LA MANTE. LB NID
remarquable encore On y trouve, excellemment appliquée, une des plus belles données de la physique sur la conservation de la chaleur. La Mante nous a devancés dans la connaissance des corps athermanes.
On doit au physicien Rumford l'originale expérience que voici, propre à démontrer la faible conductibilité de "air pour la chaleur. L'illustre savant plongeait un fromage glacé dans une masse d'écume fournie par des œufs bien battus. Le tout était soumis à la chaleur d'un four. En peu de temps s'obtenait ainsi une omelette soufflée brûlante, au centre de laquelle se trouvait le fromage aussi froid qu'au début. L'air emprisonné dans les bulles de l'écume enveloppante explique cette étrangeté Matière éminemment athermane, il avait arrêté la chaleur du four, il l'avait empêché d'arriver au corps central glacé.
Or, que fait la Mante) Précisément ce que faisait Rumford : elle fouette sa glaire pour obtenir une omelette soufflée, protectrice des germes rassemblés en noyau central. Son but est inverse, il est vrai; son écume coagulée doit défendre du froid, et non de la chaleur. Mais ce qui protège contre l'un protège contre l'autre, et l'ingénieux physicien, renversant son expérience, aurait pu, avec la même enveloppe écumeuse, maintenir un corps chaud dans une enceinte froide.
Rumford connaissait les secrets du matelas d'air par le savoir accumulé de ses prédécesseurs, par ses propres recherches, ses propres études Comment, depuis on ne sait combien de siècles, la Mante a-t-ellc devancé notre physique dans ce délicat problème de la chaleur? comment s'est-elle avisée d'envelopper d'écume son amas d'œufs, qui, fixé, sans aucun abri, sur un ran>eau, sur une pierre, doit supporter impunément les rudesses de l'hiver ?
Les autres Mantiens de mon voisinage, les seuls dont je puisse parler en pleine connaissance de cause, font emploi del'enveloppe athermane en écumesolidifiée ou la suppriment, suivant que les œufs sont destinés ou non à passer l'hiver. La ptuie Mante grise [Aîimies decoior)^ 81
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différente de l'autre par l'absence presque complète dei aile< chez la femelle, édifie un nid gros à peine comme un noyau de cerise et le revêt fort bien d'une écorce écunjeuse Pourquoi cette enveloppe soufflée? Parce que le nid de 1 Ameles doit, comme celui de la Mante religieuse, passer l'hiver, exposé sur
Nid de l'Empuse Face supérieure après Section
appauvrie. l'éclosion. transversale.
un rameau, sur une pierre, à toutes les rigueurs de la mauvaise saison.
D'autre part, malgré sa taille, équivalente à celle de la Mante religieu<&e, l'Empuse appauvrie {Empusa pauperata), le plus étrange de nos insectes, construit un nid aussi petit que celui de V Ameles. C'est un très modeste édifice, comsa section trans- P°sé de cellules peu nom- NiddelaMantt
versale. breuses, disposées côte à décolorée. côte sur trois ou quatre rangées accolées. Ici absence complète de l'enveloppe soufflée, bien que le nid soit fi.Ké à découvert, comme les précédents, sur quelque ramille ou éclat de pierraille. Ce défaut de matelas athermane annonce d'autres conditions climatériqucs. En effet, les œufs de l'Empuse éclosent peu après la ponte, pendant la belle saison. N'ayant pas à subir les sévices de l'hiver, ils o'ont pour protection que.le mince étui de leurs graines. Si délicates et si rationnelles, ces précautions, rivales de l'omelette soufflée de Rumford, sont-elles un résultat fortuit, une des combinaisons sans nombre issues de l'urne du hasard? Si oui, ne reculons pas devant l'absurde et reconnaissons que la cécité du hasard est douée d'une merveilleuse clairvoyance- La Mante religieuse commence son nid par le bouî obtus et le termine par le bout rétréci. Ce dernier sou-
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vent se prolonge en une sorte de promontoire où s'est dépensée, en s'étirant, la dernière goutte du liquide glaireux. Une séance de deux heures environ, sans interruption aucune, est nécessaire pour accomplir la totalité de l'ouvrage.
