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LA CIGALE. — LA PONTE. — L ÉCLOSION

essai de ses forces, mollement balancée au bout de boa cordon de sûreté.

La petite puce, comme dit Réaumur, d'abord blanche, puis ambrée, est l'exacte larve qui fouira la terre. Les antennes, assez longues, sont libres et s'agitent; les pattes font jouer leurs articulations; les antérieures ouvrent et ferment leurs crochets, relativement robustes. Je ne connais guère de spectacle plus singulier que celui de ce minime gymnasiarque appendu par l'arrière, oscillant au moindre souffle, et préparant en l'air sa culbute dans le monde. La suspension a une durée variable. Quelques larves se laissent choir au bout d'une demiheure environ; d'autres persistent dans leur cupule pédonculée des heures entières; quelques-unes même attendent le lendemain.

Prompte ou tardive, la chute de l'animalcule laisse en place le cordon suspenseur, dépouille de la larve primaire. Quand toute la nichée a disparu, l'orifice de la loge est ainsi surmonté d'un bouquet de fils courts et subtils, tordus et chiffonnés, semblables à de la glaiie desséchée. Chacun, à son bout libre, s'évase en cupuie. Reliq les bien délicates, bien éphémères, qu'on ne peut toucher sans les anéantir. Le moindre vent bientôt les dissipe.

Revenons à la larve. Un peu plus tôt, un peu plus tard, elle tombe à terre, soit par accident, soit par elle-même. L'infime bestiole, pas plus grosse qu'une puce, a préservé ses tendres chairs naissantes des duretés du sol au moyen de son cordon suspenseur. Elle s'est raffermie dans l'air, moelleux édredon. Maintenant elle plonge dans les âpretés de la vie.

J'entrevois mille dangers pour elle. Un souffle de rien peut emporter cet atome ici, sur le roc inattaquable, là, sur l'océan d'une ornière où croupit un peu d'eau ; ailleurs, sur du sable, région de famine où rien ne végète; ailleurs encore, sur un terrain argileux, trop tenace pour être labouré. Ces mortelles étendues sont fréquentes, et

sont fréquents aussi les souffles dispersateurs en cette saison venteuse et déjà mauvaise de fin octobre.

I] faut à la débile créature une terre très souple, d'accès facile, afin de se mettre immédiatement à l'abri. Les jours froids s'approchent, les gelées vont venir. Errer quelque temps à la surface exposerait à de graves périls. Sans tarder, il convient de descendre en terre, et même profondément. Cette condition de salut, unique, impérieuse, dans bien des cas ne peut se réaliser. Que peu- \ent les griffettes de la puce sur la roche, le grés, la glaise durciel» L'animalcule périra, faute de trouver à temps le refuge souterrain.

Le premier établissement, exposé à tant de mauvaises chances, est, tout l'affirme, cause de grande mortalité dans la famille de la Cigale. Le petit parasite noir, ravageur des œufs, nous disait déjà l'opportunité d'une ponte longuement fertile; la difficulté de l'installation initiale nous explique, à son tour, comment le maintien de la race dans des proportions convenables exige de trois cents à quatre cents germes de la part de chaque mère. Emondée à l'excès, la Cigale est féconde à l'excès. Par la richesse de ses ovaires elle conjure la multiplicité des périls .

Dans l'expérience qui me reste à faire, je lui épargnerai du moins les difficultés de la première installation. Je fais choix de terre de bruyère, très souple, très noire, passée à un crible fin Sa couleur foncée me permettra de retrouver plus aisément l'animalcule blond quand je voudrai m'informer de ce qui se passe; sa souplesse conviendra à la débile pioche. Je la tasse médiocrement dans un vase en verre ; j'y plante une petite touffe de thym; j'y sème quelques grains de blé. Aucun trou au fond du vase, comme l'exigerait la prospérité du thym et du froment • les captifs, trouvant l'orifice, ne manqueraient pas de s'évader. La plantation souffrira de ce défaut de drainage, mais au moins je suis sûr de retrouver mes bêtes, avec le secours de la loupe et beaucoup de

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