‹ Moeurs des insectesChapitre 22 sur 64 · LA CIGALE. — LA PONTK. L ÉCLOSION · texte numérisé non relu

LA CIGALE. — LA PONTK. L ÉCLOSION

exposée Tant qu'elle recevra sur le dos le bain de chaleur, sa suprême joie, elle se gardera bien de quitter rorienlation qui fait ses délices pour une autre où les rayuns solaires n'arrivent pas d'aplomb.

Mais la ponte est de longue durée quand elle s'accomplit en entier sur leméme support. Adix minutes par loge, les séries de quarante que j'ai parfois rencontrées représentent un laps de temps de six à sept heures. Le soleil peut donc se déplacer considérablement avant que la Cigale ait terminé son œuvre. Dans ce cas la direction rectiligne s'infléchit en un arc hélicoïdal. La pondeuse tourne autour de sa tige à mesure que le soleil tourne aussi, et sa lii^ne de piqûres fait songer au trajet de l'ombre du ^.yie sur un cadran solaire cyl-ndrique.

Bien des fois, pendant que la Cigale est absorbée dans son œuvre maternelle, un moucheron de rien, porteur lui aussi d'une sonde, travaille à l'cxterminatioc des œufs à mesure qu'ils sont mis en place. Réaumuf l'a connu. Dans presque tous les brins de bois examinés, il rencontra son ver, cause d'une méprise au début des recherches. Mais il n'a pas vu, il ne pouvait voir en action l'audacieux ravageur. C'est un Chalcidite de quatre à cinq millimétrés de longueur, tout noir, avec les antennes noueuses, grossissant un peu vers l'extrémité. La tarière dégainée est implantée à la partie inférieure de l'abdomen, vers le milieu, et se dirige perpendiculairement à l'axe du corps, comms cela a lieu pour les Leucospis, fléau de quelques apiaires. Ayant négligé de le prendre, j'ignore de quelle dénomination les nomenclatLurs l'ont gratifié, si toutefois le nain exterminateur de Cigales est déjà catalogué.

Ce que je sais mieux, c'est sa tranquille témérité, s<>û impudente audace tout prés du colosse qui l'écraserait rien qu'en lui mettant la patte dessus. J'en ai vu jusqu'à trois exploiter en même temps la misérable pondeuse. Ils se tiennent en arrière, aux lapons de 1 inaecte,

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OÙ ils travaillent delà sonde ou bien attendent la minute propice.

La Cigale vient de peupler une loge et monte un peu plus haut pour forer la suivante. L'un des bandits accourt au point abandonné ; et là, presque sous la griffe de la géante, sans la moindre crainte, comme s'il était chez lui et accomplissait oeuvre méritoire, il dégaine sa sonde et l'introduit dans la colonne d'œufs, non par l'entaille, hérissée de fibres rompues, mais par quelque fissure latérale. L'outil est lent à fonctionner, à cause de la résistance du bois presque intact. La Cigale a letcmps de peupler l'étage supérieur.

Dés qu'elle a fini, l'un des moucherons, celui d'arrière attardé dans sa besogne, la remplace et vient inoculer son germe exterminateur. Quand la mère s'envole, les ovaires épuisés, la plupart de ses loges ont ainsi reçu l'œuf étranger qui sera la ruine de leur contenu. Un petit ver, d^éclosion hâtive, remplacera la famille de la Cigale, grassement nourri, un seul par chambre, d'une douzaine d'œufs à la coque.

L'expérience des siècles ne t'a donc rien appris, ô lamentable pondeuse! Avec tes yeux excellents, tu ne peux manquer de les apercevoir, ces terribles sondeurs, lorsqu'ils voltigent autour de toi, préparant leur mauvais coup ; tu les vois, tu les sais à tes talons, et tu restes impassible, tu te laisses faire. Retourne-toi donc, débonnaire colosse; écrase ces pygmées! Tu n'en feras jamais rien, incapable de modifier tes instincts, môme pour alléger ton lot de misères maternelles.