Aussitôt la ponte terminée, la mère se retire indifférente. Je m'attendais à la voir se retourner et témoigner quelque tendresse pour le berceau de sa famille. Mais pas le moindre signe de joie maternelle. L'ouvrage est parachevé, plus rien ne la regarde. Des Criquets se sont approchés. L'un même s'est campé sur le nid. La Mante ne fait aucune attention à ces importuns, pacifiques il est vrai. Les chasserait-elle, s'ils étaient dangereux et s'ils faisaient minedévenlrer le coffret aux œufs? Son impassibilité me dit que non. Que lui importe désormais le nid? Elle ne le connaît plus.
J'ai dit les accouplements multiples de la Mante religieuse et la fin tragique du mâle, presque toujours dévoré comme vulgaire gibier. Dans l'intervalle d'une paire de semaines, j ai vu la même femelle convoler en nouvelles noces jusqu'à sept reprises. La veuve si facile à consoler avait, chaque fois, mangé son conjoint. De telles mœurs font prévoir des pontes multiples. Il y en a, en effet, bien qu'elles ne soient pas une règle générale. Parmi mes pondeuses, les unes ne m'ont donné qu'un seul nid ; d'autres en ont fourni deux, aussi volumineux l'un que 1 autre. La plus féconde en a produit trois, les deux premiers de grosseur normale, le troisième réduit à la moitié des habituelles dimensions.
Cette dernière va nous apprendre de quelle population disposent les ovaires de la Mante. D'après les sillons transverses du nid, il est aisé de dénombrer les couches d'œufs, très inégalement riches suivant qu'elles occupent l'équateur de l'ellipsoïde ou bien les extrémités Le relevé des œufs dans la couche la plus grande et dans la couche moindre fournit une moyenne d'où se déduit approximativement le total. Je trouve ainsi qu'un nid de belles di-
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mensions contient environ quatre cents œufs. La pondeuse àtroisnids,donl ledernier moitié moindre que les autres, laissait donc pour descendance un millier de germes; celles à ponte double, huit cents; et les moins fécondes, de trois à quatre cents. Dans tous les cas, superbe famille, vile encombrante si elle n'était largement émondée.
De gros volume, de structure curieuse et d'ailleurs bien en évidence sur sa pierre ou sa broussaille, le nid delà Mante religieuse re pouvait manquer d'attirer l'attention du paysan provençal. 11 est très connu, en effet, dans les campagnes, où il porte le nom de tigno ; il a même haute renommée. Nul cependant ne semble s'être informé de son origine. C'est toujours sujet de surprise pour mes rustiques voisins lorsque je leur apprends que la célèbre tigno est le nid du vulgaire Prègo-Diéu. Cette ignorance pourrait bien avoir pour cause la ponte nocturne de la Mante. L'insecte n'a pas été surpris travaillant à son nid dans le mystère de la nuit, et le trait d'union fait défaut entre l'ouvrier et l'ouvrage, l'un et l'autre cependant connus de tous au village.
N'importe : le singulier objet existe; il attire le regard, il captive l'attention. Donc cela doit être bon à quelque chose, cela doit avoir des vertus. Ainsi de tout temps a raisonné le naïf espoir de trouver dans l'étrange un soulagement à nos misères.
D'un accord général, la pharmacopée rurale, en Provence, vante la tigno comme le meilleur des remèdes contre les engelures. Le mode d'emploi est des plus simples. On coupe la chose en deux, on la comprime et l'on frictionne la partie malade avec la section ruisselante de suc. Le spécifique est souverain, à ce qu'on dit. Qui ressent aux doigts le prurit d'enflures violacées ne manque pas de recourir à la tigno, suivant les us traditionnels. En est-il réellement soulagé?
