPITRE II LA TUBERCULE DE LA MOELLE DES 0S
Sommaire. — Très petits, multiples, ils peuvent siéger dans toutes les régions de la moelle osseuse. — A un faible grossissement : nodule claire, de texture lâche, avec ou sans cellules géantes,;contenant souvent des aréoles grais- __seuses, entouré d'une couronne de petites cellules très colorées. —— À un fort grossissement : cellules géantes avec leurs noyaux périphériques ; caractères qui les distinguent des myéloplaxes : siège périphérique des noyaux, contours souvent moins réguliers, protoplasina souvent moins coloré. -- Masses de détritus cellulaires pénétrés par des leucocytes. — Cellules-épithélioïdes. — Présence de cellules graisseuses. — Couronne de cellules migratiles. — Lé-
. sions des parties voisines de la moelle : prolifération cellulaire.
Le bacille de peut ètre transporté ‘dané Ja moelle osseuse el y déterminer des lésions spécifiques de nature tuberculeuse. Nous avons observé chez l'homme le tubercule du tissu médullaire. Nous commencerons par étudier le tubercule de la moelle osseuse tel qu'on le trouve chez certains tuberculeux. Ses caractères anatomiques*une fois établis, nous nous demanderons comment il se constitue, comment il évolue.
Pour résoudre ce problème nous devrons nous adresser à la méthode expérimentale. Mais avant d'exposer nos propres
recherches il sera nécessaire de résumer les théories émises par.
les auteurs sur l'histogénèse du tubercule et de les diseuter;
nous verrons ensuite en quelle mesure ces théories s'appliquent aux faits observés par nous. Nous aurons done à exposer
successivement la description histologique du tubercule de la
moelle osseuse, puis l’histogénèse du tubercule de la moelle des os et son évolution. La première partie sera un chapitre d'anatomie pathologique pure, la deuxième aurd trait surtout à des faits expérimentaux.
La localisation du bacille de Koch dans la moelle des os est très rare: sur les 14 moelles que nous avons étudiées nous ne l'avons constatée qu'une seule fois. On peut attribuer le peu de fréquence de cette lésion à la difficulté des propagalions de voisinage à travers l'os qui oppose une barrière infranchissable, et surtout à la grande résistance du tissu de la moelle osseuse à l’action du bacille de Koch. Cette résistance nous l’avons constatée expérimentalement, car la moitié environ des inoculations detubereulose humaine faites directement dans l'os du lapinn'ont pas donné de résultats; la moelle des os est un des tissus qui se laissent le moins facilement entamer par le bacille de la tuberculose. La présence dans cet organe de nombreuses cellules ayant des propriétés phagocytaires donne peut-être l'explication du fait.
Dans le cas où nous avons trouvé des tubercules de la moelle osseuse, il s’agit d'une tuberculose aiguë secondaire; les germes ont donc pénétré dans le tissu médullaire par la voie sanguine. Ces tubercules n'ont pas de siège de prédilection dans les coupes de moelle, on peut les trouver dans n'importe quelle portion du tissu. En Ébniel on en rencontre plusieurs sur uné mème préparation, les uns au centre, d'autres vers la périphérie.
Cependant, d'une façon générale, ils sont plus fréquents vers la périphérie de la coupe où leur évolution semble plus avancée. Leur volume du moins dans notre cas est très peu considérable; ils ne sont pas visibles à l'œil nu: pour se rendre compte Fe | leur nombre, de leur situation, il fab avoir recours à un fans grossissement.
Ils se distinguent alors facilement des parties voisines ; ils forment des sortes de petits nodules dont les cellules se ART moins bien. Ces nodules sont entourés d’une zone où se trouvent un grand nombre de pelits leucocytes infiltrés dans le tissu. Il semble qu'au niveau du petit {ubereule la trame de la moelle soit comme raréfiée, beaucoup moins dense qu'à l'état normal. D'autre part la trame réticulaire y est souvent plus apparente que normalement. Déjà à un faible grossissement il existe des nodules dans lesquels on distingue de belles cellules géantes tandis qu'on n’en constate pas dans d’autres. Les premières for-
malions sont sans doute des. tuberéules tout à fait au début tandis que les deuxièmes son! arrivées à un stade un peu plus.
