LES ABYSSINS
Les chaumières des Abyssins sont circulaires el surmontées d'un jïrand toit conique ; plongées dans des fouillis de verdure, on n'en découvre de loin que cette toiture en chapeau chinois, couverte d'herbes sèches et coiffée elle-même, au sommet, d'un
pot de terre par lequel s'échappe la fumée du foyer. Lorsqu'on passe devant ces chaumières, on peut y voir les femmes broyant le blé, le trèfle ou le dourrah sur un banc de pierre, pour faire la farine nécessaire au repas du jour. M ais les femmes amhara vous épargnent la peine d'aller les chercher au sein de leui"s travaux domestiques. Si, au milieu du jour, on rencontre sur son chemin un bosquet d'acacias, on est à peu près sûr d'y voir sous l'ombre
une Abyssinienne qui file entourée de ses enfants. Dans la province d'Efale, où il y a beaucoup de musulmans, on dislingue les femmes chrétiennes à leur costume : elles ont les cheveux courts et bouclés; elles portent une longue tunique blanche, fermée au cou, descendant jusqu'aux pieds, serrée par un cordon autour de leur ceinture, et à laquelle sont attachées de longues manches. Les musulmanes ont la tunique d'un rouge sombre et laissent croître leurs cheveux, qu'elles tressent et dont elles rejettent les nattes derrière leur tète. Les unes et les autres ont pour principale parure des pendants d'oreilles : on dirait de petites grappes de groseilles d'argent ; ces grappes s'enchâssent l'une dans l'autre à travers la chair, la relèvent, empruntent un lustre plus vif aux teints cuivrés sur lesquels elles se détachent. Le matin, par le silence de ces lieux, où l'air est aussi sonore que limpide, on entend les femmes abyssiniennes causer du sommet d'une colline à l'autre, et s'adresser d'une voix amicale des questions affectueuses. Si un Abyssin travaille au champ près duquel vous passez, il s'approche avec curiosité de la route au bruit des grelots de votre mule et vous salue avec cordialité. Un curieux spectacle, surtout lorsqu'on arrive pour la première fois dans le pays, c'est de voir paraître sur la crête d'une colline voisine un Amhara à cheval, entourant sa monture des larges bouffants de sa culotte de coton qui s'arrête au genou, le sabre recourbé passé au travers de sa large ceinture blanche.
La religion juive a laissé aux Abyssins l'observation du sabbat; ils en ont gardé une distinction sévère entre les aliments purs et impurs : ils comptent parmi ces derniers une foule d'animaux, tels que le porc, le lièvre, le canard, l'oie, etc. Les habitants du Choa se garderaient bien aussi de manger de la viande d'un animal qui n'aurait pas été tué par une main chrétienne, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit; il leur est défendu de prendm du café, parce que les musulmans en boivent.
RocHET d*Hbkicourt, Voijage au royaume de Choa.
RARBARIE ET SAHARA. 2-23
BARBARIE ET SAHARA