Malgré l'unanime croyance, je me permettrai d'en douter, après les essais infructueux tentés sur moi-même et sur quelques personnes de ma maisonnée pendant l'hi-
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ver 1805, si fertile en misères épidermiques par ses froids rigoureux et prolongés. Nul de nous, enduit du célèbre onguent, n'a vu diminuer ses enflures digitales ; nul n'r» senti les démangeaisons se calmer un peu sous le vernis albumineux de la tigno écrasée. Il est à croire que l'insuc ces est pareil chez les autres, et, malgré tout, la renommée populaire du spécifique se maintient, probablement à cause d'une simple similitude de nom entre le remède et l'infirmité : en provençal, engelure se dit tigno. Du moment que le nid de la Mante religieuse et lengelure ont même dénomination, les vertus du premier ne sontelles pas évidentes) Ainsi se créent les réputations.
Dans mon village, et sans doute quelque peu à la ronde, la tigno — entendons ici le nid de la Mante — est en outre préconisée comme odontalgique merveilleux. Il suffit de l'avoir sur soi pour être affranchi du mal de dents. Les bonnes femmes la cueillent en lune favorable; elles la conservent religieusement dans un recoin de l'armoire; elles la cousent au fond de la poche, crainte de la perdre en retirant le mouchoir ; elles se l'empruntent entre voisines si quelque molaire s'endolorit. « Prêtemoi ta tîgno : je souffre le martyre », fait la dolente à joue fluxionnée. L'autre s'empresse de découdre et de transmettre le précieux objet. « Ne la perds pas, a' moins, recommande-t-elle; je n'en ai pas d'autre, et noi^ ne sommes plus en bonne lune. »
N'allons pas rire de l'extravagant odontalgique : bit- ; des remèdes qui s'étalent triomphalement à la quatriènu page des journaux ne sont pas plus efficaces. D'ailleurs cetnaïvetés rurales sont dépassées par quelques vieux livres où dort la science d'autrefois. Un naturaliste anglais diseizième siècle, le médecin Thomas Moufet, nous raconte que les entants égarés dans la campagne s'adressent à 1^ Mante pour retrouver leur chemin. L'insecte consulte étendant la patte, indique la directi'on à suivre, et près que jamais il ne se trompe, ajoute l'auteur. Ces belles choses-là sont dites en latin avec une adorable bonhomie
Vil!
LB CARABE DORÉ. — l'aLIAIFV TATION
En écrivant les premières lignes de ce chapitre, je fcongc aux abattoirs de Chicago, les horribles usines à viande où se dépècent dans l'année un million quatrevingt mille bœufs, un million sept cent cinquante mille porcs, qui, entrés vivants dans le machine, sortent de l'autre bout changés en boîtes de conserves, saindoux, saucisses, jambons roulés ; j'y songe parce que le Carabe va nous montrer, en tuerie, semblable célérité.
Dans une ample volière vitrée, j'ai vingt-cinq Carabes dorés. Maintenant ils sont immobiles, tapis sous une planchette que je leur ai donnée pour abri. Le ventre au frais dans le sable, le dos au chaud contre la planchette que visite le soleil, ils somnolent et digèrent. La bonne fortune me vaut, à l'improviste, une procession de la chenille du pin qui, descendue de son arbre, cherche un lieu favorable à l'ensevelissement, prélude du cocon souterrain. Voilà un excellent troupeau pour l'abattoir des Carabes.
Je le cueille et le mets dans la volière. Bientôt la procession se reforme; les chenilles, au nombre de cent cinquante environ, cheminent en série onduleuse- Elles passent à proximité de la planchette, à la qucue-leu-leu comme leo jjorcs de Chicago. C'est le bon moment. Je lâche alors mes fauves, c'est-à-dire quej'enlève leur abri.
