LES FRATERS AU CANADA
On appelait fraters des charlatans qui se faisaient passer pour médecins ou chirurgiens au commencement du siècle. On nommait de même, par ironie, les mauvais médecins.
Tous les fraters que j'ai connus pendant mon enfance, donnaient des pilules si grosses qu'il fallait les fendre en quatre pour les avaler ; ce qui ne les empêchait pas de guérir souvent les malades. Les habitants proclamaient hautement que les fraters étaient de fins chirurgiens, que c'était plaisir d’avoir affaire à eux, qu’ils vous purgeaient un homme sans réplique. Nos médecins, dans ce siècle de progrès, considérant la bile comme un mythe, n'administrent, en conséquence, que des globules imperceptibles, ce qui ne les empêche pas de guérir
aussi de temps à autre leurs malades ; et le monde est satisfait.
Une petite anecdote d'un fratcr trouve assez naturellement sa place ici. Une SeTVante canadienne de lady Dorchester avant pris, un soir, un remède de son docteur français (tous les fraters étaient fran. Çais) tomba dans des convulsions épouvantables. Grand fut l'émoi au Châtean Saint-Louis, L'on mande, au plus vite, Je Médecin de la famille du Gouverneur, lequel déclara ne POuVoir rien prescrire avant de savoir ce que la malheureuse avait avalé. Lord Dorchester court au devant du rater que l'on avait envoyé quérir en toute hâte et lui dit : Mais qu'avez-vous fait Prendre à cette pauvre fille > elle se meurt !
{“— Ce sont, mon Souverneur, dit l'Esculape, de bons petits remèdes anglais, que je ne connais pas ».
Cet Esculape avait nom Soupirant,
N'importe! le médecin du château réussit à Sauver la jeune fille malgré les bons petits remèdes anglais que le rater lui avait administrés sans les connaître. La réponse plus que naïve du Dr Sou- Pirant fit pendant six mois l'amusement des ci. toyens de la ville de Québec.
Mémoires. P.-A. DE Gaspé