Les œufs de la Cigale commune ont le blanc luisant de l'ivoire. Coniques aux deux bouts et de forme allongée, ils pourraient être comparés à de minuscules navettes de tisserand. Ilsmesurentdeux millimètresetdemi de longueur sur un demi-millimètre de largeur. Ils sont rangés en file et chevauchent un peu l'un sur l'autre. Ceux de la Cigale de l'orne, légèrement plus petits, sont assemblés en groupes réguliers qui simulent de micro-

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scopiqucs paquets de cigares. Occupons-nous exclusivement des premiers ; leur histoire nous donnera celle des autres.

Septembre n'est pas fini que le blanc luisant de Tivoire fait place à la couleur blonde du froment. Dans les premiers jours d'octobre se montrent, en avant, deux petits points d'un brun marron, arrondis, bien nets, qui sont les taches oculaires de l'animalcule ea formation. Ces deux yeux brillants, qui regardent presque, et l'extrémité antérieure conoïde, donnent aux œufs l'aspect de poissons sans nageoires, poissons minuscules à qui conviendrait pour bassin une demicoquille de noix.

Vers la même époque, je vois fréquemment sur les Asphodèles de l'enclos et sur celles des collines voisines des indices d'une récente éclosion. Ce sont certaines défroques, certaines guenilles laissées sur le seuil de la porte par les nouveau-nés déménageant et pressés de gagner un autre logis. Nous allons voir dans un instant ce que signifient ces dépouilles.

Cependant, malgré mes visites, dignes par leur assiduité d'un meilleur résultat, je ne parviens jamais à voir les jeunes Cigales émerger de leurs loges. Mes éducations en domesticité n'aboutissent pas mieux. Deux années de suite, en temps opportun, je collectionne en boîtes, en tubes, en bocaux, une centaine de brindilles de toute nature peuplées d'œufs de Cigale; aucune ne me montre ce que je désire tant voir : la sortie des Cigales naissantes.

Réaumur a éprouvé les mêmes déceptions. Il raconte comment ont échoué tous les envois faits par ses amis, même en tenant la nichée dans un tube de verre au fond de son gousset pour lui donner douce température. Oh! vénéré maître 1 ici ne suffisent ni l'abri tempéré de nos cabinets de travail, ni le mesquin calorifère de nos chausses; il faut le suprême stimulant, le baiser du soleil; il faut, après les fraîcheurs matinales qui déjà

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font frissonner, le coup de feu subit d'une superbe journée d'automne, derniers adieux de la belle saison.

C'est dans des circonstances semblables, par un soleil vif, opposition violente d'une nuit froide, que je trouvais des signes d'éclosion; mais j'arrivais toujours trop tard : les jeunes Cigales étaient parties. Tout au plus m'arrivait-il parfois d'en rencontrer une appendue par un fil à sa tige natale et se démenant en l'air. Je la croyais empêtrée dans quelque lambeau de toile d'araignée.

Enfin, le 27 octobre, désespérant du succès, je fis récolte des Asphodèles de l'enclos, et In brassée de tiges sèches où la Cigale avait pondu fut montée dans mon cabinet. Avant de tout abandonner, je me proposais d'examiner encore une fois les loges et leur contenu. La matinée était froide. Le premier feu de la saison était allumé. Je mis mon petit fagot sur une chaise devant le foyer, sans aucune intention d'essayer l'effet que produirait sur les nichées la chaleur d'une flambée. Les broussailles que j'allais fendre une à une étaient mieux là à la portée de la main. Rien autre n'avait décidé de l'emplacement choisi.

Or, tandis que je promène ma loupe sur une tige fendue, l'éclosion, que je n'espérais plus obtenir, brusquement se fait à mes côtés. Mon fagot se peuple; les jeunes larves, par douzaines et douzaines, émergent de leurs loges. Leur nombre est tel, que mon ambition d'observateur a largement de quoi se satisfaire. Les œufs étaient mûrs à point, et la flambée du foyer, vive, pénétrante, a réalisé ce qu'aurait produit un coup de soleil en plein champ. Profitons vite de l'aubaine inattendue.

A l'orifice de la loge aux œufs, parmi les fibres déchirées, se montre un corpuscule conoïde, avec deux gros points noirs oculaires. C'est absolument, pour l'aspect, la partie antérieure de l'œuf, semblable, je viens de le dire, à l'avant d'un poisson d'extrême exiguïté. On dirait que l'œuf s'est déplacé, en remontant des profon-

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