LA SRUCHB DU POIS S
contre ia dent desquels luttent en vain ses prohibitions. A mesure qu'il produit davantage, tribut plus large lui est imposé. Les grandes cultures, les somptueux amas, favorisent l'insecte notre rival en consommation.
C'est la loi immanente. La nature, d'un zèle égal, livre à tous ses nourrissons sa puissante mamelle, aux exploiteurs du bien d'autrui non moi-ns bien qu'aux producteurs. Pour nous qui labourons, semons et moissonnons, nous exténuant à la peine, elle mûrit le froment; elle le mûrit aussi pour la petite Calandre, qui, exemptée du travail des champs, viendra néanmoins s'installer dans nos greniers, et de son bec pointu y gruger le monceau de blé, grain par grain, jusqu'au son.
Pour nous qui bêchons, sarclons, arrosons, courbaturés de fatigue et brûlés par le hâle du jour, elle gonfle les cosses du pois ; elle les gonfle aussi pour la Bruche, qui, étrangère au labeur du jardinage, prélève tout de même sa part de la récolte à son heure, quand viennent les joies du renouveau.
Suivons en ses manœuvres le zélé percepteur de dîmes en pois verts. Contribuable bénévole, je le laisserai faire : c'est précisément à son intention que j'ai semé dans l'enclos quelques lignes de la plante aimée. Sans autre convocation de ma part que ce modeste semis, il m'arrive ponctuel dans le courant de mai. Il a su qu'en ce terrain de cailloux, rebelle à la culture maraîchère, pour la première fois des pois fleurissaient. En toute hâte, agent du fisc entomologique, il est accouru exercer ses droits.
D'où vient-il > Le dire au juste n'est pas possible. Il est venu d'un abri quelconque où, dans l'engourdissement, il a passé la mauvaise saison. Le platane, qui s'écorche de lui-même à l'époque des fortes chaleurs, fournit, sous ses plaques subéreuses soulevées, d'excellents tabernacles de refuge pour les indigents sans domicile. En pareil gîte hivernal, j'ai souvent rencontré aotre exploiteur de» pois. Abrité sous le cuir mort du
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plataee, ou protégé d'autre manière tant qu'a sévi la mauvaise saison, il s'est éveillé de sa torpeur aux premières caresses d'un soleil clément. L'almanach des instincts l'a renseigné ; aussi bien que le jardinier, il est au courant de l'époque où les pois fleurissent, et il vient alors à sa plante, un peu de partout, trottant menu, mais d'essor leste.
Tète petite, fin museau, costume d'un gris cendré parsemé de brun, élytrcs déprimées, deux gros points noirs sur la plaque du croupion, taille courtaude et ramassée, tel est le sommaire croquis de mon visiteur. Mai achève sa première quinzaine, et l'avant-garde m'arrive.
Ils se campent sur les fleurs, à blanches ailes de papillon : j'en vois d'établis au pied de l'étendard, j'en trouve de cachés dans le coffre delà carène. D'autres, plus nombreux, explorent les inflorescences, en prennent possession. L'heure de la ponte n'est pas encore venue. La matinée est douce, le soleil vif sans être importun. C'est le moment des ébats nuptiaux et des félicités dans les splendeurs de la lumière. On jouit donc un peu de la vie. Des couples se forment, bientôt se séparent, bientôt se rejoignent. La chaleur devenue trop forte, vers midi, chacun et chacune se retirent à l'ombre, dans un pli de la fleur, dont les secrets recoins leur sont si bien connus. Demain on recommencera le festival, après-demain encore, jusqu'à ce que le fruit, crevant l'étui de sa carène, apparaisse au dehors, de jour en jours plus gonflé. ^
Quelques pondeuses, plus pressées que le€ autres, confient leurs œufs au légume naissant, plat et menu, tel qu'il est au sortir de sa gaine florale. Ces pontes hâtives, expulsées peut-être par les exigences d'un ovaire Eon capable d'attendre, me semblent en grave danger La semence où le vermisseau doit s'établir n'est encore qu'un débile granule, sans consistance et sans amas farineux. Jamais larve de Bruche n'y trouverait réfectioû, à moins de patienter jusqu'à la maturité du graia.