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LE CARABE DORÉ. L ALIMENTATION

Assaisonnée de cet urticaire qui, dans mes recherches de jadis, me corrodait si violemment la peau, la processionnaire des pins doit être un mets bien pimenté. Mes Carabes en font régal. Autant de processions je leur fournis, autant ils en consomment. Le mets est très apprécié. Cependant, au sein des bourses de soie du Bombyx, nul,que je sache, n'a rencontre le Carabe doré et sa larve. Je n'ai pas le moindre espoir de les y trouver moi-même un jour. Ces bourses ne sont peuplées qu'en hiver, alors que le Carabe, indifférent au manger et pris de torpeur est cantonné sous terre. Mais en avril, lorsque les chenilles processionnaires sont en quête d'un bon emplacement pour s'ensevelir et se transformer, s'il a la chance de les rencontrer, le Carabe doit largement profiter de l'aubaine.

La pilosité de ce gibier ne le rebute point; néanmoins la plus velue de nos chenilles, la Hérissonne, avec sa crinière ondoyante, mi-partie noire et rousse, semble en imposer au glouton. Des jours entiers, dans la volière, elle erre en société des éventreurs. LeS Carabes paraissent l'ignorer. De temps à autre quclqu un d'entre eux s'arrête, vire autour de la bête poilue, l'examine, puis essaye de fouiller dans la farouche toison. Aussitôt rebuté par l'épaisse et longue palissade poilue, il se retire sans mordre au vif. Fière et indemne, la chenille passe outre, ondulant de l'échiné-

Cela ne peut durer. En un moment de fringale, enhardi d'ailleurs par la collaboration de collègues, le poltron se décide à sérieuse attaque. Ils sont quatre, très affairés autour de la Hérissonne, qui, harcelée d'avant et d'arrière, finit par succomber. Elle est étripée et gloutonnement grugée comme le serait une chenille sans défense.

Suivant les chances de mes trouvailles, je mets à la disposition de ma ménagerie des chenilles variées, nues ou velues. Toutes sont acceptées avec ferveur extrême, à la seule condition d'une taille moyenne, en rapport avec celle de Tégorgeur. Trop petites, elles sont dédaignées,

ie morceau ne donnerait pas bouchée suffisante. Trop grosses, elles dépassent les moyens d'action du Carabe. Celles du Sphinx des Euphorbes et du Grand Paon, par exemple, conviendraient au Carabe, mais à la première morsure l'assaillie, d'une contorsion de sa puissante croupe, projette à distance l'assaillant. Après quelques assauts, tous suivis d'une culbute à distance, l'insecte renonce à l'attaque, par impuissance et à regret. La proie est trop vigoureuse. J'ai gardé des quinze jours les deux fortes chenilles en présence de mes fauves; rien de bien fâcheux ne leur est survenu. Les brusqueries d'une croupe soudainement détendue imposaient respect aux féroces mandibules.

Premier bon point au Carabe doré, exterminateur de toute chenille non trop puissante. Un défaut dépare ce mérite. L'insecte n'est pas grimpeur; il chasse à terre et non dans les hauteurs du feuillage. Je ne l'ai jamais vu explorant la ramée du moindre arbuste. Dans ma volière, il n'accorde aucune attention à la proie la plus alléchante fixée sur une touffe de thym, à un pan d'élévation. C'est grand dommage. Si l'insecte connaissait l'escalade, l'excursion au-dessus du sol, avec quelle rapidité une équipe de trois ou quatre expurgerait le chou de sa vermine, la chenille de la Piéride 1 Toujours par quelque endroit le meilleur est vicieux.

Exterminateur de chenilles, voilà le vrai talent du Carabe doré. 11 est fâcheux que sous le rapport de l'Escargot, autre ravageur de l'hortolaille, il nous soit de médiocre secours. Il lui faut des éclopés, à demi écrasés, privés en partie de leur coquille, et cela parce que l'écume du mollusque lui déplaît. Mais tous ses confrères ne partagent pas ses dégoûts. Le Procuste coriace, gros Carabique, tout de noir habillé et supérieur de taille au Carabe, attaque vaillamment l'Escargot et vide à fond la coquille malgré le flux désespéréde bave. C'est dommage que le Procuste soit de médiocre fréquence dans nos jardins; il serait pour nous un excellent auxiliaire.

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