LA CIGALE. — LA SORTIE DU TERRIER IQ
Cigale fore son canal) Certes, les déblais d'excavation ne lui passent pas à travers le corps; la terre, fût-elle rhutnus le plus souple, n'entre absolument pour rien dans sa nourriture. Mais enfin, les matériaux enlevés De seraient-ils pas tout simplement rejetés en arrière à mesure que le travail progresse)
La Cigale reste quatre années en terre. Cette longue vie ne se passe pas, bien entendu, au fond du puits que nous venons de décrire, gîte de préparation pour la sortie. La larve y vient d'ailleurs, d'assez loin sans doute. C'est une vagabonde, allant d'une racine à l'autre implanter son suçoir. Quand elle se déplace, soit pour fuir 'es hautes couches trop froides en hiver, soit pour s'installer en meilleure buvette, elle se fraye un chemin en rejetant en arrière les matériaux ébranlés par le croc de ses pics. Cette méthode est incontestable.
Comme aux larves du Capricorne et des Buprestes, il suiTu à la voyageuse d'avoir autour d'elle le peu d'espace libre que nécessitent ses mouvements. Des terres humides, molles, aisément compressibles, sont pourellc ce qu'est pour les autres la bouillie digérée. Cela se tasse sans difficulté, cela se condense et laisse place vacante.
La difficulté est d'un autre ordre, avec le puits de sortie dans un milieu très sec, éminemment rebelle à la compression tant que se maintiendra son aridité. Que la larve, commençant l'excavation de son couloir, ait rejeté en arrière, dans une galerie antérieure maintenant disparue, une partie des matériaux fouillés, c'est assez probable, bien que rien dans l'état des choses ne l'affirme ; mais si l'on considère la capacité du puits et l'extrême difficulté de trouver place pour d'aussi volumineux déblais, le doute vous reprend, et l'on se dit : « A ces déblais, il fallait un spacieux vide, obtenu lui-même par le déplacement d'autres décombres non moins difficultueux à loger. La place à faiie en suppose une autre où seront refoulées ies terres extraites. » On tourne ainsi
20 MOEURS DES INSBCTES
dans un cercle vicieux, le seul tassement de matière» poudreuses rejetées en arrière ne suffisant pas à l'cxplicaiion d'un vide aussi considérable. Pour se débarrasser des terres encombrantes, la Cigale doit avoir une méthode spéciale. Essayons de lui dérober son secret.
Examinons une larve au moment où elle émerge du sol. Elle est presque toujours plus ou moins souillée de boue, tantôt fraîche et tantôt desséchée. Les outils de fouille, les pattes antérieures, ont la pointe de leur pic noyée dans un glo-bule de limon; les autres portent gantelet boueux; le dos est maculé d'argile. On dirait un égoutier qui vient de remuer la vase. Ces souillures sont d'autant plus frappantes que l'animal sort d'uG terrain très sec. On s'attend à le voir poudreux, ca le trouve crotté.
Encore un pas dans cette voie, et le problème du puila est résolu. J'exhume une larve quand elle travaille à sa galerie de sortie. Le hasard des fouilles me vaut de loin en loin cette bonne fortune, après laquelle il serait inutile de courir, lorsque rien au dehors ne guide les recherches. L'heureuse trouvaille en est à ses débuts d'excavation. Un pouce de canal, libre de tout décombre, et au fond la chambre de repos, voilà pour le moment tout l'ouvrage. En quel état est l'ouvrière? Voici.
La larve est d'une coloration bien plus pâle que celles que je prends à leur sortie. Les yeux, si gros, sont ca particulier blanchâtres, nébuleux, louches, non aptes à voir apparemment. A quoi bon la vue sous terre) Ceux des larves issues du sol sont, au contraire, noirs, luisants, et dénotent l'aptitude à la vision. Apparue au soleil, la future Cigale doit rechercher, parfois assez loin du trou de sortie, le rameau de suspension où se fera ia métamorphose; y voir lui est alors d'utilité manifeste. Il suffit de cette maturité de la vue accomplie pendant les préparatifs de la délivrance, pour nous montrer que la larve, loin d'improviser à la hâte son canal d'ascension, y travaille longtemp8.