Les dormeurs aussitôt s'éveillent, sentant la riche proie qui défile à côté Un accourt; trois, quatre autres suivent, mettent l'assemblée en émoi; les enterrés émergent;
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toute la bande d'égorgeurs se rue sur le troupeau passant. C'est alors spectacle inoubliable Coufis de mandibules de-ci, de-là, en avant, en arrière, au milieu de la procession, sur le dos, sur le ventre, au hasard. Les peaux hirsutes se déchirent, le contenu s'épanche en coulées d'entrailles verdies par la nourriture, les aiguilles de pin, les chenilles se convulsent, luttent de la croupe brusquement ouverte et refermée, se cramponnent des pattes, crachent cî mordillent. Les indemnes désespérément piochent pour se réfugier sous terre. Pas une n'y parvient. A peine sont-elles descendues à mi-corps que le Carabe accourt, les extirpe, leur crève le ventre.
Si la tuerie ne s'accomplissait dans un monde muet, nous aurions ici l'épouvantablevacarme des égorgements de Chicago. Il faut l'oreille de l'imagination pour entendre les lamentations hurlantes des étripées. Cette oreille, je l'ai, et le remords me gagne d'avoir provoqué telles misères.
Or, de partout, dans le las des mortes et des mourantes, chacun tiraille, chacun déchire, emporte un morceau qu'il va déglutir à l'écart, loin des curieux. Après cette bouchée, une autre est taillée à la hâte sur la pièce, et puis d'autres encore, tant qu'il reste des éventrées. En quelques minutes, la procession est réduite en charcuterie de loques pantelantes.
Les chenilles étalent cent cinquante; les tueurs sont vingt-cinq. Cela fait six victimes par Carabe Si l'insecte n'avait qu'à tuer indéfiniment, comme les ouvriers des usines à viande, et si l'équipe était de cent éventreurs, nombre bien modeste par rapport à celui des manipulateurs de jambons roulés, le total des victimes, dans une journée de dix heures, serait de trente-six mille. Jamais atelier de Chicago n'a obtenu pareil rendement.
La célérité de la mise à mort est plus frappante encore si l'on considère les difficultés de l'attaque. Le Carabe n'a pas la roue tournante qui saisit le porc par une patte, le soulève et le présente au couteau de l'égorgeur; il n'a
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pas le plancher mobile, qui met le front du bœuf sous ic maillet de l'assommeur; il doit courir sus à la bote, la maîtriser, se garer de ses harpons et de ses crocs. De plus, à mesure qu'il étripe, il coasomme sur place. Que serait le massacre si l'insecte n'avait qu'à tuer!
Qu' nous apprennent les abattoirs de Chicago et les ripai/ es du Caraber" Voici. L'homme de haute moralité est, '/our le moment, exception assez rare. Sous l'épidenne du civilisé, presque toujours se trouve l'ancêtre, le sauvage contemporain de l'Ours des cavernes. La véritable humanité n'est pas encore; elle se fait petit à petit, travaillée par le ferment des siècles et les leçons de la conscience; elle progresse vers le mieux avec une désespérante lenteur.
De nos jours presque, a finalement disparu l'esclavage, base de l'antique société; on s'est aperçu que l'homme, fût-il de couleur noire, est réellement un homme et mérite comme tel des égards.
Qu'était la femme jadis> Ce qu'elle est encore en Orient : une gentille bête sans âme. Les docteurs ont longtemps discuté là-dessus. Le grand évêque du dixseptième siècle, Bossuet lui-même, considérait la femme comme le diminutif de l'homme. C'était prouvé par l'origine d'Eve, l'os surnuméraire, la treizième côte qu'Adam avait au début. On a reconnu enfin que la femme possède une âme pareille à la nôtre, supérieure même en tendresse et en dévouement. On lui a permis de s'instruire, ce qu'elle fait avec un zèle au moins égal à celui de son concurrent. Mais le Code, caverne d'où ne sont point encore délogées bien des sauvageries, continue à la regarder comme une incapable, une mineure. Le Code, à son tour, finira par céder à la poussée du vrai.
