‹ Moeurs des insectesChapitre 13 sur 64 · LA CIGALE. — LA SORTIE DU TERRIER I · texte numérisé non relu

LA CIGALE. — LA SORTIE DU TERRIER I

tructeur de voies ferrées souterraines maintient ses tunnels avec un revêtement de maçonnerie ; ingénieur non moins avisé, la larve de Cigale cimente son canal, toujours libre malgré la durée du service.

Si je surprends la bête au moment où elle émerge du sol pour gagner un rameau voisin et s'y transformer, je la vois aussitôt faire prudente retraite et redescendre, sans le moindre embarras, au fond de sa galerie, preuve que, même sur le point d'êtreebandonnée pour toujours, la demeure ne s'encombre pas de déblais.

Le tube d'ascension n'est pas une œuvre improvisée à la iiâtejdansl'impatience de venir au soleil ; c'est un vrai manoir, une demeure où la larve doit faire long séjour. Ainsi le disent les murailles badigeonnées. Telle précaution serait inutile pour une simple issue abandonnée aussitôt que perforée. A n'en pas douter, il y a là une sorte d'observatoire météorologique où se prend connaissance du temps qu'il fait au dehors. Sous terre, à la profondeur d'une brassée et plus, la larve, mûre pour la sortie, ne peut guère juger si les conditions climatologiques sont bonnes. Son climat souterrain, trop lentement V8îiable, ne saurait lui fournir les indications précises que réclame l'acte le plus important de la vie, la venue au soleil pour la métamorphose.

Patiemment, des semaines, des mois peut-être, elle creuse, déblaye, raffermit une cheminée verticale, en respectant à la surface, pour s'isoler du dehors, une couche d'un travers de doigt d'épaisseur. Au bas, elleseménage un réduit mieux soigné que le reste. C'est là sonrefuge, sa loge d'attente, où elle repose si les renseignements pris lui conseillent de différer l'émigration. Au moindre pressentiment des belles journées, elle grimpe là-haut, elle ausculte l'extérieur à travers le peu de terre formant couvercle, elle s'informe de la température et de l'hygrométrie de l'air.

Si les choses ne vont pas à souhait, s'il y a menace d'une ondée, d'un coup de bise, événements de mortelle

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gravité quand se fait l'excoriation de la tendre Cigale, la prudente redescend au fond du tube pour attendre encore. Si l'état atmosphérique est, au contraire, favorable, le plafond est abattu en quelques coups de griffe, et la larve émerge du puits.

Tout semble l'affirmer : la galerie de la Cigale est une salle d'attente, un poste météorologique où la larve longtemps séjourne, tantôt se hissant au voisinage de la surface pour s'enquérir de la climatologie extérieure, tantôt gagnant les profondeurs pour mieux s'abriter. Ainsi s'expliquent l'opportunité d'un reposoir à la base et la nécessité d'un enduit fixateur sur des parois que de continuelles allées et venues ne manqueraient pas de faire crouler.

Ce qui s'explique moins aisément, c'est la disparition complète des déblais correspondant à l'excavation. Que sont devenus les deux cents centimètres cubes de terre fournis en moyenne par un puits? 11 n'y a rien au dehors qui les représente; rien non plus au dedans. Et puis, de quelle façon, dans un sol aride comme cendre, est obtenue la bouillie dont les parois sont enduites?

Les larves qui rongent le bois, celles du Capricorne et des Buprestes, par exemple, sembleraient devoir répondre à la première question. Elles progressent dans un tronc d'arbre, elles y creusent des galeries en mangeant la matière de la voie ouverte. Détachée parcelle à parcelle par les mandibules, cette matière est digérée Elle traverse d'un bout à l'autre le corps du pionnier, cède en passant ses maigres principes nutritifs, et s'accumule en arrière en obstruant à fond la voie où le ver ne doit plus repasser. Le travail d'extrême division, soit par les mandibules, soit par l'estomac, permet dans les matériaux digérés un tassement supérieur à celui du bois intact, et de là résulte, en avant de la galerie, un vide, une loge où la larve travaille, loge très réduite en longueur, juste suffisante aux manœuvres de l'incarcérée.

Ne serait-ce pas de façon analogue que la larve de la

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