LA BRUCHE DU POIS
honneur à la bruche) L'ingénieux insecte concevrait-il l'entreprise, méditerait-il un plan et travaillerait-il sur un devis qu'il s'est tracé lui-même? Ce serait bien beau pour la cervelle d'un Charançon. Avant de conclure, donnons la parole à l'expérience.
Je dépouille de leur épidcrme des pois occupés ; je les préserve d'une dessiccation trop rapide en les déposant dans des tubes de verre. Les vers y prospèrent aussi bien que dans les pois intacts. A Theure requise, se font les préparatifs de la délivrance-
Si le mmeur agit guidé par sa propre inspiration, s'il cessede prolonger sa galerie du moment quesl reconnu assez mince le plafond, de temps à autre ausculté, que doit-il advenir dans les conditions actuelles) Se sentant voisin de la surface au degré voulu, le ver mettra fin au forage: il respectera la dernière couche du pois nu, et de la sorte obtiendra l'indispensable écran défenseur.
Rien de pareil n'arrive. Le puits s'excave en plein; son embouchure bâille au dehors, aussi large, aussi soignée d'exécution que si l'épiderme du grain la protégeait encore. Les raisons de sécurité n'ont nullement modifié l'habituel travail. Dans ce logis de libre accès, l'ennemi peut venir; lever n'en est pas préoccupé.
Il n'y songe pas davantage quand il s'abstient de trouer à fond le pois vêtu de l'épiderme. Il s'arrête soudain parce que la membrane sans farine n'est pas de son goût. Nous excluons de nos purées les peaux des pois, ces encombrantes nullités culinaires. Cela n'est pas bon. Apparemment, la larve de la Bruche est comme nous : elle déteste le coriace parchemin de la semence. Elle s'arrête à l'épiderme, avertie par un déplaisant manger. Et de cette aveision résulte une petite merveille. L'insecte n'a pas de logique. Il obéit, passif, à une logique supérieure ; il obéit, non moins inconscient de son art que ne l'est la matière cristallisable quand elle assemble, dans un oidre exquis, ses bataillons d'atomes.
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Dans le courant du mois d'août, un peu plus tôt, un peu plus tard, des orbes ténébreux se dessinent sur les pois, toujours un seul par semence, sans exception aucune. Ce sont les écoutilles de sortie- Pour une bonne part, en septembre elles s'ouvrent. L'opercule, disque qui semble fait à l'cmporte-pièce, se détache très nettement et tombe à terre, laissant libre l'orifice du logis. La Bruche sort, costumée de frais, en sa forme finale.
La saison est délicieuse. Les fleurs abondent, éveillées par des ondées; les émigrés des pois les visitent en des liesses automnales. Puis, les froids venus, ils prennent leurs quartiers d'hiver en des retraites quelconques. D'autres, tout aussi nombreux, sont moins pressés de quitter la semence natale. Ils y séjournent, immobiles, toute la rude saison, à l'abri, derrière l'opercule qu'ils se gardent bien d'ébranler. La porte de la cellule ne jouera sur ses gonds, c'est-à-dire sur la rainure de moindre résistance, qu'au retour des chaleurs Alors les retardataires déménagent, rejoignent les précoces, prêts à l'ouvrage les uns et les autres lorsque les pois fleurissent.
Scruter un peu de partout les instincts dans l'inépuisable variété de leurs manifestations, est, pour l'observateur, le grand attrait du monde cntomologique, car nulle part ne se révèle mieux la merveilleuse ordonnance des choses de la vie. Ainsi comprise, l'entomologie, je le sais, n'est pas goûtée de tout le monde; on tient en pauvre estime le naïf occupé des faits et gestes de l'insecte. Pour le terrible utilitaire, un quarteron de pois préservés de la Biuche importe davantage qu'une somme d'observations sans profit immédiat.
Et qui vous a dit, homme de peu de foi, que l'inutile d'aujourd'hui ne sera pas demain l'utile) Instruits des mœurs de la bête, nous pourrons mieux défendre notre bien. Ns méprisons pas l'idée désintéressée, il pourrait nous en cuire. C'est par le cumul de l'idée, immédiatement applicable ou non, que l'humanité s'est laite et