LA FABLE DE LA CIGALE ET LA FOURMI II
Pèr t'esquicha l'artèu, te coutiga lou mourre,
Te pessuga lou nas^ pèr courre A roumbro de toun ventre, oscol degun la v?u.
Lou marrit-pèu prend pèr escale Une patto e te monte, ardido, sus lis alo, E s'espasso, insoulènto, e vai d'amont, d'avau.
Arc veici qu'es pas de crèire.
Ancian tèms, nous dison li rèire, Ut7 jour d'ivèr; la fam te prenguè. Lou front bas
E d'escoundoun anères vèire, Dins si grand magasin, la fournigo, eilàbas.
L'endrudido au soulèu secavo, Avans de lis escoundre en cavo,
Si blad qu'aviè mousi l'eigagno de la niue. Quand èron lest lis ensacavo.
Tu survènes alor, emé de plour is iue.
Pour te presser l'orteil, te chatouiller la face, — te pincer le nez, pour courir — à l'ombre de ton ventre, vraiment nul ne la vaut. — La coquine prend pour échelle — une patte et te monte, audacieuse, sur les ailes; — elle s'y promène, insolente, et va d'en haut, d'en bas.
Maintenant voici qui n'est pas h croire. — Autrefois, nous disent les anciens, — un jour d'hiver, la faim te prit. Le front bas — et en cachette, tu allas voir, — dans ses grands magasins, la fourmi, sous terre.
L'enrichie au soleil séchait, — avant de les cacher en cave, — ses blés qu'avait moisis la rosée de la nuit. — Quand ils étaient prêts, cl^e les mettait en sac. — Tu surviens alors, avec des pleurs aux yeux.
lè dises : « Fai bèn fre ; l'aurasso D'un caire à l'autre me tirasso
Avanido de fam. A toun riche mouloun Leisso-me prène pèr ma biasso.
Te Ion rendrai segur au bèu tèms di meloun.
« Presto-me un pau de gran. » Mai, bourc, Se cresès que l'autro t'escouto,
T'enganes. Di gros sa, rèn de rèn sara tièu. 0 Vai-t'en plus liuen rascla de bouto;
Crebo de fam l'ivèr, tu que cantes l'estièu. a
Ansincharro la fablo antico
Pér nous counséia la pratico Di sarro-piastro, urous de nousa li courdoun
De si bourso. — Que la coulico Rousiguè la tripaio en aqueli coudoun I
Me fai susa, lou fabuliste, Quand dis que l'ivèr vas en quisto
De mousco, verme, gran, tu que manges jamai. De blad ! Que n'en fariès, ma fisto I
As ta fon melicouso e demandes rèn mai.
Tu lui dis : « Il fait bien froid ; la bise — d'un coin à l'autre me traîne — mourante de faim. A ton riche monceau — laisse-moi prendre pour ma besace. — Je te le rendrai, bien sûr, au beau temps des melons.
« Prête-moi un peu de grain. » Mais va, — si tu crois que l'autre t'écoute, — tu te trompes. Des gros sacs, tu n'auras rien de rien. — a File plus loin, va racler des tonneaux; crève de faim l'hiver, toi qui chantes l'été ! o
Ainsi parle la fable antique — pour nous conseiller la pratique — des grippe-sous, heureux de nouer les cordons — de leurs bourses... Que la colique — ronge les entrailles à ces sots!
Il m'indigne, le fabuliste, — quand il dit que l'hiver tu vas en quête — de mouches, vermisseaux, grains, toi qui ne manges jamais. — Du blé 1 Qu'en ferais-tu, ma foi ! — Tu as ta fontaine mieilleuse, et tu ne demandes rien de plus.
La Cigale et sa dépouille de nymphe.