© avancé de leur développement. Tous ces nodules sont d’ailleurs
très jeunes, la mort rapide du malade les ayant empèchés d'évoluer. |
Ces tubercules présentent la structure classique avec quelques particularités sur lesquelles nous reviendrons. Au centre de la formation, mais souvent plus près de lun des bords du tubercule, on trouve des cellules géantes tuberculeuses. Quelquefois il n’en existe qu’une seule, d’autres fois on en trouve plusieurs. Dans ce dernier cas elles sont situées l’une à côté de l’autre, ou
dans des points différents de la néoformation. Autour des cel-
lules géantes on distingue des cellules à aspect spécial, irrégu-
lièrement disposées, ce sont les cellules épithélioïdes: Enfin tout
à fait à la périphérie on constate une couronne de petits élé-
ments à noyaux très fortement colorés par les réactifs : : ce sont des lymphocytes. Quelques lymphocytes ont pénétré à l intérieur
même du tubercule et se trouvent mèlés aux cellules épithé- | lioïdes. Ajoutons-que le tubercule ne présente pas toujours sa
. structure complète ; quelquefois les cellules géantes manquent
et dans ces cas, d’ailleurs fréquents, le tubercule est simplement constitué par un amas de cellules épithélioïdes entouré d une couronne d'éléments lymphoïdes. "
Les cellules géantes sont de volumineuses cellules de forme ovalaire ou irrégulière. Le plus souvent leurs contours sont nets, mais parfois ces éléments semblent se confondre par leur périphérie avec des amas de détritus granuleux qui ont perdu toute structure organisée. Leur volume est considérable. L'une me-
sure 82 u sur 38 ; d’autres n’ont que 38 y sur 25 y. Elles con-
tiennent un grand nombre de noyaux, on en compte une quinzaine dans une de ces cellules; d’autres n'en ont guère que cinq à dix. Ces noyaux se colorent assez bien pour la plupart;
ils présentent une membrane nucléaire très nette avec un fin
réseau chromatique, le centre du noyau est en général assez
clair. Un grand nombre de noyaux prennent moins bien les
matières colorantes. Ces noyaux forment une couronne péri- . JOSUÉ. 6
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phérique dans la ao des cellules géantes conformément à la description classique ; cependant de quelques cas on trouve : aussi des cellules géantes contenant des traînées de noyaux dans leur partie centrale ; parfois il existe en même temps des noyaux à la périphérie et au centre : dans ce dernier cas ils forment parfois des amas allongés parallèles ou perpendicu- È laires au grand axe de la cellule. En général leur forme est ovalaire, quelques-uns cependant sont ratatinés et irréguliers. Enfin à côté des noyaux appartenant à à la cellule même on voit des leucocytes inclus plus ou moins loin dans la masse protoplasmique de la cellule géante, ils sont reconnaissables à la forme du noyau. et à leur coloration intense. De plus, dansle voisinage des cellules géantes on trouve un certain nombre de globules blanes qui bal sur le point de pénétrer dans le protoplasma de ces éléments. Ces figures où l’on constate l’entrée des leucocytes dans la cellule géante présentent, comme nous le verrons, une certaine importance au point de vue de l'histogénèse de le cellule géante. |
… A côté de ces cellules géantes nettement chaélituées il existe des productions sur lesquelles il nous faut insister : ce sont LORS masses de protoplasma altéré, transformé en détritus informe où il n'est plus possible de distinguer les contours des cellules. Plusieurs cellules-dégénérées se sont réunies pour formerun . amas de substance granuleuse où l’on ne reconnaît plus ce qui appartient en propre à chaque élément. A la périphérie cette masse est comme fendillée et certaines de ces fentes la séparent nettement. des parties voisines. Les noyaux de la partie centrale de la masse ne sont plus représentés que par une membrane nucléaire à contenu très clair, ils sont analogues aux noyaux des : cellules géantes. À la périphérie au contraire les noyaux sont mieux conservés et présentent les caractères des noyaux de certaines cellules épjthélioïdes. Enfin on voit aussi un noyau de | leucocyte mononucléaire ayant pénétré dans la masse el sem- * blant faire corps avec elle. Ajoutons que le protoplasma de ces amas est irrégulier, grenu, fendillé par places. En somme, nous voyons une masse de protoplasma dégénéré, ayant tendance à
se séparer des parties voisines par des fentes; au centre les
noyaux des cellules sont très dégénérés et altérés; à la périphérie. ils sont relativement conservés ; de plus des te pénètrent dans cel amas de substance déténérée. Nous verrons l’importance de ces constatations quand nous diseuterons l'histogénèse
du tubercule. Ces amas de détritus cellulaires répondent peutêtre à un stade important dans la constitution des cellules
géantes.
Ces caractères lle cellules géantes tuberculeuses hiver il nous sera facile en général de les distinguer des cellules géantes de la moelle des os que nous avons dénommées myéloplaxes, appliquant cette dénomination à toutes les cellules géantes de la
. moelle pour éviter les confusions. Straus(1) après Langhans et
Charcot a esquissé ce diagnostic: « La cellule géante tubercu-
‘leuse. la cellule de ME offre des particularités qui, en
déhors de la présence Fe bacille, la distinguent presque sûre
ment des autres cellules géantes (myéloplaxes, cellules sarcoma-
teuses). Dans celles-ci lesnoyaux sont d'ordinaire uniformément
répandus dans lé protoplasma de la cellule ou groupés à
à son centre; dans les cellules géantes tuberculeuses, les noyaux ovalaires plutôt que ronds siègent habituellement à la péri-
. phérie, soit sur tout le pourtour de la cellule, soit à un de ses
pôlés en laissant libre une notable portion de la cellule ». Tels sont, en effet, les principaux caractères qui permettent de dis-
tinguer ces deux variétés de cellules. Ce diagnostic anatomique est particulièrement nant pour läa moelle des os, puisque
les deux ordres d'éléments s’y trouvent réunis. Les myéloplaxes
ont en général une forme plus régulière ; ce caractère est peu important puisqu'il existe souvent des myéloplaxes à contours très irréguliers et des céllules géantes tuberculeuses limitées par une ligne très régulière. Le proloplasma des cellules géantes
tuberculeuses se colore souvent mal, il présente un aspect granu-
leux. Au contraire, le protoplasma des myéloplaxes est en général fortement coloré par les réactifs. Cependant, comme nous
(D) its Lä tuberculose et son bacille, p. 267.