L'abolition de l'esclavage, l'instruction de la femme, voilà deux pas énormes dans la voie du progrès moral. Nos arrière-neveux iront plus loin. Ils verront d'une claire vision, capable de surmonter tout obstacle, que la guerre est le plus absurde de nos travers; que les con-
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quérants, entrepreneurs de batailles et détrousseurs de nations, sont d'exécrables fléaux; que des poignées de main échangées sont préférables aux coups de fusil; que le peuple le plus heureux n est pas celui qui possède le plus de canons, mais celui qui travaille en paix et largement produit ; que les douceurs de l'existence ne réclament pas précisément des frontières, au delà desquelles vous attendent les vexations du douanier, fouilleur de poches et saccageur de bagages.
ils verront cela, nos arriére-neveux, et bien d'autres merveilles, aujourd'hui rêveries insensées. Jusqu'où montera celte ascension vers le bleu de l'idéal ? Pas bien haut, c'est à craindre. Nous sommes aflligés dune tare indélébile, d'une sorte de péché originel, si l'on peut appeler péché un état de choses où notre vouloir n'intervient pas. Nous sommes ainsi bâtis et nous n'y pouvons rien. C'est la tare du ventre, inépuisable source de bestialités.
L'in'.esîin gouverne le monde. Du fond de nos plus graves affaires se dresse, impérieuse, une question d'écuelie et de pâtée. Tant qu'il y aura des estomacs pour digérer — et ce n est pas près de finir — il faudra de quoi les remplir, et le puissant vivra des misères du faible. La vie est un gouffre que la mort seule peut combler. De là des tueries sans fin, où se repaissent l'homme, le Carabe et les autres; de là ces perpétuels massacres qui font de la terre un abattoir auprès duquel ceux de Chicago comptent à peine.
Mais les convives sont légion de légions, et les victuailles n'abondent pas dans la même mesure. Le dépourvu jalouse le possesseur, l'affamé montre les crocs au repu. Suit la bataille qui décidera de la possession. Alors l'homme lève des armées qui défendront ses récoltes, ses caves, ses greniers ; c'est la guerre. En verra-i-on la fin? Hélas! sept fois hélas! tant qu'il y aura des loups au monde, il faudra des molosses pour défendre la bergerie.
Entraînés par le courant des idées, que nous sommes
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loin des Carabes! Revenons-y vite. Pour quel motif aije provoqué le massacre des processionnaires qui, tranquillement, allaient s'enterrer lorsque je les ai mises en présence des éventreurs ? Etait-ce dans le but de me donner le spectacle d'une tuerie effrénée ? Certes non; j*ai toujours compati aux souffrances de la bête, et la vie du momdre est digne de respect. Pour me détourner de cette pitié, il fallait les exigences delà recherche scientifique, exigences parfois cruelles.
J'avais en vue les mœurs du Carabe doré, petit garde champêtre des jardins et pour ce motif appelé vulgairement la Jardinière. Ce beau titre d'auxiliaire, à quel point est-il mérité? Que chasse le Carabe? de quelle vermine expurge-t-il nos plates-bandes^ Les débuts avec la processionnaire des pins promettent beaucoup. Continuons dans cette voie.
A diverses reprises, en fin avril, Tenclos me vaut des processions, tantôt plus, tantôt moins nombreuses. Je les récolte et les mets dans la volière vitrée. Aussitôt le banquet servi, la ripaille commence. Les chenilles sont éventrées, chacune par un seul consommateur ou par plusieurs à la fois. En moins d'un quart d'heure, l'extermination est complète. Il ne reste du troupeau que des tronçons informes, emportés de-çà, de-là, pour être consommés sous l'abri de la planchette. Son butin aux dents le bien nanti décampe, désireux de festoyer tranquille. Des collègues le rencontrent qui, affriandés par le morceau pendillant aux crocs du fuyard, se font audacieux ravisseurs. Ils sont deux, ils sont trois cherchant à détrousser le légitime propriétaire. Chacun happe la pièce, tiraille, ingurgite sans grave contestation. Il n'y a pas de bataille à vrai dire, pas de horions échangés à la façon des dogues se disputant un os. Tout se borne à des tentatives de rapt. Si le propriétaire tient bon, pacifiquement on consomme avec lui, mandibules contre mandibules, jusqu'à ce que, la pièce se déchirant, chacun se retire avec son lopin.