A FABïR DB La CIGALE ET LA FOURMI
E brandusso lou ventre à creba ti mirau.
L'Orne enterin mando la daio, Que vai balin-balan de longo e que dardaio L'uiau de soun acié sus li rous espigau.
Plèn d'aigo pèr la péiro e tampouna d'erbiho Lou coufié sus l'anco pendiho.
Se la péiro es au frès dins soun estui de bos E se de longo es abèurado,
L'Orne barbelo au fio d'aqueli souleiado
Que fan bouli de fes la mesoulo dis os.
Tu, Cigalo, as un biais pèr la set : dins la rusco Tendro e jutouso d'uno busco,
L'aguio de toun bè cabusso e cavo un pous. Lou siro monto pèr la draio.
T'amourres à la fon melicouso que raio,
E dou sourgènt sucra bèves lou teta-dous.
Mai pas toujour en pas, oh I que nàni : de laire,
Vesin, vesino o barrulaire, T'an vist cava lou pous. An set; vènon, doulènt,
Te prène un degout pèr si tasso.
bruire, tes petites cymbales, — et trémousse le ventre à crever tes miroirs. — L'homme cependant lance la faux, — qui va continuellement oscillante, fait rayonner — l'éclair de son acier sur les roux épis.
Pleine d'eau pour la pierre et tamponnée d'herbages, — la cuvette pendille sur la hanche. — Si la pierre est au frais dans son étui de bois, — sans cesse abreuvée, — l'homme halette au feu de ces coups de soleil — qui font bouillir parfois la moelle des os.
! Toi, Cigale, tu as une ressource, pour la soif : dans l'écorce — tendre et juteuse d'un rameau, — l'aiguille de ton bec plonge et fore un puits. — Le sirop monte par l'étroite voie. — Tu t'abouches à la fontaine mielleuse qui coule, — et du suintement sucré tu bois l'exquise lampée.
Mais pas toujours en paix, oh ! que non : des larrons, — voisins, voisines ou vagabonds, — t'ont vue creuser le puits. Ils ont soif; ils viennent, dolents, — te prendre une goutte pour leurs tasses. —
10 MO^i'RS DES JNSE T^n
Mcsfiso-te, ma bello : aqueli curo-biasso, Unibie d'abord, soun lèu de gusas insoulént.
Quision un chicouloun de rèn; pièi de ti rcsto Soun plus countènt, ausson la teslo
E volon tout. L'auran. Sis arpioun en rastèu Te gatihoun lou bout de l'alo.
Sus ta larjo esquinasso es un mounto-davalo;
T'aganton pèr lou bè, li bano, lis ar tèu ;
Tiron d'eici, d'eilà. L'impaciènci te gagno.
Pst 1 pst 1 d'un giscle de pissagno Asperges l'assemblado e quites lou ramèu.
T'en vas bèn liuen de la racaio, Que t'a rauba lou pous, e ris, e se gougnio, E se lipo li brego enviscado de mèu.
Or d'aqueli boumian abèura sens fatigo, Lou mai tihous es la fournigo.
Mousco, cabrian, guespo e tavan embana, Espeloufi de touto meno,
Costo-en-long qu'à toun pous lou souleias ameno,
N'an pas soun testardige à te faire enana.
Mt^fie-toi, ma belle : ces vide-besace, — humbles d'abord, sont bientôt des gredins insolents.
Ils quêtent une gorgée de rien ; puis de tes restes —- ils ne sont plus satisfaits, ils relèvent la tête — et veulent le tout. Ils l'auront Leurs griffes en râteau — te chatouillent le bout de l'aile. — Sur ta large échine, c'est un monte-dcscend ; — ils te saisissent par le bec, les cornes, les orteils;
Ils tirent d'ici, de là. L'impatience te gagne. — Pst! pst! d'un jti d'urine — tu asperges l'assemblée et tu quittes le rameau. — Tu t'en vas bien loin de la racaille — qui t'a dérobé le puits, et rit, et se gaudit, — et se lèche les lèvres engluées de miel.
Or de ces bohémiens abreuvés sans fatigue, — le plus tenace est u fourmi. — Mouches, frelons, guêpes, scarabées cornus, — aigrehtïs Je toute espèce, — fainéants qu'à ton puits le gros soleil amène, — n'ont pas son entêtement à te faire partir.