‹ Moeurs, coutumes & industries canadiennes-françaises [microforme]Chapitre 76 sur 119 · UN VOYAGE D’ÉCOLIERS · texte numérisé non relu

UN VOYAGE D’ÉCOLIERS

Vers l’année 1778, les communications entre Montréal et Québec, étaient accompagnées de difficultés, qui depuis longtemps ont disparu, mais dont on peut juger par les lettres de M. Montgolfier, grand-vicaire de l’évêque de Québec. Chaque année vers la fin des vacances, il annonçait à Monseigneur Briand que les élèves du district de Montréal ne pourraient être présents à l'ouverture des classes.

« Je dois aussi informer Votre Grandeur», écrivait-il le vingt-cinq septembre 1775, « que les écoliers de cette partie du pays ne seront pas à même de se rendre à temps à Québec pour commencer les classes à l'ordinaire. Il n’y a que cinq barques devant la ville, toutes frêtées pour le roi. Les écoliers ne peuvent y trouver place ; les berges et les bateaux sont aussi retenus pour le besoin du service. Il n’y aurait que des voitures de terre, dont la plupart ne sont pas en état de faire la dépense, soit pour euxmêmes, soit pour leurs meubles ».

Le neuf octobre suivant, il revenait sur le même sujet dans ces termes : « Les ecclésiastiques et écoliers destinés pour le séminaire de Québec sont toujours ici dans le même embarras pour s’y rendre ».

Parfois, au commencement des vacances, il arrivait que lassés d'attendre le départ d’une goélette, qui n’était jamais prête à lever l’ancre, et sentant

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leur bourse fort légère, les élèves les plus vigoureux regagnaient à pied la maison paternelle, et se rendaient ainsi de Québec à Montréal. C’étaient les voyages les plus amusants, et ceux qui laissaient les plus agréables souvenirs dans la mémoire des courageux piétons.

La navigation par les goélettes était fort lente et fort ennuyeuse, lorsqu'il fallait remonter le fleuve. On rapporte que de malheureux écoliers, partis de Québec au milieu du mois d'août sur ces petits bâtiments, eurent à passer cinq semaines dans leur étroite prison, et arrivèrent à Montréal au moment où finissaient les vacances.

Bien différente était la voie de terre pour les vigoureux gaillards qui préféraient la suivre. Réunis dens la chapelle du séminaire, les voyageurs saluaient par un Cantique, la protectrice des pèlerins : puis la bande joyeuse défilait ; elle poussait un cri d’adieu au milieu de la grande cour, et comme une volée d’outardes à l'automne, se dirigeait vers l’ouest, qui pour elle renfermait la terre promise.

Avec six semaines de vacances à l’hozizon, un léger paquet sur les épaules, et un cœur bondissant de plaisir, le jeune étudiant marchait lentement, tantôt au refrain de quelque chanson populaire, tantôt au milieu des gais propos et des rires bruyants de ses compagnons. Vers le milieu du jour on s’arrêtait sur le bord d’un ruisseau, ou au pied de quelque orme séculaire ; les sacs se vidaient et les provisions étalées sur l'herbe disparaissaient rapidement devant l'appétit des voyageurs. Le soir on frappait à la porte d’une de ces blanches maisons qui bordent le grand chemin depuis Québec à Montréal ; le costume de Séminariste procurait partout un accueil favorable et une bienveillante hospitalité. La grande chambre était mise à la disposition de messieurs les écoliers ; pour eux, le feu pétillait plus ardent dans la cheminée, la nappe la plus blanche était étendue sur la table, et les omelettes les plus rebondies se succédaient dans la poêle,

C'était dans la grange, sur le foin nouveau que

les voyageurs allaient se reposer des fatigues de la journée ; avec l'air frais en abondance, ils dormaient plus à l’aise, et n'avaient pas à redouter de visiteurs inccmmodes.

Au soleil levant tous étaient sur pied ; lorsque, après un bon déjeüner, le trésorier de la bande offrait À la maîtresse du logis de payer les dépenses causées par lui-même et ses compagnons, il était arrêté par un refus, que suivait une invitation de ne pas oublier la maison quand ils descendraient.

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