CHEZ LES ANCIENS
Nos ancêtres, les cultivateurs canadiens, ne tenaient pas des écritures bien compliquées. lis savaient à peine lire et écrire pour la plus grande partie. Les comptes, quand on en tenait, étaient fragmentaires, souvent inscrits à la pointe du cou-
teau sur le pas d’une porte ou le chambranle d’une fenêtre.
Au fond de la pièce (d'entrée d’une maison d’habitant d'autrefois) s’élève le lit du maître et de la maîtresse de la maison, le lit garni de la communauté, comme on dit solennellement dans les actes des notaires. C’est un véritable monument, dominé par un baldaquin, élevé de quatre ou cinq pieds, garni d’une paiilasse de coutil, d’un matelas, d’un lit de plumes, avec couvertes ct draps de laine, des taies d'oreiller et un traversin couverts d’indienne rouge, puis la courte-pointe. Dans cet énorme lit, tiendraient sans peine les sept frères du petit Poucet et les sept filles de l'Ogre, avec leurs pères et leurs mères ; on y pouvait dormir dans tous les sens, en long et en large, en diagonalie, sans jamais tomber dans la ruelle.
Parfois ce lit a été la seule dot de la femme, et il passe dans les fanulles de père en fils, car il ne tombe point dans les partages...
Nos ancêtres avaient un fonds d’inaltérable gaieté
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qui tenait à leur sang français. On se visitait les jours de fête et le dimanche, pour se réjouir, pour danser, pour manger des fruits de la saison, pour jouer aux cartes. Les maisuns qui ne possédaient pas un violon étaient rares. L’ouvrier courbé sur sa charrue, ou au milieu même des travaux les plus pénibles, aimait à chanter. Il en était de même de la ménagère. La musique et la danse ne consolentelles pas de beaucoup d’autres jouissances ?
Histoire de la Seigneurie de Lauzon, IV, passim. J.-Epmoxp Roy